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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2001705

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2001705

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2001705
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationChambre 2
Avocat requérantCAP-AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 1er octobre 2020, le 16 septembre 2021 et le 14 décembre 2021, et un mémoire récapitulatif produit en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, enregistré le 20 octobre 2023, la société Groupama Rhône Alpes Auvergne, représentée par la SCP Treins Poulet Vian et Associés, Me Poulet, demande au tribunal :

1°) de condamner le SDIS de l'Allier à réparer le préjudice qu'elle estime avoir subi en raison de la faute commise dans l'incendie de l'immeuble situé 18 rue du président Roosevelt à Lapalisse survenu les 25 et 26 octobre 2017 ;

2°) de la garantir de l'intégralité des condamnations qui seraient prononcées à sa charge ;

3°) de mettre à la charge du SDIS de l'Allier la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

4°) de déclarer le jugement à intervenir commun et opposable à M. F, à la SCI SNX, à la société Aréas Dommages, à Mme A et M. E.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- le SDIS de l'Allier a commis une faute dans la maîtrise de l'incendie survenu le 25 octobre 2017 à Lapalisse qui a eu pour conséquence le départ d'un second incendie dans la nuit du 25 au 26 octobre 2017 ;

- cette faute est de nature à engager la responsabilité du SDIS de l'Allier et l'oblige à garantir l'intégralité des condamnations qui seraient prononcées à la charge de la société Groupama Auvergne Rhône Alpes.

Par des mémoires en intervention, enregistrés le 4 décembre 2020, le 15 octobre 2021 et le 15 décembre 2021, et un mémoire récapitulatif produit en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, enregistré le 26 octobre 2023, M. C F, représenté par la SELARL Cap Avocats, Me Manry, demande que le tribunal fasse droit aux conclusions de la requête de la société Groupama Auvergne Rhône Alpes, que le SDIS de l'Allier soit condamné à le garantir ainsi que Groupama des éventuelles condamnations et à ce qu'il soit mis à la charge du SDIS de l'Allier la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la responsabilité du SDIS de l'Allier dans la survenue du second incendie doit être reconnue ;

- il demande à être garanti par le SDIS de l'Allier, des sommes sollicitées dans le cadre de la procédure pendante devant le tribunal correctionnel par les victimes de ce second incendie;

Par des mémoires en défense, enregistrés le 19 juillet 2021, le 19 novembre 2021, et un mémoire récapitulatif produit en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, enregistré le 30 octobre 2023, le SDIS de l'Allier, représenté par Me Bessy, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la société Groupama Rhône Alpes Auvergne, de Mme A, de M. E, de la SCI SNX et de la société Aréas Dommages la somme de 4 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- à titre principal, la requête est irrecevable en raison de l'absence de qualité donnant intérêt pour agir à la société Groupama Rhône Alpes Auvergne ;

- les conclusions présentées par Mme A et M. E sont irrecevables en ce que leurs demandes de condamnation ne sont pas chiffrées et dirigées contre une personne indéterminée ;

- à titre subsidiaire, les moyens présentés par la société requérante ne sont pas fondés.

Par un mémoire, enregistré le 25 juin 2021, et un mémoire récapitulatif produit en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, enregistré le 9 octobre 2023, Mme G A et M. D E, représentés par Me Bloch, demandent au tribunal :

1°) à titre principal, de condamner la société Groupama Rhône Alpes Auvergne à les indemniser en réparation du préjudice subi, ainsi qu'à leur verser la somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

2°) à titre subsidiaire, de condamner solidairement la société Groupama Rhône Alpes Auvergne et le SDIS de l'Allier à les indemniser du préjudice subi, ainsi qu'à leur verser la somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

3°) à titre infiniment subsidiaire, de condamner le SDIS de l'Allier à les indemniser du préjudice subi, ainsi qu'à leur verser la somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que le SDIS de l'Allier a commis une faute de nature à engager sa responsabilité.

