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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2000849

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2000849

mardi 16 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2000849
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationChambre 1
Avocat requérantSEBAN AUVERGNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 mai 2020, Mme D B épouse A, représentée par la SCP Bernardet-Raynaud, Me Raynaud, demande au tribunal :

1°) de condamner le centre hospitalier de Moulins-Yzeure à lui verser les sommes de :

- 500 euros en réparation de son déficit fonctionnel temporaire total du 8 novembre au 13 novembre 2017 et du 17 juillet au 20 juillet 2018 ;

- 7 320 euros au titre de son déficit fonctionnel temporaire partiel à 50% du 14 novembre 2017 au 16 juillet 2018 ;

- 775 euros au titre de son déficit fonctionnel temporaire partiel à 25% du 21 juillet au 21 août 2018 ;

- 6 460 euros au titre de son déficit temporaire fonctionnel partiel à 10% du 22 août 2018 à aujourd'hui, somme à parfaire au jour du jugement ;

- 6 000 euros au titre des souffrances endurées ;

- 1 000 euros au titre du préjudice esthétique ;

- 15 000 euros au titre du déficit fonctionnel permanent ;

- 3 500 euros au titre du préjudice d'agrément ;

- 10 000 euros au titre de l'assistance d'un tiers ;

- 7 063,74 euros au titre de son préjudice patrimonial ;

2°) de déclarer le jugement opposable à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Allier ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Moulins-Yzeure la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

4°) de statuer ce que de droit sur les dépens.

Elle soutient que :

- aux termes de l'expertise, la fracture tassement du plateau supérieur de L1 est imputable sa chute due à la rupture de la chaise sur laquelle elle était positionnée le 8 novembre 2017 au centre hospitalier de Moulins-Yzeure ;

- son déficit fonctionnel temporaire était total du 8 novembre au 13 novembre 2017 et du 17 juillet au 20 juillet 2018 et doit être évalué à 500 euros ;

- son déficit fonctionnel temporaire était partiel à 50% du 14 novembre 2017 au 16 juillet 2018 et doit être évalué à 7 320 euros ;

- son déficit fonctionnel temporaire était partiel à 25 % du 21 juillet au 21 août 2018 et doit être évalué à 775 euros ;

- depuis le 22 août 2018, son préjudice temporaire est de 10% et doit être évalué à 6 460 euros, somme à parfaire au jour du jugement ;

- ses souffrances endurées sont estimées à 3,5 sur une échelle de 7 par l'expert et doivent être évaluées à 6 000 euros ;

- son préjudice esthétique est estimé à 0,25 sur une échelle de 7 par l'expert et doit être évalué à 1 000 euros ;

- son déficit fonctionnel permanent est estimé à 8% par l'expert et doit être évalué à 15 000 euros ;

- son préjudice d'agrément doit être évalué à 3 500 euros ;

- elle a besoin de l'assistance d'un tiers, si bien que ce préjudice doit être évalué à 10 000 euros ;

- son préjudice patrimonial lié à ses frais de déplacement et à l'aménagement de son domicile est évaluable à 7 063,74 euros.

Par un mémoire, enregistré le 9 juin 2020, la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme, agissant pour la caisse primaire d'assurance maladie de l'Allier, demande au tribunal :

1°) de condamner le centre hospitalier de Moulins-Yzeure à lui rembourser la somme de 16 795,10 euros au titre des prestations versées ;

2°) de condamner le centre hospitalier de Moulins-Yzeure à lui verser la somme de 1 091 euros au titre de l'indemnité forfaitaire ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Moulins-Yzeure la somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'accident médical dont Mme A a été victime est imputable au centre hospitalier de Moulins-Yzeure ;

- le montant des prestations versées par la caisse primaire d'assurance maladie de l'Allier s'élève à 16 795,10 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 octobre 2020, le centre hospitalier de Moulins-Yzeure, représenté par la SELAS SEBAN Auvergne, demande au tribunal :

1°) de ramener les prétentions indemnitaires de Mme A à de plus justes proportions ;

2°) de rejeter les conclusions présentées par la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme et, à titre subsidiaire, de ramener ses prétentions indemnitaires à de plus justes proportions ;

3°) de rejeter le surplus des conclusions de la requête.

