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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2002185

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2002185

vendredi 28 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2002185
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationChambre 1
Avocat requérantCABINET FIDAL BELLERIVE SUR ALLIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er décembre 2020, et des mémoires complémentaires, enregistrés les 14 décembre 2020 et 14 décembre 2022, la société à responsabilité limitée (SARL) Serrurerie A, représentée par le cabinet Fidal, Me Arnal-Yves, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge partielle des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2013, 2014 et 2015 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- s'agissant de l'exercice clos en 2013, par une décision d'assemblée générale du 18 mars 2014, a été approuvée la rémunération allouée au cours de l'exercice écoulé à chacun des gérants ; cette décision a été prise lors de la clôture des comptes au 30 septembre 2014 ; les co-associés ont ratifié a posteriori leur rémunération par une décision collective ; la dépense relative à la rémunération est réelle, correspond à un travail effectif et ne présente pas un caractère excessif eu égard à l'importance du service rendu conformément aux exigences de l'article 39-1 du code général des impôts ; seuls les comptes sociaux de l'exercice clos au 30 septembre 2013 ont été déposés par la société dans les délais impartis et l'assemblée générale d'approbation de ces comptes annuels s'est tenue le 18 mars 2014, ce qui est établi par la production de l'extrait du bulletin officiel des annonces civiles et commerciales du 30 avril 2014 indiquant que la société a effectivement déposé ses comptes sociaux et son rapport de l'exercice clos au 30 septembre 2013 ;

- s'agissant de l'exercice clos en 2014 et 2015, un cabinet d'expertise comptable a repris l'intégralité de la comptabilité à compter du 1er octobre 2013 et elle justifie des charges prises en compte par ce cabinet ; l'administration a accepté partiellement les charges qui lui ont été présentées au titre des exercices clos en 2016 et 2017 ; les rémunérations allouées aux gérants doivent également être déduites au titre des exercices en litige.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 11 mai 2021 et 6 juin 2024, ce dernier n'ayant pas été communiqué, le directeur départemental des finances publiques du Puy-de-Dôme conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Caraës,

- et les conclusions de M. Panighel, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL Serrurerie A, qui exerce une activité de travaux de menuiserie métallique, de serrurerie, dépannage, domotique, automatismes, contrôle d'accès, monte-escaliers électriques et services aux personnes notamment à mobilité réduite, qui a été placée en redressement judiciaire par un jugement du 17 avril 2018 du tribunal de commerce de Cusset, et dont M. et Mme A sont les gérants et détiennent chacun la moitié des parts, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité pour la période du 3 septembre 2012 au 30 septembre 2015. A l'issue de ce contrôle, la SARL Serrurerie A a été assujettie, suivant la procédure contradictoire, à des compléments d'impôt sur les sociétés au titre de l'exercice clos en 2013 à la suite de la réintégration dans son résultat imposable des rémunérations de M. et Mme A regardées comme non déterminées dans leur montant et à des compléments d'impôt sur les sociétés, selon la procédure de taxation d'office prévue au 2° de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales, au titre des exercices clos en 2014 et 2015 résultant de la reconstitution de ses résultats en l'absence de présentation de comptabilité selon les modalités prévues au I de l'article L. 47 A du livre des procédures fiscales. Ces impositions ont été assorties de pénalités et la société s'est vu appliquer l'amende fiscale prévue par l'article 1729 D du code général des impôts au titre des exercices clos en 2014 et 2015. La SARL Serrurerie A demande au tribunal de prononcer la décharge partielle des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2013, 2014 et 2015.

