jeudi 22 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2000874 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 2 |
| Avocat requérant | SCP LANGLAIS BRUSTEL LEDOUX ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 4 juin 2020, la société Mazet, représentée par la SCP Langlais et associés, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Université Clermont Auvergne à lui payer la somme de 40 812,50 euros, retenue au titre des pénalités de retard au décompte général définitif du marché 2014-84 qui la liait à cet établissement ;
2°) de condamner l'Université Clermont Auvergne à lui payer la somme de 595 088 euros HT à titre d'indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis à l'occasion de ce chantier ;
3°) de mettre à la charge de l'Université Clermont Auvergne la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les pénalités de retard qui lui ont été infligées ne sont pas justifiées, comme elle l'avait indiqué à l'Université dans son mémoire en réclamation du 28 décembre 2018 ;
- elle est fondée à obtenir de l'Université la réparation des préjudices qu'elle a subis, à savoir une perte de chiffre d'affaires, le coût lié à l'immobilisation pendant six mois de moyens matériels et humains importants, une perte de rendement et des travaux non prévus.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 juillet 2020, l'Université Clermont Auvergne conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- les pénalités de retard appliquées sont justifiées ; le montant des pénalités encourues était de 545 377,76 euros, qu'elle a décidé de plafonner pour la ramener à un montant supportable pour la société ;
- concernant les indemnités réclamées, aucune faute ne peut lui être imputée dans le retard de l'exécution des prestations objets du marché ; la société requérante n'apporte aucun élément de nature à justifier les montants qu'elle réclame au titre de sa perte de chiffre d'affaires, du coût lié à l'immobilisation de moyens et de sa perte de rendement ;
- concernant les travaux non prévus pour un montant de 5 000 euros HT, la société Mazet ne lui a pas adressé de facture ; elle est disposée à régler cette somme qu'elle ne conteste pas.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu le code de justice administrative ;
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Trimouille, rapporteure ;
- les conclusions de Mme Luyckx, rapporteure publique ;
- les observations de Me Langlais pour la société Mazet, et de Mme A pour l'Université Clermont Auvergne.
Considérant ce qui suit :
1. Dans le cadre de la construction de son centre de recherches biocliniques, l'Université d'Auvergne, devenue Université Clermont Auvergne, a attribué le lot n° 6 (doublages, cloisons, faux-plafonds et peintures) à la société Mazet. Le marché lui a été notifié le 5 janvier 2015 pour un montant initial de 1 148 971,40 euros HT, qui a finalement atteint 1 205 511,27 euros HT. Le 27 novembre 2018, l'Université Clermont Auvergne a adressé à la société une proposition de décompte général faisant apparaître des pénalités de retard pour un montant total de 40 812,50 euros. Par un mémoire en réclamation du 28 décembre 2019, la société Mazet a contesté ces pénalités de retard, et demandé à l'Université de l'indemniser des préjudices qu'elle estime avoir subis à l'occasion du chantier. Ce mémoire en réclamation n'a pas obtenu de réponse, mais les parties ont saisi le comité consultatif interrégional de règlement amiable des litiges relatifs aux marchés publics de Lyon qui, le 12 février 2020, s'est prononcé en faveur de la restitution à la société Mazet des pénalités de retard. La société requérante demande au tribunal de condamner l'Université Clermont Auvergne à lui restituer 40 812,50 euros au titre des pénalités de retard et 595 088 euros HT à titre d'indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis.
Sur les pénalités de retard :
2. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du courrier adressé par le président de l'Université Clermont-Auvergne le 18 juillet 2017 à la société Mazet, que le retard total constaté pour le lot n° 6 dont elle était titulaire s'élève à 1 424 jours, pour lequel le montant de 40 812,50 euros de pénalités de retard a été retenu par le maître d'ouvrage.
3. Lorsque le cocontractant n'est que partiellement responsable d'un retard dans l'exécution du contrat, les pénalités applicables doivent être calculées seulement d'après le nombre de jours de retard imputables au cocontractant lui-même.
4. Il ressort de l'instruction, et notamment de sa requête et de son mémoire en réclamation du 28 décembre 2019, que la société Mazet ne conteste pas le décompte du nombre de jours de retard concernant le lot dont elle était titulaire, qui s'établit donc à 1 424, mais uniquement le bien-fondé de mise à sa charge de pénalités de retard sur le fondement de ce décompte, dès lors que son propre retard serait la conséquence du retard pris par les autres entreprises intervenantes sur le chantier, lui-même causé par une désorganisation de celui-ci qui serait entièrement imputable à l'Université Clermont-Auvergne. La société Mazet ne conteste pas non plus avoir été destinataire des ordres de service modifiant le planning des travaux, ni des comptes rendus de chantier et des courriers d'alerte faisant état de son retard, qu'elle n'allègue au demeurant pas avoir contestés.
5. Il ressort également de l'instruction que le montant des pénalités de retard s'établissait contractuellement à 1/3000e du montant du marché, soit 382,99 euros hors révisions par jour de retard. Ainsi, au titre de 1 424 jours de retard, l'Université aurait été fondée à retenir en retenant un montant de 545 377,76 euros. En décidant de plafonner les pénalités de retard à un montant total de 40 812,50 euros, le maître d'ouvrage a retenu un montant correspondant à la somme qui aurait été due pour environ 107 jours de retard seulement, soit des pénalités d'un niveau très inférieur à celui que la seule application des documents contractuels aurait conduit à retenir.
