vendredi 20 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2001219 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 1 |
| Avocat requérant | HPML |
Vu la procédure suivante :
I - Par une requête, enregistrée le 21 juillet 2020 sous le n° 2001219, et un mémoire complémentaire, enregistré le 18 décembre 2020, M. A B, représenté par le cabinet HPML, Me Rolland, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu, de contributions sociales et de la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus auxquelles il a été assujetti au titre des années 2013 et 2014 ainsi que des majorations correspondantes ;
2°) de lui accorder le sursis de paiement prévu à l'article L. 277 du livre des procédures fiscales ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- s'agissant de l'acquisition de deux appartements en état futur d'achèvement à Phuket, les contrats de réservation signés le 1er juillet 2013 et les factures ont été établis au nom de la société Atlantis 63 ; la propriété apparente de ces biens a été transférée à une société de droit local afin de se conformer aux obligations résultant du droit thaïlandais ; deux baux d'une durée de quatre-vingt dix ans ont été conclus par la société Atlantis 63 afin de sécuriser son investissement ; au plan comptable, le montant des virements correspondant au prix d'achat des appartements a été porté à l'actif du bilan de la société dans le compte n° 213180 ; le rapport de gestion du président de la société pour l'exercice 2013 mentionne l'existence d'investissements immobiliers en Thaïlande ; l'interposition de la société Lima 634, pure société de façade, ne permet pas de contester la validité de l'inscription des biens à l'actif ; les baux de quatre-vingt-dix ans sont signés par le bailleur, M. D et la société Atlantis 63 est désignée comme le preneur à bail sous le terme anglais " lessee " ; lors de la création de la société Lima 634, la société Atlantis 63 ne pouvait pas être enregistrée comme associée en application de l'article 1097 du Thai Business Law en raison de sa qualité de personne morale ; il n'était pas associé de la société Lima 634 au 31 décembre 2013 mais une régularisation a été faite en décembre 2016, la société Atlantis 63 apparaissant à compter de cette date dans le capital de la société thaïlandaise Lima 634 ; les factures jointes sont précises et claires ; la différence entre les montants figurant dans les actes et ceux indiqués dans les factures correspond à l'existence de frais ; la société Atlantis 63 jouit d'un droit réel immobilier en direct sur les biens en litige et contrôlait les actifs immobiliers et la société Lima 634 ;
- en ce qui concerne l'achat de terrains, s'agissant de l'achat du plot 98 situé à Koh Samui, appelé Orange Land, la société Atlantis 63 a décidé d'effectuer cet achat par l'intermédiaire de la société Lima 634 et la société Lou 100 a été constituée afin d'accueillir la propriété du plot ; la société Atlantis 63 apparaît sur un document valant facture pour l'achat de ce terrain, a régulièrement comptabilisé cet achat à son actif et en a fait mention dans son rapport de gestion pour 2014 ; le total des trois virements correspond au prix d'acquisition des actifs et aux frais ; il ne peut y avoir de désinvestissement ;
- selon la doctrine BOI-BIC-CHG-20-10-10 n°1 et suivants, une entreprise possède le contrôle d'un élément lorsqu'elle en maîtrise l'utilisation, en assume les coûts, notamment d'entretien, ainsi que la responsabilité en cas de dommage à autrui, ce qui est le cas en l'espèce ;
- le c. de l'article 111 du code général des impôts est inapplicable en l'absence d'avantage ; il n'existe ni appauvrissement de la société ni volonté délibérée de ne pas agir dans son intérêt dès lors que les biens ont été inscrits à son actif, que le montant des décaissements effectués par la société a été porté à son actif, que la société n'a subi aucun rehaussement de son résultat et que l'existence des biens n'est pas contestée ; pour les lots n° 324 et n°621, la société Atlantis 63 est titulaire d'un droit réel immobilier résultant d'un contrat, elle a reçu des factures émises à son nom pour toutes les acquisitions, elle les a acquittées avec ses propres fonds, les biens figurent dans sa comptabilité de façon précise ; s'agissant de l'année 2013, il n'apparaît au capital de la société Lima 634 que le 31 janvier 2014 et, par suite, il ne pouvait être le bénéficiaire de la prétendue distribution ; s'agissant de l'année 2014, le service aurait dû mettre en œuvre la procédure de l'article 117 du code général des impôts en application de la doctrine BOI-RPPM-RCM-10-20-20-40 n° 110 et 120 dès lors qu'il n'était pas identifié avec certitude comme bénéficiaire de la distribution ; à la date d'acquisition, il ne détenait que 583 parts sur les 5 000 composant le capital de la société XLM et il n'assurait pas la direction de cette société ;
