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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2001374

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2001374

vendredi 20 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2001374
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationChambre 1
Avocat requérantSELARL ENVIRONNEMENT DROIT PUBLIC

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I - Par la requête n°2001374, enregistrée le 7 août 2020, la société civile immobilière (SCI) du Fer, représentée par la SELARL environnement droit public, avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 mai 2020 par lequel le préfet de la Haute-Loire l'a mise en demeure de procéder au traitement de déchets aux polychlorobiphényles sur le site de Cornassac ;

2°) d'annuler l'arrêté du 29 mai 2020 par lequel le préfet de la Haute-Loire l'a mise en demeure de procéder au traitement de déchets contenant des hydrocarbures sur le site de Cornassac ;

3°) d'annuler l'arrêté du 29 mai 2020 par lequel le préfet de la Haute-Loire lui a imposé la prise en charge de déchets générés par le rejet de polychlorobiphényles ;

4°) de condamner l'Etat à lui payer la somme de 251 015,66 euros en réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi ;

5°) de mettre la somme de 5 000 euros à la charge de l'Etat en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

la décision la mettant en demeure de procéder au traitement de déchets aux polychlorobiphényles sur le site de Cornassac :

- est illégale dès lors qu'elle ne peut pas être considérée comme se trouvant en possession des déchets dans la mesure où elle n'est pas propriétaire des transformateurs contenant ceux-ci ;

- est illégale dès lors qu'elle n'exerce aucune activité susceptible de produire des déchets ;

- est illégale dès lors qu'elle n'est pas le dernier exploitant de l'activité exercée sur le site auquel elle ne peut être substituée ;

- est illégale dès lors que le cheminement des polychlorobiphényles depuis le transformateur concerné jusqu'à la station d'épuration et jusqu'aux sédiments de divers cours d'eaux n'est pas démontré ;

- est entachée d'un vice de procédure, dès lors que l'avis du conseil départemental de l'environnement et des risques sanitaires et technologiques n'a pas été sollicité ;

- a été prise en méconnaissance du principe du contradictoire ;

la décision la mettant en demeure de procéder au traitement de déchets aux hydrocarbures du site de Cornassac :

- est illégale dès lors qu'elle ne peut pas être considérée comme se trouvant en possession des déchets dans la mesure où elle n'est pas propriétaire des cuves contenant ceux-ci ;

- est illégale dès lors qu'elle n'exerce aucune activité susceptible de produire des déchets ;

- est illégale dès lors qu'elle n'est pas le dernier exploitant de l'activité exercée sur le site auquel elle ne peut être substituée ;

- est entachée d'un vice de procédure, dès lors que l'avis du conseil départemental de l'environnement et des risques sanitaires et technologiques n'a pas été sollicité ;

- a été prise en méconnaissance du principe du contradictoire ;

la décision lui imposant la prise en charge de déchets générés par le rejet de polychlorobiphényles :

- est illégale dès lors qu'elle ne peut pas être considérée comme se trouvant en possession des déchets dans la mesure où elle n'est pas propriétaire des transformateurs contenant ceux-ci ;

- est illégale dès lors qu'elle n'exerce aucune activité susceptible de produire des déchets ;

- est illégale dès lors qu'elle n'est pas le dernier exploitant de l'activité exercée sur le site auquel elle ne peut être substituée ;

- est illégale dès lors que le cheminement des polychlorobiphényles depuis le transformateur concerné jusqu'à la station d'épuration et jusqu'aux sédiments de divers cours d'eaux n'est pas démontré ;

- est illégale dès lors qu'elle est sans objet, dans la mesure où les déchets générés par le rejet des polychlorobiphényles ont déjà été pris en charge par la commune de Sainte-Sigolène ;

- est entachée d'un vice de procédure, dès lors que l'avis du conseil départemental de l'environnement et des risques sanitaires et technologiques n'a pas été sollicité ;

- a été prise en méconnaissance du principe du contradictoire ;

- les illégalités dont elle fait état lui ont causé un préjudice ;

- la carence fautive de l'autorité préfectorale en matière de police des installations classées pour protection de l'environnement est à l'origine de son préjudice ;

- elle a subi un préjudice correspondant aux sommes qu'elle a exposées pour exécuter les décisions en litige ;

- elle évalue son préjudice au montant de 251 015,66 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 février 2021, le préfet de la Haute-Loire, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la société civile immobilière du Fer ne sont pas fondés.

Une ordonnance en date du 10 janvier 2023 a fixé la clôture d'instruction au 3 février 2023.

II - Par la requête n°2002225 et des mémoires, enregistrés le 8 décembre 2020, le 15 décembre 2022 et le 24 janvier 2023, ce dernier n'ayant pas été communiqué, ainsi que par un mémoire récapitulatif enregistré le 8 décembre 2023 produit à la demande du tribunal en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, la société civile immobilière (SCI) du Fer, représentée par la SELARL environnement droit public, avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 mai 2020 par lequel le préfet de la Haute-Loire l'a mise en demeure de procéder au traitement de déchets aux polychlorobiphényles du site de Cornassac ;

2°) d'annuler l'arrêté du 29 mai 2020 par lequel le préfet de la Haute-Loire l'a mise en demeure de procéder au traitement de déchets aux hydrocarbures du site de Cornassac ;

3°) d'annuler l'arrêté du 29 mai 2020 par lequel le préfet de la Haute-Loire lui a imposé la prise en charge de déchets générés par le rejet de polychlorobiphényles ;

4°) de condamner l'Etat à lui payer la somme de 3 691 672,45 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis ;

5°) de mettre la somme de 10 000 euros à la charge de l'Etat en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient, dans son mémoire récapitulatif, que :

les décisions attaquées :

- sont illégales dès lors que les transformateurs utilisés par la société Eurotransmissions relevaient de la législation sur les installations classées pour la protection de l'environnement ;

