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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2001312

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2001312

lundi 5 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2001312
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationChambre 1
Avocat requérantDEVAUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 28 juillet 2020, le président du tribunal administratif de Limoges a transmis au tribunal la requête enregistrée le 27 juillet 2020 présentée par Mme E D.

Par cette requête et un mémoire, enregistré le 3 septembre 2020, Mme D, représentée par la SELAS Hades, Me Lefaure, demande au tribunal d'infirmer l'ordonnance n°1901328 du 30 juin 2020 par laquelle le président du tribunal administratif de Limoges a taxé la somme de 2 896,35 euros les frais et honoraires de l'expertise confiée au docteur B et de réduire les honoraires de l'expert.

Elle soutient que :

- elle n'a pas été examinée par l'expert ;

- l'expert a refusé la présence de l'expert conseil désigné par son assurance ;

- le montant de l'expertise est excessif.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 9 août 2020 et le 15 janvier 2021, Mme C B, représentée par Me Devaux conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la requérante au titre des dispositions L. 761-1 du code de justice administrative.

Ellesoutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

La requête a été communiquée au président du tribunal administratif de Limoges qui n'a pas présenté d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les conclusions de M. Jurie, rapporteur public,

- et les observations de Me Devaux, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Par une ordonnance du 15 janvier 2020 le président du tribunal administratif de Limoges a ordonné, sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative, à la demande de Mme D, une expertise portant sur les conditions de sa prise en charge au centre hospitalier de Guéret et a désigné le docteur B. L'expert a déposé son rapport d'expertise le 25 juin 2020. Par une ordonnance du 30 juin 2020, dont la requérante demande la réformation, le président du tribunal administratif de Limoges a liquidé et taxé les frais et honoraires de cette expertise à la somme de 2 896,35 euros et l'a mise à la charge de Mme D.

Sur les conclusions à fin de réformation :

2. Aux termes de l'article R. 621-11 du code de justice administrative : " Les experts et sapiteurs mentionnés à l'article R. 621-2 ont droit à des honoraires, sans préjudice du remboursement des frais et débours. Chacun d'eux joint au rapport un état de ses vacations, frais et débours. Dans les honoraires sont comprises toutes sommes allouées pour étude du dossier, frais de mise au net du rapport, dépôt du rapport et, d'une manière générale, tout travail personnellement fourni par l'expert ou le sapiteur et toute démarche faite par lui en vue de l'accomplissement de sa mission. Le président de la juridiction, après consultation du président de la formation de jugement () fixe par ordonnance () les honoraires en tenant compte des difficultés des opérations, de l'importance de l'utilité et de la nature du travail fourni par l'expert ou le sapiteur (). Il arrête sur justificatifs le montant des frais et débours qui seront remboursés à l'expert (). Aux termes de l'article R. 621-13 du code de justice administrative : " Lorsque l'expertise a été ordonnée sur le fondement du titre III du livre V, le président du tribunal ou de la cour, après consultation, le cas échéant, du magistrat délégué, () en fixe les frais et honoraires par une ordonnance prise conformément aux dispositions des articles R. 621-11 et R. 761-4. Cette ordonnance désigne la ou les parties qui assumeront la charge de ces frais et honoraires. Elle est exécutoire dès son prononcé, et peut être recouvrée contre les personnes privées ou publiques par les voies de droit commun. Elle peut faire l'objet, dans le délai d'un mois à compter de sa notification, du recours prévu à l'article R. 761-5. ". L'article R. 761-4 du même code dispose : " La liquidation des dépens, y compris celle des frais et honoraires d'expertise définis à l'article R. 621-11, est faite par ordonnance du président de la juridiction, après consultation du président de la formation de jugement ou, en cas de référé ou de constat, du magistrat délégué " et l'article R. 761-5 dudit code précise : " Les parties (), l'expert, peuvent contester l'ordonnance mentionnée à l'article R. 761-4 () ". L'ordonnance par laquelle le président du tribunal liquide et taxe les frais et honoraires d'expertise revêt un caractère administratif et non juridictionnel. Le recours dont elle peut faire l'objet en application des dispositions précitées de l'article R. 761-5 du code de justice administrative est un recours de plein contentieux par lequel le juge détermine les droits à rémunération de l'expert ainsi que les parties devant supporter la charge de cette rémunération.

3. En premier lieu, il n'appartient pas au président de juridiction taxant et liquidant les frais d'une expertise par décision administrative sur le fondement de l'article R. 621-11 du code de justice administrative, ni au juge saisi d'un recours contre cette ordonnance, de se prononcer sur la régularité des opérations de l'expertise. Il leur incombe toutefois, dans l'appréciation portée sur l'utilité et la nature du travail fourni par l'expert, de prendre en considération, le cas échéant, les décisions juridictionnelles rendues sur une action en récusation de l'expert ou statuant au fond sur le litige ayant donné lieu à l'expertise.

4. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent que Mme D ne peut, dès lors, utilement invoquer ni la circonstance que l'expert ne l'ait pas personnellement examinée, ni celle qu'il aurait refusé la présence de l'expert conseil désigné par son assurance. En tout état de cause, il résulte de l'instruction que d'une part, la requérante ne s'est pas personnellement présentée à la réunion d'expertise du 29 mai 2020 lors de laquelle elle devait être examinée et d'autre part, que le docteur B a convié l'expert conseil de l'assureur de Mme D à participer à cette réunion par visioconférence du fait de la situation sanitaire. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à critiquer l'ordonnance contestée au motif tiré de l'irrégularité des opérations d'expertise.

5. En second lieu, les parties ont la faculté de contester devant le juge la détermination des frais et honoraires de l'expert ainsi que leur répartition, en demandant, au cas où elles n'auraient pas obtenu préalablement la communication de l'état des vacations, frais et débours de l'expert, que celui-ci leur soit communiqué.

6. Si Mme D soutient que le montant de 2 896,35 euros HT liquidé et taxé par l'ordonnance du 30 juin 2020 serait excessif, elle ne justifie pas avoir demandé la communication de l'état des vacations, frais et débours de l'expert et n'apporte aucun commencement de preuve au soutien de son allégation.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à la réformation de l'ordonnance du 30 juin 2020 par laquelle le président du tribunal administratif de Limoges a liquidé et taxé les frais et honoraires de l'expertise litigieuse doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme D une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Mme D versera à Mme B une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E D, au Garde des sceaux, ministre de la justice, au président du tribunal administratif de Limoges et à Mme C B.

Délibéré après l'audience du 25 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Courret, présidente,

M. Panighel, premier conseiller,

Mme Bollon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2022.

La rapporteure,

L. A

La présidente,

C. COURRET La greffière,

F. LLORACH

La République mande et ordonne au Garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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