Par un mémoire, enregistré le 10 décembre 2021, et un mémoire récapitulatif produit en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, enregistré le 30 octobre 2023, la SCI SNX et la société Aréas Dommages, représentées par la SELARL Phelip et Associés, Me Phelip, concluent au rejet des conclusions du SDIS de l'Allier dirigées à leur encontre et à ce qu'une somme de 1 000 euros soit mise à sa charge au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle indique ne formuler aucune demande de condamnation du SDIS.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code des assurances ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les conclusions de Mme Nathalie Luyckx, rapporteure publique,

- et les observations de Me Ponchet, représentant la société Groupama Rhône Alpes Auvergne, Me Manry, représentant M. F, et Me Bessy, représentant le SDIS de l'Allier.

Considérant ce qui suit :

1. Le 25 octobre 2017, M. F, assuré au titre du risque locatif auprès de la société Groupama Rhône Alpes Auvergne, a provoqué l'incendie d'un appartement qu'il louait à la SCI SNX, elle-même assurée auprès de la société Aréas Dommages. Malgré l'intervention du SDIS de l'Allier, un second incendie s'est produit le 26 octobre 2017 et a détruit l'appartement de l'étage supérieur, loué par Mme A et M. E auprès de la SCI SNX. Par un jugement du 4 juillet 2019, le tribunal correctionnel de Cusset a reconnu M. F coupable des faits commis le 25 octobre 2017 de destruction, dégradation ou détérioration du bien d'autrui par un moyen dangereux pour les personnes et a renvoyé les intérêts civils à une audience ultérieure. Le 26 mai 2020, M. F a assigné, devant le tribunal judiciaire de Cusset, la société Groupama Rhône Alpes Auvergne afin que cette dernière le garantisse des sommes qui pourraient être mises à sa charge judiciairement au titre du sinistre survenu le 26 octobre 2017. Par un courrier du 15 juillet 2020, la société Groupama Rhône Alpes Auvergne a réclamé au SDIS de l'Allier la prise en charge des conséquences du second incendie à hauteur de la somme de 347 523,80 euros, au titre des dommages subis par la SCI SNX, par Mme A et par M. E. Par une requête enregistrée le 1er octobre 2020, la société Groupama Rhône Alpes Auvergne demande au tribunal administratif de Clermont-Ferrand de condamner le SDIS de l'Allier à réparer le préjudice qu'elle estime avoir subi et à la garantir de l'intégralité des condamnations qui seraient prononcées à sa charge. Par une ordonnance du 18 novembre 2020, le tribunal judiciaire de Cusset a sursis à statuer sur l'action engagée par M. F dans l'attente de la décision du tribunal administratif de Clermont-Ferrand sur celle engagée par la société Groupama Rhône Alpes Auvergne à l'encontre du SDIS de l'Allier.

Sur les conclusions présentées par la société Groupama Rhône Alpes Auvergne :

2. En premier lieu, seuls peuvent se voir déclarer commun un jugement rendu par une juridiction administrative les tiers dont les droits et obligations à l'égard des parties en cause pourraient donner lieu à un litige dont la juridiction saisie eût été compétente pour connaître et auxquels le jugement pourrait préjudicier dans les conditions ouvrant droit de former tierce opposition à ce jugement.

3. M. F, la SCI SNX, la société Aréas Dommages, Mme A et M. E ayant été mis dans la cause dans la présente procédure, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la requérante tendant à ce que le jugement à intervenir soit rendu commun et opposable à ces personnes.

4. En second lieu, aux termes du premier alinéa de l'article 1346-4 du code civil : " La subrogation transmet à son bénéficiaire, dans la limite de ce qu'il a payé, la créance et ses accessoires, à l'exception des droits exclusivement attachés à la personne du créancier ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 121-12 du code des assurances : " L'assureur qui a payé l'indemnité d'assurance est subrogé, jusqu'à concurrence de cette indemnité, dans les droits et actions de l'assuré contre les tiers qui, par leur fait, ont causé le dommage ayant donné lieu à la responsabilité de l'assureur ". Il appartient à l'assureur qui demande à bénéficier de la subrogation prévue par les dispositions de l'article L. 121-12 du code des assurances de justifier par tout moyen du paiement d'une indemnité à son assuré, au plus tard à la date de clôture de l'instruction.

