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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2001508

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2001508

vendredi 14 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2001508
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationChambre 1
Avocat requérantSEBAN AUVERGNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 2 septembre 2020, 22 juin 2021 et 31 janvier 2024, M. A C, représenté par Me Golfier-Metais, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner le centre hospitalier de Montluçon à lui verser la somme de 249 733, 49 euros assortie des intérêts au taux légal, eux-mêmes capitalisés, en réparation des préjudices consécutifs à sa prise en charge au sein de cet établissement ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Montluçon la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

3°) de condamner le centre hospitalier de Montluçon aux entiers dépens.

Il soutient que :

- la responsabilité du centre hospitalier de Montluçon est engagée à raison du retard de diagnostic s'accompagnant d'un manquement thérapeutique alors que, dès son arrivée aux urgences, son état de santé présentait un tableau évocateur d'un syndrome coronarien aigu ;

- ce retard de diagnostic a entrainé la survenance d'un infarctus et la constitution d'un traumatisme psychologique qui a eu pour conséquence une dépression chronique ;

- la dépression dont il souffre présente un lien de causalité direct et certain avec la faute commise par le centre hospitalier de Montluçon ; il ne présentait avant sa prise en charge dans cet établissement aucun état dépressif ;

- s'agissant des préjudices relatifs au déficit fonctionnel temporaire et permanent, aux souffrances endurées et à l'assistance par tierce personne, un taux de perte de chance de 2/3 doit être appliqué ;

- le préjudice esthétique temporaire, le préjudice d'agrément, le préjudice sexuel, le préjudice d'angoisse et le préjudice professionnel sont pleinement imputables aux fautes commises par le centre hospitalier de Montluçon ;

- les préjudices extrapatrimoniaux temporaires sont constitués par un déficit fonctionnel temporaire total du 1er au 5 août 2016 et du 17 août au 6 septembre 2016, d'un déficit fonctionnel temporaire de 50% du 6 au 16 août 2016 et d'un déficit fonctionnel temporaire de 20% du 7 septembre 2016 au 31 juillet 2017, soit une somme estimée à 5 177 euros ; des souffrances endurées qui doivent être évaluées à 1,5 sur une échelle de 1 à 7 soit une indemnisation de 3 500 euros et un préjudice esthétique temporaire qui doit être estimé à 1 sur 7 soit une indemnité estimée à 1 500 euros ;

- les préjudices extrapatrimoniaux permanents sont constitués par un déficit fonctionnel permanent du fait d'une atteinte myocardique, une pentathérapie, une limitation cardio-vasculaire pour les efforts substantiels, une surveillance cardiologique régulière et une dépression chronique, estimé à 20% soit une indemnité évaluée à 26 670 euros ; un préjudice d'agrément qui doit être indemnisé à hauteur de 8 000 euros ; un préjudice sexuel qui doit être indemnisé à hauteur de 5 000 euros ; un préjudice d'angoisse caractérisé par son impossibilité d'éviter une prise en charge par les urgences du centre hospitalier de Montluçon en cas de récidive de syndrome coronarien qui doit être évalué à une somme de 15 000 euros ;

- les préjudices patrimoniaux sont constitués par des frais d'assistance par tierce personne du 5 août au 16 août 2016 à raison de 3 heures par jour soit un total de 585 euros ; des frais de déplacement à treize reprises pour suivi médical auprès d'un psychiatre soit 1 125,80 kilomètres, des frais de déplacement pour se rendre à l'expertise et pour rencontrer le médecin recours, ainsi que des frais de déplacements pour se rendre au cabinet de son avocate soit une somme totale de 1 555, 24 euros ; des frais de médecin recours d'un montant de 760 euros ; des frais médicaux et para-médicaux entrainant un reste à charge de 15,01 euros par consultation auprès d'un psychiatre soit 180 euros pour douze séances ; des frais médicaux futurs et frais de déplacement futurs qui doivent également être indemnisés ; des pertes de gains professionnels actuels constitués par des pertes de primes et d'indemnités (primes d'activité de contrôleur du travail, prime de technicité et indemnité de fonction de sujétions et d'expertise) soit une somme de 6 687,36 euros avant consolidation pour la période du 1er août 2016 au 1er août 2017 ; les préjudices patrimoniaux après consolidation sont constitués par des pertes de gains professionnels qui doivent être indemnisés à hauteur de 75 535,25 euros pour la période allant du 1er août 2017 au 31 janvier 2024 ; un préjudice d'incidence professionnelle qui doit être évalué à 99 583,88 euros.

