LogoMeilleurAvocats.fr
AvocatsAssistant IABlogPrix
ConnexionDéposer ma demande

Vous avez un problème juridique ?

Décrivez votre situation en 2 minutes — un avocat spécialisé vous répond sous 24h.

Déposer ma demandeJe suis avocat
Logo MeilleurAvocats.frMeilleurAvocats.fr

Mise en relation avocat–client par l'IA. Gratuit pour les particuliers.

Particuliers

  • Déposer une demande
  • Trouver un avocat
  • Assistant IA gratuit
  • Bibliothèque juridique
  • Guides pratiques
  • Jurisprudence

Avocats

  • Pour les avocats
  • Espace avocat
  • Tarifs et formules
  • Recevoir des leads
  • Programme d'affiliation
  • Contact commercial

Spécialités

  • Droit général
  • Droit du travail
  • Droit de la sécurité sociale et de la protection sociale
  • Droit fiscal et droit douanier
  • Droit de la famille, des personnes et de leur patrimoine
  • Droit immobilier

Légal

  • Mentions légales
  • Confidentialité
  • CGU
  • Cookies
  • Contact

Newsletter juridique hebdomadaire

Décisions clés, évolutions législatives, conseils pratiques — chaque semaine.

© 2026 MeilleurAvocats.fr— KONSEIL SAS. Tous droits réservés.

Mentions légales|Confidentialité|Cookies

BOB★La messagerie française & cryptée pour des échanges confidentiels entre avocats et clients.

En savoir +TéléchargerBOB
AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2001676

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2001676

vendredi 28 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2001676
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationChambre 1
Avocat requérantACLH AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 27 septembre 2020, 23 mars et 2 août 2021, Mme B C et M. D C, représentés par Me Dejoux, demandent au tribunal dans le dernier état de leurs écritures :

1°) de condamner le centre hospitalier Jacques Lacarin de Vichy à leur verser la somme de 15 000 euros en réparation du préjudice moral subi ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier Jacques Lacarin de Vichy la somme de 3 000 en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'administration de morphine était contre-indiquée dès lors que M. C y était allergique et qu'ils en avaient informé le centre hospitalier ;

- le centre hospitalier Jacques Lacarin de Vichy a commis une faute en faisant application de l'article 12-5 du décret n°2020-293 du 23 mars 2020 et en procédant à une mise en bière immédiate dès lors que leur père n'était ni atteint ni probablement atteint de la Covid-19 ; il a commis une faute en ne pratiquant pas la toilette mortuaire et les soins requis par le défunt alors que l'article 12-5 du décret du 23 mars 2020 permettait une telle toilette ; il a commis une faute en ne faisant preuve d'aucun discernement et d'empathie à leur égard en procédant à la mise en bière immédiate de leur père ; il a commis une faute dès lors qu'il était tenu d'écarter l'application des dispositions illégales de l'article 12-5 du décret du 23 mars 2020 ;

- ils ont subi un préjudice moral en lien direct et certain avec les fautes commises par le centre hospitalier en ce qu'ils n'ont pas pu procéder à une démarche d'adieu de leur père entrainant une situation de deuil compliquée.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 20 novembre 2020 et 7 avril 2021, le centre hospitalier Jacques Lacarin de Vichy, représenté par l'AARPI ACLH Avocats, Me Chiffert, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des consorts C la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- au moment de son décès, M. C pouvait être considéré comme étant probablement atteint de la Covid-19 ;

- le centre hospitalier Jacques Lacarin de Vichy a agi selon les recommandations applicables à l'époque des faits ; ainsi, les recommandations et avis postérieurs à la date du décès ne sont pas applicables à la situation.

Par une ordonnance du 21 octobre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 21 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le décret n° 2020-293 du 23 mars 2020 prescrivant les mesures générales nécessaires pour faire face à l'épidémie de Covid-19 dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire ;

- le décret n° 2020-497 du 30 avril 2020 complétant le décret n° 2020-293 du 23 mars 2020 prescrivant les mesures générales nécessaires pour faire face à l'épidémie de covid-19 dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bollon,

- les conclusions de M. Panighel, rapporteur public,

- et les observations de Me Dejoux, représentant les consorts C, et de Me Collard, représentant le centre hospitalier Jacques Lacarin de Vichy.