Sur le bien-fondé des impositions :

En ce qui concerne les rémunérations versées aux gérants de la SARL Serrurerie A au titre des exercices clos en 2013, 2014 et 2015 :

2. D'une part, aux termes de l'article 39 du code général des impôts, applicable pour la détermination de l'impôt sur les sociétés en vertu de l'article 209 du même code : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant () notamment : 1° Les frais généraux de toute nature, les dépenses de personnel et de main d'œuvre (). / Toutefois les rémunérations ne sont admises en déduction des résultats que dans la mesure où elles correspondent à un travail effectif et ne sont pas excessives eu égard à l'importance du service rendu. Cette disposition s'applique à toutes les rémunérations directes ou indirectes, y compris les indemnités, allocations, avantages en nature et remboursements de frais. / (). ".

3. D'autre part, aux termes du 2 de l'article 242 du code général des impôts : " Les personnes morales, sociétés et entreprises passibles de l'impôt sur les sociétés sont tenues de fournir à l'administration, dans les trois premiers mois de chaque année, un état indiquant les conditions dans lesquelles leurs bénéfices sont répartis ou ont été distribués, à titre de rémunération de leurs fonctions ou de leurs apports, entre les associés en nom ou commandités, associés-gérants, coparticipants ou membres de leur conseil d'administration ". Aux termes de l'article 48 de l'annexe III à ce code : " () Les gérants des sociétés à responsabilité limitée n'ayant pas opté pour le régime fiscal des sociétés de personnes sont tenus de fournir au service des impôts, en même temps que la déclaration prévue au 1 de l'article 223 du code général des impôts, un état indiquant : () 3° Le montant des sommes versées à chacun des associés pendant la période retenue pour l'assiette de l'impôt sur les sociétés, à titre de traitements, émoluments et indemnités, remboursements forfaitaires de frais ou autres rémunérations de leurs fonctions dans la société, et l'année au cours de laquelle ces versements ont été effectués. () ".

4. Enfin, aux termes de l'article L. 223-26 du code de commerce, " Le rapport de gestion, l'inventaire et les comptes annuels établis par les gérants, sont soumis à l'approbation des associés réunis en assemblée, dans le délai de six mois à compter de la clôture de l'exercice. () ". L'article L. 232-22 du code de commerce dispose que " I. - Toute société à responsabilité limitée est tenue de déposer au greffe du tribunal, pour être annexés au registre du commerce et des sociétés, dans le mois suivant l'approbation des comptes annuels par l'assemblée ordinaire des associés ou par l'associé unique ou dans les deux mois suivant cette approbation lorsque ce dépôt est effectué par voie électronique : 1° Les comptes annuels et, le cas échéant, les comptes consolidés, le rapport sur la gestion du groupe, les rapports des commissaires aux comptes sur les comptes annuels et les comptes consolidés, éventuellement complétés de leurs observations sur les modifications apportées par l'assemblée ou l'associé unique aux comptes annuels qui leur ont été soumis ; 2° La proposition d'affectation du résultat soumise à l'assemblée ou à l'associé unique et la résolution d'affectation votée ou la décision d'affectation prise. () II. - En cas de refus d'approbation ou d'acceptation, une copie de la délibération de l'assemblée ou de la décision de l'associé unique est déposée dans le même délai. " Aux termes de l'article R. 223-3 du même code, applicable aux sociétés à responsabilité limitée en application de l'article R. 223-24 : " Les procès-verbaux prévus à l'article R. 221-2 sont établis sur un registre spécial tenu au siège social et coté et paraphé soit par un juge du tribunal de commerce, soit par un juge du tribunal d'instance, soit par le maire de la commune du siège social ou un adjoint au maire, dans la forme ordinaire et sans frais. /Toutefois, les procès-verbaux peuvent être établis sur des feuilles mobiles numérotées sans discontinuité, paraphées dans les conditions prévues à l'alinéa précédent et revêtues du sceau de l'autorité qui les a paraphées. Dès qu'une feuille a été remplie, même partiellement, elle est jointe à celles précédemment utilisées. Toute addition, suppression, substitution ou interversion de feuilles est interdite. ".