Par un mémoire, enregistré le 25 octobre 2020, la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme, représentée par Me Nolot, demande au tribunal :

1°) de condamner le centre hospitalier de Montluçon à lui verser la somme de 2 944, 38 euros en remboursement de ses débours, assortie des intérêts au taux légal à compter de la date d'enregistrement de son mémoire et de la capitalisation des intérêts et la somme de 981,46 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue par les dispositions de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Montluçon une somme de 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mai 2021, le centre hospitalier de Montluçon, représenté par la Selas Seban Auvergne, demande au tribunal de dire ce que de droit sur la responsabilité, de ramener les prétentions indemnitaires de M. C dans de plus justes proportions, de rejeter les conclusions de la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme et de rejeter le surplus des conclusions de M. C.

Il soutient que :

- il reconnait l'erreur de diagnostic et ne conteste pas que cette faute a fait perdre une chance à M. C d'éviter la survenue de l'infarctus ;

- le déficit fonctionnel temporaire doit être évalué à la somme de 1 203, 80 euros avant l'application de la part d'imputabilité de 2/3 ; les souffrances endurées peuvent être indemnisées à hauteur de 1 500 euros avant l'application de la part d'imputabilité de 2/3 ; le préjudice esthétique temporaire peut être indemnisé à hauteur de 900 euros avant l'application de la part d'imputabilité de 2/3 ; s'agissant du déficit fonctionnel permanent, celui-ci ne saurait excéder 10% et son indemnisation ne pourra excéder la somme de 13 000 euros avant application de la part d'imputabilité de 2/3 ; les demande de M. C s'agissant du préjudice d'agrément, du préjudice sexuel, du préjudice d'angoisse doivent être rejetées ;

- s'agissant du préjudice d'assistance à tierce personne une juste indemnisation pourra être évaluée à hauteur de 432 euros avant application de la part d'imputabilité de 2/3 ;

- s'agissant des frais de déplacement, seul celui relatif à la réunion d'expertise peut être indemnisé pour une somme de 264,31 euros avant application de la part d'imputabilité de 2/3 ;

- il ne n'oppose pas au versement d'une somme de 760 euros au titre des honoraires du médecin recours ;

- les demandes relatives aux frais médicaux et paramédicaux actuels et futurs et aux frais de déplacements ne sont pas justifiées ;

- les demandes relatives aux pertes de gains professionnels actuels et futurs et à l'incidence professionnelle doivent être rejetées ;

- s'agissant des demandes de la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme, cette dernière ne précise pas les prestations qui auraient été versées en raison de la pathologie initiale en l'absence de faute ; le lien entre certains débours, à savoir, les consultations de médecine générale, le doppler du 6 décembre 2016, et les frais pharmaceutiques, et la faute reprochée n'est pas établi.

La procédure a été communiquée aux ministres du travail, de la santé et des solidarités et de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique qui n'ont présenté aucune observation.

Par une lettre du 3 janvier 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, que la clôture immédiate de l'instruction était susceptible d'intervenir à compter du 2 février 2024.

La clôture immédiate de l'instruction a été prononcée le 5 mars 2024.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- l'ordonnance du 20 mai 2019, par laquelle le magistrat délégué a taxé les frais de l'expertise réalisée par le docteur B.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bollon,