Considérant ce qui suit :

1. L'émergence d'un nouveau coronavirus, responsable de la maladie à Coronavirus 2019 ou Covid-19, de caractère pathogène et particulièrement contagieux, a été qualifiée d'urgence de santé publique de portée internationale par l'Organisation mondiale de la santé le 30 janvier 2020, puis de pandémie le 11 mars 2020. La propagation du virus sur le territoire français a conduit le ministre des solidarités et de la santé puis le Premier ministre à prendre, à compter du 4 mars 2020, des mesures de plus en plus strictes destinées à réduire les risques de contagion. Le législateur, par l'article 4 de la loi du 23 mars 2020 d'urgence pour faire face à l'épidémie de covid-19, a déclaré l'état d'urgence sanitaire pour une durée de deux mois à compter du 24 mars 2020.

2. Le 9 mai 2020, M. A C, alors âgé de quatre-vingt-sept ans, a fait un malaise à son domicile et a été conduit aux urgences du centre hospitalier Jacques Lacarin de Vichy où il est décédé le jour même à 19h55. Ayant été considéré par le centre hospitalier Jacques Lacarin de Vichy comme probablement atteint de la Covid-19, M. C a fait l'objet d'une mise en bière immédiate. A la suite du décès de leur père, ses enfants, M. D C et Mme B C, ont formé le 26 mai 2020 une demande indemnitaire préalable ayant pour objet d'obtenir réparation du préjudice moral qu'ils estiment avoir subi du fait des fautes commises par le centre hospitalier Jacques Lacarin de Vichy à laquelle cet établissement n'a pas répondu. Par la présente requête, les consorts C demandent au tribunal de condamner le centre hospitalier Jacques Lacarin de Vichy à les indemniser de leur préjudice moral.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité du centre hospitalier Jacques Lacarin de Vichy :

S'agissant des conditions de la prise en charge de M. C dans le service des urgences :

3. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute (). ".

4. Si les requérants contestent la prise en charge de leur père en faisant état de ce qu'il était allergique aux produits de type valium/morphine et que de la morphine a été administrée à leur père, contrairement à leur recommandation, ils ne l'établissent pas alors au demeurant qu'il n'est pas contesté que leur père est décédé non d'une réaction allergique mais d'un choc septique.

S'agissant des conditions de prise en charge du corps du défunt par le centre hospitalier Jacques Lacarin de Vichy :

5. Par une décision n°439804 du 22 décembre 2020, le Conseil d'Etat a annulé les dispositions du décret du 23 mars 2020 prévoyant que : " les défunts atteints ou probablement atteints du covid-19 au moment de leur décès font l'objet d'une mise en bière immédiate. La pratique de la toilette mortuaire est interdite pour ces défunts " en jugeant qu'en raison de leur caractère général et absolu, la mise en bière immédiate, qui est susceptible d'entraîner l'impossibilité pour les proches de personnes décédées de voir le défunt, et l'interdiction de la pratique de la toilette mortuaire portaient une atteinte manifestement disproportionnée au droit à une vie privée et familiale normale.

6. Par un décret n° 2020-497 du 30 avril 2020 le Premier ministre a complété l'article 12-5 du décret du 23 mars 2020 qui disposait , dans sa rédaction applicable au 9 mai 2020, date du décès de M. C que : " " Eu égard à la situation sanitaire : / -les soins de conservation définis à l'article L. 2223-19-1 du code général des collectivités territoriales sont interdits sur le corps des défunts atteints ou probablement atteints du covid-19 au moment de leur décès ; / - les défunts atteints ou probablement atteints du covid-19 au moment de leur décès font l'objet d'une mise en bière immédiate. La pratique de la toilette mortuaire est interdite pour ces défunts, à l'exclusion des soins réalisés post-mortem par des professionnels de santé ou des thanatopracteurs. / Les soins et la toilette qui ne sont pas interdits par le présent article sont pratiqués dans des conditions sanitaires appropriées. ".