Il soutient que :

- il ne conteste pas le manquement qui lui est reproché ;

- les conclusions indemnitaires de Mme A doivent être ramenées à de plus justes proportions ; 3 000 euros ont déjà été versés à Mme A à titre de provision ;

- s'agissant du déficit fonctionnel temporaire, la condamnation du centre hospitalier ne pourra excéder la somme totale de 2 054, 65 euros ;

- s'agissant des souffrances endurées, il doit être évalué à 3 500 euros ;

- s'agissant du préjudice esthétique, il doit être évalué à 200 euros ;

- s'agissant du déficit fonctionnel permanent, la somme de 9 700 euros sera jugée satisfaisante ;

- l'expert n'a pas retenu le préjudice d'agrément de Mme A, qui ne pourra obtenir d'indemnisation pour ce poste de préjudice ;

- s'agissant de l'aide d'un tiers, ce poste de préjudice doit être évalué à 700 euros, déduction faite des aides sociales perçues ;

- les frais de déplacement de Mme A pour se rendre à la première expertise ne sont pas justifiés ; ceux pour se rendre au cabinet de son conseil ne sont pas imputables au centre hospitalier ; seuls les frais de déplacement pour se rendre à la seconde expertise peuvent être indemnisés à hauteur de 370 euros ;

- l'expert n'a pas retenu le poste de préjudice lié aux frais d'adaptation du logement de Mme A, qui ne démontre pas le lien entre ces aménagements et son accident ;

- le mémoire de la caisse primaire d'assurance maladie est irrecevable, aucune délégation n'étant produite pour démontrer que Mme C pouvait agir devant le tribunal ;

- certaines prestations prises en charge par la caisse primaire d'assurance maladie ne sont pas en lien avec l'accident de Mme A mais en lien avec ses autres pathologies.

Par une ordonnance du 12 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 6 octobre 2022.

Vu :

- l'ordonnance de taxation rendue par la magistrate déléguée du tribunal le 12 novembre 2018 sous le n° 1800564 ;

- l'ordonnance de taxation rendue par la magistrate déléguée du tribunal le 21 novembre 2019 sous le n° 1900890 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bollon,

- les conclusions de M. Jurie, rapporteur public ;

- les observations de Me Raynaud, représentant Mme B épouse A, et de Me Bardy, représentant le centre hospitalier de Moulins-Yzeure.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B épouse A a été hospitalisée au centre hospitalier (CH) de Moulins-Yzeure du 3 au 8 novembre 2017 pour un syndrome infectieux fébrile. Le 8 novembre 2017, alors qu'elle était assise sur un siège de douche, ce siège s'est rompu, entrainant la chute de Mme B épouse A. A la suite de sa chute, elle a présenté une fracture tassement du plateau supérieur de la lombaire 1. Par un courrier du 13 novembre 2017, la requérante a sollicité auprès du CH de Moulins-Yzeure la réparation de ses préjudices survenus en raison de cet accident. Le 17 janvier 2018, la société hospitalière d'assurances mutuelles, assureur du CH de Moulins-Yzeure, a proposé une indemnisation à Mme B épouse A qui a rejeté cette offre le 19 février 2018. Par une ordonnance du 10 juillet 2018, la juge des référés du tribunal administratif de Clermont-Ferrand a ordonné une expertise aux fins de décrire les préjudices de la requérante, de déterminer si le dommage allégué avait un rapport avec son état initial ou avec l'accident et de rechercher si le CH de Moulins-Yzeure avait manqué à ses obligations. L'expert a rendu son rapport le 7 novembre 2018. Le 28 juin 2019, Mme B épouse A a bénéficié du versement d'une somme de 3 000 euros par le CH de Moulins-Yzeure à titre de provision à valoir sur l'indemnisation du préjudice subi. Par une ordonnance du 2 juillet 2019, la juge des référés du tribunal administratif de Clermont-Ferrand a ordonné une nouvelle expertise aux fins de chiffrer les préjudices de la requérante. L'expert a rendu son rapport le 2 novembre 2019. Par la présente requête, Mme B épouse A demande la condamnation du CH de Moulins-Yzeure à lui verser la somme globale de 57 618,74 euros en réparation de ses préjudices.

