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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2002127

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2002127

mardi 13 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2002127
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationChambre 2
Avocat requérantINTER BARREAUX NANTES ANGERS ATLANTIQUE AVOCATS ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 25 novembre 2020, le 3 juin 2021, le 7 février 2022 et le 29 avril 2022, Mme B A, représentée par la Selarl Atlantique Avocats Associés, Me Salquain, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par le ministre de l'Education nationale, de la jeunesse et des sports à la suite de son recours indemnitaire préalable en date du 9 juillet 2020, notifié le 17 juillet 2020 ;

2°) de condamner le ministre de l'Education nationale, de la jeunesse et des sports à lui verser la somme totale de 497 000 euros en réparation des préjudices subis, à lui verser l'intégralité des rappels de traitement depuis le 1er aout 1990 en prenant en compte la grille d'avancement la plus favorable pour les catégories A et de procéder au " recalcul " de ses droits à retraite ;

3°) à titre subsidiaire, avant dire droit, de saisir la cour de justice de l'Union européenne ou le Conseil d'Etat de la question préjudicielle suivante :

- les stipulations de l'article 119 du traité de Rome, de l'article 14 de la CEDH, les dispositions du préambule de la Constitution de 1946 et de la loi du 22 décembre 1972 font-elles obligation à l'Etat d'assurer à ses agents l'égalité salariale reconnue aux travailleurs en tant que principe fondateur de l'Union sans distinction, et notamment d'exclure toute différence de traitement et de salaire entre eux qui ne repose pas sur des différences objectives dans l'exercice de leurs missions '

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 6 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le contentieux a été valablement lié par sa demande du 9 juillet 2020 ;

- le ministre de l'éducation nationale a commis une faute en appliquant des dispositions illégales du décret du 1er août 1990 et en adoptant ensuite une stratégie évitant l'extinction du corps des instituteurs à laquelle il s'était engagé en 1998 à procéder au plus tard en 2007 ; en effet, la création d'un nouveau corps des professeurs des écoles de catégorie A pour des agents occupant les mêmes fonctions exercées dans les mêmes conditions que les instituteurs de catégorie B, sans prévoir l'assimilation automatique des instituteurs actifs et retraités dans ce nouveau corps a eu pour conséquence de créer deux catégories d'agents exerçant les mêmes fonctions tout en étant rémunérés de manière différente, au détriment des instituteurs ; cette inégalité de traitement a été instaurée pour des raisons budgétaires, afin de réduire le coût de la revalorisation du métier de maître d'école et procède du détournement de pouvoir ; l'obligation pour les instituteurs soit de passer un concours, soit d'être retenu sur une liste d'aptitude départementale limitée n'est pas justifiable par le niveau d'étude des instituteurs dès lors que si les candidatures au corps de professeur des écoles sont conditionnées à l'obtention d'une licence, les instituteurs souvent titulaires d'un niveau d'étude supérieur à celui qui était exigé pour l'entrée dans ce corps, avaient par ailleurs suivi une formation et un stage et bénéficiaient d'une expérience qui permettaient de considérer leur niveau de compétence équivalent à la licence universitaire ; par ailleurs, les mères de trois enfants, les sportifs de haut niveau et les fonctionnaires de catégorie A peuvent candidater au concours de professeur des écoles sans justifier d'une licence, ce qui démontre l'absence de sérieux de l'exigence de la licence ; ainsi, le décret du 1er août 1990 a institué deux catégories d'agents avec des rémunérations différentes sans qu'un critère objectif puisse justifier ce traitement inégal, contraire au principe général du droit garanti par l'article 119 du traité de Rome, l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales et appliqué dans les arrêts de la cour de cassation Ponsole et du 28 sept 2004 n° 03-41825 à 03-41829, l'arrêt du Conseil d'Etat Diop, le jugement du tribunal administratif de Nantes du 2 avril 2019, la charte pour la promotion de l'égalité et la lutte contre les discriminations dans la fonction publique du 17 décembre 2013, la circulaire du 3 avril 2017 relative à la mise en œuvre de la politique d'égalité et de lutte contre les discriminations dans la fonction publique, et l'arrêt Olympiakos de la cour de justice de l'Union européenne ; par ailleurs, les conditions d'avancement au choix pour le grade hors classe sont irrégulièrement définies par des commissions paritaires alors qu'elles relèvent de l'administration employeur et induisent une inégalité de traitement au dépend des instituteurs du fait de l'instauration d'une limite du nombre des promouvables ;

- les préjudices en résultant sont composés d'une perte de revenus pour la somme de 247 000 euros, d'un préjudice d'établissement pour la somme de 50 000 euros, d'un préjudice moral pour la somme de 50 000 euros et d'une perte de droits à la retraite pour la somme de 150 000 euros à parfaire selon la date de son départ effectif en retraite.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 14 mai 2021 et le 17 mars 2022, le ministre de l'Education nationale, de la jeunesse et des sports conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable car le recours indemnitaire préalable du 9 juillet 2020 a été introduit par le " Collectif des oubliés ", qui ne peut justifier légalement d'un mandat lui donnant qualité pour présenter une demande pour le compte de la requérante et ce recours n'a, par

conséquent, pas lié le contentieux à l'égard de la requérante au sens des dispositions de l'article R. 421-1 du code de justice administrative ;

- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 5 mai 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 7 juin 2022.