7. Les consorts C soutiennent que leur père ne présentait aucun symptôme d'une infection par la Covid-19 et que le protocole prévu en cas de décès du patient suspecté d'être " un cas probable " d'une telle infection, à savoir l'absence de toilette mortuaire, de soins de conservation et d'habillement du corps du défunt et sa mise en bière immédiate, tel que résultant de l'article 12-5 du décret du 23 mars 2020, n'aurait pas dû être mis en œuvre. Il résulte de l'instruction que les recommandations d'experts portant sur la prise en charge des patients en période d'épidémie à SARS-CoV 2, publiées par Santé publique France, indiquaient que la définition des cas probables d'infection par la Covid-19 concernait " toute personne présentant des signes cliniques et des signes visibles en tomodensitométrie thoracique évocateurs de Covid-19 ". Lors de sa prise en charge le 9 mai 2020 aux urgences du centre hospitalier de Vichy, M. C présentait une hypothermie, une pâleur extrême et une dyspnée dans un contexte général de fatigue et de diarrhées. A 16h08, le médecin sénior des urgences a constaté que le patient présentait une hypotension, une polypnée, un abdomen douloureux, un regard vitreux et un teint terreux. L'électrocardiogramme réalisé à 16h10 montrait un aspect d'échappement jonctionnel et l'examen pulmonaire la présence de crépitants. Suspectant un syndrome infectieux cardiorespiratoire, le médecin a prescrit un bilan biologique, un test virologique réalisé au laboratoire du centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand et un scanner encéphalique et thoracique, appelé également tomodensitométrie. Le scanner révélait notamment la présence d'opacités pulmonaires en verre dépoli sous pleurales sur une surface inférieure à 10% et concluait à la comptabilité des résultats avec une infection de type Covid-19. Si les consorts C font valoir que le centre hospitalier n'a pas pris en compte les antécédents médicaux de M. C qui présentait des opacités pulmonaires en verre dépoli sous pleurales depuis 1959, ils n'établissent pas que ces informations étaient contenues dans son dossier médical ou avaient été portées à la connaissance du service hospitalier alors que la fiche retraçant ses antécédents fait état uniquement d'une myocardiopathie, d'une cardiomyopathie (CPT ischémique) en 2012, d'une cholécystectomie en 2015, d'une hernie hiatale et d'une hypertension artérielle (HTA). S'ils soutiennent encore qu'" une prétendue atteinte Covid-19 inférieure à 10% était très hypothétique ", le taux de 10% a trait à l'étendue des anomalies pulmonaires détectées et non au taux de fiabilité du diagnostic d'infection par la Covid-19. Enfin, les résultats négatifs à une infection à la Covid-19 n'ont été connus du centre hospitalier de Vichy que postérieurement au décès de M. C. Par suite, les conditions de prise en charge du défunt, qui présentait antérieurement à son décès des signes cliniques et des signes visibles en tomodensitométrie thoracique évocateurs de la Covid-19, relevaient de l'article 12-5 du décret du 23 mars 2020 dans sa rédaction applicable au 9 mai 2020.

8. D'une part, en procédant à la mise en bière immédiate de M. C, conformément aux prescriptions de l'article 12-5 du décret du 23 mars 2020, dont la rédaction en vigueur à la date du décès de M. C est identique sur ce point à celle censurée par la décision du Conseil d'Etat du 22 décembre 2020 et mentionné au point 5 du jugement, et alors qu'il incombe à l'autorité administrative de ne pas appliquer un texte réglementaire illégal, le centre hospitalier Jacques Lacarin de Vichy a commis une faute de nature à engager sa responsabilité.

