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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2002186

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2002186

vendredi 28 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2002186
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationChambre 1
Avocat requérantCABINET FIDAL BELLERIVE SUR ALLIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er décembre 2020, et des mémoires complémentaires, enregistrés les 14 décembre 2020 et 14 décembre 2022, M. et Mme C B, représentés par le cabinet Fidal, Me Arnal-Yves, demandent au tribunal :

1°) de prononcer la décharge partielle des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu à laquelle ils ont été assujettis au titre des années 2013 et 2014 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- s'agissant de l'exercice clos en 2013, par une décision d'assemblée générale du 18 mars 2014, a été approuvée la rémunération allouée au cours de l'exercice écoulé à chacun des gérants ; cette décision a été prise lors de la clôture des comptes au 30 septembre 2014 ; les co-associés ont ratifié a posteriori leur rémunération par une décision collective ; la dépense relative à la rémunération est réelle, correspond à un travail effectif et ne présente pas un caractère excessif eu égard à l'importance du service rendu conformément aux exigences de l'article 39-1 du code général des impôts ; seuls les comptes sociaux de l'exercice clos au 30 septembre 2013 ont été déposés par la société dans les délais impartis et l'assemblée générale d'approbation de ces comptes annuels s'est tenue le 18 mars 2014, ce qui est établi par la production de l'extrait du bulletin officiel des annonces civiles et commerciales du 30 avril 2014 indiquant que la société a effectivement déposé ses comptes sociaux et son rapport de l'exercice clos au 30 septembre 2013 ;

- s'agissant de l'exercice clos en 2014, un cabinet d'expertise comptable a repris l'intégralité de la comptabilité à compter du 1er octobre 2013 et elle justifie des charges prises en compte par ce cabinet ; l'administration a accepté partiellement les charges qui lui ont été présentées au titre des exercices clos en 2016 et 2017 ; les rémunérations allouées aux gérants doivent également être déduites au titre des exercices en litige.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 11 mai 2021 et 6 juin 2024, ce dernier n'ayant pas été communiqué, le directeur départemental des finances publiques du Puy-de-Dôme conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Caraës,

- et les conclusions de M. Panighel, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL Serrurerie B, qui exerce une activité de travaux de menuiserie métallique, de serrurerie, dépannage, domotique, automatismes, contrôle d'accès, monte-escaliers électriques et services aux personnes notamment à mobilité réduite, dont M. et Mme B sont les gérants et détiennent chacun la moitié des parts, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité pour la période du 3 septembre 2012 au 30 septembre 2015. A l'issue de ce contrôle, l'administration a rejeté comme non déductibles les charges correspondant aux rémunérations allouées aux gérants et a reconstitué les chiffres d'affaires de la société des exercices clos en 2014 et en 2015. En conséquence de ces rectifications, l'administration a imposé entre les mains de M. et Mme B, sur le fondement du 2° de l'article L. 109-1 du code général des impôts, les sommes qu'elles a regardées comme distribuées par la SARL Serrurerie B correspondant aux rémunérations allouées aux gérants et les a assujettis, selon la procédure contradictoire, à des suppléments d'impôt sur le revenu et de contributions sociales au titre de l'année 2013 et 2014 ainsi qu'à la majoration de 10% prévue à l'article 1758 A du code général des impôts. M. et Mme B demandent au tribunal de prononcer la décharge de ces impositions.

Sur le bien-fondé des impositions :

2. Aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : () 2° Toutes les sommes ou valeurs mises à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts et non prélevées sur les bénéfices () ". Pour soumettre à l'impôt sur le revenu des revenus sur le fondement du 2° du 1 de l'article 109 du code général des impôts, il incombe à l'administration d'établir qu'ils ont été mis à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts. Les sommes mises à disposition des associés non prélevées sur les bénéfices ont, sauf preuve contraire apportée par les associés, le caractère de revenus distribués, imposables dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers.