Sur la fin de non-recevoir opposée par le centre hospitalier de Moulins-Yzeure :

2. Aux termes de l'article L. 122-1 du code de la sécurité sociale :

" Tout organisme de sécurité sociale est tenu d'avoir un directeur général ou un directeur et un directeur comptable et financier. / () / Le directeur général ou le directeur décide des actions en justice à intenter au nom de l'organisme dans les matières concernant les rapports dudit organisme avec les bénéficiaires des prestations, les cotisants, les producteurs de biens et services médicaux et les établissements de santé, ainsi qu'avec son personnel, à l'exception du directeur général ou du directeur lui-même. Dans les autres matières, il peut recevoir délégation permanente du conseil ou du conseil d'administration pour agir en justice. Il informe périodiquement le conseil ou le conseil d'administration des actions qu'il a engagées, de leur déroulement et de leurs suites. / Le directeur général ou le directeur représente l'organisme en justice et dans tous les actes de la vie civile. Il peut donner mandat à cet effet à certains agents de son organisme ou à un agent d'un autre organisme de sécurité sociale () ".

3. Le mémoire présenté par la CPAM du Puy-de-Dôme, pour le compte de la CPAM de l'Allier, et enregistré le 9 juin 2020, est signé " Pour le directeur " par Mme C. Si le centre hospitalier de Moulins-Yzeure soutient que cette dernière n'avait pas compétence pour signer ledit mémoire, la CPAM du Puy-de-Dôme a toutefois produit un bon pour pouvoir habilitant Mme C à représenter le directeur de la CPAM du Puy-de-Dôme, régularisant ainsi les conclusions présentées par la caisse. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par le centre hospitalier de Moulins-Yzeure doit être écartée.

Sur les conclusions en déclaration de jugement commun:

4. Aux termes des dispositions de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " () L'intéressé ou ses ayants droit doivent indiquer, en tout état de la procédure, la qualité d'assuré social de la victime de l'accident ainsi que les caisses de sécurité sociale auxquelles celle-ci est ou était affiliée pour les divers risques. Ils doivent appeler ces caisses en déclaration de jugement commun ou réciproquement. A défaut du respect de l'une de ces obligations, la nullité du jugement sur le fond pourra être demandée pendant deux ans, à compter de la date à partir de laquelle ledit jugement est devenu définitif, soit à la requête du ministère public, soit à la demande des caisses de sécurité sociale intéressées ou du tiers responsable, lorsque ces derniers y auront intérêt () ". Il résulte des termes mêmes de ces dispositions que la caisse doit être appelée en déclaration de jugement commun dans l'instance ouverte par la victime contre le tiers responsable, le juge étant, le cas échéant, tenu de mettre en cause d'office la caisse si elle n'a pas été appelée en déclaration de jugement commun.

5. Par suite, les conclusions de la requérante tendant à ce que la caisse primaire d'assurance maladie soit appelée en déclaration de jugement commun doivent être accueillies. Il y a lieu en conséquence de déclarer le présent jugement commun à la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme, agissant pour la caisse primaire d'assurance maladie de l'Allier.

Sur la responsabilité du centre hospitalier de Moulins-Yzeure :

6. Mme B épouse A soutient que la responsabilité du centre hospitalier de Moulins-Yzeure est engagée dès lors que l'expert a conclu à l'imputabilité de l'état de la requérante à l'accident survenu le 8 novembre 2017. Il résulte de l'instruction, et notamment des rapports d'expertise des 11 octobre 2018 et 14 octobre 2019 et du certificat médical du 16 novembre 2017 d'un médecin du pôle médecine interne du centre hospitalier de Moulins-Yzeure, qu'alors qu'elle était hospitalisée au sein dudit centre hospitalier, Mme B épouse A a été installée sur un siège de douche, qui s'est rompu, entrainant sa chute. Dans les suites, elle a présenté une " fracture tassement de L1 avec un enfoncement inférieur à 25%, sans recul du mur postérieur ". Alors qu'elle indique, sans être contredite en défense, que ce siège de douche était vétuste et inadapté, la rupture dudit siège est de nature à révéler un défaut dans l'organisation et le fonctionnement du service. Dans ces conditions, compte tenu de ce manquement, qui n'est pas contesté par le centre hospitalier de Moulins-Yzeure, la responsabilité de cet établissement de santé doit être engagée en raison de la faute commise dans la prise en charge de Mme B épouse A le 8 novembre 2017.