9. D'autre part, il n'est pas contesté qu'à la suite de son décès, M. C n'a pas bénéficié de soins mortuaires alors même que la possibilité de soins sur les défunts atteints ou probablement atteints de la Covid-19 pratiqués par des professionnels de santé avait été introduite par l'article 1er du décret du 30 avril 2020 qui a modifié l'article 12-5 du décret du 23 mars 2020. Ainsi, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur le moyen tiré de l'exception d'illégalité de l'article 12-5 du décret du 23 mars 2020 dans sa rédaction en vigueur au moment du décès de M. C en tant qu'il concerne les soins mortuaires, le centre hospitalier Jacques Lacarin de Vichy a commis une faute en ne prodiguant pas de tels soins, pourtant autorisés s'ils étaient pratiqués par des professionnels de santé, sans faire état des nécessités de service qui l'en auraient empêché.

10. Par suite, en procédant à la mise en bière immédiate du corps de M. C et en ne pratiquant aucun soin post-mortem, cet établissement de santé a commis des fautes de nature à engager sa responsabilité.

11. Enfin, la circonstance que le centre hospitalier Jacques Lacarin de Vichy a procédé à la mise en bière immédiate du corps de M. C ne caractérise pas en elle-même un manque d'empathie révélant un comportement négligeant de la part de cet établissement alors qu'au surplus il résulte de l'instruction que le fils de M. C avait été autorisé à être au chevet de son père au moment de son décès, que ses enfants ont été autorisés à se recueillir quelques minutes auprès du défunt et que le personnel soignant de l'établissement a proposé de procéder à l'habillement de celui-ci préalablement à la mise en bière.

En ce qui concerne le préjudice moral :

12. D'une part, si la mise en bière immédiate est susceptible d'entraîner l'impossibilité pour les proches de personnes décédées de voir le défunt, il résulte de l'instruction qu'à la suite du décès de M. C, ses enfants ont été autorisés à se recueillir quelques instants auprès de sa dépouille avant que le corps de leur père ne soit mis en bière. Par suite, et quand bien même ils n'étaient pas présents au moment de la mise en bière et de la fermeture du cercueil, les consorts C ne peuvent se prévaloir d'un préjudice à ce titre. S'ils indiquent également que leur père avait émis le souhait d'être béni par un prêtre avant la mise en bière, ils ne l'établissent pas.

13. D'autre part, la toilette mortuaire dont les soins post-mortem par des professionnels de santé, qui étaient alors autorisés sont une composante, constitue une pratique culturelle et sociale autour de la personne décédée et un élément du deuil. Or, il résulte de l'instruction que le corps du père des requérants n'a pas fait l'objet des soins post-mortem pourtant autorisés. Ainsi ils sont fondés à solliciter la réparation de leur préjudice moral résultant de la faute commise par le centre hospitalier tel qu'énoncée au point 9 du jugement. Par suite, compte tenu des circonstances de l'espèce et de la situation rappelée au point 1, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi par les consorts C en mettant à la charge du centre hospitalier Jacques Lacarin de Vichy une somme de 1 000 euros à verser aux requérants.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que les consorts C, lesquels ne sont pas la partie perdante dans la présente instance, versent une somme au centre hospitalier Jacques Lacarin de Vichy au titre de ses frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier Jacques Lacarin de Vichy une somme de 1 500 euros à verser aux requérants sur le fondement des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : Le centre hospitalier Jacques Lacarin de Vichy est condamné à verser aux consorts C une somme de 1 000 euros à titre de dommages et intérêts.

Article 2 : Le centre hospitalier Jacques Lacarin de Vichy versera la somme de 1 500 euros aux consorts C au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C première dénommée pour l'ensemble des requérants et au centre hospitalier Jacques Lacarin de Vichy.

Délibéré après l'audience du 14 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Caraës, présidente,

M. Jurie, premier conseiller,

Mme Bollon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2024.

La rapporteure,

L. BOLLON

La présidente,

R. CARAËS La greffière,

F. LLORACH

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Décisions similaires

TA78Plein contentieux

Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076

03/08/2026

TA75Plein contentieux

Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2531339

03/08/2026

TA59Plein contentieux

Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509870

03/08/2026

TA59Plein contentieux

Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509781

03/08/2026

← Retour aux décisions