mardi 16 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2001133 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 1 |
| Avocat requérant | Archers - LABRO |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 8 juillet 2020, le président de la neuvième chambre du tribunal administratif de Montreuil a transmis au tribunal, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, le dossier de la requête présentée par la société par actions simplifiées Pôle santé République.
Par cette requête, enregistrée le 25 mars 2020, des mémoires, enregistrés les 3 mars 2021 et 21 février 2022, un mémoire récapitulatif produit en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, enregistré le 26 avril 2022 et non communiqué, et un mémoire, enregistré le 9 avril 2024, la société par actions simplifiées (SAS) Pôle santé République, représentée par le cabinet Archers, Me Labro, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Établissement français du sang à lui verser une somme de 38 642,85 euros correspondant au montant de la taxe sur la valeur ajoutée qu'elle estime avoir indument acquittée de janvier 2015 à décembre 2018 pour la livraison de produits sanguins labiles ;
2°) de mettre à la charge de l'Établissement français du sang une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les produits sanguins labiles dérivés du sang que lui a livrés l'Établissement français du sang étaient exonérés de la taxe sur la valeur ajoutée en vertu, d'une part, du d) du 1er paragraphe de l'article 132 de la directive 2006/112/CE dite " TVA ", précisé par la décision du 5 octobre 2016 de la Cour de justice de l'Union européenne, et, d'autre part, du 2° du 4 de l'article 261 du code général des impôts, qui assure la transposition de cette directive ;
- cette exonération a un effet rétroactif à l'entrée en vigueur de ladite directive ;
- sa demande en restitution ne concerne pas l'imposition en elle-même mais une surfacturation dans le cadre de relations contractuelles, si bien que sa demande est bien dirigée ; la créance n'est pas de nature fiscale ;
- elle est recevable à présenter sa demande de remboursement auprès de l'Établissement français du sang, quand bien même cet établissement n'a agi qu'en qualité de collecteur de la taxe sur la valeur ajoutée ;
- sa demande n'est pas nouvelle dès lors qu'elle a fait l'objet d'une demande préalable ;
- sa créance est certaine dès lors qu'elle s'appuie sur des factures établies par l'Etablissement français du sang ;
- sa créance n'est pas prescrite dès lors que seule la prescription quadriennale s'applique à la créance qu'elle détient sur l'Établissement français du sang, les règles de prescription fiscales ne trouvant à s'appliquer que pour les demandes adressées à l'administration fiscale.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 29 janvier, 26 mai 2021 et le 21 mars 2022, un mémoire récapitulatif produit en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, enregistré le 25 avril 2022, et un mémoire, enregistré le 19 janvier 2023, ces deux derniers n'ayant pas été communiqués, l'Établissement français du sang, représenté par le cabinet Fidal, Me Alparslan, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 4 000 euros soit mise à la charge de la requérante sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il n'est que le collecteur de la taxe sur la valeur ajoutée, de sorte que la société requérante, qui doit s'adresser directement à l'administration fiscale, n'est pas recevable à lui demander la restitution de la taxe versée au titre de livraisons de produits sanguins labiles ;
- en tant que collecteur de la taxe sur la valeur ajoutée, il n'a aucun pouvoir pour octroyer le remboursement de cette taxe ; la créance dont se prévaut la requérante n'est pas de nature commerciale ; il ne s'est par ailleurs pas enrichi sans cause ;
- il n'a commis aucune faute en appliquant l'interprétation administrative de la loi fiscale, dont il peut se prévaloir et dont il a suivi l'évolution en ne facturant plus la taxe sur la valeur ajoutée à compter du 26 décembre 2018 ;
- la prescription applicable au litige est celle qui résulte des dispositions combinées des articles L. 190 et R. 196-1 du livre des procédures fiscales, non la prescription quadriennale de droit commun. ;
- la demande de la société requérante est irrecevable, faute d'avoir été précédée d'une demande préalable.
Par une lettre du 4 avril 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période à laquelle il était envisagé d'appeler l'affaire à une audience et que l'instruction pourrait être close à partir du 2 mai 2024 sans information préalable.