Sur l'évaluation des préjudices :

En ce qui concerne le déficit fonctionnel :

7. D'une part, il résulte de l'instruction que Mme B épouse A a subi une période de déficit fonctionnel temporaire total en lien direct et certain avec sa chute entre le 8 novembre 2017, date de l'accident, et le 13 novembre 2017, puis du 17 juillet 2018, date à laquelle elle a été opérée, au 20 juillet 2018. Elle a également subi un déficit fonctionnel temporaire évalué à 50% par l'expert entre le 14 novembre 2017 et le 16 juillet 2018, puis à 25% entre le 21 juillet 2018 et le 21 août 2018 et enfin à 10% entre le 22 août 2018 et le 21 février 2019, date de consolidation de son état de santé. Ainsi, en tenant compte d'une base mensuelle d'indemnisation de 400 euros par mois pour un déficit fonctionnel total, il sera fait une juste appréciation du déficit fonctionnel temporaire subi par Mme B épouse A en l'évaluant à la somme totale de 2 118 euros.

8. D'autre part, il résulte du rapport d'expertise que le déficit fonctionnel permanent subi par Mme B épouse A en lien direct et certain avec sa chute peut être évalué à un taux de 8%. Compte tenu de l'âge de la requérante à la date de consolidation de son état de santé et des circonstances que Mme B épouse A connait, depuis sa chute, une limitation dans sa mobilité ainsi qu'une dégradation de ses conditions d'existence, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en le fixant à la somme de 9 000 euros.

En ce qui concerne les souffrances endurées :

9. Les souffrances subies par Mme B épouse A ont été évaluées par l'expert à 3,5 sur une échelle de 1 à 7. Il y a donc lieu d'évaluer ce chef de préjudice à la somme de 5 000 euros.

En ce qui concerne le préjudice esthétique :

10. La requérante conserve une cicatrice dans le dos à la suite de l'intervention chirurgicale dont elle a fait l'objet. Le préjudice esthétique de Mme B épouse A est évalué par l'expert à 0,25 sur une échelle de 1 à 7. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en le fixant à la somme de 200 euros.

En ce qui concerne le préjudice d'agrément :

11. Alors que l'expert n'a retenu aucun préjudice d'agrément et que Mme B épouse A souffre d'autres pathologies invalidantes, la requérante se borne à indiquer qu'elle ne peut plus jardiner, si bien qu'elle n'établit pas qu'elle subirait un préjudice d'agrément qu'il conviendrait d'indemniser en lien avec la chute dont elle a été victime. Par suite, elle n'est pas fondée à demander l'indemnisation d'un tel préjudice.

En ce qui concerne l'assistance par tierce personne :

12. D'une part, lorsque le juge administratif indemnise dans le chef de la victime d'un dommage corporel la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne, il détermine le montant de l'indemnité réparant ce préjudice en fonction des besoins de la victime et des dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il doit à cette fin se fonder sur un taux horaire permettant, dans les circonstances de l'espèce, le recours à l'aide professionnelle d'une tierce personne d'un niveau de qualification adéquat, sans être lié par les débours effectifs dont la victime peut justifier. Il n'appartient notamment pas au juge, pour déterminer cette indemnisation, de tenir compte de la circonstance que l'aide a été ou pourrait être apportée par un membre de la famille ou un proche de la victime.

13. D'autre part, en vertu des principes qui régissent l'indemnisation par une personne publique des victimes d'un dommage dont elle doit répondre, il y a lieu de déduire de l'indemnité allouée à la victime du dommage dont un établissement public hospitalier est responsable, au titre de l'assistance par tierce personne, les prestations versées par ailleurs à cette victime et ayant le même objet. Il en va ainsi tant pour les sommes déjà versées que pour les frais futurs. Cette déduction n'a toutefois pas lieu d'être lorsqu'une disposition particulière permet à l'organisme qui a versé la prestation d'en réclamer le remboursement si le bénéficiaire revient à meilleure fortune. Doivent, ainsi, être déduits de la fraction de l'indemnité destinée à réparer le besoin d'assistance par une tierce personne, dès lors qu'elles ne peuvent donner lieu à remboursement en cas de retour à meilleure fortune, les éléments de la prestation de compensation du handicap servie par le département en application de l'article L. 245-1 du code de l'action sociale et des familles affectés au financement d'une telle assistance.