3. Aux termes de l'article L. 223-26 du code de commerce, " Le rapport de gestion, l'inventaire et les comptes annuels établis par les gérants, sont soumis à l'approbation des associés réunis en assemblée, dans le délai de six mois à compter de la clôture de l'exercice. () ". L'article L. 232-22 du code de commerce dispose que " I. - Toute société à responsabilité limitée est tenue de déposer au greffe du tribunal, pour être annexés au registre du commerce et des sociétés, dans le mois suivant l'approbation des comptes annuels par l'assemblée ordinaire des associés ou par l'associé unique ou dans les deux mois suivant cette approbation lorsque ce dépôt est effectué par voie électronique : 1° Les comptes annuels et, le cas échéant, les comptes consolidés, le rapport sur la gestion du groupe, les rapports des commissaires aux comptes sur les comptes annuels et les comptes consolidés, éventuellement complétés de leurs observations sur les modifications apportées par l'assemblée ou l'associé unique aux comptes annuels qui leur ont été soumis ; 2° La proposition d'affectation du résultat soumise à l'assemblée ou à l'associé unique et la résolution d'affectation votée ou la décision d'affectation prise. () II. - En cas de refus d'approbation ou d'acceptation, une copie de la délibération de l'assemblée ou de la décision de l'associé unique est déposée dans le même délai. " Aux termes de l'article R. 223-3 du même code, applicable aux sociétés à responsabilité limitée en application de l'article R. 223-24 : " Les procès-verbaux prévus à l'article R. 221-2 sont établis sur un registre spécial tenu au siège social et coté et paraphé soit par un juge du tribunal de commerce, soit par un juge du tribunal d'instance, soit par le maire de la commune du siège social ou un adjoint au maire, dans la forme ordinaire et sans frais. /Toutefois, les procès-verbaux peuvent être établis sur des feuilles mobiles numérotées sans discontinuité, paraphées dans les conditions prévues à l'alinéa précédent et revêtues du sceau de l'autorité qui les a paraphées. Dès qu'une feuille a été remplie, même partiellement, elle est jointe à celles précédemment utilisées. Toute addition, suppression, substitution ou interversion de feuilles est interdite. "

En ce qui concerne l'année 2013 :

4. Il résulte de l'instruction qu'au cours du contrôle dont la SARL Serrurerie B a fait l'objet, le vérificateur a constaté que la société avait comptabilisé en charges les rémunérations allouées à M. et à Mme B au titre de l'exercice clos en 2013 pour des montants respectivement de 27 093 euros et de 10 263 euros, soit un total de 37 356 euros. Constatant que les rémunérations en litige avaient été payées en l'absence de décisions collectives des associés ou de détermination de ces rémunérations dans les statuts de la société, le vérificateur a remis en cause la déductibilité de ces charges et les a réintégrées dans le résultat déclaré de la SARL Serrurerie B au titre de l'exercice clos en 2013. L'administration a ensuite tiré les conséquences de ce contrôle en imposant entre les mains de M. et Mme B, sur le fondement du 2° de l'article 109-1 du code général des impôts, les revenus réputés distribués, évalués à 34 900 euros, correspondant aux rémunérations allouées aux gérants non admises en déduction du résultat imposable de la SARL Serrurerie B.

5. A l'occasion de la présente instance, M. et Mme B produisent un extrait du bulletin officiel des annonces civiles et commerciales du 30 avril 2014 attestant de la publication des comptes annuels de l'exercice clos le 30 septembre 2013 ainsi qu'un récépissé du 7 avril 2014 de dépôt au greffe du tribunal de commerce de Cusset des documents comptables prévus aux articles L. 232-21 et suivants du code de commerce au titre de l'exercice clos le 30 septembre 2013. Il s'ensuit que les rémunérations versées à M. et Mme B au titre de l'exercice clos le 30 septembre 2013, qui avaient été comprises dans les charges comptabilisées de cet exercice, devaient être regardées comme ayant été approuvées par l'assemblée des associés et comme ayant fait l'objet d'un accord tacite de la part des associés. Il s'ensuit que M. et Mme B sont fondés à soutenir que l'administration ne pouvait imposer la somme de 34 900 euros en tant que revenus distribués sur le fondement du 2° de l'article 109-1 du code général des impôts.

