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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2001342

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2001342

vendredi 31 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2001342
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationChambre 1
Avocat requérantREBINGUET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 août 2020, et un mémoire complémentaire, enregistré le 15 février 2021, l'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée (EURL) A Immo, représentée par Me Rebinguet, demande au tribunal de prononcer la décharge des rappels et droits de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été assignés au titre de la période du 1er janvier 2015 au 30 septembre 2017.

Elle soutient que :

- sur les rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2015, la somme de 8 007 euros provient d'une régularisation de taxe sur la valeur ajoutée à faire au titre de l'année 2014 mais qui n'avait pas encore été effectuée à la date du 31 décembre 2015 et que cette somme de 8 007 euros a été régularisée au cours de l'exercice 2016 ;

- sur les droits de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2016, s'agissant du versement de commissions à la SAS CGFT pour un montant de 28 000 euros toutes taxes comprises représentant 4 667 euros de taxe sur la valeur ajoutée, la facture produite doit permettre de déduire la taxe sur la valeur ajoutée dès lors qu'il ne s'agit pas d'une facture fictive, que cette somme correspond à la rémunération d'un apporteur d'affaires en vue de favoriser la mise en relation et la préparation des dossiers de vente, ce qui n'est pas étranger à son intérêt ; s'agissant de la vente d'un véhicule personnel utilisé à titre professionnel, elle justifie de la cession d'un véhicule de marque Citroën et le prix de cette cession, soit 6 500 euros, devait être extourné du chiffre d'affaires imposable au titre de l'exercice clos en 2006 compte tenu du caractère personnel de cette opération ; elle n'était pas détentrice de la carte grise du véhicule et ne pouvait céder un bien ne lui appartenant pas ; M. A a effectué un apport à la société pour améliorer sa situation ;

- sur les droits de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 1er janvier au 30 septembre 2017, s'agissant du versement de commissions à la SAS CGFT pour un montant de 7 200 euros, l'opération étant régulière, la déduction de taxe sur la valeur ajoutée de 1 200 euros était envisageable ; s'agissant de la cession d'un véhicule de marque Opel pour un montant de 14 990 euros, il s'agit de la vente d'un bien privé qui ne peut être assimilé à une opération de nature commerciale et, par suite, ne pouvait être prise en compte dans la reconstitution des recettes ; elle n'était pas détentrice de la carte grise du véhicule et ne pouvait céder un bien ne lui appartenant pas ; M. A a effectué un apport à la société pour améliorer sa situation.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 11 décembre 2020 et 5 mars 2021, ce dernier n'ayant pas été communiqué, le directeur départemental des finances publiques du Puy-de-Dôme conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- sur les rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2015, elle a prononcé un dégrèvement ;

- les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 10 janvier 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 3 février 2023.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré du non-lieu à statuer sur les conclusions à fin de décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui ont été assignés à l'EURL A Immo au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2015 à hauteur du dégrèvement, en droits et pénalités, prononcé le 4 décembre 2020.

Par un mémoire, enregistré le 9 avril 2024, l'EURL A Immo indique qu'un non-lieu à statuer doit effectivement être prononcé au titre de la taxe sur la valeur ajoutée afférente à la période du 1er janvier au 31 décembre 2015.

La présidente du tribunal a désigné M. Debrion, premier conseiller, pour exercer les fonctions de rapporteur public sur le fondement des dispositions de l'article R. 222-24 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Caraës,