- s'agissant de la qualification de maître de l'affaire, il ne détenait pas les seuls pouvoirs tels que retenus par l'administration et ne pouvait être qualifié de maître de l'affaire ;
- par une décision du 14 mars 2019, l'administration a abandonné la rectification concernant des revenus distribués à l'impôt sur le revenu au titre de l'année 2015 ;
- le montant des rappels mis en recouvrement au titre de l'année 2013 est supérieur aux conséquences financières telles qu'elles ressortent de la proposition de rectification pour l'année 2013.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 octobre 2020, l'administratrice des finances publiques adjointe de la direction spécialisée de contrôle fiscal Centre-Est conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- les conclusions de la requête tendant à la décharge totale de 754 785 euros sont entachées d'une irrecevabilité partielle dès lors que n'a pas été pris en compte le dégrèvement prononcé antérieurement et qu'aucun moyen de la contestation n'est soulevé à l'encontre des charges non admises ;
- les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 20 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 9 novembre 2022.
II - Par une requête, enregistrée le 4 juillet 2022 sous le n° 2201489, et un mémoire complémentaire, enregistré le 18 janvier 2023, M. A B, représenté par le cabinet HPM, Me Rolland, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des contributions exceptionnelles sur les hauts revenus auxquelles il a été assujetti au titre des années 2013 et 2014 et des majorations afférentes ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les moyens au soutien de la requête dirigée contre les contributions exceptionnelles sur les hauts revenus sont ceux développés au soutien de la requête dirigée contre les compléments d'impôt sur le revenu ;
- et que la plainte pour fraude fiscale concerne les conditions d'acquisition de sa résidence et est donc étrangère au présent litige.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 décembre 2022, l'administratrice des finances publiques adjointe de la direction spécialisée du contrôle fiscal Centre-Est conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 28 décembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 14 février 2023.
Vu les autres pièces des dossiers ;
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Caraës,
- et les conclusions de M. Panighel, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes n°2001219 et 2201489 présentées par M. B présentent à juger des questions semblables. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
2. La SAS Atlantis 63, qui a pour activité le conseil pour les affaires et autres conseils de gestion et dont M. A B est l'associé unique et le président, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au titre de la période du 1er janvier 2013 au 31 décembre 2015 à l'issue de laquelle l'administration a notamment estimé, d'une part, que des frais de déplacement n'avaient pas été engagés dans l'intérêt de l'entreprise et des frais kilométriques n'étaient pas justifiés par des factures ou un relevé détaillé au titre des exercices clos en 2013 et 2014 et, d'autre part, que la société Atlantis 63 avait financé l'acquisition de deux appartements, lots n°324 et n°621, situés à Phuket en Thaïlande dans le Zen Space Condominium, et de terrains situés également en Thaïlande dont elle n'était pas propriétaire et que ces opérations correspondaient à un désinvestissement à hauteur respectivement de 359 000 euros au titre de l'exercice clos en 2013 et de 250 510 euros au titre de l'exercice clos en 2014. Les investissements en cause ayant été régulièrement comptabilisés à l'actif de la société Atlantis 63, aucun rehaussement ne lui a été notifié. En conséquence de ce contrôle et d'un examen de la situation fiscale personnelle de M. B, l'administration a assujetti, selon la procédure contradictoire, M. B à des compléments d'impôt sur le revenu, de contributions sociales et de contribution exceptionnelle sur les hauts revenus résultant de l'inclusion dans ses revenus imposables au titre de l'année 2013 et 2014, d'une part, des remboursements de frais et de dépenses comptabilisés en charges par la SAS Atlantis 63 et, d'autre part, des sommes engagées en vue de l'acquisition des biens immobiliers en Thaïlande regardées comme désinvesties au niveau de la société Atlantis 63 et qu'elle a imposées entre les mains de M. B en tant que revenus distribués sur le fondement du c. de l'article 111 du code général des impôts. Ces rectifications ont été assorties de la majoration de 10% prévue par l'article 1758 A du code général des impôts et de 40% prévue au a. de l'article 1729 du code général des impôts en cas de manquement délibéré. Par les requêtes n° 2001219 et 2201489, M. B demande la décharge de ces impositions et des pénalités correspondantes en tant qu'elles concernent les rectifications en lien avec les sommes engagées en vue de l'acquisition de biens immobiliers en Thaïlande.
