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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2100130

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2100130

vendredi 22 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2100130
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationChambre 1
Avocat requérantPARALEX AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 22 janvier et 30 avril 2021, Mme A C, représentée par la SELARL OGMA, avocats, demande au tribunal :

1°) de condamner la commune du Monteil à lui verser la somme de 2 000 euros en réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi ;

2°) d'enjoindre à la commune du Monteil de réaliser les travaux de réfection du mur et de sécurisation de la partie du mur non effondrée en drainant les eaux de ruissellement sur le chemin B jusqu'à l'exutoire existant dans le délai de six mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre les entiers dépens à la charge de la commune du Monteil ;

4°) de mettre la somme de 3 000 euros à la charge de la commune du Monteil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le mur en cause, s'il est partiellement situé en clôture, constitue également un mur de soutènement et doit être regardé comme un accessoire indispensable de la voie publique, si bien que la commune du Monteil est responsable des dommages causés par cet ouvrage public ;

- en ne procédant pas à l'entretien du mur la commune du Monteil, alors qu'elle connaissait l'état de faiblesse de celui-ci, a commis une faute de nature à engager sa responsabilité ;

- la commune doit entreprendre des travaux de réparation du mur, estimés à 77 383,93 euros ;

- son préjudice de jouissance découlant du manquement de la commune du Monteil à ses obligations se monte à 2 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 mars 2021, la commune du Monteil, représentée par la SELARL Paralex, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal :

1°) d'enjoindre à Mme C de réaliser à ses propres frais les travaux de reprise sur le mur en cause, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement ;

2°) de condamner Mme C à lui verser la somme de 5 000 euros en réparation de son préjudice de jouissance ;

3°) de mettre les entiers dépens à la charge de Mme C ;

4°) de mettre la somme de 3 500 euros à la charge de Mme C en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requérante doit assumer seule la responsabilité de l'effondrement du mur lui appartenant ;

- Mme C est à l'origine de la survenance des désordres ;

- la commune n'a commis aucune faute dans la signalisation du chemin B ;

- la commune a respecté ses obligations en procédant immédiatement à la fermeture du chemin B après l'effondrement du mur appartenant à Mme C ;

- le montant des travaux estimé par la requérante est excessif au regard des préconisations de l'expert, qui chiffrait la réfection du mur à 18 714,96 euros.

Une ordonnance du 4 mai 2021 a fixé la clôture d'instruction au 28 mai 2021.

Un mémoire, produit par la commune du Monteil, représentée par la SELARL Paralex, a été enregistré le 5 mai 2023, soit postérieurement à la clôture de l'instruction.

Par des lettres en date du 29 octobre 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'incompétence de la juridiction administrative pour connaître des conclusions reconventionnelles de la commune du Monteil aux fins de condamnation de Mme C à lui verser la somme de 5 000 euros en réparation de son préjudice de jouissance.

Par des lettres en date du 4 novembre 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'injonction présentées par la commune du Monteil dès lors qu'une personne publique n'est pas recevable à demander au juge administratif de prononcer une mesure qu'elle a elle-même le pouvoir de prendre dans la mesure où il appartient au maire de cette commune, notamment en application des dispositions des articles L. 511-2, L. 511-4 et L. 511-19 du code de la construction et de l'habitation, de faire cesser le danger résultant de l'écroulement du mur séparant la propriété de Mme C du chemin B.

Par des lettres en date du 5 novembre 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que la commune du Monteil est susceptible d'engager sa responsabilité, même en l'absence de faute, en sa qualité de maître de l'ouvrage public que constitue le mur de soutènement du chemin B dont une partie s'est écroulée sur la propriété de Mme C qui est tiers par rapport à cet ouvrage.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jurie,

- et les conclusions de M. Panighel, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C est propriétaire des parcelles AK 147 et AK 148 situées lieu-dit Lou Garay sur la commune du Monteil, dans le département de la Haute-Loire. Le 6 avril 2018, le mur séparant sa propriété du chemin dit " B " s'est écroulé sur son terrain. Par une ordonnance du 12 juillet 2019, le juge des référés du tribunal administratif de Clermont-Ferrand a ordonné une expertise aux fins de décrire les désordres affectant la parcelle de la requérante, de déterminer les causes de ces derniers et de donner son avis sur la fonction de ce mur ainsi que sur les préjudices subis et leur montant. L'expert a remis son rapport le 10 juin 2020. Par sa requête, Mme C demande la condamnation de la commune du Monteil à lui payer la somme de 2 000 euros en réparation de son préjudice et à ce qu'il soit enjoint à l'autorité municipale de procéder à la réfection du mur écroulé.

Sur les conclusions indemnitaires présentées par Mme C :

En ce qui concerne le principe de la responsabilité :

2. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise que le mur en cause est destiné à soutenir la voie publique passant en surplomb du terrain appartenant à Mme C. Ce mur constitue ainsi l'accessoire de cette voie et présente le caractère d'un ouvrage public, alors même qu'il est implanté sur le terrain privé de la requérante.