Des mémoires présentés pour Mme A ont été enregistrés le 5 décembre 2022, le 2 mai 2023 et le 16 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution, notamment son Préambule ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- les traités instituant la Communauté économique européenne et la Communauté européenne ;

- le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;

- la directive 75/117/CE du 10 février 1975 ;

- la directive 2006/54/CE du 5 juillet 2006 du Parlement européen et du Conseil ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'État ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 90-680 du 1er août 1990 relatif au statut particulier des professeurs des écoles ;

- le décret n° 2017-786 du 5 mai 2017 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jaffré,

- les conclusions de Mme Luyckx, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par un courrier en date du 9 juillet 2020, reçu le 17 juillet 2020, Mme A a demandé au ministre de l'Education nationale de l'indemniser à hauteur de 497 000 euros des préjudices qu'elle estime avoir subis en raison de l'inégalité salariale existant selon elle, entre les professeurs des écoles issus du corps des instituteurs et les professeurs des écoles nommés à partir de 1990. Le silence gardé par l'administration pendant deux mois a fait naître une décision implicite de rejet le 18 septembre 2020. Par un courrier reçu le 24 septembre 2020, Mme A a demandé au ministre de l'Education nationale de lui communiquer les motifs de cette décision. En l'absence de réponse, Mme A demande au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet de sa demande indemnitaire et d'enjoindre à l'Etat à lui verser l'intégralité des rappels de traitement depuis le 1er aout 1990 en prenant en compte la grille d'avancement la plus favorable pour les catégories A et de reconstituer ses droits à pension, et de le condamner à lui verser la somme totale de 497 000 euros en réparation de ses préjudices.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. Mme A soutient que l'Etat a commis une faute en créant une inégalité de rémunération et de déroulement de carrière entre les instituteurs et les professeurs des écoles recrutés après la création de ce corps par décret du 1er août 1990, d'une part, du fait des conditions prévues pour l'intégration des instituteurs dans le corps des professeurs des écoles et des conditions d'avancement au grade hors classe, et d'autre part, en différant l'édiction des mesures nécessaires à l'extinction du corps des instituteurs et en instaurant des modalités d'avancement défavorables aux anciens instituteurs. La requérante soutient que ces fautes, qui engagent la responsabilité de l'Etat, lui ont causé des préjudices dont elle demande par ailleurs l'indemnisation.

Sur l'illégalité fautive

3. En premier lieu, le principe d'égalité ne s'oppose pas à ce que l'autorité investie du pouvoir réglementaire règle de façon différente des situations différentes, ni à ce qu'elle déroge à l'égalité pour des raisons d'intérêt général pourvu que, dans l'un comme dans l'autre cas, la différence de traitement qui en résulte soit en rapport direct avec l'objet de la norme qui l'établit et ne soit pas manifestement disproportionnée au regard des motifs susceptibles de la justifier.

4. Aux termes des dispositions de l'article 29 de la loi du 11 janvier 1984 susvisée portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique d'État, applicable à la date de création du corps des professeurs des écoles, aujourd'hui reprises à l'article L. 411-2 du code général de la fonction publique : " Les fonctionnaires appartiennent à des corps qui comprennent un ou plusieurs grades et sont classés, selon leur niveau de recrutement, en catégories. / Ces corps groupent les fonctionnaires soumis au même statut particulier et ayant vocation aux mêmes grades. / Ils sont répartis en quatre catégories désignées dans l'ordre hiérarchique décroissant par les lettres A, B, C et D. Les statuts particuliers fixent le classement de chaque corps dans l'une de ces catégories. ". Aux termes de l'article 1er du décret du 1er août 1990 susvisé relatif au statut particulier des professeurs des écoles : " Il est créé un corps des professeurs des écoles qui est classé dans la catégorie A () " et aux termes de l'article 7 de ce même décret, dans sa rédaction en vigueur à la date de création de ce corps, relatif au concours externe : " Le concours est ouvert aux candidats qui, à la date de leur inscription, justifient de la possession d'une licence ou d'un titre ou diplôme au moins équivalents dont la liste est établie par arrêté conjoint du ministre chargé de l'éducation et du ministre chargé de la fonction publique. () ".