Sur le bien-fondé des impositions :
3. Aux termes du c. de l'article 111 du CGI : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : () c. Les rémunérations et avantages occultes () ". L'octroi d'un avantage sans contrepartie doit être qualifié comme une libéralité représentant un avantage occulte constitutif d'une distribution de bénéfices au sens des dispositions précitées, alors même que l'opération est portée en comptabilité et y est assortie de toutes les justifications concernant son objet apparent et l'identité du co-contractant, dès lors que cette comptabilisation ne révèle pas, par elle-même, la libéralité en cause.
En ce qui concerne l'octroi d'un avantage sans contrepartie :
4. S'agissant de l'acquisition de deux appartements à Phuket en Thaïlande, il résulte de l'instruction qu'au cours de la vérification de comptabilité de la SAS Atlantis 63, l'administration a constaté que le compte n° 213180 " Ensembles immo de placement " comportait les mentions suivantes " Bat. Lima 634 Structure " pour un prix d'acquisition de 215 400 euros, " Bat. Lima 634 Façade.extérieur " pour un prix d'acquisition de 17 950 euros, " Bat. Lima 634 Elect/plomberie " pour un prix d'acquisition de 17 950 euros et " Bat. Lima 634 Agenc Intérieurs " pour un prix d'acquisition de 107 700 euros et que les écritures comptables retranscrites dans le Grand livre au titre de l'exercice clos en 2013 faisaient état de trois virements à destination de la Thaïlande pour un montant total de 359 000 euros. Pour établir que ces sommes correspondaient non à un désinvestissement injustifié de la société Atlantis 63 mais avaient permis de procéder à l'acquisition des deux appartements, lots n° 324 et 621, situés dans le Zen Space Condominium de Phuket en Thaïlande, M. B a produit au cours du contrôle les contrats de réservation établis au nom de la société Atlantis 63, trois factures émises par la société Island Architect Co située à Phuket à destination de la société Atlantis 63 représentée par M. B, la première du 2 juillet 2013 d'un montant de 5 000 euros portant la mention " Payment for Unit n° 324 et n° 621 in Zen Space Condominium for at Atlantis 63 company represented by M. A B ", la deuxième du 26 juillet 2013 portant la mention " sign contract 30% unit 324 at Zen Space Condaminium " et " Sign Contract 30% Unit 621 at Zen Space Condaminium " et la troisième du 18 octobre 2013 portant la mention " Final Payment and additionnal cost Unit 324 et 621 " ainsi que des avis d'opération émis par un établissement bancaire français du 16 août 2023 faisant état d'un transfert international de 102 000 euros au bénéfice de la société Island Architect Co portant la mention " Achat appatements 324 et 621 Acompte " et du 28 octobre 2013 faisant état d'un transfert de 252 000 euros au bénéfice de la société Lima 634 portant l'unique mention anglaise " loan " pour prêt. Estimant que les factures présentées étaient imprécises et insuffisantes pour justifier de l'acquisition des deux lots à Phuket, le vérificateur a demandé, dès l'origine du contrôle, des détails sur les appartements et notamment les actes d'acquisition. En réponse à cette demande, M. B a produit les actes d'acquisition du 26 juillet 2013 des lots n° 324 et n°621 par une société de droit local thaïlandais, la société Lima 634, en expliquant que la société Atlantis 63 avait été contrainte de procéder à l'acquisition des deux lots par l'intermédiaire d'une société thaïlandaise dès lors que la législation thaïlandaise ne lui permettait pas d'acquérir directement les appartements en litige. Constatant que les actes d'acquisition des appartements comportaient uniquement le nom de la société Lima 634, que les factures présentées justifiant des virements internationaux étaient libellées au nom de la société Atlantis 63, que le rapport de gestion de la société Atlantis 63 ne comportait aucune mention de la société Lima 634 et qu'aucune participation de la société Lima 634 n'avait été portée à l'actif du bilan de la société Atlantis 63, l'administration a estimé que les immobilisations reportées sur les comptes de la société Atlantis 63 correspondant à ces deux appartements n'étaient pas justifiées et constituaient des désinvestissements non justifiés. Tirant les conséquences de ce contrôle de la société Atlantis 63, l'administration a estimé que ces désinvestissements non justifiés constituaient une distribution au bénéfice de M. B imposés entre ses mains dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers en application du c. de l'article 111 du code général des impôts.