6. De plus, il ressort des termes mêmes du mémoire en réclamation du 28 décembre 2019 que la société Mazet y conteste sa responsabilité d'une part dans le retard subi par les travaux du " bâtiment existant " du rez-de-chaussée au R + 5 et, d'autre part, dans celui subi par les amphithéâtres. Les retards, mentionnés dans le courrier de l'Université en date du 18 juillet 2017, de 137 jours pour les " peintures et plafonds du logement " et 186 jours pour la " mise en peinture de la zone ERP ", ne font pas l'objet d'une contestation de sa responsabilité par la société requérante. A supposer donc que seuls ces 323 jours de retard soient effectivement imputables à la société Mazet, l'application des pénalités de retard contractuellement définies aurait conduit l'Université à retenir la somme de 123 705,77 euros, près de trois fois supérieure à la somme effectivement retenue.
7. Dans ces conditions, et dès lors que les pénalités infligées au titre du lot litigieux sont fondées sur un nombre de jours de retard largement inférieur à ceux constatés lors de la réalisation du chantier, la société Mazet n'est pas fondée à en solliciter le remboursement.
Sur les autres préjudices :
En ce qui concerne la faute du maître d'ouvrage :
8. Pour demander l'indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis à l'occasion du chantier litigieux, la société Mazet fait valoir que l'Université Clermont-Auvergne est responsable d'une désorganisation extrême de celui-ci, de sorte que l'ensemble des intervenants ont subi des retards qui se sont, en bout de chaîne, répercutés sur la conduite de son propre lot. A l'appui de ces allégations, elle produit notamment des photographies, les plannings modificatifs successifs et des échanges de courriels. Toutefois, ces documents ne sauraient suffire à établir la faute de l'Université Clermont-Auvergne, dès lors que la société Mazet ne conteste pas que ces modifications de plannings, au nombre de trois, lui ont été régulièrement notifiées, qu'elle n'établit ni même n'allègue ne pas avoir donné suite au courriel du 10 septembre 2015 par lequel le responsable travaux lui proposait d'ajuster son devis à la hausse pour tenir compte des conditions du chantier plus difficiles que prévu, et que, enfin, les photographies produites ne sont ni datées ni géolocalisées.
En ce qui concerne la perte de chiffre d'affaires :
9. Si elle fait valoir un décalage de six mois du début du chantier pour demander l'indemnisation de 86 250 euros au titre de sa perte de chiffre d'affaires, la société Mazet ne produit aucun élément, en particulier comptable, pour justifier le calcul au terme duquel elle parvient à la somme demandée. Dès lors, la perte alléguée n'étant pas justifiée, la société requérante ne saurait être indemnisée sur ce fondement.
En ce qui concerne les coûts liés à l'immobilisation de moyens matériels et humains :
10. La société Mazet fait valoir qu'elle a immobilisé 243 salariés pendant une période de six mois, ainsi que des moyens matériels, ce qui lui aurait valu une perte de 382 725 euros. Toutefois, le montant du préjudice ainsi allégué, ainsi que le mode de calcul, en particulier le coefficient de 45 euros par jour appliqué par la société requérante, ne sont établis par aucune pièce justificative. Au demeurant, il résulte de l'instruction que la société a été informée dès février 2015 que le chantier serait décalé de six mois, sans invoquer de circonstances qui lui auraient interdit de redéployer les moyens initialement dédiés au chantier de l'Université sur d'autres chantiers pendant cette période. Dès lors, la demande indemnitaire présentée au titre du coût des immobilisations doit être rejetée.
En ce qui concerne la perte de productivité :
11. La société requérante fait valoir que la désorganisation du chantier a été à l'origine pour elle d'une perte de rendement de l'ordre de 10 %, soit 121 113 euros HT. Là encore, en l'absence de pièce justifiant le montant retenu et dès lors que, ainsi qu'il a été dit au point 8, la société Mazet n'a pas donné suite au courriel du 10 septembre 2015 lui proposant de réajuster son devis à la hausse pour tenir compte des nouvelles contraintes apparues sur le chantier, elle n'est pas fondée à demander l'indemnisation de ce chef de préjudice.
En ce qui concerne les travaux non prévus :
12. Les travaux pour lesquels la société Mazet demande le versement de la somme de 5 000 euros HT ne sont pas contestés par l'Université, ni dans leur principe ni dans leur montant. Toutefois, il est constant que l'Université Clermont Auvergne n'a pas été rendue destinataire de la facture correspondante. Dès lors, la présente demande ne peut qu'être rejetée.
13. Il résulte de tout ce qui précède que la société Mazet n'est pas fondée à demander la condamnation de l'Université Clermont Auvergne.
Sur l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
14. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Université Clermont Auvergne, qui n'est pas la partie perdante, la somme demandée par la société Mazet sur leur fondement.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Mazet est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Mazet et à l'Université Clermont Auvergne.
Délibéré après l'audience du 8 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Bader-Koza, présidente,
Mme Jaffré, première conseillère,
Mme Trimouille, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2022.
La rapporteure,
C. TRIMOUILLE
La présidente,
S. BADER-KOZA
Le greffier,
P. MANNEVEAU
La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026