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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2001863

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2001863

vendredi 28 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2001863
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationChambre 1
Avocat requérantAMELA-PELLOQUIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 octobre 2020, M. B A, représenté par Me Amela-Pelloquin, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des droits de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés au titre de la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2017 ainsi que des majorations correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, outre les entiers dépens.

Il soutient que :

- l'avis de mise en recouvrement lui a été notifié dans des conditions méconnaissant l'article L. 256 du livre des procédures fiscales ; l'avis de mise en recouvrement ne lui a pas été notifié en qualité d'exploitant individuel de l'EIRL Auvergne Transformation ;

- l'imposition en litige méconnaît l'article 256 A du code général des impôts dès lors qu'il exerce, pour le compte d'un centre de formation, des heures de formation qui sont organisées par le centre et pour lesquelles le matériel du centre est mis à sa disposition et que ses interventions sont fixées à la convenance du centre ; les factures émises ne sont pas adressées au bénéficiaire des formations mais au centre de formation ; il en résulte que ce sont les services rendus par le centre de formation et non les siens qui sont passibles de la taxe sur la valeur ajoutée ;

- il est de bonne-foi ; lors de la création de son activité, la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (DIRECCTE) Auvergne lui avait indiqué qu'il n'était pas assujetti à la taxe sur la valeur ajoutée en application des articles 261 et 202 A de l'annexe II au code général des impôts ; ce rescrit fiscal engage l'administration à ne pas remettre en cause sa situation fiscale ; aucune information ne lui a été donnée en sens contraire.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 février 2021, le directeur départemental des finances publiques du Puy-de-Dôme conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une ordonnance en date du 21 octobre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 21 novembre 2022.

Par une décision du 9 mars 2023, la demande d'aide juridictionnelle déposée par M. A a été rejetée.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code du commerce ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Caraës,

- les conclusions de M. Loïc Panighel, rapporteur public,

- et les observations de Me Amela-Pelloquin, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, qui a créé le 3 juin 2014 une entreprise individuelle à responsabilité limitée (EIRL) de formation professionnelle pour adultes, s'est placé sous le régime de la déclaration contrôlée et de la franchise en base de taxe sur la valeur ajoutée jusqu'au 11 mars 2016, date à laquelle il a cessé totalement l'activité de formateur de conduite, puis a renoncé au régime de l'EIRL et a déclaré la création d'une entreprise individuelle exerçant l'activité de formation professionnelle pour adultes en particulier dans le secteur du transport routier de marchandises ou de voyageurs. Il a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2017 à l'issue de laquelle, et après avoir constaté que le montant des recettes excédait le seuil lui permettant de bénéficier du régime de franchise de taxe sur la valeur ajoutée, l'administration l'a taxé d'office à la taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2017. Les droits mis à sa charge, assortis de la majoration de 10% prévue au a. du 1 de l'article 1728 du code général des impôts, ont donné lieu à un avis de mise en recouvrement du 14 juin 2019. M. A demande au tribunal de prononcer la décharge de ces impositions.

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 256 du livre des procédures fiscales : " Un avis de mise en recouvrement est adressé par le comptable public compétent à tout redevable des sommes, droits, taxes et redevances de toute nature dont le recouvrement lui incombe lorsque le paiement n'a pas été effectué à la date d'exigibilité. / () / L'avis de mise en recouvrement est individuel. () ". Et aux termes de l'article L. 526-6 du code du commerce, dans sa version applicable au litige : " Tout entrepreneur individuel peut affecter à son activité professionnelle un patrimoine séparé de son patrimoine personnel, sans création d'une personne morale. () Pour l'exercice de l'activité professionnelle à laquelle le patrimoine est affecté, l'entrepreneur individuel utilise une dénomination incorporant son nom, précédé ou suivi immédiatement des mots : " Entrepreneur individuel à responsabilité limitée " ou des initiales : " EIRL ". ".

3. Il résulte de l'instruction que l'avis de mise en recouvrement du 14 juin 2019 a été adressé à M. A. Ainsi qu'il a été dit au point 1 du jugement, si M. A a exercé jusqu'au 11 mars 2016 une activité de formation en tant qu'entrepreneur individuel à responsabilité limitée (EIRL), cette circonstance est sans incidence sur la régularité de la procédure d'imposition au regard du destinataire de l'avis de mise en recouvrement dès lors que la création de l'EIRL n'a pas eu pour conséquence la création d'une personne morale distincte de M. A qui est le seul redevable légal de l'imposition en litige. Si M. A soutient que l'avis de mise en recouvrement devait précisément identifier sa qualité d'exploitant de l'EIRL Auvergne Transformation, cette qualité ne figure pas au nombre des mentions devant obligatoirement figurer dans cet acte au titre de l'article R. 256-1 du livre des procédures fiscales. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que la procédure d'imposition est entachée d'une irrégularité susceptible de justifier la décharge des impositions en litige.