14. Il résulte de l'instruction, que Mme B épouse A a eu besoin, entre le 14 novembre 2017 et le 16 juillet 2019, de l'assistance d'une tierce personne à raison de deux heures hebdomadaires du fait de sa difficulté à effectuer les tâches de la vie quotidienne. Si la requérante précise qu'en dehors de cette période, elle a également besoin de l'aide de son époux pour se lever et se vêtir, il résulte de ce qui a été dit précédemment que Mme B épouse A présente d'autres pathologies invalidantes, si bien que l'aide apportée par son époux ne peut être imputée avec certitude à sa chute.

15. Par suite, il sera fait une juste appréciation du préjudice résultant de la nécessité de recourir à une tierce personne, pour la période du 14 novembre 2017 au 16 juillet 2019, en l'indemnisant sur la base d'une année de 412 jours, tenant compte des congés payés et des jours fériés, et d'un taux horaire moyen de rémunération fixé à 13 euros, intégrant les charges patronales et les majorations de rémunération dues les dimanches. Ainsi, le préjudice subi par la requérante doit être évalué à la somme de 1 027 euros, dont devront être déduites, le cas échéant, les aides perçues au titre de l'assistance par une tierce personne pour la même période, à l'exception de celles pour lesquelles une disposition particulière permet à l'organisme qui a versé la prestation d'en réclamer le remboursement si le bénéficiaire revient à meilleure fortune.

En ce qui concerne les autres dépenses engagées par la requérante :

16. D'une part, Mme B épouse A soutient avoir exposé des sommes pour l'adaptation de son logement. Toutefois, eu égard aux autres pathologies dont la requérante souffre, cette dernière n'établit pas le lien de causalité entre ces aménagements et la chute dont elle a été victime. Par suite, elle n'est pas fondée à demander l'indemnisation de ce poste de préjudice.

17. D'autre part, Mme B épouse A demande l'indemnisation des frais de déplacements exposés en raison de son accident. Si elle produit des attestations de passage d'un taxi pour se rendre chez son podologue, elle ne produit toutefois aucune facture de ces passages, ni n'établit que ces rendez-vous sont en lien avec sa chute. De la même manière, si elle a sollicité un taxi pour se rendre à un rendez-vous médical le 30 novembre 2017, elle n'établit pas que ce rendez-vous était en lien avec sa chute. Enfin, si elle a sollicité un taxi pour se rendre chez son avocat le 9 février 2018, elle n'établit pas plus le lien entre ce rendez-vous et sa chute. En revanche, elle justifie avoir exposé la somme de 370 euros pour se rendre à l'expertise du 14 octobre 2019, ordonnée par le tribunal administratif de Clermont-Ferrand dans le cadre du présent litige. Par suite, elle est fondée à demander l'indemnisation de ce dernier trajet.

18. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B épouse A est fondée à demander à ce que le centre hospitalier de Moulins-Yzeure soit condamné à lui verser la somme totale de 17 715 euros. Toutefois, il résulte de ce qui a été dit au point 1 du présent jugement que la requérante a bénéficié, le 28 juin 2019, d'une provision de 3 000 euros à déduire de la somme devant être versée par le centre hospitalier, ramenant cette dernière à 14 715 euros.

Sur les conclusions de la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme :

En ce qui concerne les débours :

19. D'une part, il résulte de l'instruction que Mme B épouse A est atteinte d'une polyarthrite rhumatoïde lui causant des douleurs d'épaule, de genoux, de poignets et aux articulations des doigts et qu'elle a été victime en septembre 2017 d'un accident de la voie publique ayant pour conséquence des douleurs du genou gauche et des céphalées persistantes. Si la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme soutient avoir exposés des frais médicaux et de transport imputables au seul accident du 8 novembre 2017, il résulte toutefois de l'instruction que les consultations de rhumatologie et de neurologie du 31 janvier 2018 sont en lien avec l'accident de la voie publique dont la requérante a été victime en septembre 2017 et que la consultation de rhumatologie du 12 février 2018 ainsi que la radiographie de l'épaule droite du 20 mars 2018 intitulée " forfait technique normal " sont en lien avec la polyarthrite rhumatoïde dont elle est atteinte. Par suite, la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme est fondée à solliciter le remboursement des débours qu'elle a exposés s'agissant des frais médicaux et des frais de transports tels que mentionnés dans l'attestation d'imputabilité à l'exclusion des frais médicaux correspondant aux consultations et actes médicaux réalisés les 31 janvier 2018, 12 février 2018 et 20 mars 2018 et des frais de transport du 12 février 2018, Mme B épouse A ayant été véhiculé pour se rendre à une consultation de rhumatologie dont le lien de causalité avec la chute du 8 novembre 2017 n'est pas établi.