5. M. B fait valoir que les sommes en litige correspondent à l'acquisition des deux lots par la société Atlantis 63 et produit au soutien de son moyen les contrats de réservation et les factures émises au nom de cette société ainsi que deux contrats rédigés en langue anglaise conclus le 26 juillet 2013 entre la société Island Architect Co et la société Atlantis 63 par lesquels cette dernière est qualifiée de preneur à bail des lots n° 324 et n°621 pour une durée de quatre-vingt-dix ans. Toutefois, et ainsi qu'il a été dit au point 4 du jugement, les actes d'acquisition du 26 juillet 2013 des lots n° 324 et n°621 mentionnent en qualité d'acheteur (" purchaser ") la société de droit thaïlandais Lima 634. Si M. B fait valoir que la société Atlantis 63 a été contrainte de procéder à l'acquisition des deux lots par l'intermédiaire de cette société écran thaïlandaise compte tenu des restrictions de la législation thaïlandaise ne lui permettant pas d'acquérir directement les appartements en litige, il n'est pas contesté que la société Lima 634, représentée selon l'acte d'acquisition par M. D en qualité de directeur, était seulement en cours de constitution à la date d'acquisition des deux lots et que la répartition du capital de cette société à cette date n'est pas connue, M. B n'ayant produit qu'un état de la répartition du capital de cette société au 30 janvier 2014 selon lequel il détient 9 000 parts sur les 20 000 réparties avec d'autres associés thaïlandais et au 1er décembre 2016, correspondant à la période du contrôle mené par l'administration fiscale, mentionnant que M. B et la société Atlantis 63 détiennent respectivement 1% et 44 % du capital de cette société, les autres parts étant détenues par des associés thaïlandais. Si le rapport de gestion au titre de l'exercice clos en 2013 fait référence à un programme d'investissement en immeubles de placement situés en Thaïlande en indiquant que " les montants investis se sont élevés à 616 050 euros d'immeubles achevés et 36 615 euros d'immobilisations en cours ", il n'est fait mention ni du montage de l'opération d'investissement ni de la société Lima 634 dont aucune participation n'a été portée à l'actif du bilan d'Atlantis 63. Il s'ensuit que l'intégralité du prix d'acquisition des lots n°324 et n°621 a été financée par la société Atlantis 63 alors que leur propriété était détenue par la seule société de droit thaïlandais Lima 634 sans que le requérant puisse se prévaloir de la conclusion au bénéfice de la société Atlantis 63 de baux de longue durée de quatre-vingt-dix ans portant sur les lots en litige dont les contrats n'ont pas été traduits en français et dont les implications juridiques pour la société Atlantis 63 ne sont pas précisées.