5. Il résulte de l'instruction que la société Groupama fait l'objet, devant le juge judiciaire, d'une assignation de la part de son assuré, M. F, afin qu'elle le garantisse des sommes qui pourraient être éventuellement mises à sa charge au titre du second incendie, survenu le 26 octobre 2017. Si, dans la présente instance, la société Groupama demande la condamnation du SDIS de l'Allier à la garantir de toute condamnation prononcée à son encontre au titre de ce second incendie, il résulte de l'instruction que, au jour de la clôture d'instruction, la requérante n'a versé aucune indemnité d'assurance au titre des dommages causés par son assuré et résultant de ce second sinistre. Par suite, n'étant pas subrogée dans les droits de M. F, et en l'absence de tout autre fondement de responsabilité invoqué ou susceptible d'être relevé d'office, ses conclusions tendant à ce que le SDIS soit condamné à réparer les préjudices résultant du second incendie ou à la garantir des condamnations susceptibles d'être prononcées doivent être rejetées.

Sur les conclusions présentées par Mme A et M. E :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 124-3 du code des assurances : " Le tiers lésé dispose d'un droit d'action directe à l'encontre de l'assureur garantissant la responsabilité civile de la personne responsable. () ".

7. Si l'action directe ouverte par ces dispositions à la victime d'un dommage ou à l'assureur de celle-ci subrogé dans ses droits, contre l'assureur de l'auteur responsable du sinistre, tend à la réparation du préjudice subi par la victime, elle se distingue de l'action en responsabilité contre l'auteur du dommage en ce qu'elle poursuit l'exécution de l'obligation de réparer qui pèse sur l'assureur en vertu du contrat d'assurance. Il s'ensuit qu'il n'appartient qu'aux juridictions de l'ordre judiciaire de connaître des actions tendant au paiement des sommes dues par un assureur au titre de ses obligations de droit privé, alors même que l'appréciation de la responsabilité de son assuré dans la réalisation du fait dommageable relèverait de la juridiction administrative.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par Mme A et M. E à l'encontre de la société Groupama Rhône Alpes Auvergne, qui tendent uniquement à obtenir le paiement des sommes dues par son assuré, M. F, au titre de ses obligations de droit privé, relève de la compétence des juridictions de l'ordre judiciaire et sont ainsi portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

9. En second lieu, en l'absence, au jour du présent jugement, de tout chiffrage de leurs conclusions indemnitaires, les conclusions de Mme A et de M. E tendant à la condamnation du SDIS de l'Allier ne peuvent qu'être, en tout état de cause, rejetées.

Sur les conclusions présentées par M. F :

10. M. F demande uniquement que le tribunal fasse droit aux demandes de la société Groupama et que le SDIS de l'Allier le garantisse, tout comme la société Groupama, des condamnations susceptibles d'être prononcées à son encontre. En l'absence de toute condamnation du SDIS de l'Allier dans la présente instance, de telles conclusions ne peuvent, en tout état de cause, qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Groupama Rhône Alpes Auvergne une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par le SDIS de l'Allier et non compris dans les dépens.

12. En revanche, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux autres conclusions présentées par les autres parties sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de la société Groupama Rhône Alpes Auvergne est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par Mme A et M. E à l'encontre de la société Groupama Rhône Alpes Auvergne sont rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

Article 3 : La société Groupama Rhône Alpes Auvergne versera au SDIS de l'Allier une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société Groupama Rhône Alpes Auvergne, au SDIS de l'Allier, à la société SNX, à la société Aréas Dommages, à M. C F, à Mme G A et à M. D E.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Caroline Bentéjac, présidente,

M. Jean-Michel Debrion, premier conseiller,

M. Christophe Nivet, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.

Le rapporteur,

C. B

La présidente,

C. BENTÉJAC

La greffière,

C. PETIT

La République mande et ordonne à la préfète de l'Allier en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2001705

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