En ce qui concerne l'année 2014 :

6. Il résulte de l'instruction que la SARL Serrurerie B n'a pas été en mesure de présenter la comptabilité de l'exercice clos en 2014, que le vérificateur a dressé un procès-verbal de défaut de présentation de comptabilité selon les modalités prévues au I de l'article L. 47 A du livre des procédures fiscales et que l'administration a procédé à la reconstitution des résultats de cet exercice. L'examen des fichiers des écritures comptables et l'étude des relevés bancaires de la SARL Serrurerie B a mis en évidence que des sommes d'un montant total de 37 100 euros correspondant aux rémunérations allouées aux gérants avaient été mises à la disposition de M. et Mme B par le biais de virements bancaires ou de remises de chèques. Après avoir relevé qu'aucune assemblée générale n'avait été réunie, qu'aucune stipulation n'avait été mentionnée dans les statuts de la société et qu'aucune décision collective des associés n'avait été formalisée quant à la détermination de ces rémunérations, l'administration a tiré les conséquences de ce contrôle et a imposé entre les mains de M. et Mme B, sur le fondement du 2° de l'article 109-1 du code général des impôts, les revenus réputés distribués correspondant aux rémunérations allouées aux gérants non admises en déduction du résultat imposable de la SARL Serrurerie B.

7. A l'appui de leur requête, M. et Mme B, qui ne contestent pas avoir appréhendé les sommes en litige, produisent un procès-verbal des délibérations de l'assemblée générale ordinaire annuelle de la SARL Serrurerie B du 26 novembre 2020 aux termes duquel elle a décidé d'approuver les comptes annuels des exercices clos les 30 septembre 2014, 2015, 2016, 2017, 2018 et 2019 ainsi que les rémunérations allouées à chacun des gérants au titre de ces différents exercices. Toutefois ce procès-verbal, dont il n'est pas démontré qu'il aurait été versé au registre des assemblées, a été établi en méconnaissance des articles L. 223-26 et R. 223-3 du code de commerce de tel sorte qu'il ne présentait pas de garantie d'authenticité suffisante pour justifier du montant des rémunérations versées à M. et Mme B. La circonstance que l'assemblée générale aurait régulièrement approuvé les comptes de l'exercice clos en 2013 est sans incidence sur le rejet de la déductibilité des charges d'exploitation en litige de la SARL Serrurerie B se rapportant à l'exercice clos en 2014 et, par suite, sur la qualification de revenus distribués des sommes appréhendées par M. et Mme B au titre de l'année 2014. Il en résulte qu'à défaut de délibération régulière de l'organe délibérant autorisant la rémunération des gérants ou d'approbation des comptes par l'assemblée générale au titre de l'exercice clos en 2014, c'est à bon droit que les sommes en litige ont été considérées par l'administration comme des revenus distribués et ont été imposés entre les mains de M. et Mme B sur le fondement du 2° de l'article L. 109-1 du code général des impôts.

8. Les circonstances que M. et Mme B justifient des charges autres que celles en lien avec les rémunérations allouées aux gérants de la SARL Serrurerie B au titre de l'exercice clos en 2014 et que l'administration a accepté partiellement de prendre en compte des charges au titre des exercices clos en 2016 et 2017 sont sans incidence sur le bien-fondé de l'imposition en litige compte tenu de ce que les revenus regardés comme distribués sur le fondement du 2° de l'article 109-1 du code général des impôts au titre de l'année 2014 résultent uniquement des rémunérations allouées aux gérants au titre de l'exercice clos en 2014.

9. Il résulte de ce qui précède que M. et Mme B sont seulement fondés à obtenir la décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu à concurrence de la réduction de la base imposable à l'impôt sur le revenu au titre de l'année 2013 de la somme de 34 900 euros.

Sur les frais liés au litige :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. et Mme B non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La base imposable à l'impôt sur le revenu auquel M. et Mme B ont été assujettis est réduite de 34 900 euros au titre de l'année 2013.

Article 2 : M. et Mme B sont déchargés des droits et pénalités correspondant à la réduction de la base d'imposition décidée à l'article 1er.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 500 euros à M. et Mme B en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C et Mme A B et au directeur départemental des finances publiques du Puy-de-Dôme.

Délibéré après l'audience du 14 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Caraës, présidente,

M. Jurie, premier conseiller,

Mme Bollon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2024.

La présidente-rapporteure,

R. CARAËS

L'assesseur le plus ancien,

G. JURIE La greffière,

F. LLORACH

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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