6. S'agissant de l'acquisition de terrains " Plot 98 " ou " Plot 8 " et " Plot 22 " situés en Thaïlande, il résulte de l'instruction qu'au cours de la vérification de comptabilité de la SAS Atlantis 63, l'administration a constaté, dans le Grand livre au titre de l'exercice clos en 2014, que le compte n° 211000 " Terrains " comportait les écritures le 4 juin 2014 " Thaïlande acompte 2 terrains " pour un montant de 79 600 euros, le 10 septembre 2014, " virement international Pensit Management " pour un montant de 120 560 euros et le 26 septembre 2014, " virement Pensit Management achat terrain " pour un montant de 50 350 euros, soit un montant total de 250 510 euros. Les trois montants comptabilisés, corroborés par des relevés bancaires, correspondent à des virements internationaux effectués par la société Atlantis 63 au profit de la société thaïlandaise Pensit Management, cabinet d'avocats, en vue de l'acquisition du terrain " Plot 98 " (ou " Plot 8 ") et du terrain " Plot 22 " situés à Koh Samui en Thaïlande. Estimant que les relevés bancaires et les avis de transferts internationaux présentés étaient imprécis et insuffisants pour justifier de l'acquisition des terrains à Koh Samui, le vérificateur a demandé, dès l'origine du contrôle, des détails sur ces terrains et notamment les actes d'acquisition. En réponse, et s'agissant du lot 98 ou 8, M. B a produit, dans un premier temp, un acte " Landsale and purchase agreement " mentionnant en qualité de co-acquéreurs M. C, M. B et Mme G épouse E, puis une lettre datée du 18 juillet 2014 par laquelle le cabinet d'avocats " Pensit et Laws " indique que M. C, M. B suivi de la mention " (Atlantis 63) " et Mme G épouse E se sont portés acquéreurs de ce terrain ainsi qu'un acte portant la mention " contrat de vente de terrain " du 8 octobre 2014 indiquant que le " Plot 98 " a été vendu à la société de droit thaïlandais XLM Co, représentée par Mme F, et a expliqué que ce terrain a été acquis par l'intermédiaire de la société XLM Co dont la société Atlantis 63 détient 11,68% du capital à la date du 14 décembre 2016, les autres participations étant détenues par M. C, Mme G épouse E, une associée d'origine thaïlandaise et un autre associé dont l'identité n'est pas connue, pour régulariser la situation au regard des restrictions de la législation thaïlandaise et transférer la propriété du plot 98 du vendeur à la société de droit thaïlandais XLM Co. S'agissant du lot n° 22, M. B a produit un acte d'acquisition établi au nom de la société de droit thaïlandais Lima 634 et une lettre en langue anglaise du 24 juillet 2014 par laquelle le cabinet d'avocat Pensit et Laws indique que la société Lima 634 suivi de la mention " Atlantis 63 " s'est portée acquéreur de ce terrain et a expliqué, d'une part, avoir été contraint d'effectuer cet achat par l'intermédiaire d'une société de droit thaïlandais pour les mêmes motifs que précédemment indiqués et, d'autre part, que la propriété de ce terrain avait été transmise directement de l'ancien propriétaire à la société Lou 100 constituée afin d'accueillir la propriété du plot 22. Constatant que les actes d'acquisition des terrains étaient au nom des sociétés de droit thaïlandais, XLM Co et Lima 634, que les paiements étaient effectués au nom de la société Atlantis 63 et qu'aucune participation de la société XLM Co ou Lima 634 n'avait été portée à l'actif du bilan de la société Atlantis 63, l'administration a estimé que les immobilisations reportées sur les comptes de la société Atlantis 63 correspondant à ces deux terrains n'étaient pas justifiées et constituaient des désinvestissements non justifiés. Tirant les conséquences de ce contrôle de la société Atlantis 63, l'administration a estimé que ces désinvestissements non justifiés constituaient une distribution au bénéfice de M. B imposés entre ses mains dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers en application du c. de l'article 111 du code général des impôts.