- les conclusions de M. Panighel, rapporteur public,

- et les observations de Me Golfier, représentant M. C, et de Me Bardy, représentant le centre hospitalier de Montluçon.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, alors âgé de 56 ans et contrôleur du travail, a ressenti sur son lieu de travail le 1er août 2016 une vive douleur dans la gorge, la poitrine et les bras. Pris en charge par les pompiers, il a été transféré aux urgences du centre hospitalier de Montluçon. Dès son arrivée à 13h29, un électrocardiogramme a été effectué et il a été ausculté par un médecin qui a noté la persistance des douleurs à la poitrine et des palpitations à 15h40. Une intensification des douleurs est relevée vers 18h et, à 18h45, un diagnostic d'infarctus aigu du myocarde a été posé. Une coronarographie a alors été réalisée. A 19h59, M. C a subi une angioplastie avec implantation d'un stent actif. M. C a quitté le centre hospitalier de Montluçon le 5 août 2016. Du 16 août au 6 septembre 2016, il a séjourné au centre médical de Sainte-Feyre pour une réadaptation cardiaque. Le 16 mai 2017, il a repris son activité dans le cadre d'un mi-temps thérapeutique avant de la reprendre, le 16 mai 2018, à temps plein. Estimant avoir mal été pris en charge le 1er août 2016 par le service des urgences du centre hospitalier de Montluçon, M. C a saisi, le 10 juillet 2018, le tribunal administratif de Clermont-Ferrand d'une demande d'expertise judiciaire. Par une ordonnance du 23 août 2018, le juge des référés a ordonné une expertise et l'a confiée au Dr B, médecin cardiologue. Par un courrier du 3 avril 2020 reçu le 9 avril suivant par le centre hospitalier de Montluçon, M. C a formé une réclamation préalable à laquelle le centre hospitalier de Montluçon n'a pas répondu. Par la présente requête, M. C demande au tribunal de condamner le centre hospitalier de Montluçon à l'indemniser des préjudices qu'il estime avoir subis.

Sur les conclusions indemnitaires présentées par M. C :

En ce qui concerne la responsabilité :

2. Aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute ".

3. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise qu'à son arrivée aux urgences du centre hospitalier de Montluçon le 1er août 2016 à 13h29, M. C présentait un tableau très évocateur et caractéristique d'un syndrome coronarien aigu qui aurait dû conduire, au vu de la très vive douleur ressentie par le requérant et du résultat anormal d'un électrocardiogramme, à poser un diagnostic d'angor instable. Toutefois, et bien qu'il soit noté par le médecin des urgences lors de l'auscultation de 15h40 que M. C continuait à ressentir une douleur à la poitrine et des palpitations, ce n'est que devant un enrichissement de la symptomatologie vers 18h00 que le diagnostic d'infarctus a finalement été posé à 18h45. Ce retard de diagnostic n'a pas permis de mettre en œuvre dans les délais les plus brefs les thérapeutiques recommandées en cas d'angor instable et de douleur paroxystique et est donc constitutif d'une faute commise par le centre hospitalier de Montluçon.

En ce qui concerne le lien de causalité :

4. M. C soutient que le retard de diagnostic fautif a eu pour conséquence une dépression chronique consécutive à un traumatisme psychique et s'appuie à ce titre sur le rapport d'expertise. Toutefois, si ce dernier, rédigé par un médecin cardiologue, indique que M. C a subi un traumatisme psychique consécutif au retard de diagnostic ayant entrainé une dépression chronique, cette constatation ne s'appuie sur aucune considération médicale et n'est étayée par aucune pièce versée au dossier. De plus, si l'état dépressif du requérant est attesté par un certificat médical du 4 décembre 2018 de son médecin psychiatre, il résulte de l'instruction que ce dernier indique ne suivre M. C que depuis le 20 novembre 2018 pour " un état dépressif évoluant depuis plusieurs mois " soit plus de deux ans après la date de prise en charge fautive par le centre hospitalier de Montluçon et alors que M. C a déclaré lors de l'expertise qu'il existait un contexte de conflit professionnel avec son employeur du fait de la non reconnaissance de son infarctus en accident de service et que l'avis du comité médical départemental de l'Allier se prononçant sur la mise à la retraite pour invalidité date l'apparition de ces troubles au 25 août 2018. Par suite, M. C, qui a au demeurant refusé la proposition de l'expert d'étendre l'expertise par l'adjonction d'un sapiteur psychiatre, n'établit pas que le traumatisme psychique et la dépression dont il souffre présentent un lien de causalité direct et certain avec le retard de diagnostic fautif.