- sont illégales dès lors que la pollution aux hydrocarbures due à l'exploitation de l'activité sur le site résulte de l'absence de remise en état du site par la société Eurotransmissions ;

- sont illégales dès lors que la pollution aux polychlorobiphényles résulte du vandalisme d'un transformateur qui aurait dû être traité lors de la cessation d'activité de la société Eurotransmissions ;

- sont illégales dès lors que l'autorité préfectorale aurait dû prendre des arrêtés de prescriptions complémentaires à l'encontre du dernier exploitant ou de son ayant droit ;

- sont illégales dès lors qu'elle n'est pas le dernier exploitant ou son ayant droit dans la mesure où ces derniers sont respectivement la société Eurotransmissions et la société Linamar Montfaucon transmission ;

- sont illégales dès lors qu'elle ne peut pas être considérée comme se trouvant en possession des déchets dans la mesure où elle n'est pas propriétaire des transformateurs contenant ceux-ci ;

- sont illégales dès lors qu'elles qualifient à tort de déchets, les terres polluées du site concerné ;

- sont illégales dès lors qu'à supposer même qu'elle puisse être regardée comme détenteur de déchets, il n'est pas démontré qu'elle avait interdiction de détenir des transformateurs au pyralène ;

- les illégalités dont elle fait état sont constitutives de fautes de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;

- la carence de l'autorité préfectorale lors de la cessation d'activité de la société Eurotransmissions est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;

- l'absence de recherche par l'autorité préfectorale d'un lien de causalité entre le site concerné et la pollution qui lui est reprochée est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;

- elle a subi un préjudice, évalué à 831 947,32 euros, correspondant aux sommes qu'elle a exposées pour faire réaliser des études ainsi que des travaux en exécution les décisions en litige ;

- elle a subi un préjudice, évalué à 2 842 937,33 euros, correspondant aux sommes qui lui sont demandées par la commune de Sainte-Sigolène et le syndicat des eaux Loire-Lignon et leur assureur au titre des dépenses qu'elles ont engagées dans le cadre d'interventions sur le site concerné ;

- elle a subi un préjudice, évalué à 16 787,80 euros, correspondant aux sommes mises à sa charge par le jugement du tribunal correctionnel du Puy-en-Velay du 22 août 2022.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 10 mars 2021 et le 14 décembre 2022, le préfet de la Haute-Loire, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la société civile immobilière du Fer ne sont pas fondés.

Une ordonnance en date du 22 décembre 2022 a fixé la clôture d'instruction au 24 janvier 2023.

III - Par la requête n°2302850 et un mémoire, enregistrés le 11 décembre 2023 et le 23 mai 2024, ce dernier n'ayant pas été communiqué, la société civile immobilière (SCI) du Fer, représentée par la SELARL environnement droit public, avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 mai 2020 par lequel le préfet de la Haute-Loire l'a mise en demeure de procéder au traitement de déchets aux polychlorobiphényles du site de Cornassac ;

2°) d'annuler l'arrêté du 29 mai 2020 par lequel le préfet de la Haute-Loire l'a mise en demeure de procéder au traitement de déchets aux hydrocarbures du site de Cornassac ;

3°) d'annuler l'arrêté du 29 mai 2020 par lequel le préfet de la Haute-Loire lui a imposé la prise en charge de déchets générés par le rejet de polychlorobiphényles ;

4°) de condamner l'Etat à lui payer la somme de 3 691 672,45 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis ;

5°) de mettre la somme de 3 000 euros à la charge de l'Etat en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que

les décisions attaquées :

- sont illégales dès lors que les transformateurs utilisés par la société Eurotransmissions relevaient de la législation sur les installations classées pour la protection de l'environnement ;

- sont illégales dès lors que la pollution aux hydrocarbures due à l'exploitation de l'activité sur le site résulte de l'absence de remise en état du site par la société Eurotransmissions ;

- sont illégales dès lors que la pollution aux polychlorobiphényles résulte du vandalisme d'un transformateur qui aurait dû être traité lors de la cessation d'activité de la société Eurotransmissions ;

- sont illégales dès lors qu'elle n'est pas le dernier exploitant ou son ayant droit dans la mesure où ces derniers sont respectivement la société Eurotransmissions et la société Linamar Montfaucon transmission ;

- sont illégales dès lors qu'elle ne peut pas être considérée comme se trouvant en possession des déchets dans la mesure où elle n'est pas propriétaire des transformateurs contenant ceux-ci ;

- sont illégales dès lors qu'elles qualifient à tort de déchets, les terres polluées du site concerné ;

- sont illégales dès lors qu'à supposer même qu'elle puisse être regardée comme détenteur de déchets, il n'est pas démontré qu'elle avait interdiction de détenir des transformateurs au pyralène ;

- les illégalités dont elle fait état sont constitutives de fautes de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;

- la carence de l'autorité préfectorale lors de la cessation d'activité de la société Eurotransmissions est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;

- l'absence de recherche par l'autorité préfectorale d'un lien de causalité entre le site concerné et la pollution qui lui est reprochée est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;

- elle a subi un préjudice, évalué à 831 947,32 euros, correspondant aux sommes qu'elle a exposées pour faire réaliser des études ainsi que des travaux en exécution les décisions en litige ;

- elle a subi un préjudice, évalué à 2 842 937,33 euros, correspondant aux sommes qui lui sont demandées par la commune de Sainte-Sigolène et le syndicat des eaux Loire-Lignon et leur assureur au titre des dépenses qu'elles ont engagées dans le cadre d'interventions sur le site concerné ;

- elle a subi un préjudice, évalué à 16 787,80 euros, correspondant aux sommes mises à sa charge par le jugement du tribunal correctionnel du Puy-en-Velay du 22 août 2022.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 avril 2024, le préfet de la Haute-Loire, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la société civile immobilière du Fer ne sont pas fondés.

