jeudi 8 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2100089 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 2 |
| Avocat requérant | AD'VOCARE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 18 janvier 2021, 3 mars 2022, 24 mars 2022 et 8 avril 2022, et un mémoire récapitulatif produit en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, enregistré le 18 septembre 2023, M. C B, représenté par l'AARPI Ad'vocare, Me Gauché, demande au tribunal :
1°) de condamner le département du Puy-de-Dôme à lui verser la somme de 10 000 euros assortie des intérêts aux taux légal eux-mêmes capitalisés en réparation du préjudice que lui a causé son absence de prise en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance ;
2°) de mettre à la charge du département du Puy-de-Dôme une somme de 1 500 euros à verser à l'AARPI Ad'vocare, Me Gauché, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la requête est recevable dès lors que le juge administratif est compétent pour connaître d'une action indemnitaire relative au refus de prise en charge d'une personne par le service de l'aide sociale à l'enfance ;
- la responsabilité pour faute du département du Puy-de-Dôme doit être engagée en raison de l'illégalité fautive de la décision du 17 octobre 2018 par laquelle le président du conseil départemental a refusé sa prise en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance ;
- la décision de refus de prise en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance est illégale dès lors que sa minorité est établie, que par un arrêt du 6 juillet 2020, dont le fond n'a pas été remis en cause par la Cour de cassation, la cour d'appel de Riom a considéré que les documents d'état civil présentés étaient valides et qu'elle méconnaît l'arrêté du 17 novembre 2016 pris en application du décret n° 2016-840 du 24 juin 2016 relatif aux modalités de l'évaluation des mineurs privés temporairement ou définitivement de la protection de leur famille ;
- l'absence de prise en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance lui a causé un préjudice estimé à la somme de 10 000 euros.
Par des mémoires en défense enregistrés les 13 juillet 2021, 15 février 2022, 8 mars 2022 et 4 avril 2022 et un mémoire récapitulatif produit en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, enregistré le 19 octobre 2023, le président du conseil départemental du Puy-de-Dôme conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- le juge administratif est incompétent pour connaître d'une action indemnitaire relative au refus de prise en charge d'une personne par le service de l'aide sociale à l'enfance ;
- les autres moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
M. C B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 novembre 2020 du bureau d'aide juridictionnelle.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code civil ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- l'arrêté du 17 novembre 2016 pris en application du décret n° 2016-840 du 24 juin 2016 relatif aux modalités de l'évaluation des mineurs privés temporairement ou définitivement de la protection de leur famille ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Nivet,
- les conclusions de Mme Luyckx, rapporteure publique,
- et les observations de Me Gauché, représentant M. B, et de Mme A, représentant le département du Puy-de-Dôme.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, qui déclare être né le 18 janvier 2002 en Guinée, a été pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance du département du Puy-de-Dôme en qualité de mineur isolé étranger au titre d'un accueil provisoire d'urgence. Par une décision du 17 octobre 2018 prise suite à l'évaluation menée par ses services, le président du conseil départemental lui a notifié une décision de refus de prise en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance. Par la présente requête, M. B demande au tribunal de condamner le département du Puy-de-Dôme à lui verser la somme de 10 000 euros en réparation du préjudice qu'il estime avoir subi du fait de l'illégalité de la décision du 17 octobre 2018.
Sur l'exception d'incompétence opposée par le département du Puy-de-Dôme :
2. S'il appartient aux autorités judiciaires d'ordonner l'admission d'un mineur à l'aide sociale à l'enfance, le juge administratif est toujours compétent, contrairement à ce que soutient le département du Puy-de-Dôme, pour connaître des actions indemnitaires formées en raison de l'illégalité fautive d'une décision administrative de nature à engager la responsabilité de la puissance publique.
Sur les conclusions à fins d'indemnisation :
3. L'article 375 du code civil dispose : " Si la santé, la sécurité ou la moralité d'un mineur non émancipé sont en danger, ou si les conditions de son éducation ou de son développement physique, affectif, intellectuel et social sont gravement compromises, des mesures d'assistance éducative peuvent être ordonnées par justice à la requête des père et mère conjointement, ou de l'un d'eux, de la personne ou du service à qui l'enfant a été confié ou du tuteur, du mineur lui-même ou du ministère public ". Aux termes de l'article 375-3 du même code : " Si la protection de l'enfant l'exige, le juge des enfants peut décider de le confier : / () 3° A un service départemental de l'aide sociale à l'enfance () ".
