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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2001953

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2001953

vendredi 4 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2001953
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationChambre 1
Avocat requérantSCP PIWNICA, MOLINIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 novembre 2020, et un mémoire complémentaire, enregistré le 2 juin 2021, Mme et M. A B, représentés par le cabinet d'avocats Piwnica et Molinié, demande au tribunal de prononcer la réduction de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu et de contributions sociales à laquelle ils ont été assujettis au titre de l'année 2015 ainsi que les majorations correspondantes à raison de la taxation de la plus-value à long terme dégagée à la suite de l'apport de l'entreprise individuelle que M. B exploitait.

Ils soutiennent que :

- le litige ne porte que sur l'existence et le calcul de la plus-value que M. B aurait réalisée lors de l'apport à la SA CMG de son fonds de commerce et qui a été placée en report d'imposition conformément aux dispositions de l'article 151 octies du code général des impôts ; l'annulation des actions de la société CMG a mis fin à ce sursis ;

- la valeur réelle des titres remis en échange de l'apport du fonds de commerce n'ayant pas été remis en cause, la plus-value réalisée à l'occasion de cet apport doit être calculée à partir de la valeur réelle de ces titres, soit 53 357,16 euros ;

- s'agissant de la rémunération de l'apport, son fonds de commerce a été évalué à 350 000 francs compte tenu de son actif et du passif attaché au fonds et c'est sur cette base que les droits d'apport doivent être calculés ; la rémunération d'un apport consiste dans la valeur réelle des titre remis en contrepartie de cet apport ; en application de l'article 38 sexies de l'annexe III du code général des impôts, les fonds de commerce ne peuvent faire l'objet d'un amortissement ; la plus-value s'élève à 350 000 francs, soit 53 357 euros, et non 400 000 francs, soit 60 979 euros ;

- s'agissant de la valeur initiale du fonds ou la valeur du fonds figurant sur le dernier bilan de l'entreprise avant l'apport, la plus ou moins-value réalisée par un exploitant individuel qui apporte en société une immobilisation est égale à la différence entre, d'une part, la valeur réelle à la date de cession des actions d'apport émises par la société cessionnaire et attribuées au cédant et d'autre part la valeur nette pour laquelle le bien figurait au bilan de clôture de l'exercice précédant celui de la cession ; il apportera au soutien de ses écritures un tel bilan.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 12 mars et 25 juin 2021, le directeur départemental des finances publiques du Puy-de-Dôme conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 25 juin 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 1er septembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Caraës,

- et les conclusions de M. Panighel, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Lors de sa création le 12 octobre 1991, M. A B a fait l'apport à la SA Carrelage Marbrerie B (CMG) du fonds de commerce qu'il exploitait dans le cadre de son entreprise individuelle de carrelage et marbrerie en contrepartie de 3 500 actions d'une valeur de 100 francs composant le capital de la SA CMG. La plus-value réalisée lors de l'apport du fonds de commerce a été placée en report d'imposition en application de l'article 151 octies du code général des impôts. Dirigeant de cette société jusqu'au 3 octobre 2015, M. B a démissionné et cédé les participations qu'il détenait à hauteur de 99,89% dans le capital social de la SAS Carrelage Marbrerie B à Mme C D qui l'a remplacée à la tête de la société devenue Carrelage Marbrerie C. Le 3 octobre 2015, l'assemblée générale de la SAS CMG a procédé à l'annulation des 3 506 actions d'un montant nominal de 16 euros, attribué aux associés une compensation égale à 54 193 euros par actions et augmenté le capital social de 23 400 euros. A la suite d'une vérification de comptabilité de la SAS Carrelage Marbrerie B et d'un contrôle sur pièces, l'administration a notamment remis en cause le traitement de la plus-value liée à l'apport du fonds de commerce et placée en report d'imposition en estimant que le report était venu à expiration en 2015 du fait de la cession puis de l'annulation des titres reçus en rémunération de l'apport du 12 octobre 1991. En conséquence, le foyer fiscal de M. B a été assujetti à une cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu et de contributions sociales au titre de l'année 2015 assortie de la majoration de 10 % prévue à l'article 1758 A du code général des impôts à raison notamment de la taxation de la plus-value à long terme dégagée à la suite de l'apport de l'entreprise individuelle qu'il exploitait. M. et Mme B demandent au tribunal de prononcer la réduction de ces impositions et de la majoration afférente.