Une ordonnance en date du 30 avril 2024 a fixé la clôture d'instruction au 23 mai 2024.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le décret n°77-1133 du 21 septembre 1977 pris pour l'application de la loi n° 76-663 du 19 juillet 1976 relative aux installations classées pour la protection de l'environnement ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jurie ;

- les conclusions de M. Panighel, rapporteur public ;

- et les observations de M. A représentant le préfet de la Haute-Loire.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes n°2001374, n°2002225 et n°2302850, présentées par la société du Fer présentent à juger des questions semblables. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. La société civile immobilière (SCI) du Fer est propriétaire d'un terrain au lieudit Cornassac situé sur le territoire de la commune de Sainte-Sigolène. Par trois arrêtés, datés du 29 mai 2020, le préfet de la Haute-Loire a respectivement mis la SCI du Fer en demeure de procéder au traitement de déchets se trouvant sur ce site et contenant des polychlorobiphényles ou des hydrocarbures et lui a imposé la prise en charge de déchets générés par le rejet de polychlorobiphényles en dehors de ce site. La SCI du Fer demande l'annulation de ces trois arrêtés ainsi que la condamnation de l'Etat à réparer les préjudices qu'elle estime avoir subis.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la consultation du conseil départemental de l'environnement et des risques sanitaires et technologiques :

3. Aux termes de l'article L. 512-12 du code de l'environnement dans sa rédaction en vigueur à la date des décision attaquées : " Si les intérêts mentionnés à l'article L. 511-1 ne sont pas garantis par l'exécution des prescriptions générales contre les inconvénients inhérents à l'exploitation d'une installation soumise à déclaration, le préfet, éventuellement à la demande des tiers intéressés et après avis de la commission départementale consultative compétente, peut imposer par arrêté toutes prescriptions spéciales nécessaires ".

4. La société requérante soutient que le conseil départemental de l'environnement et des risques sanitaires et technologiques (CODERST) n'a pas été consulté avant l'édiction de chacune des décisions attaquées en méconnaissance, notamment, des dispositions de l'article L. 512-12 du code de l'environnement.

5. Toutefois, il résulte des dispositions précitées de l'article L. 512-12 du code de l'environnement que l'autorité préfectorale saisit le CODERST lorsqu'elle souhaite imposer des prescriptions spéciales à une installation classée soumise à déclaration en vue de garantir la protection des intérêts mentionnés à l'article L. 511-1 dudit code. Dès lors, les décisions attaquées par lesquelles le préfet de la Haute-Loire s'est borné à prescrire l'élimination ainsi que la prise en charge de déchets par la SCI du Fer n'entraient pas dans le champ d'application de ces dispositions. La société requérante ne peut donc utilement se prévaloir de leur méconnaissance. En outre, il ne résulte d'aucune disposition législative ou règlementaire et notamment de celles figurant au titre IV du livre V du code de l'environnement consacré à la police des déchets, en vertu desquelles les décisions en litige ont été prises, que ces dernières auraient dû être précédées de la saisine pour avis du CODERST. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut de saisine préalable du CODERST doit être écarté.

En ce qui concerne la méconnaissance du principe du contradictoire :

6. Aux termes de l'article L. 541-3 du code de l'environnement dans sa rédaction en vigueur à la date des décisions attaquées : " I.- Lorsque des déchets sont abandonnés, déposés ou gérés contrairement aux prescriptions du présent chapitre et des règlements pris pour leur application () l'autorité titulaire du pouvoir de police compétente avise le producteur ou détenteur de déchets des faits qui lui sont reprochés ainsi que des sanctions qu'il encourt et, après l'avoir informé de la possibilité de présenter ses observations, écrites ou orales, dans un délai de dix jours, le cas échéant assisté par un conseil ou représenté par un mandataire de son choix, peut lui ordonner le paiement d'une amende au plus égale à 15 000 € et le mettre en demeure d'effectuer les opérations nécessaires au respect de cette réglementation dans un délai déterminé ".

7. La société requérante soutient que toutes les décisions attaquées ont été prises en méconnaissance du principe du contradictoire et particulièrement des dispositions de l'article L. 171-6 du code de l'environnement. Toutefois, d'une part, les décisions en litige ont été prises au titre de la police des déchets. Ainsi, elles étaient spécifiquement soumises aux dispositions précitées de l'article L. 541-3 du code de l'environnement. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que, par un courrier du 13 mars 2020, le préfet de la Haute-Loire a porté à la connaissance de la SCI du Fer les constatations effectuées sur le terrain dont elle est propriétaire ainsi que les préconisations tendant à remédier aux manquements à la législation sur le traitement des déchets relevés à cette occasion. Par le même courrier, l'autorité préfectorale a invité la SCI du Fer à présenter ses observations dans le délai de 15 jours. Il ressort également des pièces du dossier que cette dernière a présenté ses observations par courrier du 30 mars 2020 auxquelles le préfet de la Haute-Loire a répondu par un courrier en date du 18 mai 2020. Enfin, la circonstance invoquée par la SCI du Fer selon laquelle elle n'aurait pas pu répliquer à ce dernier courrier avant l'édiction des arrêtés attaqués n'est pas, par elle-même, de nature à caractériser une méconnaissance du principe du contradictoire dans la mesure où, conformément aux dispositions précitées de l'article L. 541-3 du code de l'environnement elle a été informée de la possibilité de présenter ses observations écrites ou orales dans un délai en l'espèce supérieur à celui prescrit par ces dispositions et, où, elle a effectivement présenté ses observations écrites préalablement à l'édiction des mesures en litige. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire doit être écartée.

En ce qui concerne la qualification de déchets :

8. Aux termes de l'article L. 541-1-1 du code de l'environnement dans sa rédaction en vigueur à la date des décisions attaquées : " Au sens du présent chapitre, on entend par : / Déchet : toute substance ou tout objet, ou plus généralement tout bien meuble, dont le détenteur se défait ou dont il a l'intention ou l'obligation de se défaire () ".