Une ordonnance portant clôture de l'instruction immédiate a été prise le 2 mai 2024.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la directive 2006/112/CE du Conseil du 28 novembre 2006 ;
- le code civil ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Caraës,
- et les conclusions de M. Panighel, rapporteur public ;
Considérant ce qui suit :
1. L'Établissement français du sang, chargé du service public transfusionnel, a vendu à la société par actions simplifiées Pôle santé République, au cours des années 2015 à 2018, des produits dérivés du sang humain, dits " produits sanguins labiles ", en soumettant ces livraisons à la taxe sur la valeur ajoutée au taux de 2,10 % en application des dispositions de l'article 281 octies du code général des impôts dans leur rédaction alors applicable. La société requérante a demandé le 30 septembre 2019 à l'Établissement français du sang de lui rembourser la taxe qu'elle estimait avoir acquitté à tort sur ces livraisons. Sa demande a été rejetée par une décision du directeur de l'Établissement français du sang en date du 27 janvier 2020. Par sa requête, la société Pôle santé République demande au tribunal de condamner l'Établissement français du sang à lui verser une somme de 38 642, 85 euros correspondant au montant de la taxe sur la valeur ajoutée qu'elle estime lui avoir indument versée.
Sur la liaison du contentieux :
2. Dans son courrier du 30 septembre 2019, la société Pôle santé République a demandé à l'établissement français du sang de lui rembourser la taxe sur la valeur ajoutée qui lui a été facturée à tort entre les mois de janvier 2015 et décembre 2018 dans le cadre de livraison de produits sanguins labiles à usage thérapeutique. Dans ces conditions, elle doit être regardée comme présentant une action en répétition de l'indu, si bien que ledit courrier est de nature à lier le contentieux.
Sur l'assujettissement des livraisons de produits sanguins labiles à la taxe sur la valeur ajoutée :
3. Les dispositions du d du 1 de l'article 132 de la directive 2006/112/CE du Conseil du 28 novembre 2006 relative au système commun de taxe sur la valeur ajoutée, transposées par les dispositions du 2° du 4 de l'article 261 du code général des impôts, prévoient que les livraisons de sang humain sont exonérées de la taxe sur la valeur ajoutée. Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne et notamment de l'arrêt du 5 octobre 2016 TMD Gesellschaft für transfusionsmedizinische Dienste mbH C-412/15 que sont inclus dans le champ de cette exonération les livraisons de produits sanguins labiles destinés à un usage thérapeutique direct.
4. Par suite, les dispositions de l'article 281 octies du code général des impôts dans leur rédaction en vigueur jusqu'au 31 décembre 2021, aux termes desquelles : " La taxe sur la valeur ajoutée est perçue au taux de 2,10 % pour les livraisons portant () sur les produits visés au 1° () de l'article L. 1221-8 du code de la santé publique. () ", c'est-à-dire les " produits sanguins labiles, comprenant notamment le sang total, le plasma dans la production duquel n'intervient pas un processus industriel, quelle que soit sa finalité, et les cellules sanguines d'origine humaine ", étaient contraires aux dispositions du d du 1 de l'article 132 de la directive 2006/112/CE du Conseil du 28 novembre 2006 en tant qu'elles assujettissaient à la taxe sur la valeur ajoutée les produits sanguins labiles destinés à un usage thérapeutique direct.
Sur le droit à restitution de la taxe sur la valeur ajoutée facturée à tort :
5. Il résulte de l'instruction que, jusqu'au mois de décembre 2018, l'Établissement français du sang a facturé à la société Pôle santé République les produits sanguins labiles à usage thérapeutique qu'il livrait en soumettant ces livraisons à la taxe sur la valeur ajoutée au taux de 2,10 % en application des dispositions de l'article 281 octies du code général des impôts, dans leur rédaction alors en vigueur, et de celles de l'article 4 de l'arrêté du 9 mars 2010 relatif au tarif de cession des produits sanguins labiles, dans sa rédaction en vigueur jusqu'au 26 décembre 2018. Il résulte de ce qui a été dit au point 3 que cette taxe sur la valeur ajoutée a été facturée en méconnaissance du droit de l'Union européenne.
6. D'une part, aux termes du premier alinéa de l'article 1302 du code civil : " () ce qui a été reçu sans être dû est sujet à restitution ". Aux termes de l'article 1302-1 du même code : " Celui qui reçoit par erreur ou sciemment ce qui ne lui est pas dû doit le restituer à celui de qui il l'a indûment reçu ".
