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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2001296

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2001296

jeudi 6 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2001296
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationChambre 2
Avocat requérantAARPI THEMIS (MAÎTRES MONTRICHARD / CIAUDO)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 juillet 2020, M. C A, représenté par l'AARPI Themis, Me Ciaudo, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 27 juin 2020 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires de Lyon a implicitement rejeté le recours administratif préalable obligatoire qu'il a formé contre la sanction qui lui a été infligée le 17 avril 2020 par la commission de discipline du centre pénitentiaire de Moulins-Yzeure ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat au profit de son conseil une somme de 1500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'autorité ayant décidé des poursuites était incompétente ;

- l'autorité ayant procédé à l'enquête était incompétente ;

- la commission de discipline était irrégulièrement composée aux motifs que les assesseurs n'étaient pas présents le 17 avril 2020, que la présidente ne disposait pas d'une délégation de compétence pour la présider et qu'il n'est pas justifié que le premier assesseur n'était pas lui-même le rédacteur du compte-rendu d'incident ;

- la sanction a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article R. 57-7-16 du code de procédure pénale et en violation des droits de la défense ;

- les faits qui lui sont reprochés ne sont pas matériellement établis ;

- la sanction est disproportionnée par rapport aux faits qui lui sont reprochés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 janvier 2022, le garde ses sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 24 janvier 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 24 février 2022.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 septembre 2020.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- et les conclusions de Mme Luyckx, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Incarcéré entre le 13 juin 2018 et le 19 août 2020 au centre pénitentiaire de Moulins-Yzeure (Allier), M. A s'est vu infliger, le 17 avril 2020, par la commission de discipline de cet établissement, une sanction de placement en cellule disciplinaire pour une durée de vingt jours. Le recours qu'il a formé contre cette sanction en application de l'article R. 57-7-32 du code de procédure pénale auprès du directeur interrégional des services pénitentiaires de Lyon ayant été implicitement rejeté le 27 juin 2020, M. A demande au tribunal d'annuler cette décision du 27 juin 2020.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article R. 57-7-32 du code de procédure pénale : " La personne détenue qui entend contester la sanction prononcée à son encontre par la commission de discipline doit, dans le délai de quinze jours à compter du jour de la notification de la décision, la déférer au directeur interrégional des services pénitentiaires préalablement à tout recours contentieux () ". Il résulte de ces dispositions que le recours ouvert aux détenus pour contester les sanctions disciplinaires prononcées à leur encontre par la commission de discipline de l'établissement devant le directeur interrégional des services pénitentiaires constitue un recours préalable obligatoire. Il suit de là que la décision prise sur un tel recours par le directeur interrégional se substitue à la sanction initialement prononcée et est seule susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Eu égard aux caractéristiques de la procédure suivie devant la commission, cette substitution ne saurait toutefois faire obstacle à ce que soient invoquées, à l'appui d'un recours dirigé contre la décision du directeur interrégional, les éventuelles irrégularités de la procédure suivie devant la commission de discipline préalablement à la décision initiale.

3. Aux termes de l'article R. 57-7-6 du code de procédure pénale : " La commission de discipline comprend, outre le chef d'établissement ou son délégataire, président, deux membres assesseurs ". Aux termes de l'article R. 57-7-7 du même code : " Les sanctions disciplinaires sont prononcées, en commission, par le président de la commission de discipline. Les membres assesseurs ont voix consultative ". Selon l'article R. 57-7-8 de ce code : " Le président de la commission de discipline désigne les membres assesseurs. / Le premier assesseur est choisi parmi les membres du premier ou du deuxième grade du corps d'encadrement et d'application du personnel de surveillance de l'établissement. / Le second assesseur est choisi parmi des personnes extérieures à l'administration pénitentiaire qui manifestent un intérêt pour les questions relatives au fonctionnement des établissements pénitentiaires, habilitées à cette fin par le président du tribunal de grande instance territorialement compétent. La liste de ces personnes est tenue au greffe du tribunal de grande instance ".

4. Il résulte de ces dispositions que la présence dans la commission de discipline d'assesseurs, alors même qu'ils ne disposent que d'une voix consultative, constitue une garantie reconnue au détenu, dont la privation est de nature à vicier la procédure, alors même que la décision du directeur interrégional des services pénitentiaires, prise sur le recours administratif préalable obligatoire exercé par le détenu, se substitue à celle du président de la commission de discipline.

5. En l'espèce, M. A soutient que la commission de discipline était irrégulièrement composée notamment au motif que les assesseurs n'étaient pas présents le 17 avril 2020. En se bornant, dans ses écritures en défense, à argumenter sur l'impossibilité d'obtenir la présence à cette commission d'un assesseur extérieur malgré les diligences accomplies et sur la nécessité de tenir cette réunion en vue d'éviter que soit compromis le bon exercice du pouvoir disciplinaire, le garde des sceaux, ministre de la justice ne justifie pas de la présence d'un membre du personnel pénitentiaire en qualité de premier assesseur lors de la séance de la commission de discipline en date du 17 avril 2020, laquelle présence ne ressort pas non plus des pièces du dossier. Ainsi, M. A est fondé à se prévaloir du caractère irrégulier de la composition de cette commission, laquelle irrégularité l'a privé d'une garantie.

6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision du 27 juin 2020 portant rejet implicite de son recours formé contre la sanction disciplinaire prise à son encontre par la commission de discipline du centre pénitentiaire de Moulins-Yzeure le 17 avril 2020.

Sur les frais liés au litige :

7. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par le requérant sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : La décision du 27 juin 2020 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires de Lyon a implicitement rejeté le recours administratif préalable obligatoire que M. A a formé contre la sanction qui lui a été infligée le 17 avril 2020 par la commission de discipline du centre pénitentiaire de Moulins-Yzeure est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié à M. C A et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 22 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Bader-Koza, présidente du tribunal,

- Mme Jaffré, première conseillère,

- M. Debrion, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 6 octobre 2022.

Le rapporteur,

J-M. B La présidente,

S. BADER-KOZA

Le greffier,

P. MANNEVEAU

La République mande et ordonne au garde ses sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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