9. Il ressort des termes de l'article 1er de l'arrêté de mise en demeure d'élimination des déchets pollués aux PCB et de l'article 1er de l'arrêté prescrivant la même mesure concernant les déchets pollués aux hydrocarbures, que le préfet de la Haute-Loire a considéré que les terres excavées et gravats des locaux détruits générés par le chantier de dépollution constituaient des déchets. Les motifs de l'arrêté de prescription de prise en charge des déchets pollués aux PCB situés à l'extérieur du site industriel appartenant à la société du Fer mentionnent que cette dernière stocke sur son terrain des tas de gravats pollués aux hydrocarbures.

10. La société requérante fait valoir que c'est à tort que les décisions attaquées qualifient de déchets, les terres polluées se trouvant sur son terrain. Toutefois, d'une part, la société du Fer n'indique pas dans ses écritures, les raisons pour lesquelles les gravats et terres excavées mentionnés dans les arrêtés en litige ne seraient pas susceptibles d'être regardés comme des déchets au sens des dispositions précitées de l'article L. 541-1-1 du code de l'environnement. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier et n'est pas même allégué par la société requérante que ces gravats et terres excavées ne constitueraient pas des biens meubles dont elle n'a pas l'intention ou l'obligation de se défaire. Il suit de là que le moyen tiré de la qualification erronée de déchets retenue à l'égard des gravats et terres excavées doit être écarté.

En ce qui concerne la détermination du détenteur des déchets :

11. La société requérante expose qu'elle n'est ni propriétaire, ni producteur des déchets concernés par les arrêtés attaqués et qu'elle n'est pas, non plus, le dernier exploitant de l'activité exercée sur le site auquel elle ne peut être substituée.

12. Aux termes de l'article L. 541-1-1 du code de l'environnement dans sa rédaction en vigueur à la date des décisions attaquées : " () on entend par : / () / Détenteur de déchets : producteur des déchets ou toute autre personne qui se trouve en possession des déchets () ". Aux termes de l'article L. 541-2 du même code dans sa rédaction applicable au litige : " Tout producteur ou détenteur de déchets est tenu d'en assurer ou d'en faire assurer la gestion, conformément aux dispositions du présent chapitre. / Tout producteur ou détenteur de déchets est responsable de la gestion de ces déchets jusqu'à leur élimination ou valorisation finale, même lorsque le déchet est transféré à des fins de traitement à un tiers. / Tout producteur ou détenteur de déchets s'assure que la personne à qui il les remet est autorisée à les prendre en charge ".

13. En l'absence des producteurs ou autres détenteurs connus des déchets déposés sur un site industriel, le propriétaire du terrain, s'il ne peut en cette seule qualité être soumis à des obligations de remise en état au titre de la police des installations classées, peut, le cas échéant, être regardé comme le détenteur des déchets, au sens de l'article L. 541-2 du code de l'environnement, et être de ce fait assujetti à l'obligation de les éliminer, au titre de la police des déchets, notamment s'il a fait preuve de négligence à l'égard d'abandons sur son terrain ou s'il ne pouvait ignorer, à la date à laquelle il est devenu propriétaire de ce terrain, d'une part, l'existence de ces déchets et, d'autre part, que la personne ayant exercé une activité productrice de déchets ne serait pas ou plus en mesure de satisfaire à ses obligations. Il en résulte que le propriétaire d'un ancien site industriel peut être tenu, dans les conditions et limites qui viennent d'être rappelées, d'éliminer les déchets présents sur le site, au titre de la police des déchets.

14. En premier lieu, la société du Fer soutient que, contrairement à ce qu'a retenu le préfet de la Haute-Loire, le dernier détenteur des déchets est connu et n'a pas disparu dès lors que l'activité anciennement exercée sur le site de Cornassac par la société Eurotransmissions a ensuite été transférée à Montfaucon sous la dénomination sociale APM Montfaucon, société qui sera placée en liquidation judiciaire par jugement du tribunal de commerce de Nanterre du 27 septembre 2007 et fera l'objet d'un jugement de clôture pour insuffisance d'actif rendu le 12 janvier 2012. La société requérante soutient également que la société Famer Industrie a, le 23 novembre 2007, soit le lendemain du jugement du tribunal de commerce de Nanterre arrêtant le plan de cession de la société APM Montfaucon au profit de la société Famer Industrie, constitué une société dénommée Fabrication Mécanique de Montfaucon afin de racheter le fonds de commerce de la société APM Montfaucon. La SCI du Fer en conclut que, dans ces conditions, la société Fabrication mécanique de Montfaucon a poursuivi l'exploitation du site non plus à Sainte-Sigolène mais à Montfaucon, avant de céder elle-même son fonds de commerce à la société Linamar Famer Transmission, devenue Linamar Montfaucon Transmission, qui doit ainsi être regardée comme le détenteur des déchets en cause. Toutefois, il ressort des pièces des dossiers que les transformateurs contenant des polychlorobiphényles ont acquis l'état de déchets en raison de l'acte de vandalisme qu'ils ont subi au cours de l'année 2019 alors que, depuis 18 ans, le site n'était plus exploité par l'ancienne société Eurotransmissions, devenue APM Montfaucon qui ne peut, ainsi, être regardée que comme ayant détenu des transformateurs jusqu'au 5 février 2001 et non comme la détentrice de déchets à la date des décisions attaquées. En outre, en tout état de cause, s'agissant notamment des autres déchets, il est constant que la société APM Montfaucon a été placée en liquidation judiciaire le 27 septembre 2007 et a fait l'objet d'un jugement de clôture pour insuffisance d'actif rendu le 12 janvier 2012. Dès lors, et quand bien même le fonds de commerce de la société APM Montfaucon aurait été racheté puis finalement cédé à la société Fabrication mécanique de Montfaucon puis à la société Linamar Famer Transmission, devenue Linamar Montfaucon Transmission, à la date de l'édiction des mesures en litige, la société APM Montfaucon avait disparu et n'était plus, ainsi, en mesure de satisfaire à ses obligations d'élimination de quelconques déchets alors que la société du Fer avait recouvré la disposition de l'intégralité des bâtiments et du terrain du site désormais inexploité et, par conséquent, des déchets qui s'y trouvaient.

