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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2002044

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2002044

jeudi 6 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2002044
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationChambre 2
Avocat requérantMULLER-KAPP

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement le 14 novembre 2020 et le 21 août 2022, M. A B et Mme C B, représentés par Me Muller-Kapp, demandent au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à verser à M. B une somme de 33 910 euros en réparation des préjudices résultant de l'abattage de son cheptel atteint de la maladie d'Aujeszky ;

2°) de condamner l'Etat à verser à M. B une somme de 1 817 euros en indemnisation de l'alimentation fournie au cheptel pendant la période de confinement ;

3°) de condamner l'Etat à verser à M. B une somme de 5 000 euros au titre de dommages et intérêts ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens ;

5°) d'ordonner l'exécution provisoire du jugement.

Ils soutiennent que :

- un seul expert est intervenu, en méconnaissance de la réglementation applicable ;

- cet expert ne figurait pas sur la liste des experts habilités à cette fin par le préfet de l'Allier ;

- l'expert a été imposé à M. B et n'était pas impartial ;

- l'expert n'a pris en compte que la marge nette calculée par le comptable de M. B et non la valeur marchande additionnée des frais liés au renouvellement du cheptel ;

- l'estimation de l'expert est manifestement sous-évaluée ;

- le préjudice au titre de l'abattage des animaux doit être évalué à la somme de 33 910 euros ;

- le préjudice subi au titre des frais de nourriture pendant la période de confinement doit être évalué à la somme de 1 817 euros ;

- M. B a subi des dommages et intérêts à hauteur de 5 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 février 2021, et un mémoire, enregistré le 5 octobre 2022, qui n'a pas été communiqué, la préfète de l'Allier conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par les consorts B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 8 septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 10 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code rural et de la pêche maritime ;

- l'arrêté modifié du 30 mars 2001 fixant les modalités de l'estimation des animaux abattus et des denrées et produits détruits sur ordre de l'administration ;

- l'arrêté du 28 janvier 2009 fixant les mesures techniques et administratives relatives à la prophylaxie collective et à la police sanitaire de la maladie d'Aujeszky dans les départements reconnus " indemnes de maladie d'Aujeszky " ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Debrion,

- et les conclusions de Mme Luyckx, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 7 avril 2020, la préfète de l'Allier a déclaré l'élevage de sangliers de M. A B et de Mme C B infecté de la maladie d'Aujeszky et a imposé l'abattage de tous les sangliers détenus dans l'exploitation. L'abattage est intervenu le 8 juin 2020, et M. D, expert, a rendu, le 30 juin 2020, son rapport sur l'indemnisation du cheptel des consorts B et a ainsi fixé le montant total du préjudice à la somme de 26 070 euros. Après que M. B a manifesté son désaccord sur une partie de l'expertise lors d'un échange téléphonique du 29 juillet 2020, le conseil de ce dernier a, par courrier du 13 août 2020 reçu en préfecture le 20 août suivant, sollicité des services de l'Etat le versement d'une somme de 33 910 euros en réparation du préjudice résultant de l'abattage du cheptel de sangliers. Le 26 octobre 2020, la préfète de l'Allier a arrêté le montant définitif de l'indemnisation à la somme de 26 222,76 euros et M. B a reçu le versement de cette somme le 10 décembre 2020. Par la présente requête, les consorts B demandent au tribunal de porter l'indemnisation à la somme de 33 910 euros, et de condamner l'Etat à verser à M. B une somme de 1 817 euros en indemnisation de l'alimentation fournie au cheptel pendant la période de confinement ainsi qu'une somme de 5 000 euros au titre de dommages et intérêts.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

En ce qui concerne la régularité de l'expertise :

2. En premier lieu, M. D figurait sur la liste des experts mentionnés à l'annexe de l'arrêté n° 391/2020 portant désignation de experts habilités à procéder à l'estimation des animaux abattus et des denrées et produits détruits sur ordre de l'administration pris par la préfète de l'Allier le 12 février 2020.

3. En second lieu, si les consorts B soutiennent qu'un seul expert est intervenu, en méconnaissance de la réglementation applicable, que cet expert a été imposé à M. B et n'était pas impartial et qu'il n'a pris en compte que la marge nette calculée par le comptable de M. B et non la valeur marchande additionnée des frais liés au renouvellement du cheptel, ils ne précisent pas quelles dispositions ou quels principes auraient été méconnus. Faute d'être assortis des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé, ces moyens, qui se rattachent à la régularité de l'expertise menée pour évaluer le préjudice résultant de l'abattage du troupeau de sangliers des consorts B, doivent, par suite, être écartés.

