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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2001299

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2001299

jeudi 24 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2001299
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationChambre 2
Avocat requérantSCP LARDANS TACHON MICALLEF

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 juillet 2020, M. C B, représenté par la Scp Lardans-Tachon-Micallef, Me Tachon, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet de sa demande indemnitaire formée le 17 avril 2020 ;

2°) de condamner la commune d'Yzeure à lui verser une somme de 30 000 euros en réparation des préjudices résultant du harcèlement moral dont il a été victime ;

3°) de mettre à la charge de la commune d'Yzeure une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient qu'il a été victime de harcèlement moral durant plusieurs années.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 octobre 2020, la commune d'Yzeure, représentée par la Selarl DMMJB Avocats, Me Juilles, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 5 août 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 22 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- le décret n° 2016-594 du 12 mai 2016 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de Mme Luyckx, rapporteure publique,

- et les observations de Me Juilles, avocate de la commune d'Yzeure.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, assistant territorial d'enseignement artistique de deuxième classe, spécialité arts plastiques, exerce ses fonctions au sein des effectifs de la commune d'Yzeure (Allier). Le 17 avril 2020, il a sollicité de cette commune le versement d'une somme de 30 000 euros en réparation des préjudices résultant d'une situation de harcèlement moral dont il estime être victime. Sa demande a été implicitement rejetée. Par la présente requête, M. B doit être regardé comme demandant au tribunal de condamner la commune d'Yzeure à lui verser une somme de 30 000 euros en réparation des préjudices résultant du harcèlement moral dont il estime avoir été victime, la décision implicite de rejet de sa demande formée le 17 avril 2020 n'ayant pour objet que de lier le contentieux indemnitaire.

2. Aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983, repris en substance aux articles L. 133-2 et L. 133-3 du code général de la fonction publique : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. / Aucune mesure concernant notamment le recrutement, la titularisation, la rémunération, la formation, l'évaluation, la notation, la discipline, la promotion, l'affectation et la mutation ne peut être prise à l'égard d'un fonctionnaire en prenant en considération : / 1° Le fait qu'il ait subi ou refusé de subir les agissements de harcèlement moral visés au premier alinéa ; / 2° Le fait qu'il ait exercé un recours auprès d'un supérieur hiérarchique ou engagé une action en justice visant à faire cesser ces agissements ; / 3° Ou bien le fait qu'il ait témoigné de tels agissements ou qu'il les ait relatés. / () ".

3. D'une part, il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

4. D'autre part, pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. En revanche, la nature même des agissements en cause exclut, lorsque l'existence d'un harcèlement moral est établie, qu'il puisse être tenu compte du comportement de l'agent qui en a été victime pour atténuer les conséquences dommageables qui en ont résulté pour lui. Le préjudice résultant de ces agissements pour l'agent victime doit alors être intégralement réparé.

5. En l'espèce, M. B se prévaut de ce que son indemnité de suivi et d'orientation lui a été supprimée en octobre 2013 et ne lui a été allouée de nouveau qu'à compter du 1er janvier 2020 mais ce pour un montant inexact, de ce que sa collectivité lui a imposé d'effectuer, pendant plusieurs années, des travaux ne relevant pas de sa fonction sans le rémunérer au titre d'heures supplémentaires accomplies et de ce que cette attitude l'a conduit à saisir les juridictions administratives, notamment la cour administrative d'appel de Lyon qui, par un arrêt du 21 février 2017, a condamné la commune d'Yzeure à lui verser une somme de 30 000 euros en réparation du préjudice subi. Toutefois, il résulte de l'instruction que dans son arrêt n° 15LY01387 du 21 février 2017, la juridiction administrative d'appel lyonnaise ne s'est pas prononcée sur le bien-fondé de la suppression de l'indemnité de suivi et d'orientation du requérant décidée par le maire de la commune d'Yzeure le 19 septembre 2013. Par ce même arrêt, la cour a rejeté au fond les conclusions tendant au versement d'indemnités à raison d'heures dédiées à l'accrochage pendant les expositions entre 2010 et 2013 et d'heures effectuées en raison des retards de parents dans les ateliers pour enfants, faute de justification par M. B de l'accomplissement effectif de ces heures. Enfin, si la cour a condamné la commune d'Yzeure à verser au requérant une somme de 30 000 euros en réparation du préjudice résultant de l'absence de rémunération d'heures supplémentaires effectuées entre 2009 et 2014 au titre de permanences téléphoniques et d'accueil du public au sein de la maison des arts et sciences d'Yzeure, cette circonstance ne suffit pas à elle seule à caractériser l'existence d'une situation de harcèlement moral. Par suite, et en l'absence de toute autre précision, notamment contextuelle, sur les faits à l'origine de l'arrêt de la cour administrative d'appel de Lyon en date du 21 février 2017, ces éléments de fait ne sont pas susceptibles de faire présumer l'existence d'un harcèlement moral.

