vendredi 22 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2002002 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 1 |
| Avocat requérant | SEBAN AUVERGNE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 9 novembre 2020 et 2 janvier 2023, M. B A, représenté par Me Golfier-Métais, demande au tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand à lui verser la somme de 3 000 euros assortie des intérêts au taux légal, eux-mêmes capitalisés à compter de la réclamation préalable, en réparation des préjudices consécutifs à sa prise en charge au sein de cet établissement ;
2°) de condamner l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales à lui verser la somme de 96 453,91 euros assortie des intérêts au taux légal, eux-mêmes capitalisés à compter de la réclamation préalable, en réparation des préjudices consécutifs à l'intervention qu'il a subie le 10 octobre 2017 ;
3°) de mettre solidairement à la charge de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales et du centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand la somme de 2 000 en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
4°) de condamner solidairement l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales et le centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand aux entiers dépens.
Il soutient que :
* s'agissant de la responsabilité du centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand :
- la responsabilité du centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand doit être engagée sur le fondement de l'article L. 1112-1 du code de la santé publique dès lors qu'il n'a pas été informé du risque qui est survenu ;
- il est fondé à demander la réparation d'un préjudice d'impréparation sur le fondement du défaut d'information imputable au centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand qui peut être évalué à 3 000 euros ;
* s'agissant de l'indemnisation au titre de la solidarité nationale par l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales :
- il est fondé à demander l'indemnisation par l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales des préjudices subis du fait d'un accident médical en application des dispositions de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique ;
- l'accident médical dont il a été victime est en lien avec l'intervention du 10 octobre 2017 ; le risque de sa survenance est rare et évalué à 1% ; les conséquences de l'intervention sont anormales dès lors qu'il a été placé en arrêt de travail pendant près d'un an et demi ;
- il est fondé à demander l'indemnisation de ses préjudices extrapatrimoniaux constitués par : un déficit fonctionnel temporaire qui doit être évalué à 20% pendant la période traumatique soit 448 jours et qui doit être évalué à 50% pendant sa prise en charge en hôpital de jour pendant 128 jours soit une indemnisation de 3 686, 40 euros en prenant une base de 24 euros par jour ; des souffrances endurées qui doivent être indemnisées à hauteur de 4 000 euros ; un déficit fonctionnel permanent évalué à 10 % et qui doit être indemnisé à hauteur de 15 000 euros ; un préjudice d'agrément qui doit être évalué à la somme de 3 000 euros ; un préjudice sexuel qui doit être indemnisé à hauteur de 5 000 euros ; un préjudice d'angoisse évalué à la somme de 15 000 euros ;
- il est fondé à demander l'indemnisation de ses préjudices extrapatrimoniaux constitués par : un besoin d'assistance par tierce personne d'une heure par jour pendant 394 jours soit une indemnisation à hauteur de 5 516 euros en prenant une base de 14 euros par heure ; des frais divers comprenant des frais de déplacements pour un total de 3 600 km soit un montant indemnisable de 2 142 euros et des frais d'assistance par un médecin recours pour une somme de 1 265 euros soit un total de 3 407 euros ; des pertes de gains professionnels actuels et futurs dès lors qu'il a perdu le bénéfice de différentes primes pour un montant total de 5 750,17 euros et qu'il a subi une perte de revenus (salaires et primes) de 15 547, 17 euros sur l'année 2019 soit un montant total de 21 297, 34 euros ; une incidence professionnelle qui est constituée par une perte de chance de promotion qui doit être évaluée à la somme de 5 000 euros.
Par un mémoire, enregistré le 20 novembre 2020, la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme indique qu'elle n'a pas de créance à faire valoir.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 janvier 2021, le centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand, représenté par la Selas Seban Auvergne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- M. A a été informé des risques inhérents à l'intervention qu'il a subie ;
- s'il était considéré que M. A n'a pas été informé du risque spécifique de paralysie du deltoïde, il n'était pas tenu de l'informer de ce risque spécifique dès lors qu'il est peu fréquent et ne revêt pas le caractère d'un risque grave.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 novembre 2022, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, représenté par l' AARPI BJMR Avocats, demande à être mis hors de cause.
Il fait valoir que la condition tenant à l'anormalité des dommages n'est pas établie ; il existe un consensus médical sur le caractère fréquent de la complication présentée par le requérant.
La procédure a été communiquée à la mutuelle Génération qui n'a produit aucun mémoire.
Par une ordonnance du 12 janvier 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 30 janvier 2023.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- l'ordonnance n°1801163 du 21 janvier 2019, par laquelle le magistrat délégué a taxé les frais de l'expertise réalisée par le professeur C à la somme de 1 000 euros ;
- l'ordonnance n°1902045 du 24 juin 2020, par laquelle le président a taxé les frais de l'expertise réalisée par le professeur C à la somme de 800 euros.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bollon,
- les conclusions de M. Panighel, rapporteur public,
- et les observations de Me Lantero, représentant le centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand.
