jeudi 26 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2100071 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 2 |
| Avocat requérant | AARPI THEMIS (MAÎTRES MONTRICHARD / CIAUDO) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 14 janvier 2021 et le 29 mars 2022, M. B C, représenté par l'AARPI Themis, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 12 novembre 2020 par laquelle le directeur intérrégional des services pénitentiaires d'Auvergne-Rhône-Alpes a rejeté son recours administratif préalable formé contre la décision du 30 septembre 2020 de la commission de discipline du centre pénitentiaire de Moulins-Yzeure lui infligeant la sanction d'avertissement ;
2°) de condamner le garde des Sceaux, ministre de la justice à lui verser la somme 200 euros assortie des intérêts au taux légal eux mêmes capitalisés en réparation du préjudice que lui a causé son placement en cellule disciplinaire à titre préventif ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à l'AARPI Themis en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision contestée a été prise à la suite d'une procédure irrégulière en raison de l'irrégularité de la composition de la commission de discipline ;
- elle est entachée d'une erreur de qualification juridique des faits dès lors que les faits reprochés au requérant sont constitutifs d'une faute de troisième catégorie et non de deuxième catégorie ;
- l'administration pénitentiaire a commis une illégalité fautive en le plaçant deux jours en cellule disciplinaire à titre préventif et cette illégalité lui a causé un préjudice qu'il évalue à 200 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mars 2022, le garde des Sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête indemnitaire est irrecevable en l'absence de demande préalable formée devant l'administration pénitentiaire ;
- les autres moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 décembre 2020.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de procédure pénale ;
- la loi 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Nivet,
- et les conclusions de Mme Luyckx, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Le 28 septembre 2020, M. C, détenu au centre pénitentiaire de Moulins-Yzeure, a refusé de se soumettre à la fouille de son blouson à l'occasion du passage d'un portique de sécurité. Une altercation s'en est suivie avec les agents de surveillance. Le même jour, il a été placé, à titre préventif, en cellule disciplinaire. Par une décision du 30 septembre 2020, la commission de discipline a sanctionné le requérant d'un avertissement sur le fondement du 2° de l'article R. 57-7-3 du code de procédure pénale qui regroupe les fautes du troisième degré. A la suite du recours administratif préalable formé contre cette décision, le directeur interrégional des services pénitentiaires d'Auvergne-Rhône-Alpes a confirmé la sanction d'avertissement infligée au détenu en considérant que les faits, constitutifs de fautes du deuxième degré, relevaient des dispositions de l'article R. 57-7-2 du même code. Le requérant demande au tribunal l'annulation de cette décision et la condamnation de l'Etat à lui verser une somme de 200 euros en réparation du préjudice qu'il estime avoir subi du fait de son placement à titre préventif en cellule disciplinaire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article R. 57-7-6 du code de procédure pénale, dans sa rédaction applicable au litige : " La commission de discipline comprend, outre le chef d'établissement ou son délégataire, président, deux membres assesseurs. " Aux termes de l'article R. 57-7-7 du même code : " Les sanctions disciplinaires sont prononcées, en commission, par le président de la commission de discipline. Les membres assesseurs ont voix consultative. " En application de l'article R. 57-7-8 du même code : " Le président de la commission de discipline désigne les membres assesseurs. / Le premier assesseur est choisi parmi les membres du premier ou du deuxième grade du corps d'encadrement et d'application du personnel de surveillance de l'établissement () ". L'article R. 57-7-13 du même code dispose que : " En cas de manquement à la discipline de nature à justifier une sanction disciplinaire, un compte rendu est établi dans les plus brefs délais par l'agent présent lors de l'incident ou informé de ce dernier. L'auteur de ce compte rendu ne peut siéger en commission de discipline. " L'article R. 57-7-14 du même code dispose que : " A la suite de ce compte rendu d'incident, un rapport est établi par un membre du personnel de commandement du personnel de surveillance, un major pénitentiaire ou un premier surveillant et adressé au chef d'établissement. Ce rapport comporte tout élément d'information utile sur les circonstances des faits reprochés à la personne détenue et sur la personnalité de celle-ci. L'auteur de ce rapport ne peut siéger en commission de discipline. "
3. Il résulte de ces dispositions que la présence dans la commission de discipline d'un assesseur choisi parmi les membres du premier ou du deuxième grade du corps d'encadrement et d'application du personnel de surveillance de l'établissement, qui ne peut être ni l'auteur du compte rendu établi à la suite d'un incident, ni l'auteur du rapport établi à la suite de ce compte rendu, constitue une garantie reconnue au détenu, dont la privation est de nature à vicier la procédure, alors même que la décision du directeur interrégional des services pénitentiaires, prise sur le recours administratif préalable obligatoire exercé par le détenu, se substitue à celle du président de la commission de discipline.
4. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que les initiales de l'assesseur de la commission de discipline, " Mme A ", sont différentes des initiales des rédacteurs des comptes rendus d'incident, " Messieurs D.C. et G.S. ". Ces mentions suffisent à s'assurer de la régularité de la composition de la commission de discipline au regard des dispositions du code de procédure pénale précitées. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la composition de la commission de discipline doit être écarté.
5. En second lieu, l'article R. 57-7-2 du code de procédure pénale dans sa rédaction applicable au litige prévoit : " Constitue une faute disciplinaire du deuxième degré le fait, pour une personne détenue : / 1° De refuser de se soumettre à une mesure de sécurité définie par une disposition législative ou réglementaire, par le règlement intérieur de l'établissement pénitentiaire ou par toute autre instruction de service ou refuser d'obtempérer immédiatement aux injonctions du personnel de l'établissement ; / () 15° De provoquer un tapage de nature à troubler l'ordre de l'établissement ; () ". L'article R. 57-7-33 dudit code dispose : " Lorsque la personne détenue est majeure, peuvent être prononcées les sanctions disciplinaires suivantes : 1° L'avertissement ; () " ;
6. Il ressort des pièces du dossier et notamment des comptes rendus d'incident versés au dossier, que le 28 septembre 2020 vers 8h00 le requérant a refusé de se soumettre à la fouille de son blouson alors que le portique de sécurité avait été déclenché suite à son passage, qu'une vive altercation s'en est suivie avec les agents de surveillance, le requérant ayant notamment crié face au premier surveillant en faisant de grands gestes des bras. Eu égard à la nature de ces faits, la sanction d'avertissement du directeur interrégional des services pénitentiaires du 12 novembre 2020, fondée sur le 1° et le 15° de l'article R. 57-7-2 du code de procédure pénale précité, n'est entachée d'aucune erreur d'appréciation. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de qualification juridique des faits doit être écarté.
7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 12 novembre 2020 doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
8. L'article R. 57-7-18 du code de procédure pénale applicable au présent litige prévoit : " Le chef d'établissement ou son délégataire peut, à titre préventif et sans attendre la réunion de la commission de discipline, décider le confinement en cellule individuelle ordinaire ou le placement en cellule disciplinaire d'une personne détenue, si les faits constituent une faute du premier ou du deuxième degré et si la mesure est l'unique moyen de mettre fin à la faute ou de préserver l'ordre à l'intérieur de l'établissement ". Aux termes de l'article R. 57-7-19 du même code : " La durée du confinement en cellule individuelle ordinaire ou du placement en cellule disciplinaire, prononcés à titre préventif, est limitée au strict nécessaire et ne peut excéder deux jours ouvrables. / () ". Enfin, selon l'article R. 57-7-20 : " La durée effectuée en confinement ou en cellule disciplinaire à titre préventif s'impute sur celle de la sanction à subir lorsqu'est prononcée à l'encontre de la personne détenue la sanction de confinement en cellule individuelle ordinaire ou la sanction de placement en cellule disciplinaire. "
9. En l'espèce, il résulte de l'instruction que la décision du 28 septembre 2020 de placement à titre préventif du détenu en cellule disciplinaire est fondée sur les mêmes faits que ceux qui ont donné lieu à la sanction d'avertissement soit une faute disciplinaire de deuxième degré. Ainsi, la faute commise par le requérant était susceptible de donner lieu à un placement préventif en cellule disciplinaire en application des dispositions de l'article R. 57-7-18 du code de procédure pénale. Au regard du comportement du requérant, tel qu'exposé au point 6, l'administration pénitentiaire n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article R. 57-7-18 du code de procédure pénale en considérant que le placement préventif de l'intéressé en cellule disciplinaire constituait l'unique moyen de mettre fin à la faute ou de préserver l'ordre à l'intérieur de l'établissement. Enfin, l'absence de prononcé d'une sanction de confinement en cellule individuelle ou disciplinaire à l'issue de la procédure disciplinaire est sans incidence sur la légalité de la décision de placement du détenu en cellule individuelle ou disciplinaire qui a été prise de manière préventive avant le prononcé de la sanction. Par suite, la décision de placement à titre préventif de M. C en cellule disciplinaire n'étant pas illégale, les conclusions à fin d'indemnisation de M. C doivent être rejetées.
10. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que la requête de M. C doit être rejetée.
Sur les frais du litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, au titre des frais exposés par M. C.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au garde des Sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 5 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Bentéjac, présidente,
M. Debrion, premier conseiller,
M. Nivet, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 octobre 2023.
Le rapporteur,
C. NIVET
La présidente,
C. BENTÉJAC
La greffière,
C. PETIT
La République mande et ordonne au garde des Sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2100071
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026