En ce qui concerne le taux de perte de chance :

5. Lorsque M. C est arrivé au centre hospitalier de Montluçon à 13h30, il présentait un tableau d'angor instable ou menace d'infarctus, ce dernier s'étant constitué vers 18h00. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise que le retard de diagnostic a empêché la mise en place des thérapeutiques adaptées et recommandées, ce qui a eu pour effet de faire perdre à M. C une chance très probable d'éviter la constitution de l'infarctus du myocarde. Si l'expert retient un taux de perte de chance de " 2/3 " soit 66%, il le justifie en indiquant seulement que " la totalité du retentissement psychique est secondaire aux dommages et constitue l'essentiel du taux de perte de chance retenu soit les 2/3 ". Toutefois, d'une part, ainsi qu'il a été dit au point précédent, le traumatisme psychique et la dépression invoqués par M. C ne présentent pas de lien de causalité direct et certain avec le retard de diagnostic fautif commis par le centre hospitalier de Montluçon, et d'autre part, les conclusions de l'expert présentent sur ce point une confusion entre l'appréciation du taux de perte de chance globale et l'imputabilité des dommages psychiques à la faute commise qui conduit à une remise en cause du taux de perte de chance tel que mentionné dans l'expertise. Dans ces conditions, et compte tenu du fait qu'il existait, selon les dires de l'expert non contestés sur ce point, une probabilité élevée d'éviter l'évolution de l'état du requérant vers la constitution d'un infarctus du myocarde, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de fixer le taux de perte de chance à 80%.

En ce qui concerne l'évaluation des préjudices :

6. Il convient de fixer la date de consolidation de l'état de santé de M. C au 1er août 2017.

S'agissant des préjudices patrimoniaux :

Quant aux dépenses de santé actuels et futurs :

7. M. C fait valoir que des dépenses de santé relatives à douze consultations chez un médecin psychiatre sont restées à sa charge pour un montant de 180 euros et que, son suivi médical se poursuivant, il convient également d'indemniser les dépenses de santé futures. Toutefois, et ainsi qu'il a été dit au point 4, il n'est pas établi que l'état dépressif dont souffre le requérant nécessitant des consultations psychiatriques soient en lien avec le retard de diagnostic fautif lors de sa prise en charge au centre hospitalier de Montluçon le 1er août 2016. Par suite, le requérant n'est pas fondé à solliciter une indemnisation à ce titre.

Quant aux frais divers :

8. En premier lieu, si M. C demande à être indemnisé des trajets qu'il a dû effectuer pour se rendre à treize consultations chez le psychiatre, il n'est toutefois pas établi, ainsi qu'il a été dit au point 4, que l'état dépressif dont souffre M. C nécessitant des consultations psychiatriques soient en lien avec le retard de diagnostic fautif lors de sa prise en charge au centre hospitalier de Montluçon le 1er août 2016.

9. En deuxième lieu, M. C fait également valoir qu'il a été contraint d'engager des frais de déplacement au cabinet de son conseil ainsi qu'au cabinet du médecin recours qui l'ont assisté. Toutefois, le requérant ne produit aucun document ou justificatif établissant qu'il a effectivement effectué ces trajets, l'attestation de son conseil, Me Golfier-Métais, produite dans le mémoire complémentaire n'étant à ce titre pas suffisante.

10. En troisième lieu, M. C demande également à être indemnisé du trajet qu'il a dû effectuer afin de se rendre à l'expertise, dont la réalité est établie, à hauteur de 500 kilomètres. Au vu des barèmes fiscaux d'un véhicule de 7 CV applicables, il sera fait une juste appréciation de son préjudice en le fixant à la somme de 297, 50 euros. En revanche, M. C ne justifie pas avoir dû exposer des frais de péage.

11. En dernier lieu, M. C a exposé des frais d'assistance par un médecin conseil dans le cadre de l'expertise judiciaire, qui ont été utiles à la résolution du litige, pour un montant de 760 euros, somme que le centre hospitalier de Montluçon devra rembourser.

12. Il résulte de ce qui précède, qu'il y a lieu d'indemniser M. C à hauteur de la somme de 1057, 50 euros au titre des frais divers.