15. En second lieu, la société requérante fait valoir que ce n'est pas elle qui a installé les transformateurs ainsi que les cuves se trouvant sur son terrain, ni généré les gravats qui y étaient accumulés et qu'elle ne savait rien de l'existence des transformateurs ni de l'identité de l'installateur. Toutefois, la société du Fer ne conteste pas que les déchets identifiés par les arrêtés en litige se trouvaient, à la date de ces derniers, sur le site dont elle est propriétaire et dont elle avait, à cette date, retrouvé l'usage et admet, de surcroît, dans ses propres écritures que les transformateurs au pyralène ont été " laissés " par la société Eurotransmissions. En outre, selon le rapport d'inspection daté du 7 octobre 2019, une concentration en PCB a été détectée, le 30 juillet 2019, dans les boues de la station de la Rouchouse exploitée par le syndicat des eaux Loire Lignon. À la suite d'un arrêté préfectoral du 20 septembre 2019, les opérations de recherches menées en vue de déterminer l'origine de cette pollution ont conduit à la visite du terrain appartenant à la société du Fer. Cette visite a permis d'établir que l'accès au site n'était pas sécurisé, qu'il n'y avait pas de portail d'entrée ni de clôture, que les portes d'entrée des locaux n'étaient pas fermées à clef permettant ainsi leur libre accès, que des cuves de fioul non inertées étaient présentes sur le site, que des fosses étaient ouvertes et pouvaient provoquer des chutes, que le représentant du propriétaire n'a pas pu préciser la contenance de fûts remisés sur le site et que le local abritant initialement trois transformateurs était détérioré. Dans ces conditions, par son inertie, la société du Fer a manqué à assurer l'entretien du site dont elle était propriétaire et y a, ainsi, laissé les objets qui s'y trouvaient à l'état d'abandon. L'abandon des objets en cause et notamment des transformateurs au pyralène qui se trouvaient sur le site résulte également du désintérêt de la société du Fer pour la surveillance et la sécurisation de ce dernier qui a contribué à faciliter la commission d'actes de vandalisme sur ces transformateurs, à tel point qu'en dépit de sa qualité de propriétaire du terrain, elle est demeurée dans l'ignorance de ces agissements dont elle n'a pu estimer la date.

16. Dans ces conditions, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que l'autorité préfectorale a retenu qu'en raison de la disparition de l'ancien exploitant du site et de sa qualité de propriétaire négligent du terrain sur lequel se trouvaient les déchets concernés, la société du Fer devait être regardée comme le détenteur de ceux-ci au sens des dispositions précitées de l'article L. 541-1-1 du code de l'environnement.

17. Par conséquent, les circonstances invoquées par la société requérante tenant à ce qu'elle n'est ni propriétaire, ni producteur des déchets qui se trouvaient sur son terrain sont sans incidence sur la légalité des décisions attaquées dès lors, d'une part, que ce n'est pas sur ces fondements que le préfet de la Haute-Loire l'a qualifiée de détenteur des déchets en cause, et, d'autre part, que la seule qualité de propriétaire négligent du site, légalement retenue par l'autorité préfectorale, justifiait qu'elle soit astreinte à la prise en charge et à l'élimination de ces déchets.

En ce qui concerne la pollution de la station d'épuration des eaux de la Rouchouse :

18. La société du Fer soutient que la décision de mise en demeure de traitement d'une pollution aux PCB du site de Cornassac et la décision imposant la prise en charge de déchets générés par le rejet de PCB sont illégales dès lors que le cheminement des polychlorobiphényles depuis le transformateur concerné jusqu'à la station d'épuration et jusqu'aux sédiments de divers cours d'eaux n'est pas démontré. Dès lors, la société requérante doit être regardée comme ayant entendu soutenir qu'en se fondant sur ce que les déchets présents sur son terrain avaient généré la pollution décelée dans la station d'épuration des eaux de la Rouchouse, le préfet de la Haute-Loire a commis une erreur de fait.

19. Afin de mettre en demeure la société du Fer de traiter les éléments pollués aux PCB se trouvant sur son terrain, l'autorité préfectorale a notamment retenu la découverte d'une pollution au niveau de la station d'épuration des eaux de La Rouchouse, la présence de PCB dans plusieurs cours d'eau ainsi que l'atteinte à la faune piscicole par les PCB. En outre, pour imposer, par un arrêté distinct, à la société du fer de procéder à la prise en charge des déchets pollués aux PCB, le préfet de la Haute-Loire a relevé, en particulier, la découverte d'une pollution au niveau de la station d'épuration des eaux de La Rouchouse, la présence de PCB dans plusieurs cours d'eau et que les PCB contenus dans le transformateur vandalisé sur le site de la société du Fer se sont retrouvés en particulier dans les boues de cette station d'épuration.

20. Toutefois, les dispositions des articles L. 541-1 et suivants du code de l'environnement, en application desquels les arrêtés en litige ont été pris, ne subordonnent pas l'édiction d'une mise en demeure de traitement ou d'élimination des déchets, ni la prise en charge de déchets en vue de leur traitement à la constatation par l'autorité de police de la survenance d'une quelconque pollution résultant de ces déchets. Ainsi, à supposer même établie l'erreur de fait soulevée par la société requérante, il ne ressort pas des pièces du dossier, eu égard à ce qui a été énoncé au point 16 du présent jugement, que l'autorité préfectorale aurait pris une autre décision si elle ne s'était pas fondée sur les faits dont l'inexactitude matérielle est invoquée.