20. D'autre part, s'agissant des frais pharmaceutiques, infirmiers et d'appareillage, si le centre hospitalier de Moulins-Yzeure soutient que ces frais sont sans lien avec l'accident de la requérante, il n'apporte toutefois aucun élément au soutien de ses allégations.

21. Dans ces conditions, il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier de Moulins-Yzeure le remboursement des sommes que la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme justifie avoir exposées en lien avec la chute de la requérante, et déduction faite des franchises restées à la charge de la requérante d'un montant de 41,17 euros, des frais d'hospitalisation du 9 novembre 2017 au 13 novembre 2017, puis du 17 juillet 2018 au 20 juillet 2018 à hauteur de 7 909,60 euros, des frais médicaux et de transports à l'exclusion de ceux mentionnés au point 19, des frais pharmaceutiques à hauteur de 478,79 euros et des frais d'appareillage à hauteur de 3 685,63 euros.

En ce qui concerne l'indemnité forfaitaire de gestion :

22. Il résulte des dispositions du neuvième alinéa de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale que le montant de l'indemnité forfaitaire qu'elles instituent est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un plafond dont le montant est révisé chaque année par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget. Lorsque, par application de cet article, le montant de l'indemnité forfaitaire est relevé par arrêté interministériel, la caisse n'est pas obligée d'actualiser devant le juge le montant de ses conclusions. Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 18 décembre 2023 relatif aux montants de l'indemnité forfaitaire de gestion : " Les montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale sont fixés respectivement à 118 € et 1 191 € au titre des remboursements effectués au cours de l'année 2024. ".

23. En application des dispositions citées ci-dessus, il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier de Moulins-Yzeure, le versement de la somme de 1 191 euros à raison des frais engagés par la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme pour obtenir le remboursement des prestations servies à son assurée.

Sur les frais d'expertise :

24. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge définitive du centre hospitalier de Moulions-Yzeure les sommes de 750 euros et de 1 000 euros au titre des frais et honoraires d'expertises taxés respectivement par ordonnances rendues par la magistrate déléguée du tribunal le 12 novembre 2018, sous le n° 1800564, et le 21 novembre 2019, sous le n° 1900890.

Sur les frais liés au litige :

25. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier de Moulins-Yzeure la somme demandée par la CPAM du Puy-de-Dôme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

26. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier de Moulins-Yzeure la somme de 1 500 euros à verser à Mme B épouse A au titre des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : Le présent jugement est déclaré commun à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Allier.

Article 2 : Le centre hospitalier de Moulins-Yzeure est condamné à verser à Mme B épouse A la somme de 14 715 euros.

Article 3 : Le centre hospitalier de Moulins-Yzeure est condamné à verser à la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme la somme correspondant aux débours exposés par elle tels que définis au point 21 du jugement.

Article 4 : Le centre hospitalier de Moulins-Yzeure est condamné à verser à la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme la somme de 1 191 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Article 5 : Les sommes de 750 et 1000 euros sont mises à la charge définitive du centre hospitalier de Moulins-Yzeure au titre de l'article R. 761-1 du code de justice administrative.

Article 6 : Le centre hospitalier de Moulins-Yzeure versera à Mme B épouse A la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 8 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B épouse A, au centre hospitalier de Moulins-Yzeure et à la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme.

Délibéré après l'audience du 28 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Caraës, présidente,

M. Jurie, premier conseiller,

Mme Bollon, première conseillère.

Rendu public par la mise à disposition au greffe le 16 juillet 2024.

La rapporteure,

L. BOLLON

La présidente,

R. CARAËS

La greffière,

F. LLORACH

La République mande et ordonne à la préfète de l'Allier, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.JC

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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110

Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.

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Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.

01/06/2026

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Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

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Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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