Quant à l'assistance par une tierce personne :

13. Il résulte de l'instruction que la nécessité pour M. C de recourir à l'assistance d'une tierce personne du fait d'une limitation cardio-vasculaire aux efforts de la vie courante en post infarctus à raison de trois heures par jour pour la période du 5 août 2016, date de son retour à domicile, au 16 août 2016, date de son admission au centre de rééducation de Sainte-Feyre est établie. Ainsi, il y a lieu de fixer à onze jours la durée d'assistance. Il sera fait une juste appréciation du préjudice subi en indemnisant le requérant sur la base d'une année de 412 jours, tenant compte des congés payés et des jours fériés, et d'un taux horaire moyen de rémunération fixé à 13 euros, intégrant les charges patronales et les majorations de rémunération dues les dimanches. Par suite, et alors qu'il ne résulte pas de l'instruction qu'au cours de cette période M. C aurait perçu d'un organisme social ou d'un financeur public une aide financière ayant pour objet une assistance par une tierce personne, le préjudice subi par le requérant doit être évalué à la somme de 484 euros. Il y a lieu d'appliquer à cette somme le taux de perte de chance de 80 % pour calculer la somme due par le centre hospitalier de Montluçon à M. C. Il s'ensuit que le centre hospitalier de Montluçon est condamné à verser à M. C la somme de 387,20 euros.

Quant aux pertes de gains professionnels actuels et futurs :

14. Si M. C expose avoir subi un préjudice de pertes de gains professionnel actuels et futurs, résultant de perte de primes et de perte de revenus, il n'impute ce préjudice qu'au seul traumatisme psychique et à la dépression dont il souffre. Toutefois, et ainsi qu'il a été dit au point 4 du présent jugement, ni le traumatisme psychique dont M. C expose avoir été la victime ni sa dépression chronique ne présentent de lien de causalité avec la faute commise dans sa prise en charge. Par suite, M. C n'est pas fondé à solliciter une indemnisation au titre du préjudice résultant de pertes de gains professionnels actuels et futurs.

Quant à l'incidence professionnelle :

15. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise que la limitation d'ordre cardiovasculaire dont M. C est atteint est modérée et l'autorise à poursuivre son activité professionnelle. Par ailleurs, si le requérant soutient qu'il n'a pas pu, du fait de l'infarctus dont il a été victime, se présenter à l'oral du concours d'inspecteur du travail en ce qu'il était trop tard pour s'inscrire à sa reprise d'activité, il ne l'établit pas. Enfin, M. C n'établit pas davantage qu'il aurait pu être éligible à la promotion interne au choix. Par suite, le requérant n'est pas fondé à demander l'indemnisation d'un préjudice d'incidence professionnelle.

Quant à la perte de revenus liés à la liquidation de la retraite :

16. Si M. C soutient que sa mise à la retraite anticipée pour invalidité implique une perte de revenus d'au moins deux ans et une perte de cotisation, il résulte toutefois de l'instruction que cette mise à la retraite pour invalidité résulte des troubles anxio-dépressif dont il souffre et dont la date d'apparition a été estimée au 25 août 2018. Il s'ensuit que M. C ne justifie pas d'un lien de causalité entre le préjudice qu'il invoque et la faute du centre hospitalier de Montluçon.

S'agissant des préjudices extra-patrimoniaux :

Quant au déficit fonctionnel :

17. D'une part, il résulte de l'instruction que M. C a subi une période de déficit fonctionnel temporaire total entre le 1er et le 4 août 2016 et entre le 16 août et le 5 septembre 2016 du fait de son hospitalisation au centre hospitalier de Montluçon et au centre médical de Sainte-Feyre. Si le centre hospitalier de Montluçon soutient que l'hospitalisation du 1er août au 4 août 2016 aurait tout de même été nécessaire en l'absence de retard de diagnostic de la part du centre hospitalier de Montluçon, il n'apporte aucun élément au soutien de son allégation. Par ailleurs, M. C a également subi une période de déficit fonctionnel temporaire évalué à 50% par l'expert pour la période du 5 au 15 août 2016. Si l'expert indique que le requérant a subi un déficit fonctionnel temporaire évalué à 20% à compter du 6 septembre 2016, date à laquelle l'intéressé est rentré chez lui, jusqu'à la date de consolidation, il indique également que ce taux prend en compte les conséquences de l'infarctus dont a été victime le requérant mais également la dépression chronique dont il souffre. Or, ainsi qu'il a été dit au point 4, l'état dépressif du requérant, qui n'est attesté qu'à compter de 2018, ne présente pas de lien de causalité direct et certain avec le retard de diagnostic fautif. Ainsi, et au regard des écritures de l'expert, qui a estimé pour l'évaluation de ce taux de 20% que l'état dépressif du requérant " constitue l'essentiel du taux de perte de chance retenu soit les 2/3 ", il convient d'appliquer ce ratio au taux de 20%. Par suite, le taux de déficit fonctionnel temporaire en lien direct et certain avec le retard de diagnostic fautif doit être fixé à 6,5% pour cette période. Dans ces conditions, en tenant compte d'une base mensuelle d'indemnisation de 400 euros par mois pour un déficit fonctionnel total et après application du taux de perte de chance, il sera fait une juste appréciation du déficit fonctionnel temporaire subi par M. C en l'évaluant à la somme totale de 554 euros.