En ce qui concerne la prise en charge des déchets pollués aux PCB situés à l'extérieur du terrain de la société du Fer :

21. Par l'arrêté attaqué, le préfet a imposé à la SCI du Fer de " traiter tous les déchets générés par le déversement de PCB à l'extérieur de son site de Sainte-Sigolène sous six mois () ".

22. La société du Fer expose que la décision de prise en charge des déchets pollués aux PCB qui lui est imposée est sans objet, dans la mesure où les déchets générés par le rejet des PCB ont déjà été pris en charge par la commune de Sainte-Sigolène. Ainsi, la société requérante doit être regardée comme ayant entendu soutenir que le préfet de la Haute-Loire a commis une erreur de fait dès lors qu'à la date de la décision attaquée, les déchets générés par le déversement de PCB à l'extérieur de son terrain avaient déjà été traités par la commune de Sainte-Sigolène. Toutefois, cette allégation qui, au demeurant, n'est pas assortie des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé, n'est corroborée par aucun des éléments soumis à l'appréciation du tribunal. Le moyen qui en est tiré doit donc être écarté.

En ce qui concerne l'origine et la nature des déchets :

23. La société du Fer fait valoir que les transformateurs utilisés par la société Eurotransmissions relevaient de la législation sur les installations classées pour la protection de l'environnement ; que la pollution aux hydrocarbures due à l'exploitation de l'activité sur le site résulte de l'absence de remise en état du site par la société Eurotransmissions ; que la pollution aux PCB résulte du vandalisme d'un transformateur qui aurait dû être traité lors de la cessation d'activité de la société Eurotransmissions ; que l'autorité préfectorale aurait dû prendre des arrêtés de prescriptions complémentaires à l'encontre du dernier exploitant ou de son ayant droit et qu'à supposer même qu'elle puisse être regardée comme détenteur de déchets, il n'est pas démontré qu'elle avait interdiction de détenir des transformateurs au pyralène.

24. Toutefois, les circonstances rappelées ci-dessus, tenant à l'origine et à la nature des déchets en cause sont sans incidence sur la légalité des décisions attaquées dès lors qu'il résulte de ce qui a été précédemment énoncé aux points 11 à 17 du présent jugement que, par les arrêtés en litige, le préfet de la Haute-Loire, en application des dispositions de l'article L. 541-1-1 du code de l'environnement, a légalement qualifié la société du Fer de détenteur des déchets dont la présence a été constatée sur le site industriel de Cornassac et à l'extérieur de celui-ci. Dans ces conditions, les moyens rappelés au point 23 du présent jugement ne peuvent qu'être écartés.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la faute découlant des illégalités des arrêtés du 29 mai 2020 :

25. Compte tenu de ce qui a été énoncé aux points 3 à 24 du présent jugement, la société du Fer n'est pas fondée à soutenir que les arrêtés en litige sont entachés d'illégalités fautives de nature à engager la responsabilité de l'Etat. Par suite, ce fondement de responsabilité doit être écarté.

En ce qui concerne les défaillances de l'autorité de police des installations classées :

26. La société requérante expose dans ses écritures que l'autorité de police des installations classées a commis des fautes de nature à engager la responsabilité de l'Etat dans la mesure, d'une part, où elle s'est abstenue de procéder à une visite du site lors de la cessation d'activité de la société Eurotransmissions et, d'autre part, où elle a manqué à faire régulariser la notification incomplète de cessation d'activité qui lui avait été adressée par la société Eurotransmissions.

S'agissant de l'absence de visite de contrôle :

27. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de l'environnement, dans sa rédaction en vigueur au 1er mars 2001, date à laquelle la préfecture de la Haute-Loire a reçu l'information de cessation de l'activité de la société Eurotransmissions : " Sont soumis aux dispositions du présent titre les usines, ateliers, dépôts, chantiers et, d'une manière générale, les installations exploitées ou détenues par toute personne physique ou morale, publique ou privée, qui peuvent présenter des dangers ou des inconvénients soit pour la commodité du voisinage, soit pour la santé, la sécurité, la salubrité publiques, soit pour l'agriculture, soit pour la protection de la nature et de l'environnement () ". Aux termes de l'article L. 512-1 de ce code, dans sa rédaction applicable au litige : " Sont soumises à autorisation préfectorale les installations qui présentent de graves dangers ou inconvénients pour les intérêts visés à l'article L. 511-1. / L'autorisation ne peut être accordée que si ces dangers ou inconvénients peuvent être prévenus par des mesures que spécifie l'arrêté préfectoral () ". Aux termes de l'article L. 512-8 dudit code, dans sa rédaction applicable au litige : " Sont soumises à déclaration les installations qui, ne présentant pas de graves dangers ou inconvénients pour les intérêts visés à l'article L. 511-1, doivent néanmoins respecter les prescriptions générales édictées par le préfet en vue d'assurer dans le département la protection des intérêts visés à l'article L. 511-1 ". Aux termes de l'article L. 514-5 du même code, dans sa rédaction applicable au litige : " Les personnes chargées de l'inspection des installations classées ou d'expertises sont assermentées et astreintes au secret professionnel dans les conditions et sous les sanctions prévues aux articles 226-13 et 226-14 du code pénal et, éventuellement, aux articles 411-1 et suivants du même code. / Elles peuvent visiter à tout moment les installations soumises à leur surveillance ".

28. Il résulte des dispositions citées au point précédent qu'il appartient à l'Etat, dans l'exercice de ses pouvoirs de police en matière d'installations classées d'exercer sa mission de contrôle sur celles-ci en veillant au respect des prescriptions imposées à l'exploitant. À cet égard, les services en charge de ce contrôle disposent des pouvoirs qui leur sont reconnus par l'article L. 514-5 précité afin de visiter ces installations. Il leur appartient d'adapter la fréquence et la nature de ces visites à la nature, à la dangerosité et à la taille des installations. Il leur revient, enfin, de tenir compte, dans l'exercice de cette mission de contrôle, des indications dont ils disposent sur les facteurs de risques particuliers affectant les installations ou sur d'éventuels manquements commis par l'exploitant.