Sur le bien-fondé de l'imposition :

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 256 A du code général des impôts : " Sont assujetties à la taxe sur la valeur ajoutée les personnes qui effectuent de manière indépendante une des activités économiques mentionnées au cinquième alinéa, quels que soient le statut juridique de ces personnes, leur situation au regard des autres impôts et la forme ou la nature de leur intervention. / Ne sont pas considérés comme agissant de manière indépendante : - les salariés et les autres personnes qui sont liés par un contrat de travail ou par tout autre rapport juridique créant des liens de subordination en ce qui concerne les conditions de travail, les modalités de rémunération et la responsabilité de l'employeur ; - les travailleurs à domicile dont les gains sont considérés comme des salaires, lorsqu'ils exercent leur activité dans les conditions prévues aux articles L. 7412-1, L. 7412-2 et L. 7413-2 du code du travail. / Les activités économiques visées au premier alinéa se définissent comme toutes les activités de producteur, de commerçant ou de prestataire de services, y compris les activités extractives, agricoles et celles des professions libérales ou assimilées. Est notamment considérée comme activité économique une opération comportant l'exploitation d'un bien meuble corporel ou incorporel en vue d'en retirer des recettes ayant un caractère de permanence. ".

5. M. A fait valoir que l'activité de formation qu'il exerce devait être exclue, en application de l'article 256 A du code général des impôts, du champ de la taxe sur la valeur ajoutée en raison du lien de subordination le liant à l'organisme de formation avec qui il travaille. Il résulte de l'instruction que M. A est immatriculé à l'URSSAF en qualité de travailleur indépendant pour l'activité qu'il déploie au profit des centres de formation. Le contrat de prestations de service conclu avec la société Aftral précise que le prestataire, M. A, exécutera sa prestation en toute indépendance, " n'est lié à l'AFTRAL par aucun lien de subordination ", et que " la responsabilité civile professionnelle du prestataire pourra être engagée dans les conditions de droit commun ". Par ailleurs, les dates de formation ne lui sont pas imposées mais tiennent compte de ses disponibilités et sa rémunération est déterminée selon un prix de 270 euros par jour pouvant varier en fonction du nombre de prestations effectivement réalisées. Dans ces conditions, les seules circonstances que le centre de formation fournisse du matériel et fixe un lieu déterminé pour la réalisation des prestations fournies par M. A ou encore que M. A adresse ses factures, non aux bénéficiaires des formations, mais aux organismes de formation ne sont pas de nature à établir que le requérant aurait été placé à l'égard de la société AFTRAL dans un rapport juridique caractérisé par un lien de subordination. Dans ces conditions, M. A doit être regardé comme ayant exercé à titre personnel et indépendant une activité présentant les caractéristiques d'une activité économique effectuée par un assujetti en tant que tel soumise, de ce fait, à la taxe sur la valeur ajoutée.

6. La circonstance que la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi consultée en 2015 aurait indiqué à M. A qu'il n'était pas assujetti à la taxe sur la valeur ajoutée à raison de son activité de formateur dans les centres de formation ne saurait être regardée comme une prise de position formelle au sens de l'article L. 80 B du livre des procédures fiscales faute d'émaner d'un fonctionnaire qualifié pour engager l'administration fiscale.

7. Si M. A soutient qu'aucune information ou alerte préalable ne lui a été donnée quant à l'assujettissement de son activité à la taxe sur la valeur ajoutée, aucune disposition légale n'impose à l'administration d'avertir le redevable de son assujettissement à la taxe sur la valeur ajoutée et de ce que l'exonération de taxe sur la valeur ajoutée prévue au 4° du 4 de l'article 261 du code général des impôts n'est applicable qu'à la réception de l'attestation délivrée par l'autorité compétente reconnaissant qu'il remplit les conditions fixées pour exercer son activité dans le cadre de la formation professionnelle continue. En dernier lieu, si le requérant se prévaut de sa bonne foi, cette circonstance est sans incidence sur le bien-fondé des impositions en litige qui, par ailleurs, n'ont pas été assorties de pénalités pour manquement délibéré.

8. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander la décharge des droits de taxe sur la valeur ajoutée auxquelles il a été assujetti au titre de la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2017. Par voie de conséquence, les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et au titre des dépens ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié M. B A et au directeur départemental des finances publiques du Puy-de-Dôme.

Délibéré après l'audience du 14 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Caraës, présidente,

M. Jurie, premier conseiller,

Mme Bollon, première conseillère.

Rendu public par la mise à disposition au greffe le 28 juin 2024.

La présidente-rapporteure,

R. CARAËS

L'assesseur le plus ancien,

dans l'ordre du tableau,

G. JURIE

La greffière,

F. LLORACH

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2001863JC

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