5. Il ne résulte pas de l'instruction qu'en classant dans la catégorie A le corps des professeurs des écoles, qui sont recrutés notamment par concours ouvert aux candidats titulaires d'une licence ou d'un titre ou diplôme au moins équivalents, les auteurs du décret du 1er août 1990 portant création de ce corps aient commis une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions précitées de la loi du 11 janvier 1984. Dès lors que le recrutement des fonctionnaires du corps des instituteurs était ouvert aux candidats titulaires d'un diplôme inférieur à la licence, la différence de traitement dont ils font l'objet, s'agissant du classement de ce corps, dans la catégorie B, n'est pas manifestement disproportionnée au regard de la différence de situation dans laquelle ils sont placés par rapport aux membres du corps des professeurs des écoles, alors même que les agents des deux corps exercent les mêmes missions, que les agents du corps des instituteurs suivaient une formation d'une durée de deux années et que certains candidats au concours d'accès à ce corps étaient titulaires d'une licence ou d'un titre ou diplôme au moins équivalents. La requérante n'est dès lors pas fondée à invoquer une méconnaissance du principe d'égalité, qui n'est applicable au demeurant qu'aux agents d'un même corps.

6. En deuxième lieu, la requérante doit être regardée comme invoquant la méconnaissance du principe de non-discrimination garanti par le droit européen, notamment par l'article 157 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne, anciennement article 119 et la directive 75/117/CEE du 10 février 1975 concernant le rapprochement des législations des États membres relatives à l'application du principe de l'égalité des rémunérations entre les travailleurs masculins et les travailleurs féminins, et mise en œuvre notamment dans un arrêt de la Cour de justice de l'Union européenne du 15 avril 2021, AB contre Olympiako Athlitiko Kentro Athinon - Spyros Louis (C-511/19). Toutefois, comme il a été dit plus haut, les instituteurs et les professeurs des écoles, recrutés au regard d'un niveau de qualification distinct dont le caractère objectif n'est pas contestable, n'étaient pas dans des situations similaires. Par suite, et en tout état de cause, le moyen tiré de la méconnaissance du droit de l'Union européenne doit être écarté.

7. En troisième lieu, si la requérante invoque une méconnaissance de l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, elle ne se prévaut d'aucun droit ou liberté reconnu par la convention à la jouissance desquels le décret du 1er août 1990 porterait atteinte de manière discriminatoire. Ce moyen ne peut, dès lors et en tout état de cause, qu'être écarté.

8. En quatrième lieu, les moyens tirés de l'atteinte à la charte pour la promotion de l'égalité et la lutte contre les discriminations dans la fonction publique et à la circulaire du 3 avril 2017 relative à la mise en œuvre de la politique d'égalité, de lutte contre les discriminations et de promotion de la diversité dans la fonction publique, doivent être écartés comme dépourvus des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

9. En cinquième lieu, la circonstance que l'application des dispositions du décret du 1er août 1990 et du décret du 5 décembre 1951 portant règlement d'administration publique pour la fixation des règles suivant lesquelles doit être déterminée l'ancienneté du personnel nommé dans l'un des corps de fonctionnaires de l'enseignement relevant du ministère de l'éducation nationale, qui prennent en compte, pour les agents nommés professeurs des écoles ayant antérieurement la qualité de fonctionnaire, l'échelon détenu dans leur ancien corps, entraîne pour eux, dans certains cas, un classement moins favorable que celui des agents non titulaires nommés dans ce même corps, ne méconnaît pas le principe de l'égalité de traitement entre fonctionnaires d'un même corps, dès lors que les dispositions ne s'appliquent qu'à l'entrée dans le corps et que la carrière des agents est ensuite régie par les mêmes dispositions, quel qu'ait été leur statut avant leur entrée dans le corps. En tout état de cause, le principe d'égalité n'étant pas méconnu, le principe " à travail égal, salaire égal " ne peut être utilement invoqué.

10. En dernier lieu, en admettant que Mme A ait entendu se prévaloir d'un détournement de pouvoir, celui-ci n'est pas établi au vu des pièces du dossier. Par suite, ce moyen doit être écarté.

11. Eu égard à ce qui précède, la requérante ne démontre aucune illégalité fautive de nature à lui ouvrir droit à réparation des préjudices qu'elle invoque

Sur le comportement fautif de l'Etat :

12. En premier lieu, la requérante soutient que depuis la création du corps des professeurs des écoles, l'Etat a maintenu délibérément l'existence du corps des instituteurs afin de ne pas avoir à faire bénéficier les anciens instituteurs des conséquences de l'extinction de ce corps. Toutefois, il résulte de l'instruction et notamment des écrits même du collectif des instituteurs dit " les oubliés " que des instituteurs n'ont pas souhaité faire les démarches pour être intégré dans le corps des professeurs des écoles. Par suite, la requérante ne démontre pas que la persistance du corps des instituteurs serait le résultat de manœuvres déloyales de l'Etat.