29. La société Eurotransmissions a adressé une notification de cessation d'activité au préfet de la Haute-Loire par courrier du 27 février 2001, reçu le 1er mars 2001, par lequel elle l'informait avoir fermé son usine à Sainte-Sigolène. Il résulte de l'instruction que l'installation classée pour la protection de l'environnement exploitée par la société Eurotransmissions consistait en une activité de grenaillage, de travail des métaux et d'application de peintures qui était, à ce titre, soumise à déclaration en application des dispositions précitées de l'article

L. 512-8 du code de l'environnement. Cette activité était exploitée sur un tènement immobilier à caractère industriel comprenant un bâtiment à usage d'atelier, de stockage, de vestiaires et de réfectoire ainsi qu'un second local à usage de poste de transformation de courant, de hangar de stockage et d'abri à copeaux, le reste du terrain s'étendant sur plusieurs parcelles demeurant à l'état nu. Ainsi, l'installation exploitée par la société Eurotransmissions présentait un faible degré de dangerosité ainsi qu'une taille limitée. De surcroît, il résulte de l'instruction qu'une visite du site avait déjà eu lieu le 29 octobre 1997 à la suite des plaintes du voisinage pour nuisances sonores, à l'issue de laquelle aucun élément particulier n'avait été relevé à l'encontre de la société Eurotransmissions concernant l'exploitation de l'installation classée. Par suite, aucune des informations en possession du préfet de la Haute-Loire, à la date de réception de la notification de cessation d'activité de la société Eurotransmissions, n'était susceptible de révéler un facteur de risques particulier affectant l'installation ou d'éventuels manquements imputables à l'exploitant. Dans ces conditions, les services de police des installations classées ne peuvent être regardés comme ayant commis une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat en s'abstenant de procéder à une visite de contrôle du site exploité par la société Eurotransmissions lors de la cessation de son activité.

S'agissant du défaut de régularisation de la notification de mise à l'arrêt de l'installation classée :

30. Aux termes de l'article 34-1 du décret du 21 septembre 1977 susvisé, dans sa rédaction en vigueur au 1er mars 2001, date à laquelle la préfecture de la Haute-Loire a reçu l'information de cessation de l'activité de la société Eurotransmissions : " I. Lorsqu'une installation classée est mise à l'arrêt définitif, son exploitant remet son site dans un état tel qu'il ne s'y manifeste aucun des dangers ou inconvénients mentionnés à l'article 1er de la loi du 19 juillet 1976 susvisée. / Le préfet peut à tout moment imposer à l'exploitant les prescriptions relatives à la remise en état du site, par arrêté pris dans les formes prévues à l'article 18 ci-dessus. / () / IV. Dans le cas des installations soumises à déclaration, la notification doit indiquer les mesures de remise en état du site prises ou envisagées. Il est donné récépissé sans frais de cette notification ".

31. Ainsi qu'il a été précédemment relevé au point 29 du présent jugement, le préfet de la Haute-Loire a reçu, le 1er mars 2001, un courrier daté du 27 février 2001, par lequel la société Eurotransmissions l'informait de la fermeture de son usine de Sainte-Sigolène dans laquelle elle exploitait une installation classée pour la protection de l'environnement soumise à déclaration. D'une part, cette fermeture qui impliquait, aux termes du courrier du 27 février 2001, une cessation définitive de l'activité industrielle exercée sur le site de Sainte-Sigolène en vue de son transfert sur un autre site se trouvant à Montfaucon, revêtait, au sens des dispositions précitées de l'article 34-1 du décret du 21 septembre 1977, le caractère d'une mise à l'arrêt définitif de l'installation classée exploitée jusqu'alors par la société Eurotransmissions sur le terrain appartenant à la SCI du Fer. D'autre part, la notification effectuée par le courrier du 27 février 2001 se bornait à mentionner, sur le recto d'une feuille simple, que la fermeture de l'usine de Sainte-Sigolène était intervenue le 5 février 2001 et que la société Eurotransmissions avait rendu l'ensemble immobilier dont elle était locataire " dans un état de propreté et de salubrité intérieure et extérieure très convenable ". Dès lors, cette notification ne comportait aucune description des mesures prises ou envisagées par la société Eurotransmissions en vue de la remise en état du site, ni même n'indiquait en quoi de telles mesures n'auraient pas été nécessaires en l'espèce. Ainsi, alors que les dispositions précitées du IV de l'article 34-1 du décret du 21 septembre 1977 imposaient à l'exploitant de faire figurer dans la notification de mise à l'arrêt définitif de l'installation en cause les mesures de remise en état du site prises ou envisagées, le service en charge du contrôle des installations classées s'est borné à relever que la fermeture de l'atelier de la société Eurotransmissions à Sainte-Sigolène n'appelait aucune remarque particulière et n'a pas signifié à l'exploitant de régulariser sa notification de mise à l'arrêté définitif par la production des indications exigées par les dispositions susmentionnées. Dans ces conditions, en s'abstenant de prescrire à la société Eurotransmissions de régulariser sa notification de mise à l'arrêt définitif de l'installation classée qu'elle exploitait, l'autorité de police a commis une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat.