4. L'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles prévoit que : " Sont pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance sur décision du président du conseil départemental : ) / 3° Les mineurs confiés au service en application du 3° de l'article 375-3 du code civil () ". L'article L. 223-2 de ce code dispose que : " Sauf si un enfant est confié au service par décision judiciaire ou s'il s'agit de prestations en espèces, aucune décision sur le principe ou les modalités de l'admission dans le service de l'aide sociale à l'enfance ne peut être prise sans l'accord écrit des représentants légaux ou du représentant légal du mineur ou du bénéficiaire lui-même s'il est mineur émancipé. /En cas d'urgence et lorsque le représentant légal du mineur est dans l'impossibilité de donner son accord, l'enfant est recueilli provisoirement par le service qui en avise immédiatement le procureur de la République. / () Si, dans le cas prévu au deuxième alinéa du présent article, l'enfant n'a pas pu être remis à sa famille ou le représentant légal n'a pas pu ou a refusé de donner son accord dans un délai de cinq jours, le service saisit également l'autorité judiciaire en vue de l'application de l'article 375-5 du code civil. " L'article R. 221-11 du même code dispose que : " I. - Le président du conseil départemental du lieu où se trouve une personne se déclarant mineure et privée temporairement ou définitivement de la protection de sa famille met en place un accueil provisoire d'urgence d'une durée de cinq jours, à compter du premier jour de sa prise en charge, selon les conditions prévues aux deuxième et quatrième alinéas de l'article L. 223-2. / II. - Au cours de la période d'accueil provisoire d'urgence, le président du conseil départemental procède aux investigations nécessaires en vue d'évaluer la situation de cette personne au regard notamment de ses déclarations sur son identité, son âge, sa famille d'origine, sa nationalité et son état d'isolement. () IV. - Au terme du délai mentionné au I, ou avant l'expiration de ce délai si l'évaluation a été conduite avant son terme, le président du conseil départemental saisit le procureur de la République en vertu du quatrième alinéa de l'article L. 223-2 et du second alinéa de l'article 375-5 du code civil. En ce cas, l'accueil provisoire d'urgence mentionné au I se prolonge tant que n'intervient pas une décision de l'autorité judiciaire. / S'il estime que la situation de la personne mentionnée au présent article ne justifie pas la saisine de l'autorité judiciaire, il notifie à cette personne une décision de refus de prise en charge délivrée dans les conditions des articles L. 222-5 et R. 223-2. En ce cas, l'accueil provisoire d'urgence mentionné au I prend fin ". Le même article renvoie en outre à un arrêté interministériel le soin de définir les modalités d'évaluation de la situation de la personne. Cet arrêté, en date du 17 novembre 2016, prévoit notamment, à son article 3, que " L'évaluation sociale est menée par les services du département ou par toute structure du secteur public ou du secteur associatif à laquelle la mission d'évaluation a été déléguée par le président du conseil départemental. () La personne est informée des objectifs et des enjeux de l'évaluation qui doit être une démarche empreinte de neutralité et de bienveillance. Elle est notamment avisée qu'elle pourra être prise en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance d'un autre département si elle est déclarée mineure et privée temporairement ou définitivement de la protection de sa famille à l'issue de l'évaluation ", à son article 5, qu' " A chaque stade de l'évaluation sociale, l'évaluateur veille à confronter l'apparence physique de la personne évaluée, son comportement, sa capacité à être indépendante et autonome, sa capacité à raisonner et à comprendre les questions posées, avec l'âge qu'elle allègue " et à son article 7, qu' " Après avoir effectué une synthèse des entretiens dans un rapport d'évaluation, l'évaluateur rend un avis motivé quant à la minorité ou à la majorité et au caractère d'isolement familial ou non de la personne se déclarant mineure privé temporairement ou définitivement de la protection de sa famille./ Si des doutes subsistent quant à l'âge, l'évaluateur l'indique dans son rapport. / Il transmet le rapport d'évaluation et son avis motivé au président du conseil départemental ".