Considérant ce qui suit :
1. A la suite d'un traumatisme cervical survenu au cours d'un match de football en novembre 2014 et ayant entrainé une tétraparésie temporaire, M. B A, né le 15 juillet 1982, a réalisé le 18 novembre 2014 une IRM cervicale qui a mis en évidence un " canal cervical constitutionnellement étroit et rétréci de C4 à C7, laminant le cordon médullaire, particulièrement en C4/C5 () ". Se plaignant de paresthésies temporaires au niveau des mains il a été reçu en consultation par un neurochirurgien du centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand et, le 10 octobre 2017, il a été pris en charge dans cet établissement pour une laminectomie cervicale étendue de C3 à C7. Dans les suites de cette intervention, M. A a présenté un déficit moteur du muscle deltoïde droit. M. A a alors saisi le juge des référés du tribunal administratif de Clermont-Ferrand qui a ordonné une expertise médicale confiée au professeur C par une ordonnance du 18 septembre 2018. L'état de santé de M. A n'étant pas consolidé à la remise du premier rapport le 10 décembre 2018, la juge des référés a ordonné une nouvelle expertise par une ordonnance du 16 janvier 2020. Le professeur C a rédigé un second rapport le 19 juin 2020 qui a été enregistré au greffe du tribunal le 23 juin 2020. Par des courriers du 28 juillet 2020, M. A a formé une demande indemnitaire auprès du centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand et de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales. Par un courrier du 7 octobre 2020, le centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand a rejeté la demande du requérant. Par la présente requête, M. A demande au tribunal de condamner le centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand et l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales à l'indemniser des préjudices qu'il estime avoir subis.
Sur la responsabilité du centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand :
2. Aux termes de l'article L. 1111-2 du code de la santé publique : " Toute personne a le droit d'être informée sur son état de santé. Cette information porte sur les différentes investigations, traitements ou actions de prévention qui sont proposés, leur utilité, leur urgence éventuelle, leurs conséquences, les risques fréquents ou graves normalement prévisibles qu'ils comportent ainsi que sur les autres solutions possibles et sur les conséquences prévisibles en cas de refus. () Cette information incombe à tout professionnel de santé dans le cadre de ses compétences et dans le respect des règles professionnelles qui lui sont applicables. Seules l'urgence ou l'impossibilité d'informer peuvent l'en dispenser. Cette information est délivrée au cours d'un entretien individuel. () En cas de litige, il appartient au professionnel ou à l'établissement de santé d'apporter la preuve que l'information a été délivrée à l'intéressé dans les conditions prévues au présent article. Cette preuve peut être apportée par tout moyen. () ". Lorsque l'acte médical envisagé, même accompli conformément aux règles de l'art, comporte des risques connus de décès ou d'invalidité, le patient doit en être informé dans des conditions qui permettent de recueillir son consentement éclairé. Si cette information n'est pas requise en cas d'urgence, d'impossibilité, ou de refus du patient d'être informé, la seule circonstance que les risques ne se réalisent qu'exceptionnellement ne dispense pas les praticiens de leur obligation. Il appartient à l'hôpital d'établir que l'intéressé a été informé des risques de l'acte médical. La faute commise par les praticiens d'un hôpital au regard de leur devoir d'information du patient n'entraîne pour ce dernier que la perte d'une chance de se soustraire au risque qui s'est réalisé. La réparation du dommage résultant de cette perte doit être fixée à une fraction des différents chefs de préjudice qui tient compte du rapprochement entre, d'une part, les risques inhérents à l'acte médical et, d'autre part, les risques encourus en cas de renoncement à cet acte. Toutefois, en application des dispositions précitées de l'article L. 1111-2 du code de la santé publique, doivent être portés à la connaissance du patient, préalablement au recueil de son consentement à l'accomplissement d'un acte médical, les risques connus de cet acte qui soit présentent une fréquence statistique significative, quelle que soit leur gravité, soit revêtent le caractère de risques graves, quelle que soit leur fréquence.
3. Indépendamment de la perte d'une chance de refuser l'intervention, le manquement des médecins à leur obligation d'informer le patient des risques courus ouvre pour l'intéressé, lorsque ces risques se réalisent, le droit d'obtenir réparation des troubles qu'il a subis du fait qu'il n'a pas pu se préparer à cette éventualité. S'il appartient au patient d'établir la réalité et l'ampleur des préjudices qui résultent du fait qu'il n'a pas pu prendre certaines dispositions personnelles dans l'éventualité d'un accident, la souffrance morale qu'il a endurée lorsqu'il a découvert, sans y avoir été préparé, les conséquences de l'intervention doit, quant à elle, être présumée.