En ce qui concerne le lien de causalité :

32. La société du Fer fait état de plusieurs préjudices. Le premier découle, selon elle, des frais qu'elle a exposés afin d'exécuter les arrêtés préfectoraux du 29 mai 2020 et, ainsi, du coût d'élimination et de traitement des déchets concernés par ces arrêtés. Le deuxième est constitué par les " honoraires d'expertise et de conseil pour assurer la défense de [ses] intérêts ". Le troisième préjudice découle de la condamnation qu'elle encourt devant la juridiction judiciaire au titre de sa responsabilité dans la pollution de la station d'épuration des eaux de la Rouchouse dont le coût de remise en état a été pris en charge par la commune de Sainte-Sigolène et par le syndicat des eaux Loire-Lignon. Le quatrième et dernier préjudice invoqué par la société du Fer est tiré des condamnations prononcées à son encontre par le jugement du tribunal correctionnel du Puy-en-Velay du 22 août 2022 qui l'a condamnée au paiement des sommes de 10 000 euros d'amende dont 5 000 euros assortis du sursis, de 2 000 euros de préjudice moral à la fédération de pêche et de protection du milieu aquatique de Haute-Loire et de 7 787,80 euros en réparation du préjudice piscicole subi par ladite fédération et a mis à sa charge la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article 475-1 du code de procédure pénale.

33. Toutefois, en premier lieu, le coût de remise en état du terrain appartenant à la société du Fer a été prescrit par la mise en demeure préfectorale du 29 mai 2020 de procéder à l'élimination des transformateurs au pyralène se trouvant sur le site ainsi que des gravats et terres qu'ils ont contribué à contaminer aux PCB. Or, ainsi qu'il a été précédemment énoncé au point 15 du présent jugement, ces transformateurs n'ont acquis le caractère de déchets au sens des dispositions de l'article L. 541-1-1 du code de l'environnement que du seul fait de l'état d'abandon dans lequel la société du Fer les a laissés. En outre, le coût de remise en état du terrain de la société requérante découle également de la mise en demeure préfectorale du 29 mai 2020 astreignant le propriétaire à éliminer les déchets constitutifs de sources de pollution aux hydrocarbures. Or, la présence de ce dernier type de déchets sur le terrain de la société du Fer et, par suite, les frais induits par la mise en demeure tendant à leur élimination, n'ont pas été causés par l'absence d'invitation à régulariser la notification de la société Eurotransmissions de mise à l'arrêt définitif de son installation classée au mois de mars 2001. Dans ces conditions, les coûts de l'élimination des déchets identifiés par le préfet de la Haute-Loire par les arrêtés de mise en demeure du 29 mai 2020 ne trouvent pas leur origine directe dans le défaut de régularisation susmentionné.

34. En deuxième lieu, il ressort du rapport établi suite à l'expertise prescrite par ordonnance du 17 septembre 2020 du juge des référés du tribunal judiciaire du Puy-en-Velay, que l'expert a déterminé deux sources de pollution de la station d'épuration des eaux usées dite de la Rouchouse. La première consiste en " un bruit de fond géochimique anthropique en lien direct () avec les activités de l'homme " et " sans aucun lien direct avec la pollution par PCB " décelée sur le terrain de la SCI du Fer. Selon l'expert, la seconde source de pollution est " en lien avec le vandalisme des transformateurs au pyralène du site de la SCI du Fer, dont l'un au moins a vu son contenu être déversé dans le réseau des eaux usées ". L'expert ajoute qu'" il peut être affirmé que l'état général des transformateurs était bon : c'est le vandalisme pour récupérer le cuivre dans les transformateurs qui est à l'origine de la pollution. Très probablement, les entretiens et précautions d'usage ont été observés par les exploitants successifs : sans transformateurs, pas d'électricité et la production industrielle est alors arrêtée, d'où cet entretien et cette maintenance ". En outre, aucun des éléments produits devant le tribunal n'est de nature à démentir les conclusions émises par l'expert. Il résulte ainsi de l'instruction que la pollution des boues de la station d'épuration des eaux de la Rouchouse trouve directement son origine dans le déversement du contenu des transformateurs au pyralène sur le terrain de la société du Fer, notamment dans le raccordement au réseau des eaux usées dont il est équipé, suite à un acte de vandalisme perpétré au cours de l'année 2019. Il suit de là que la faute imputable à l'administration, tenant à l'absence de sommation à la société Eurotransmissions de régulariser sa notification de mise à l'arrêt définitif d'installation classée au mois de mars 2001, n'entretient pas un lien direct de causalité avec les préjudices financiers invoqués par la société requérante, tirés des coûts de dépollution de la station d'épuration et des condamnations prononcées par le jugement du tribunal correctionnel du Puy-en-Velay rendu le 22 août 2022 tant au titre de l'amende visant à réprimer ces faits de pollution que des réparations allouées pour en réparer les conséquences dommageables alors, de surcroît, qu'aucun des éléments du dossier ne tend à corroborer qu'une telle régularisation aurait nécessairement entraîné l'élimination des transformateurs en cause.

35. En troisième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux précédemment énoncés aux points 33 et 34 du présent jugement, le préjudice invoqué par la société du Fer découlant des " honoraires d'expertise et de conseil pour assurer la défense de [ses] intérêts " ne trouve pas directement son origine dans le défaut de régularisation de la notification de mise à l'arrêt définitif d'installation classée de la société Eurotransmissions au mois de mars 2001, mais exclusivement dans l'état d'abandon des transformateurs au pyralène et dans le déversement de leur contenu dans le raccordement au réseau des eaux usées équipant le terrain de la société du Fer.

36. Dans ces conditions, aucun des préjudices invoqués par la société requérante ne revêt un caractère direct. Par suite, aucun desdits préjudices n'est susceptible d'ouvrir droit à réparation.

37. Il résulte de ce tout qui précède que les conclusions à fin d'annulation et de d'indemnisation présentées par la société du Fer doivent être rejetées et, par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n°2001374, n°2002225 et n°2302850 présentées par la société du Fer sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société civile immobilière du Fer et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera transmise, pour information, au préfet de la Haute-Loire.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Caraës, présidente,

M. Jurie, premier conseiller,

Mme Bollon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2024.

Le rapporteur,

G. JURIE

La présidente,

R. CARAËS

La greffière,

F. LLORACH

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2001374, N°2002225 et N°2302850

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