5. A l'issue de la vérification de comptabilité de la SARL Serrurerie A, le vérificateur a constaté que la société avait comptabilisé en charges les rémunérations allouées à M. et à Mme A au titre de l'exercice clos en 2013 pour des montants respectivement de 27 093 euros et de 10 263 euros. Constatant que les rémunérations en litige avaient été payées en l'absence de décisions collectives des associés ou de détermination de ces rémunérations dans les statuts de la société, le vérificateur a remis en cause la déductibilité de ces charges et a réintégré la somme totale de 37 356 euros dans le résultat déclaré de la SARL Serrurerie A au titre de l'exercice clos en 2013. Il résulte de l'instruction et notamment de la décision de rejet de la réclamation du 29 septembre 2020 que les statuts de la SARL Serrurerie A précisent que les gérants peuvent recevoir une rémunération qui est fixée et peut être modifiée par une décision ordinaire des associés et qu'aucun procès-verbal de décision d'assemblée générale n'a pu être fourni à l'administration ni à l'occasion des opérations de contrôle et ni à l'appui de la réclamation.

6. A l'occasion de la présente instance, la SARL Serrurerie A produit un extrait du bulletin officiel des annonces civiles et commerciales du 30 avril 2014 attestant de la publication des comptes annuels de l'exercice clos le 30 septembre 2013 ainsi qu'un récépissé du 7 avril 2014 de dépôt au greffe du tribunal de commerce de Cusset des documents comptables prévus aux articles L. 232-21 et suivants du code de commerce au titre de l'exercice clos le 30 septembre 2013. Il s'ensuit que les rémunérations versées à M. et Mme A au titre de l'exercice clos le 30 septembre 2013, qui avaient été comprises dans les charges comptabilisées de cet exercice, devaient être regardées comme ayant été approuvées par l'assemblée des associés et comme ayant fait l'objet d'un accord tacite de la part des associés. Il s'ensuit que M. et Mme A sont fondés à soutenir que l'administration ne pouvait refuser d'admettre la déductibilité de ces charges liées aux rémunérations des gérants du résultat de l'exercice clos en 2013 d'un montant global de 37 356 euros.

7. S'agissant des exercices clos en 2014 et 2015, il est constant que la SARL Serrurerie A n'a pas été en mesure de présenter la comptabilité de ces exercices, que le vérificateur a dressé un procès-verbal de défaut de présentation de comptabilité selon les modalités prévues au I de l'article L. 47 A du livre des procédures fiscales et que l'administration a procédé à la reconstitution des résultats des exercices clos les 30 septembre 2014 et 2015. Par ailleurs, le procès-verbal des délibérations de l'assemblée générale ordinaire annuelle du 26 novembre 2020, produit à l'occasion de la présente instance, aux termes duquel elle a décidé d'approuver les comptes annuels des exercices clos les 30 septembre 2014, 2015, 2016, 2017, 2018 et 2019 ainsi que les rémunérations allouées à chacun des gérants au titre de ces différents exercices a été établi en méconnaissance des articles L. 223-26 et R. 223-3 du code de commerce de tel sorte qu'il ne présentait pas des garanties d'authenticité suffisantes pour justifier du montant des rémunérations versées à M. et Mme A. Il suit de là que c'est à bon droit que l'administration a rejeté des charges déductibles des exercices clos en 2014 et 2015 le montant des rémunérations de M. et Mme A.

En ce qui concerne la reconstitution des résultats des exercices clos les 30 septembre 2014 et 2015 et les charges autres que celles relatives aux rémunérations des gérants :

8. En vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, s'il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits nécessaires au succès de sa prétention, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci. Il appartient, dès lors, au contribuable, pour l'application des dispositions du 1 de l'article 39 du code général des impôts selon lesquelles le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, de justifier tant du montant des créances de tiers, amortissements, provisions et charges qu'il entend déduire du bénéfice net défini à l'article 38 du code général des impôts que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité. En ce qui concerne les charges, le contribuable apporte cette justification par la production de tous éléments suffisamment précis portant sur la nature de la charge en cause, ainsi que sur l'existence et la valeur de la contrepartie qu'il en a retirée. Dans l'hypothèse où le contribuable s'acquitte de cette obligation, il incombe ensuite au service, s'il s'y croit fondé, d'apporter la preuve de ce que la charge en cause n'est pas déductible par nature, qu'elle est dépourvue de contrepartie, qu'elle a une contrepartie dépourvue d'intérêt pour le contribuable ou que la rémunération de cette contrepartie est excessive.