7. M. B fait valoir que les sommes en litige correspondent à l'acquisition d'une quote-part de la propriété du lot 98 ou 8 et de la propriété du lot 22 et que la société Atlantis 63 a été contrainte de procéder à l'acquisition des deux terrains par l'intermédiaire d'une société écran thaïlandaise compte tenu des restrictions de la législation thaïlandaise ne lui permettant pas d'acquérir directement les terrains en litige. Toutefois, s'agissant du lot 98 ou 8, il n'est pas contesté que celui-ci a été acquis par la société de droit thaïlandais XLM Co qui, à la date de sa création le 21 août 2014, était uniquement composée de M. C, Mme G et M. B, la société Atlantis n'étant entrée dans le capital de cette société que le 14 décembre 2016, pendant la période au cours de laquelle a eu lieu le contrôle. S'agissant du lot 22, celui-ci a été acquis, dans un premier temps, par la société de droit thaïlandais Lima 634 dont la répartition du capital n'est pas connue à la date d'acquisition, M. B n'ayant produit qu'un état de la répartition du capital de cette société au 1er décembre 2016, correspondant à la période du contrôle mené par l'administration fiscale, mentionnant que M. B et la société Atlantis 63 détiennent respectivement 1% et 44 % du capital de cette société, les autres parts étant détenues par des associés thaïlandais puis, dans un second temps, directement par la société de droit thaïlandais Lou 100 dans laquelle la société Atlantis 63 ne détenait aucune participation à sa création. Il s'ensuit qu'une quote-part du prix d'acquisition du plot n° 98 ou 8 et l'intégralité du prix d'acquisition du lot n° 22 a été financée par la société Atlantis 63 alors que leur propriété était détenue par une société de droit thaïlandais, XLM Co, Lima 634 ou Lou 100.
8. Dès lors, les éléments relevés par l'administration sont suffisants pour regarder comme établi que les dépenses litigieuses étaient dépourvues de toute contrepartie et n'avaient pas été engagées dans l'intérêt de la société Atlantis 63. Dans ces conditions, l'administration doit être regardée comme établissant l'existence des distributions des revenus en litige au sens du c. de l'article 111 du code général des impôts.
9. M. B ne peut se prévaloir des paragraphes 1 et 30 de la doctrine référencée BOI-BIC-CHG-20-10-10 n°1 et suivants, selon laquelle " il résulte des articles 211-1 et 311-1 du plan comptable général (PCG) qu'un actif doit être constaté lorsque les quatre conditions suivantes sont simultanément réunies : - l'actif doit être identifiable, -il doit avoir une valeur économique positive traduite par les avantages économiques futurs attendus par l'entreprise, - il doit être contrôlé par l'entreprise ; - il peut être évalué avec une fiabilité suffisante () Il est souligné que la définition des actifs contenues dans le PCG et rappelée supra ne fait pas état de la qualité de propriétaire mais de contrôle dudit actif " en indiquant que la société Atlantis 63 s'est considérée comme propriétaire des actifs immobilisés ou tout au moins les contrôlant et était également considérée de la même manière par les tiers avec lesquels elle a contracté alors que cette doctrine administrative précise également sur la notion de contrôle qu' " il est rappelé que le critère de propriété était déjà écarté dans certaines situations, telles que les constructions sur sols d'autrui, les agencements réalisés par le locataire () Il en est de même des biens donnés à bail ou en crédit-bail qui sont exclus de la nouvelle définition. () Pour les autres éléments, le contrôle d'un élément étant généralement transféré en même temps que sa propriété juridique, la condition de contrôle devrait être satisfaite lorsque l'entreprise détient un droit de propriété sur l'élément concerné. En d'autres termes, il peut être considéré qu'une entreprise possède le contrôle d'un élément lorsqu'elle en maîtrise l'utilisation, en assume les coûts, notamment d'entretien, ainsi que la responsabilité en cas de dommage à autrui. Toutefois, la simple détention d'un droit de propriété peut, dans certaines situations, ne pas être suffisante pour considérer qu'il y a contrôle, notamment en présence d'autres contrats, tel qu'un contrat de sous-traitante. " et que M. B n'établit pas entrer dans les prévisions de la doctrine qu'il invoque.