- et les conclusions de M. Debrion, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. L'EURL A Immo, dont M. B A est le gérant et l'unique associé, exerce depuis le 15 décembre 2005 une activité d'agence immobilière spécialisée dans la vente d'exploitations agricoles et forestières. Elle a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2016, prolongée jusqu'au 30 septembre 2017 en matière de taxe sur la valeur ajoutée à l'issue de laquelle l'EURL A Immo s'est vu réclamer, selon la procédure de taxation d'office, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée résultant du constat d'une discordance entre le compte " 4455100 - TVA à décaisser " et la déclaration annuelle de TVA CA 12 déposée au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2015 et des droits de taxe sur la valeur ajoutée résultant de la reconstitution de la taxe sur la valeur ajoutée collectée et déductible en l'absence de dépôt par la société de déclarations de résultats et de déclarations de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 1er janvier 2016 au 30 septembre 2017. S'agissant des pénalités, l'administration a appliqué, d'une part, la majoration de 10 % prévue au a. de l'article 1728-1 du code général des impôts aux rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2015 et, d'autre part, la majoration de 40% prévue au b. de l'article 1728-1 du code général des impôts aux droits de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 1er janvier 2016 au 30 septembre 2017. L'EURL A Immo demande au tribunal administratif de prononcer la décharge de ces droits et rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui ont été mis à sa charge.

Sur l'étendue du litige :

2. Par une décision du 4 décembre 2020, postérieure à l'introduction de la requête, le directeur départemental des finances publiques du Puy-de-Dôme a prononcé le dégrèvement des rappels de taxe sur la valeur ajoutée ainsi que des majorations correspondantes qui ont été assignés à l'EURL A Immo au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2015. Les conclusions de la requête sont, dans cette mesure, devenues sans objet.

Sur le surplus des conclusions :

En ce qui concerne la charge de la preuve :

3. D'une part, aux termes de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales : " Sont taxés d'office : / () 3° aux taxes sur le chiffre d'affaires, les personnes qui n'ont pas déposé dans le délai légal les déclarations qu'elles sont tenues de souscrire en leur qualité de redevables des taxes ; () ".

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition ".

5. Il résulte de l'instruction qu'en matière de taxe sur la valeur ajoutée, au titre de la période du 1er janvier 2016 au 30 septembre 2017, l'EURL A Immo a fait l'objet d'une procédure de taxation d'office du fait de l'absence de dépôt de déclaration après mise en demeure, en application des dispositions du 3° de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales. En application de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales, l'EURL A Immo supporte la charge de la preuve du caractère exagéré des droits de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période du 1er janvier 2016 au 30 septembre 2017.

En ce qui concerne le bien-fondé des impositions en litige :

S'agissant de la taxe sur la valeur ajoutée collectée :

6. Aux termes de l'article 256 du code général des impôts : " I. - Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel () ".

7. Pour déterminer le montant de la taxe sur la valeur ajoutée collectée exigible en l'absence de présentation de comptabilité et du dépôt des déclarations de résultats et de chiffres d'affaires au titre des périodes du 1er janvier au 31 décembre 2016 et du 1er janvier au 30 septembre 2017, l'administration s'est fondée sur les factures de ventes délivrées aux clients ainsi que sur les relevés bancaires faisant apparaître des encaissements sur le compte bancaire détenu par l'entreprise auprès d'un établissement bancaire (crédit Agricole Centre-Est) et a fixé le chiffre d'affaires taxable à la somme globale de 228 040,05 euros toutes taxes comprises en prenant en compte un dépôt de chèque de 6 500 euros et de 119 306,36 euros en prenant en compte un dépôt de chèque de 14 990 euros au titre respectivement des périodes du 1er janvier au 31 décembre 2016 et du 1er janvier au 30 septembre 2017.

8. Si l'EURL A Immo soutient que les somme de 6 500 euros et de 14 990 euros apparaissant sur son compte bancaire au titre des périodes en litige ne constituent pas une recette commerciale mais un apport personnel de M. A, unique associé, à la suite de la cession de deux véhicules lui appartenant et que ces sommes devaient être extournées du montant des chiffres d'affaires reconstitués par l'administration et produit les certificats de cession des véhicules de marques Citroën et Opel, une attestation de l'acheteur du véhicule de marque Opel, deux chèques de banque émis au bénéfice de M. A et des bordereaux de dépôt des chèques au profit de l'EURL A, ces éléments sont insuffisants pour établir que les sommes en litige résultent de la cession de deux véhicules personnels appartenant à M. A. Dans ces conditions, c'est à bon droit que l'administration fiscale a inclus dans les bases de la taxe sur la valeur ajoutée collectée reconstituée par l'administration les recettes en litige.