18. D'autre part, si l'expert retient un taux de déficit fonctionnel permanent de 20%, ce taux prend en compte les conséquences de l'infarctus dont a été victime le requérant mais également la dépression chronique. Or, et pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, il convient de fixer le taux de déficit fonctionnel permanent en lien direct et certain avec le retard de diagnostic fautif à 6,5%. Compte tenu de l'âge de l'âge du requérant, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en le fixant à la somme de 4 320 euros après application du taux de perte de chance retenu.

Quant aux souffrances endurées :

19. Les souffrances endurées par M. C, devant tenir compte de la circonstance que l'intéressé a subi du fait du retard de diagnostic des douleurs paroxystiques prolongées, une hospitalisation et des séances de rééducation, sont évaluées à 2 sur une échelle de 1 à 7. Compte tenu du taux de perte de chance de 80 %, il y a lieu de condamner le centre hospitalier de Montluçon à verser la somme de 1 600 euros au requérant en réparation de ce chef de préjudice.

Quant au préjudice esthétique temporaire :

20. Il sera fait une juste appréciation du préjudice esthétique temporaire de M. C, intégralement imputable au retard de diagnostic qui a entraîné une altération de son apparence physique du fait des douleurs paroxystiques accompagnées de tremblements et de sueurs le 1er août 2016 et évalué à 1 sur une échelle de 7 par l'expert, en le fixant à la somme de 600 euros.

Quant au préjudice d'agrément :

21. En se bornant à faire valoir qu'il ne peut plus pratiquer la marche nordique et faire de la moto, M. C, qui produit deux attestations très peu circonstanciées, n'établit pas qu'il subirait un préjudice d'agrément qu'il conviendrait d'indemniser. Par suite, il n'est pas fondé à solliciter l'indemnisation d'un tel préjudice.

Quant au préjudice sexuel :

22. M. C fait valoir qu'il subit un préjudice sexuel en ce qu'il connait une perte de libido résultant de son état dépressif. Toutefois, et ainsi qu'il a été dit au point 4, il n'est pas établi que cet état soit en lien avec le retard de diagnostic fautif commis lors de sa prise en charge au centre hospitalier de Montluçon le 1er août 2016. Par suite, le requérant n'est pas fondé à solliciter une indemnisation à ce titre.

Quant au " préjudice d'angoisse " :

23. Si M. C sollicite l'indemnisation d'un " préjudice d'angoisse " lié au fait qu'en cas de récidive de la maladie coronarienne, il serait amené à devoir être soigné au centre hospitalier de Montluçon et que l'expert retient également un tel préjudice, ce préjudice n'est toutefois établi par aucune des pièces versées au dossier, l'expertise ne faisant que rapporter les propos de l'intéressé sur ce point sans aucune constatation médicale concrète.

24. Il résulte de tout ce qui précède que M. C est fondé à demander à ce que le centre hospitalier de Montluçon soit condamné à lui verser la somme totale de 8 518, 70 euros.

Sur les conclusions de la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme :

En ce qui concerne les débours :

25. Il résulte de l'instruction que la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme indique avoir exposé, en lien avec le retard de diagnostic fautif, des frais d'hospitalisation du 1er août au 5 août 2016 et des frais médicaux et pharmaceutiques pour un montant de 4 416, 57 euros. Si le centre hospitalier de Montluçon soutient que l'hospitalisation du 1er août au 4 août 2016 et le traitement médicamenteux suivi par le requérant auraient tout de même été nécessaires en l'absence de retard de diagnostic et qu'il n'est pas justifié que les consultations de médecine générale et le doppler du 6 décembre 2016 sont en lien avec la faute commise, il n'apporte aucun élément susceptible de remettre en cause l'attestation d'imputabilité présentée par la caisse primaire d'assurance maladie. Les débours s'élèvent donc, compte tenu du taux de perte de chance précité, à la somme 3 533,26 euros. Toutefois la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme n'ayant sollicité qu'une somme de 2 944, 38 euros, il y a seulement lieu de mettre cette somme à la charge du centre hospitalier de Montluçon.