En ce qui concerne le montant de l'indemnisation :

4. Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 30 mars 2001 modifié fixant les modalités de l'estimation des animaux abattus et des denrées et produits détruits sur ordre de l'administration, dans sa version applicable au litige : " Lorsque : - un troupeau fait l'objet d'un abattage total ou partiel sur ordre de l'administration dans le cadre des dispositions prises pour l'application de l'article L. 221-1 du code rural ; - () des denrées animales ou d'origine animale, ou tout autre produit, présents sur l'exploitation concernée ou en provenant, sont détruits sur ordre de l'administration dans le cadre des dispositions prises pour l'application de l'article L. 221-1 du code rural et de la pêche maritime, les animaux abattus ainsi que les denrées et produits ci-dessus mentionnés faisant l'objet d'une indemnisation en application de l'article L. 221-2 du code rural et de la pêche maritime sont estimés aux frais de l'administration par deux experts sur la base de la valeur de remplacement des animaux et de la valeur commerciale des denrées, des produits () / La valeur de remplacement inclut la valeur marchande objective de chaque animal considéré et les frais directement liés au renouvellement du cheptel selon les modalités définies à l'annexe I du présent arrêté () ". Aux termes de l'article 4 du même arrêté : " () Lorsque l'expertise concerne des animaux autres que des bovins ou lorsque le nombre de bovins concernés est inférieur à dix, l'expertise peut être effectuée par un seul expert choisi sur la liste mentionnée à l'article 2 ". Aux termes de l'article 5 de l'arrêté précité : " () Pour déterminer la valeur commerciale des denrées et produits, les experts s'appuient notamment sur les factures d'achat ou de vente, les tarifs pratiqués ainsi que sur un état d'inventaire. Ces documents sont joints en tant que de besoin au rapport d'expertise ". Aux termes de l'article 6 bis de cet arrêté : " I. - L'indemnisation de la valeur marchande objective des animaux est versée à l'éleveur sur présentation des justificatifs de l'abattage ou de la destruction de l'ensemble des animaux visés par la décision et, le cas échéant, de leur valorisation bouchère. Les animaux qui auraient péri postérieurement à l'expertise ne sont pas indemnisés. / L'indemnisation des frais directement liés au renouvellement du cheptel est versée sur la base des justificatifs suivants : - pour les frais sanitaires d'introduction : factures relatives aux frais exposés ; - les frais d'approche et de transport, ainsi que les besoins supplémentaires en repeuplement : factures d'achat des animaux de renouvellement ; - pour les frais de désinfection : facture des opérations de désinfection ; - pour les pertes de production : justificatifs comptables () ".

5. Il résulte de l'instruction que pour arrêter le montant de l'indemnisation, l'expert s'est fondé sur la valeur marchande objective des 45 animaux destinés à la vente, des 18 reproducteurs valorisables en l'état et des 56 marcassins non sevrés que comptait l'élevage des consorts B ainsi que sur les frais d'alimentation durant la période du 19 mars au 8 juin 2020. S'agissant des animaux destinés à la vente, la valeur unitaire moyenne des animaux d'un poids d'environ 40 kg a été arrêtée à la somme de 220 euros à partir des factures produites par les consorts B et la valeur unitaire moyenne des animaux d'un poids d'environ 80 kg a été arrêtée à la somme de 400 euros, là encore à partir des factures fournies par les consorts B. S'agissant des animaux reproducteurs, l'expert, constatant l'absence d'identification individuelle de ces animaux et à qui M. B n'avait fourni aucune facture justifiant des tarifs d'achat de ces animaux au cours des trois dernières années, s'est fondé sur la déclaration annuelle d'activité faite le 24 septembre 2019 par Mme B, laquelle fait apparaître la détention, par les consorts B, de 15 laies et de 3 mâles, et a arrêté la valeur unitaire de ces animaux à la somme de 350 euros en fonction des cours en vigueur et des tarifs exercés localement. S'agissant des marcassins non sevrés, leur valeur unitaire a été arrêtée par le calcul d'une marge brute et non d'une marge nette, comme cela figure par erreur dans l'expertise. Cette marge brute a été calculée par la différence entre la valeur des 56 marcassins produits finis et la somme des charges liées à cette production à savoir le coût d'alimentation et les frais vétérinaires. Enfin, s'agissant des frais d'alimentation, l'expert s'est fondé sur les factures produites par les requérants et a arrêté son montant à la somme de 1 530 euros.

6. Si les consorts B critiquent les montants retenus par l'expert, ils n'apportent toutefois aucun élément, notamment de nature comptable, qui serait de nature à justifier une réévaluation de l'indemnisation qui leur a été accordée par les services de l'Etat et qui repose essentiellement sur les factures qu'ils ont eux-mêmes produites dans le cadre des opérations d'expertise.

En ce qui concerne les dommages et intérêts :

7. Si les consorts B demandent à ce que l'Etat soit condamné à leur verser une somme de 5 000 euros en réparation des préjudices résultant de la cessation de l'activité professionnelle de M. B, il ne résulte pas de l'instruction que ce dernier aurait effectivement cessé d'exercer la profession d'éleveur. En tout état de cause, il ne résulte pas de l'instruction que le requérant aurait adressé une demande préalable en ce sens auprès des services préfectoraux.

8. Il résulte de tout ce qui précède que l'ensemble des conclusions présentées par les consorts B doivent être rejetées, y compris celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 et R. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que celles tendant à ce que l'exécution provisoire du présent jugement soit ordonnée dès lors que les jugements sont exécutoires en application de l'article L. 11 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête des consorts B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, représentant unique pour l'ensemble des requérants, et à la préfète de l'Allier.

Délibéré après l'audience du 23 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Bader-Koza, présidente,

Mme Trimouille, première conseillère,

M. Debrion, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 avril 2023.

Le rapporteur,

J-M. DEBRION

La présidente,

S. BADER-KOZA Le greffier,

P. MANNEVEAU

La République mande et ordonne à la préfète de l'Allier en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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