2. Aux termes de l'article 151 octies du code général des impôts dans sa rédaction alors applicable : " I. Les plus-values soumises au régime des articles 39 duodecies à 39 quindecies et réalisées par une personne physique à l'occasion de l'apport à une société soumise à un régime réel d'imposition d'une entreprise individuelle ou d'une branche complète d'activité peuvent bénéficier des dispositions suivantes : a. L'imposition des plus-values afférentes aux immobilisations non amortissables fait l'objet d'un report jusqu'à la date de la cession, du rachat ou de l'annulation des droits sociaux reçus en rémunération de l'apport de l'entreprise ou jusqu'à la cession de ces immobilisations par la société si elle est antérieure. () ".

3. M. B soutient que la plus-value réalisée à l'occasion de l'apport du fonds de commerce correspond à la valeur réelle des titres reçus en rémunération de l'apport, soit 350 000 francs (53 357,16 euros).

4. Pour déterminer le montant de la plus-value placée en report d'imposition, l'administration a relevé que M. B avait apporté à la société Carrelage Marbrerie B avec effet rétroactif au 1er juillet 1991 le fonds de commerce qu'il avait créé le 23 janvier 1978 et qu'il exploitait à Enval dans le cadre de son entreprise individuelle et que les éléments incorporels de ce fonds avaient été évalués à 400 000 francs, soit 60 979 euros. L'administration a estimé que la plus-value était égale à la valeur du fonds apporté par M. B soit la somme de 400 000 francs (60 979 euros).

5. Il résulte des termes de l'acte d'apport en société du 12 octobre 1991, enregistré à la recette principale des impôts de Riom le 4 novembre 1991, que M. B a apporté à la société Carrelage Marbrerie B un fonds de commerce artisanal et commercial de carrelage et marbrerie exploité dans le cadre d'une entreprise individuelle dont la valeur des éléments incorporels a été évaluée à 400 000 francs et que l'apport net à la SA CMG évalué à la somme de 350 000 francs correspond à la différence entre l'actif évalué à 2 330 873 francs et le passif évalué à 1 980 873 francs. En contrepartie de l'apport, M. B a reçu 3 500 actions de 100 francs chacune composant le capital de la SA CMG. Si la valeur des titres remis en contrepartie d'un apport dans le cadre d'une cession d'un fonds de commerce peut être retenue pour le calcul de la plus-value professionnelle, l'administration n'est pas tenue par cette valeur si elle ne correspond pas à la valeur réelle du bien apporté. Il est constant que l'administration a calculé la valeur réelle des actions d'apport en se basant sur les déclarations de M. B qui les a évaluées à la somme de 60 979 euros. Par ailleurs, la valeur d'un fonds de commerce ne peut résulter de la prise en compte de dettes ou d'un passif de l'entreprise. Il suit de là que M. B n'est pas fondé à soutenir que l'administration aurait dû prendre en compte le montant de l'apport tel que déterminé dans l'acte d'apport en société du 12 octobre 1991 pour calculer le montant imposable de la plus-value à long terme dégagée à l'occasion de l'apport de son fonds de commerce.

6. Si M. B soutient que la plus-value réalisée par un exploitant individuel provient de la différence entre la valeur réelle des titres qui correspond en principe à la valeur réelle du bien apporté et la valeur du bien telle qu'elle figure sur le dernier bilan de l'entreprise avant l'apport, il ne produit pas au soutien de son moyen le bilan de l'entreprise avant qu'il n'apporte son fonds. Par suite, c'est à bon droit que l'administration a estimé que la valeur initiale du fonds de commerce était nulle dès lors que le fonds avait été créé par M. B lui-même.

7. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander la réduction de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu et de contributions sociales à laquelle son foyer fiscal a été assujetti au titre de l'année 2015 et des majorations correspondantes.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme et M. A B et au directeur départemental des finances publiques du Puy-de-Dôme.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Caraës, présidente,

M. Jurie, premier conseiller,

Mme Bollon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.

La présidente-rapporteure,

R. CARAËS

L'assesseur le plus ancien,

G. JURIE La greffière,

F. LLORACH

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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