6. Ensuite, M. B se prévaut du jugement n° 1800371 du 18 mars 2020 par lequel le tribunal a condamné la commune d'Yzeure à verser au requérant une somme de 2 000 euros en réparation de son préjudice financier résultant de l'illégalité du refus du maire de cette commune de l'autoriser à exercer, à titre accessoire, une activité d'enseignement au sein de l'association " Université populaire de l'agglomération moulinoise ". Toutefois, cette condamnation ne suffit pas, en l'absence d'explications données par M. B sur le contexte dans lequel l'autorisation de cumul lui a été refusée, à caractériser un élément de fait susceptible de faire présumer l'existence d'un harcèlement moral.

7. En outre, M. B se prévaut de ce qu'il est bloqué dans son avancement de carrière, qu'il est passé au 9ème échelon du grade d'assistant territorial d'enseignement artistique de deuxième classe en 2016 mais a été rétrogradé de façon inexplicable au début de l'année 2017, que sa demande tendant à devenir, en interne, assistant territorial d'enseignement artistique de première classe a été refusée et que s'il a été autorisé à passer, en externe, le concours d'assistant territorial d'enseignement artistique de première classe, il lui a été indiqué qu'il ne serait pas possible de lui proposer à Yzeure un poste correspondant à ce grade. Toutefois, il résulte de l'instruction, et notamment des écritures en défense non contredites par le requérant, que depuis son intégration au grade assistant territorial d'enseignement artistique de 2ème classe par arrêté du 6 juillet 2012, M. B a bénéficié de plusieurs revalorisations indiciaires, notamment le 3 octobre 2013, le 12 juillet 2016, le 14 octobre 2016, le 1er janvier 2017, le 9 janvier 2019 et le 20 novembre 2019. Il résulte également de l'instruction, et notamment des écritures précitées là encore non contredites, que, si suite à son passage au 9ème échelon à compter du 14 octobre 2016, le requérant a été positionné au 8ème échelon à compter du 1er janvier 2017, d'une part, ce positionnement est intervenu dans le cadre du protocole parcours professionnels, carrières et rémunérations conformément au décret du 12 mai 2016 portant dispositions statutaires communes à divers cadres d'emplois de fonctionnaires de la catégorie B de la fonction publique territoriale et s'est accompagné d'une augmentation de deux points de son indice brut, d'autre part, M. B a, par arrêté du 20 novembre 2019, bénéficié d'un avancement au 9ème échelon et d'une revalorisation de son indice de rémunération. Enfin, comme le soutient lui-même le requérant, la commune d'Yzeure a émis un avis favorable à sa demande de passage de l'examen d'assistant territorial d'enseignement artistique de première classe, et le seul fait que le maire d'Yzeure a indiqué au requérant que les fonctions qu'il exerce au sein de la commune ne relèvent pas du grade d'assistant territorial d'enseignement artistique de première classe n'est pas constitutif d'un fait de harcèlement moral dès lors que la collectivité dispose d'une liberté de création des emplois au sein de ses services.

8. Enfin, M. B se prévaut du commentaire de l'autorité territoriale qui figure dans son compte-rendu d'entretien professionnel et selon lequel il peine à s'adapter aux demandes de la collectivité lorsque celle-ci bouscule ses habitudes, du fait que lorsqu'il dirige au centre de loisirs le mercredi matin un atelier artistique pour les enfants, il consacre 60% de son temps à des missions de garderie et de surveillance d'enfants et seulement 40% à son métier, du fait qu'il a sollicité sans succès le paiement d'heures supplémentaires effectuées lors d'une journée portes ouvertes, et du fait que des retenues sont systématiquement faites en fin d'année sur sa rémunération alors qu'elles n'apparaissent nullement justifiées par les textes. Toutefois, d'une part, le commentaire dont se prévaut le requérant constitue une simple remarque sur sa manière de servir et n'excède pas les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique. D'autre part, s'il résulte de l'instruction que le temps consacré à la pratique des arts plastiques pour les enfants le mercredi matin est inférieur au temps d'accompagnement et de garde de ces enfants, cette situation ne constitue pas, par elle-même, une situation de harcèlement moral dont M. B serait victime de la part de la commune d'Yzeure. Enfin, le requérant soutient lui-même que le refus de lui verser une somme d'argent au titre d'heures supplémentaires effectuées repose sur le règlement intérieur de la commune d'Yzeure sans pour autant se livrer à une quelconque critique de ce règlement et ne précise pas non plus quels textes ne justifieraient pas que des retenues soient pratiquées sur sa rémunération en fin d'année. Par suite, ces différents faits ne sont pas constitutifs de faits de harcèlement moral.

9. Il résulte de ce qui a été dit aux points 5 à 8 que M. B, qui au demeurant n'apporte aucun élément permettant d'établir un lien entre le mal-être profond dont il prétend souffrir et ses conditions de travail, n'est pas fondé à rechercher la responsabilité de la commune d'Yzeure du fait de l'existence d'un harcèlement moral.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'indemnisation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

11. M. B ayant la qualité de partie perdante à l'instance, il y a lieu de mettre à sa charge une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune d'Yzeure et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : M. B versera à la commune d'Yzeure une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la commune d'Yzeure.

Délibéré après l'audience du 10 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Bader-Koza, présidente,

M. Coquet, président assesseur,

M. Debrion, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 novembre 2022.

Le rapporteur,

J-M. A

La présidente,

S. BADER-KOZA Le greffier,

P. MANNEVEAU

La République mande et ordonne à la préfète de l'Allier en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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