9. Comme il a été précédemment indiqué, l'administration a reconstitué les résultats des exercices clos les 30 septembre 2014 et 2015 compte tenu de ce que la SARL Serrurerie A n'a pas été en mesure de présenter de comptabilité selon les modalités prévues au I de l'article L. 47 A du livre des procédures fiscales concernant les exercices en litige. Les traitements informatiques mis en œuvre à partir des données propres de l'entreprise ont conduit l'administration à déterminer le montant des produits et des charges des exercices clos en litige et a arrêté le bénéfice à la somme de 91 977 euros pour l'exercice clos en 2014 et à 138 078 euros pour l'exercice clos en 2015.

10. Si la SARL Serrurerie A, qui produit une comptabilité reconstituée globalement pour les exercices clos en 2014 et 2015, postérieurement à la mise en recouvrement des impositions le 2 décembre 2016 et des factures, soutient qu'elle justifie de ses charges au titre des exercices clos en 2014 et 2015, il résulte de l'instruction que les pièces justificatives produites ne concernent que l'exercice clos en 2015 à l'exception de la facture du 31 décembre 2013 d'un montant de 15 700,01 euros établie par la société Centr'élec qui ne concerne pas les exercices en litige, d'une facture de la poste d'un montant de 60,96 euros et d'une cotisation d'assurance d'un montant de 36,88 euros qui concernent l'exercice clos en 2014. Les pièces relatives aux charges de l'exercice clos en 2015 correspondent à des tickets de caisse ou des tickets de carte bleue non nominatifs, des factures de la boutiques Orange, de la poste ou d'une compagnie d'assurance, dont pour ces dernières les montants des cotisations ne sont pas identiques à ceux reportés dans le grand livre général, et s'élèvent à un montant total non contesté de 6 211 euros. Alors que les charges retenues par l'administration s'élèvent à un montant de 227 137,72 euros pour l'exercice clos en 2014 et à un montant de 151 177,34 euros pour l'exercice clos en 2015, la SARL Serrurerie A n'établit pas que la méthode de reconstitution en litige aurait conduit à une évaluation exagérée de ses résultats en se bornant à produire les documents et factures précités. La circonstance que l'administration a admis des charges de même nature lors d'un contrôle relatif aux exercices clos en 2016 et 2017 est sans incidence sur l'insuffisance des justificatifs se rapportant aux exercices en litige.

11. Il résulte de ce qui précède que la SARL Serrurerie A est seulement fondée à obtenir la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés à concurrence de la réduction de la base imposable à l'impôt sur les sociétés au titre de l'exercice clos en 2013 de la somme de 37 356 euros.

Sur les frais liés au litige :

12. L'Etat n'est pas la partie perdante pour l'essentiel dans la présente instance. Par suite, les conclusions de la SARL Serrurerie A présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La base imposable à l'impôt sur les sociétés de la SARL Serrurerie A est réduite de 37 356 euros au titre de l'exercice clos en 2013.

Article 2 : La SARL Serrurerie A est déchargée des droits et pénalités correspondant à la réduction de la base d'imposition décidée à l'article 1er ci-dessus.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée (SARL) Serrurerie A et au directeur départemental des finances publiques du Puy-de-Dôme.

Délibéré après l'audience du 14 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Caraës, présidente,

M. Jurie, premier conseiller,

Mme Bollon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2024.

La présidente-rapporteure,

R. CARAËS

L'assesseur le plus ancien,

G. JURIE La greffière,

F. LLORACH

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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