13. En second lieu, aux termes de l'article 58 de la loi du 11 janvier 1984, dans sa version en vigueur du 7 juillet 2010 au 8 août 2019, " L 'avancement de grade a lieu de façon continue d'un grade au grade immédiatement supérieur. Il peut être dérogé à cette règle dans les cas où l'avancement est subordonné à une sélection professionnelle. L'avancement de grade peut être subordonné à la justification d'une durée minimale de formation professionnelle au cours de la carrière. / Sauf pour les emplois laissés à la décision du Gouvernement, l'avancement de grade a lieu, selon les proportions définies par les statuts particuliers, suivant l'une ou plusieurs des modalités ci-après : 1° Soit au choix, par voie d'inscription à un tableau annuel d'avancement, établi après avis de la commission administrative paritaire, par appréciation de la valeur professionnelle des agents et des acquis de l'expérience professionnelle des agents ; 2° Soit par voie d'inscription à un tableau annuel d'avancement, établi après avis de la commission administrative paritaire, après une sélection par voie d'examen professionnel ; 3° oit par sélection opérée exclusivement par voie de concours professionnel. ". Aux termes de l'article 24 du décret du 1er août 1990 dans sa version en vigueur jusqu'au 1er septembre 2017 " () Les intéressés sont promus au grand choix ou au choix après inscription sur une liste établie dans chaque département pour chaque année scolaire. / le nombre des promotions au grand choix et celui des promotions au choix ne peut excéder respectivement 30 % et cinq septièmes de l'effectif des professeurs inscrits sur la liste correspondante. () ". Aux termes de l'article 24 du décret du 1er août 1990 dans sa version en vigueur du 1er septembre 2017 au 1er janvier 2020, " () Peuvent accéder au choix à l'échelon spécial du grade de professeur des écoles de classe exceptionnelle, dans la limite d'un pourcentage des effectifs de ce grade fixé par arrêté conjoint du ministre chargé de l'éducation nationale, du ministre chargé de la fonction publique et du ministre chargé du budget, les professeurs des écoles inscrits sur un tableau d'avancement ayant au moins 3 ans d'ancienneté au 4e échelon de ce grade. Le tableau d'avancement est arrêté chaque année, dans chaque département, par le recteur, après avis de la commission administrative paritaire compétente, selon des orientations définies par le ministre chargé de l'éducation nationale. ". L'article 25 du même décret, dans sa version en vigueur depuis 2010 prévoit : " Le nombre maximum de professeurs des écoles pouvant être promus chaque année à la hors-classe est déterminé conformément aux dispositions du décret n° 2005-1090 du 1er septembre 2005 relatif à l'avancement de grade dans les corps des administrations de l'Etat. ".

14. Mme A soutient que les modalités de mise en œuvre du déroulement de carrière et en particulier de l'accès au grade de professeur des écoles hors classe sont organisées au détriment des professeurs des écoles issus du corps des instituteurs qui auraient été défavorisés dans l'évolution de leur carrière, notamment du fait de l'établissement de listes d'aptitude soumises à des commissions administratives paritaires départementales dont le fonctionnement est dénué de toute transparence, et par la restriction du nombre de personnes pouvant accéder au grade hors classe chaque année. Toutefois, le statut particulier des professeurs des écoles tel qu'il résulte du décret du 1er août 1990, ne fixe aucune règle d'avancement différente selon les modes d'accès au corps des professeurs des écoles. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction que la consultation des commissions administratives paritaires départementales ait donné lieu à des différences de traitements illégales ou constitutives de discriminations entre les professeurs de écoles issus du corps des instituteurs et les professeurs des écoles nommés à partir de 1990. En outre, le moyen tiré de l'inégalité de traitement des professeurs en fonction de leur région d'affectation est dépourvu des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Au demeurant, la requérante n'apporte aucun élément relatif à son propre déroulement de carrière.

15. Eu égard à ce qui précède, la requérante ne démontre aucun comportement fautif de nature à lui ouvrir droit à réparation des préjudices qu'elle invoque.

16. En tout état de cause, la requérante n'apporte aucune pièce relative au déroulement de sa carrière en qualité d'institutrice puis de professeure des écoles. Elle ne démontre ni l'existence d'un lien de causalité entre la faute alléguée et les préjudices invoqués, ni même le principe et la réalité de ces préjudices.

17. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par le ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports, que la requête de Mme A doit être rejetée en toutes ses conclusions, en ce compris celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse, des sports et des jeux olympiques et paralympiques.

Délibéré après l'audience du 25 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Bentéjac, présidente,

- Mme Jaffré, première conseillère,

- M. Debrion, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2024.

La rapporteure,

M. JAFFRÉ

La présidente,

C. BENTÉJAC La greffière,

C. PETIT

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse, des sports et des jeux olympiques et paralympiques en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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