7. D'autre part, il résulte de la directive 2006/112/CE du Conseil du 28 novembre 2006 relative au système commun de taxe sur la valeur ajoutée, telle qu'interprétée par la Cour de justice de l'Union européenne notamment dans son arrêt du 15 mars 2007 Reemtsma Cigarettenfabriken GmbH C-35/05, que, lorsque l'acquéreur d'un bien a versé au fournisseur la taxe sur la valeur ajoutée mentionnée à tort sur les factures émises par ce dernier, il ne peut se prévaloir d'un droit à déduction de cette taxe. Les autorités fiscales nationales sont, dès lors, fondées à refuser à l'acquéreur l'exercice de ce droit ainsi que, le cas échéant, la restitution du crédit de taxe déductible qui en découle. En revanche, l'acquéreur peut demander au fournisseur le remboursement de la taxe qu'il a indûment supportée. Si la restitution de la taxe sur la valeur ajoutée devient impossible ou excessivement difficile, notamment en cas d'insolvabilité du vendeur, le principe d'effectivité peut exiger que l'acquéreur puisse présenter sa demande de restitution directement aux autorités fiscales nationales lesquelles peuvent, avant d'accorder la restitution demandée, vérifier que le risque de perte de recettes fiscales a été préalablement éliminé, notamment du fait que l'auteur de la facture erronée a reversé au Trésor public la taxe indûment collectée.
8. Conformément à ce qui a été dit au point précédent, pour obtenir la restitution de la taxe sur la valeur ajoutée qui lui a été facturée à tort, l'acquéreur doit prioritairement s'adresser, y compris le cas échéant par la voie juridictionnelle, à son fournisseur si celui-ci n'a pas pris l'initiative de lui rembourser l'indu correspondant, et, seulement à titre subsidiaire, à l'administration fiscale si l'obtention de la restitution de la taxe indue auprès du fournisseur est impossible ou excessivement difficile.
9. Par suite, la société Pôle santé République est recevable à demander, par la voie d'une action civile en restitution de l'indu, à l'Établissement français du sang le remboursement de la taxe sur la valeur ajoutée facturée à tort sur les livraisons de produits sanguins labiles, sans que puisse lui être opposées ni la correcte exécution du contrat, ni l'exception de recours parallèle de la procédure fiscale de restitution d'impositions indues prévue par l'article L. 190 du livre des procédures fiscales.
Sur l'exception de prescription :
10. L'action engagée par la société requérante qui, comme il vient d'être dit, n'agit pas en qualité de contribuable assujetti à la taxe sur la valeur ajoutée, a le caractère d'un recours de plein contentieux soumis aux dispositions des articles R. 421-1 et suivants du code de justice administrative et aux règles relatives à la prescription quadriennale prévue par la loi du 31 décembre 1968. Il suit de là que l'exception de prescription tirée de ce que la créance dont se prévaut la société requérante serait prescrite en vertu des dispositions de l'article L. 190 du livre des procédures fiscales, doit être écartée.
Sur le montant de la restitution :
11. L'Établissement français du sang ne conteste pas avoir facturé à la société Pôle santé République la taxe sur la valeur ajoutée sur les livraisons de produits sanguins labiles pour un montant de 9 155,79 euros pour l'année 2015, de 7 524,37 euros pour l'année 2016, de 10 105,32 euros pour l'année 2017 et de 11 857,37 euros pour l'année 2018. Ces montants ayant été facturés à tort, la société Pôle santé République est fondée à demander la condamnation de l'Établissement français du sang à lui restituer une somme de 38 642,85 euros correspondant au montant total de la taxe sur la valeur ajoutée qui lui a été indument facturée.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société Pôle santé République, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que l'Établissement français du sang demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de l'Établissement français du sang une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par la société requérante et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etablissement français du sang est condamné à verser une somme de 38 642, 85 euros à la société Pôle santé République.
Article 2 : L'Etablissement français du sang versera à la société Pôle santé République la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions de l'Etablissement français du sang au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiées (SAS) Pôle santé République et à l'Etablissement français du sang.
Délibéré après l'audience du 28 juin 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Caraës, présidente,
M. Jurie, premier conseiller,
Mme Bollon, première conseillère.
Rendu public par la mise à disposition au greffe le 16 juillet 2024.
La présidente-rapporteure,
R. CARAËS
L'assesseur le plus ancien,
dans l'ordre du tableau,
G. JURIE
La greffière,
F. LLORACH
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.JC
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026