En ce qui concerne l'indemnité forfaitaire de gestion :

26. Il résulte des dispositions du neuvième alinéa de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale que le montant de l'indemnité forfaitaire qu'elles instituent est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un plafond dont le montant est révisé chaque année par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget. Lorsque, par application de cet article, le montant de l'indemnité forfaitaire est relevé par arrêté interministériel, la caisse n'est pas obligée d'actualiser devant le juge le montant de ses conclusions. Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 18 décembre 2023 relatif aux montants de l'indemnité forfaitaire de gestion : " Les montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale sont fixés respectivement à 118 € et 1 191 € au titre des remboursements effectués au cours de l'année 2024. ".

27. En application des dispositions citées ci-dessus, il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier de Montluçon, le versement de la somme de 981, 46 euros à raison des frais engagés par la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme pour obtenir le remboursement des prestations servies à son assuré.

Sur les intérêts et la capitalisation des intérêts :

28. Aux termes de l'article 1231-6 du code civil : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. Ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit tenu de justifier d'aucune perte () ". Aux termes de l'article 1343-2 du même code : " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise ". Il résulte de ces dispositions que, d'une part, lorsqu'ils sont demandés, et quelle que soit la date de la demande, les intérêts des indemnités allouées sont dus à compter du jour où la demande de réclamation de la somme principale est parvenue à la partie débitrice ou, à défaut, à compter de la date d'enregistrement au greffe du tribunal administratif des conclusions tendant au versement de cette indemnité, et, d'autre part, que la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière.

29. D'une part, la somme mentionnée au point 24 et due par le centre hospitalier de Montluçon à M. C portera intérêt au taux légal à compter du 9 avril 2020, date de réception de sa demande indemnitaire préalable. Il y a également lieu de faire droit à sa demande de capitalisation des intérêts à compter du 9 avril 2021, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

30. D'autre part, la somme mentionnée au point 25 et due par le centre hospitalier de Montluçon à la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme portera intérêt au taux légal à compter du 25 octobre 2020, date de réception de sa première demande. Il y a également lieu de faire droit à sa demande de capitalisation des intérêts à compter du 25 octobre 2021, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Sur les frais d'expertise :

31. Les frais d'expertise, liquidés et taxés à la somme de 1 700 euros par une ordonnance du magistrat délégué du tribunal en date du 20 mai 2019, doivent être mis à la charge définitive du centre hospitalier de Montluçon.

Sur les frais liés au litige :

32. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier de Montluçon la somme de 1 500 euros à verser à M. C ainsi que la somme de 800 euros à verser à la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Le centre hospitalier de Montluçon est condamné à verser à M. C la somme de 8 518, 70 euros assortie des intérêts de droit à compter du 9 avril 2020. Les intérêts échus à la date du 9 avril 2021 seront capitalisés à cette date et à chaque échéance annuelle ultérieure pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 2 : Le centre hospitalier de Montluçon est condamné à verser à la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme la somme de 2 944,38 euros assortie des intérêts de droit à compter du 25 octobre 2020. Les intérêts échus à la date du 25 octobre 2021 seront capitalisés à cette date et à chaque échéance annuelle ultérieure pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 3 : Le centre hospitalier de Montluçon est condamné à verser à la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme la somme de 981,46 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Article 4 : Les frais d'expertise, liquidés et taxés à la somme de 1 700 euros par une ordonnance du magistrat désigné du tribunal administratif de Clermont-Ferrand en date du 20 mai 2019 doivent être mis à la charge définitive du centre hospitalier de Montluçon.

Article 5 : Le centre hospitalier de Montluçon versera à M. C la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 6 : Le centre hospitalier de Montluçon versera à la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme la somme de 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 7 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 8 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme, au centre hospitalier de Montluçon, à la ministre du travail, de la santé et des solidarités et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Délibéré après l'audience du 31 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Caraës, présidente,

M. Jurie, premier conseiller

Mme Bollon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 juin 2024.

La rapporteure,

L. BOLLON

La présidente,

R. CARAËS La greffière,

F. LLORACH

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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