4. Si le compte-rendu de la consultation du 22 juin 2017 indique que M. A a été informé des risques neurologiques déficitaires au niveau des bras et des jambes liés à la laminectomie, il ne résulte toutefois pas de l'instruction que cette indication contenait une information spécifique quant au risque d'atteinte de la racine motrice de C5 qui a eu pour conséquence un déficit moteur de son muscle deltoïde droit.
5. En défense, le centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand fait valoir qu'il n'était pas tenu d'informer M. A de ce risque dès lors que celui-ci ne présentait ni une fréquence statistique significative ni le caractère d'un risque grave.
6. L'expert judiciaire indique dans son rapport du 19 juin 2020 que le taux de survenance de la complication dont M. A a été victime doit être évaluée à moins de 1%. Toutefois, pour justifier le taux retenu, il se borne à indiquer que si, selon un article faisant une méta-analyse de la littérature, une atteinte de la racine motrice de C5 est observée en moyenne dans 7,8% des cas, ce chiffre lui paraît surévalué dès lors que seules 28 publications sur 718 incluaient cette complication dans les critères étudiés et qu'au cours de sa longue expérience de chirurgien et d'expert il ne l'avait que très rarement rencontrée. Ce taux de moins de 1% n'est au demeurant corroboré par aucun autre élément versé au débat. En revanche, il résulte de l'instruction et notamment de l'analyse médicale critique réalisée par deux médecins de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales le 30 novembre 2020, soumise au débat contradictoire et documentée par des articles de littérature médicale, qu'un déficit ou une paralysie de la racine C5 est une complication courante de la chirurgie décompressive de type laminectomie avec une prévalence globale comprise entre 6% et 9,5%, ce taux étant par ailleurs compatible avec le taux moyen relevé mais écarté par l'expert de 7,8%. Ainsi, eu égard à la fréquence statistique significative qu'il représente au regard des dispositions précitées de l'article L. 1111-2 du code de la santé publique, le risque d'atteinte de la racine motrice C5 devait être porté à la connaissance de M. A préalablement à l'intervention chirurgicale dont il a fait l'objet, ce qui, ainsi qu'il a été dit au point 4, n'a pas été le cas.
7. Il résulte de ce qui précède que le centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand a commis une faute de nature à engager sa responsabilité en application de l'article L. 1111-2 du code de la santé publique.
8. M. A a subi un préjudice du fait de l'impossibilité dans laquelle il s'est trouvé de se préparer psychologiquement à la réalisation du risque auquel il était exposé et qui s'est réalisé, consistant en un déficit moteur du muscle deltoïde droit. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en allouant à M. A la somme de 2 500 euros.
Sur la mise en œuvre de la solidarité nationale :
9. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " II. - Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I ou d'un producteur de produits n'est pas engagée, un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient, et, en cas de décès, de ses ayants droit au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé par décret, apprécié au regard de la perte de capacités fonctionnelles et des conséquences sur la vie privée et professionnelle mesurées en tenant notamment compte du taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique, de la durée de l'arrêt temporaire des activités professionnelles ou de celle du déficit fonctionnel temporaire. / Ouvre droit à réparation des préjudices au titre de la solidarité nationale un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à un pourcentage d'un barème spécifique fixé par décret ; ce pourcentage, au plus égal à 25 %, est déterminé par ledit décret. ". Aux termes de l'article D. 1142-1 du même code : " Le pourcentage mentionné au dernier alinéa de l'article L. 1142-1 est fixé à 24 %. Présente également le caractère de gravité mentionné au II de l'article L. 1142-1 un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ayant entraîné, pendant une durée au moins égale à six mois consécutifs ou à six mois non consécutifs sur une période de douze mois, un arrêt temporaire des activités professionnelles ou des gênes temporaires constitutives d'un déficit fonctionnel temporaire supérieur ou égal à un taux de 50 %. () ".
10. Il résulte des dispositions combinées du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique et de l'article D. 1142-1 du même code que l'ONIAM doit assurer, au titre de la solidarité nationale, la réparation des dommages résultant directement d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins à la double condition qu'ils présentent un caractère d'anormalité au regard de l'état de santé du patient comme de l'évolution prévisible de cet état et que leur gravité excède le seuil défini à l'article D. 1142-1. La condition d'anormalité du dommage doit toujours être regardée comme remplie lorsque l'acte médical a entraîné des conséquences notablement plus graves que celles auxquelles le patient était exposé de manière suffisamment probable en l'absence de traitement. Lorsque les conséquences de l'acte médical ne sont pas notablement plus graves que celles auxquelles le patient était exposé par sa pathologie en l'absence de traitement, elles ne peuvent être regardées comme anormales sauf si, dans les conditions où l'acte a été accompli, la survenance du dommage présentait une probabilité faible.
11. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise que, dans les suites de l'intervention du 10 octobre 2017, M. A a présenté un déficit moteur du muscle deltoïde droit, conséquence d'une atteinte de la racine motrice de C5 lors de l'opération et entrainant un déficit fonctionnel permanent de 10%. L'expert relève que la technique opératoire réalisée a été conforme aux règles de l'art et que les soins apportés au requérant ont été attentifs, diligents et conformes aux données acquises de la science. Il en conclut que le dommage subi par le requérant est " une conséquence anormale de l'acte chirurgical. ".
12. D'une part, il résulte de l'instruction que M. A souffrait d'un canal cervical constitutionnellement étroit et rétréci de C4 à C7, laminant le cordon médullaire, particulièrement en C4/C5 et se plaignait de paresthésies temporaires au niveau des mains. L'expert indique, sans être contredit par le requérant sur ce point, que l'indication opératoire était nécessaire en raison de la sévérité des lésions et qu'en l'absence de traitement chirurgical M. A était exposé à une aggravation lente et progressive avec un tableau dit de " myélopathie cervicale " et, en cas de traumatisme cervical même minime, à une décompensation aigue et brutale, dont une guérison complète ne peut intervenir, même en présence d'une prise en charge chirurgicale réalisée en urgence. Il s'ensuit que les conséquences de l'intervention chirurgicale du 10 octobre 2017 ne sauraient être regardées comme notablement plus graves que celles auxquelles M. A était exposé en l'absence de traitement.
13. D'autre part, il résulte de ce qui a été dit au point 6 que le risque d'atteinte de la racine motrice de C5 est une complication de la chirurgie décompressive de type laminectomie avec une prévalence globale comprise entre 6% et 9,5%. Par suite, il n'est pas établi que la survenance du dommage présentait une probabilité faible.
14. Il résulte de ce qui précède que les conséquences de l'acte médical ne peuvent donc être regardées comme anormales. Dès lors, les conditions d'une indemnisation du dommage au titre de la solidarité nationale sur le fondement des dispositions du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique ne sont pas remplies.
Sur les intérêts et la capitalisation des intérêts :
15. Aux termes de l'article 1231-6 du code civil : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. Ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit tenu de justifier d'aucune perte () ". Aux termes de l'article 1343-2 du même code : " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise ". Il résulte de ces dispositions que, d'une part, lorsqu'ils sont demandés, et quelle que soit la date de la demande, les intérêts des indemnités allouées sont dus à compter du jour où la demande de réclamation de la somme principale est parvenue à la partie débitrice ou, à défaut, à compter de la date d'enregistrement au greffe du tribunal administratif des conclusions tendant au versement de cette indemnité, et, d'autre part, que la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière.
16. M. A a droit aux intérêts au taux légal sur la somme mentionnée au point 8 à compter du 30 juillet 2020, date de réception de sa réclamation préalable par le centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand. Il y a également lieu de faire droit à sa demande de capitalisation des intérêts à compter du 30 juillet 2021 date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les frais d'expertise :
17. Les frais d'expertise, liquidés et taxés à la somme de 1 000 euros par une ordonnance du magistrat délégué par le président du tribunal en date du 21 janvier 2019, et les frais d'expertise, liquidés et taxés à la somme de 800 euros par une ordonnance du président du tribunal en date du 24 juin 2020, doivent être mis à la charge définitive du centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand.
Sur les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le paiement de la somme demandée par M. A. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand une somme de 1 500 euros à verser au requérant au titre des mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : Le centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand est condamné à verser à M. A la somme de 2 500 euros assortie des intérêts de droit à compter du 30 juillet 2020. Les intérêts échus à la date du 30 juillet 2021 seront capitalisés à cette date et à chaque échéance annuelle ultérieure pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 2 : Les frais d'expertise, liquidés et taxés à la somme de 1 000 euros par une ordonnance du magistrat délégué par le président du tribunal en date du 21 janvier 2019, et ceux, liquidés et taxés à la somme de 800 euros par une ordonnance du président du tribunal en date du 24 juin 2020, sont mis à la charge définitive du centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand.
Article 3 : Le centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand versera à M. A la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5: Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme, au centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand, à la mutuelle "Génération" et à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales.
Délibéré après l'audience du 8 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Caraës, présidente,
M. Jurie, premier conseiller,
Mme Bollon, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2023.
La rapporteure,
L. BOLLON
La présidente,
R. CARAËS La greffière,
F. LLORACH
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026