En ce qui concerne l'appréhension des distributions :
10. L'administration a également relevé que M. B est le dirigeant et l'unique associé de la société Atlantis 63, qu'il dispose de toute latitude pour prendre les décisions, étant le seul signataire d'autorité, qu'il est l'instigateur de tous les projets immobiliers en Thaïlande et dispose de la maîtrise totale de tous les projets en matière d'investissements capitalistiques et immobiliers. Il résulte de ce qui précède que l'administration a pu considérer que M. B disposait seul des pouvoirs les plus étendus au sein de la société Atlantis 63 et qu'en sa qualité de seul maître de l'affaire, il devait être regardé comme le bénéficiaire des revenus réputés distribués par la société au titre de l'année 2013 et 2014 sans qu'il soit besoin de recourir à la procédure prévue par l'article 117 du code général des impôts.
11. M. B ne peut utilement faire valoir qu'il n'est entré au capital de la société Lima 634 et de la société XLM Co que postérieurement aux années en litige pour renverser la présomption d'appréhension des revenus distribués par lui résultant de sa qualité de maître de l'affaire de la société Atlantis 63.
12. M. B ne peut utilement invoquer le bénéfice des énonciations des paragraphes 110 et 120 de l'instruction administrative référencée BOI-RPPM-RCM-10-20-20-40 dès lors que ce paragraphe concerne la mise en œuvre de la procédure de l'article 117 du code général des impôts.
13. Dans ces conditions, l'administration fiscale doit être regardée comme établissant que les dépenses mentionnées comme correspondant à l'acquisition des appartements et des terrains n'étaient assorties d'aucune contrepartie effective pour la société Atlantis 63. Ainsi, c'est à bon droit que le service a estimé que les sommes totales de 359 000 euros et 250 510 euros devaient être regardées comme un avantage occulte au profit de M. B.
En ce qui concerne les autres moyens :
14. Si M. B soutient que le montant des rappels mis en recouvrement pour l'année 2013 est supérieur aux conséquences financières telles qu'elles ressortent de la proposition de rectification pour l'année 2013, il résulte du tableau des conséquences financières du contrôle figurant dans la proposition de rectification du 31 juillet 2017 pour l'année 2013 que le montant total des sommes dues au titre de l'année 2013 s'élève à la somme de 446 522 euros, et non à celle de 442 353 euros comme l'indique à tort M. B, et que les sommes mises à sa charge au titre de la même année 2013 s'élèvent à un montant de 442 353 euros. Il s'ensuit que la somme mise en recouvrement au titre de l'année 2013 est d'un montant inférieur à celle résultant de la proposition de rectification.
15. Si, par une décision du 14 mars 2019, la direction régionale des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris a abandonné le rehaussement tiré de la distribution de revenus d'un montant de 879 347 euros imposée dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers sans avoir fiscal au titre de l'année 2015, cette décision n'est assortie d'aucune motivation de sorte qu'elle ne peut s'analyser comme une prise de position de l'administration au sens de l'article L. 80 B du livre des procédures fiscales.
16. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que M. B n'est pas fondé à demander la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu, de contributions sociales et de la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus auxquelles il a été assujetti au titre des années 2013 et 2014 ainsi que des majorations correspondantes. Par voie de conséquence, les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.
Sur le bénéfice du sursis de paiement :
17. Les dispositions de l'article L. 277 du livre des procédures fiscales, qui ont pour objet de permettre de surseoir au paiement des impositions lorsqu'il a été formé contre elles une réclamation contentieuse, n'ont de portée que pendant la durée de l'instance devant le tribunal administratif. Lorsque le tribunal s'est prononcé au fond, son jugement rend à nouveau exigibles les impositions dont il n'a pas prononcé la décharge. Par suite, les conclusions de M. B tendant au bénéfice du sursis de paiement ne peuvent, en tout état de cause, qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de M. B sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à l'administrateur des finances publiques de la direction spécialisée de contrôle fiscal Centre-Est.
Délibéré après l'audience du 6 septembre 2020, à laquelle siégeaient :
Mme Caraës, présidente,
M. Jurie, premier conseiller,
Mme Bollon, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2024.
La présidente-rapporteure,
R. CARAËS
L'assesseur le plus ancien,
G. JURIE La greffière,
F. LLORACH
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2 et 2201489
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
03/08/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2531339
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509870
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509781
03/08/2026