5. D'une part, il résulte de ces dispositions que, lorsqu'il est saisi par un mineur d'une demande d'admission à l'aide sociale à l'enfance et que le ou les représentants légaux de celui-ci ne sont pas en mesure, notamment en raison de leur éloignement géographique, de donner leur accord à cette admission, le président du conseil départemental peut seulement, au-delà de la période d'accueil provisoire de cinq jours prévue par l'article L. 223-2 du code de l'action sociale et des familles, décider de saisir l'autorité judiciaire, mais ne peut en aucun cas décider d'admettre le mineur à l'aide sociale à l'enfance sans que l'autorité judiciaire ne l'ait ordonné.
6. Dans ces conditions, la responsabilité du président du conseil départemental ne saurait être engagée dès lors qu'il ne disposait pas de la possibilité de décider de placer le requérant à l'aide sociale à l'enfance.
7. D'autre part, il résulte de l'instruction qu'en l'espèce, M. B s'étant présenté comme mineur isolé, dépourvu de documents d'identité, a été recueilli à titre provisoire le 6 août 2018 par le service de l'aide sociale à l'enfance du département du Puy-de-Dôme selon les conditions mentionnées à l'article L. 223-2 du code de l'action sociale et des familles. Au cours de cette prise en charge, il a fait l'objet de l'évaluation prévue à l'article R. 221-11 de ce code en bénéficiant d'un entretien avec une évaluatrice spécialisée qui concluait à une inadéquation entre l'âge déclaré du requérant et son apparence physique et son comportement. Au vu de ces éléments, le président du conseil départemental a considéré que la minorité du requérant n'était pas établie et a décidé le 17 octobre 2018 de faire application des dispositions de l'article R. 221-11 du code de l'action sociale et des familles lui permettant de ne pas saisir l'autorité judiciaire et de mettre fin à l'accueil d'urgence.
8. Il résulte également de l'instruction que le 18 février 2019, M. B a saisi le juge des enfants de D qui, par jugement du 12 juillet 2019, a écarté la minorité du requérant et a refusé d'ordonner son placement au service de l'aide sociale à l'enfance. Par un arrêt du 6 juillet 2020, la cour d'appel de Riom a infirmé le jugement rendu par le tribunal pour enfants. Cet arrêt a été cassé et annulé en toutes ses dispositions par une décision du 26 janvier 2022 de la Cour de cassation.
9. Contrairement à ce que soutient le requérant, l'arrêt de la cour d'appel de Riom n'est pas revêtu de l'autorité de la chose jugée dès lors qu'il a été cassé et annulé en toutes ses dispositions par la décision de la Cour de cassation du 26 janvier 2022. Par ailleurs, le requérant n'établit pas que le département aurait commis une erreur en ne retenant pas sa minorité alors, en tout état de cause, qu'à la date de la décision du 17 octobre 2018 il ne disposait pas des documents destinés à établir sa date de naissance, dont l'authenticité a été, au demeurant, remise en cause postérieurement par l'unité de fraude documentaire de la police aux frontières. Enfin, le requérant n'apporte aucune précision suffisante permettant d'apprécier que l'évaluation sociale méconnaît les prescriptions de l'arrêté du 17 novembre 2016 pris en application du décret n° 2016-840 du 24 juin 2016 relatif aux modalités de l'évaluation des mineurs privés temporairement ou définitivement de la protection de leur famille. En tout état de cause, comme le soutient le département en défense, un éventuel manquement procédural ne saurait donner lieu à l'engagement de la responsabilité de l'administration dès lors que la décision de mettre fin à l'accueil d'urgence était justifiée. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la responsabilité du président du conseil départemental serait engagée en raison de l'illégalité fautive de la décision du 17 octobre 2018.
10. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander au département du Puy-de-Dôme à lui verser la somme de 10 000 euros en réparation du préjudice que lui a causé son absence de prise en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au département du Puy-de-Dôme.
Délibéré après l'audience du 25 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Bentéjac, présidente,
M. Debrion, premier conseiller,
M. Nivet, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 février 2024.
Le rapporteur,
C. NIVET
La présidente,
C. BENTÉJAC La greffière,
C. PETIT
La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2100089
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026