S'agissant de la taxe sur la valeur ajoutée déductible :

9. Aux termes de l'article 271 du code général des impôts, dans sa rédaction alors applicable : " I. 1. La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération. / 2. Le droit à déduction prend naissance lorsque la taxe déductible devient exigible chez le redevable. () / II. 1. Dans la mesure où les biens et les services sont utilisés pour les besoins de leurs opérations imposables, et à la condition que ces opérations ouvrent droit à déduction, la taxe dont les redevables peuvent opérer la déduction est, selon le cas : / a) Celle qui figure sur les factures établies conformément aux dispositions de l'article 289 et si la taxe pouvait légalement figurer sur lesdites factures () ".

10. En réponse à la réclamation de l'EURL A Immo, l'administration relève que les factures de la SAS CGFT d'un montant de 23 333,33 euros hors taxe au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2016 et de 6 000 euros hors taxe au titre de la période du 1er janvier au 30 septembre 2017 ne peuvent être retenues pour déterminer le montant de la taxe sur la valeur ajouté déductible au motif que l'EURL A Immo n'avait pas établi le caractère nécessaire à l'exploitation de ces dépenses.

11. L'EURL A Immo soutient que les factures en litige émises par la SAS CGFT correspondent à la rémunération d'une prestation d'apporteur d'affaires en vue de favoriser la mise en relation et la préparation des dossiers de vente, indique que son montant correspond, pour la période du 1er janvier au 31 décembre 2016, à la reprise de dossiers anciens qui n'étaient pas réglés et produit au soutien de son allégation une facture du 29 novembre 2016 d'un montant total de 28 000 euros toutes taxes comprises dont 4 666,67 euros de taxe sur la valeur ajoutée, un mail du dirigeant de la SAS CGFT indiquant que les prestations correspondent à des prospections en Haute-Vienne, Vienne, Indre, Creuse et Dordogne, à la collecte des informations nécessaires à la constitution des dossiers, à la prise de vues et " au suivi de vingt dossiers au coût unitaire de 2 000 euros hors taxe, soit 24 000 euros hors taxe ", un relevé bancaire mentionnant un virement au profit de la SAS CGFT ainsi que la déclaration DAS-2-T relative à l'état des honoraires. Pour la période du 1er janvier au 30 septembre 2017, l'EURL A Immo produit également une facture de la SAS CGFT de 7 200 euros toutes taxes comprises dont 1 200 euros de taxe sur la valeur ajoutée, un relevé bancaire mentionnant un virement au profit de cette société et la déclaration DAS-2-T. Toutefois, la société requérante ne produit aucun élément permettant de justifier de l'existence d'un contrat d'apporteur d'affaire ou d'éventuels accords conclus avec ce dernier. Il n'est pas davantage justifié de la transmission d'éventuelles informations sur des fermes à vendre ou sur les propriétaires de tels biens. Par suite, ces seuls documents sont insuffisants pour démontrer que les prestations en litige ont été engagées pour les besoins de l'exploitation de la société requérante. Ainsi l'EURL A Immo n'apporte pas la preuve, qui lui incombe, du caractère déductible de la taxe sur la valeur ajoutée grevant les dépenses en litige.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin de décharge présentées par l'EURL A Immo doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : A concurrence de la somme de 8 007 euros en droits et de 1 650 euros en pénalités au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2015, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions aux fins de décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 1er janvier au 31 décembre 2015 ainsi que des majorations y afférentes.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée (EURL) A Immo et au directeur départemental des finances publiques du Puy-de-Dôme

Délibéré après l'audience du 17 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Caraës, présidente,

M. Jurie, premier conseiller,

Mme Bollon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mai 2024.

La présidente-rapporteure,

R. CARAËS

L'assesseur le plus ancien,

G. JURIE La greffière,

F. LLORACH

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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