3. Le maître de l'ouvrage est responsable, même en l'absence de faute, des dommages que les ouvrages publics dont il a la garde peuvent causer aux tiers tant en raison de leur existence que de leur fonctionnement. Il ne peut dégager sa responsabilité que s'il établit que ces dommages résultent de la faute de la victime ou d'un cas de force majeure. Ces tiers ne sont pas tenus de démontrer le caractère grave et spécial du préjudice qu'ils subissent lorsque le dommage n'est pas inhérent à l'existence même de l'ouvrage public ou à son fonctionnement et présente, par suite, un caractère accidentel.

4. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise que le chemin dit " B " est classé comme voie communale. Dès lors, la commune du Monteil dispose de la garde du mur de soutènement séparant le chemin en cause de la propriété de Mme C. Il résulte également de l'instruction que, le 6 avril 2018, une portion d'une vingtaine de mètres de ce mur de soutènement s'est effondrée. Une partie du chemin a également été emportée avec la portion de mur effondrée sur le terrain de Mme C. L'expert a relevé que bien que l'origine des désordres soit difficile à établir, l'effondrement du mur en cause résulte de sa vétusté, de la circulation d'engins, de la pression hydrostatique et de mouvements de terrain. L'expert a également précisé que le mur sinistré était voué à chuter à " plus ou moins long terme " et que l'évènement déclenchant a été le passage d'engins de chantiers à proximité. Par suite, les dommages subis par la requérante en sa qualité de tiers au mur de soutènement du chemin " B " ne peuvent être regardés comme inhérents à l'existence même de cet ouvrage ou à son fonctionnement et présentent ainsi un caractère accidentel.

En ce qui concerne les causes exonératoires de responsabilité :

5. En défense, la commune du Monteil fait valoir que Mme C a fait réaliser, d'une part, des travaux de décaissement du mur qu'elle aurait entrepris lors de l'acquisition de son terrain, et d'autre part, des travaux conduisant à l'obstruction des barbacanes permettant l'écoulement des eaux et que ces travaux ont pu contribuer à la chute du mur en cause. Toutefois, aucun des éléments du dossier et notamment pas le rapport d'expertise ne permet de corroborer que les travaux de Mme C évoqués en défense par la commune du Monteil auraient provoqué ou concouru à l'écroulement du mur de soutènement. En outre, la commune défenderesse observe également que le cahier des charges du lotissement met à la charge des propriétaires l'entretien des différents murs bordant leurs parcelles. Toutefois, cette circonstance n'est pas susceptible de l'exonérer de sa responsabilité dès lors que, ainsi qu'il a été précédemment rappelé, le mur de soutènement en cause relevait de la garde de la collectivité en raison de sa nature même d'ouvrage public.

6. Il suit de là que la commune du Monteil n'est pas fondée à se prévaloir de causes exonératoires de sa responsabilité.

En ce qui concerne le préjudice :

7. Il résulte de l'instruction que le mur en cause s'est éboulé sur près d'une vingtaine de mètres sur une parcelle vierge de toute construction affectée à usage de jardin d'agrément et attenante à la maison d'habitation de Mme C. Dans ces conditions, tant l'éboulement des gravats sur son terrain que l'ouverture d'une vue désormais directe sur celui-ci en raison de la disparition du mur qui le masquait initialement aux usagers empruntant le chemin " B " ont engendré un préjudice de jouissance pour Mme C dont il sera fait une juste appréciation en fixant l'indemnisation destinée à le réparer à la somme de 2 000 euros.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Lorsque le juge administratif condamne une personne publique responsable de dommages qui trouvent leur origine dans l'exécution de travaux publics ou dans l'existence ou le fonctionnement d'un ouvrage public, il peut, saisi de conclusions en ce sens, s'il constate qu'un dommage perdure à la date à laquelle il statue du fait de la faute que commet, en s'abstenant de prendre les mesures de nature à y mettre fin ou à en pallier les effets, la personne publique, enjoindre à celle-ci de prendre de telles mesures. Pour apprécier si la personne publique commet, par son abstention, une faute, il lui incombe, en prenant en compte l'ensemble des circonstances de fait à la date de sa décision, de vérifier d'abord si la persistance du dommage trouve son origine non dans la seule réalisation de travaux ou la seule existence d'un ouvrage, mais dans l'exécution défectueuse des travaux ou dans un défaut ou un fonctionnement anormal de l'ouvrage et, si tel est le cas, de s'assurer qu'aucun motif d'intérêt général, qui peut tenir au coût manifestement disproportionné des mesures à prendre par rapport au préjudice subi, ou aucun droit de tiers ne justifie l'abstention de la personne publique. En l'absence de toute abstention fautive de la personne publique, le juge ne peut faire droit à une demande d'injonction, mais il peut décider que l'administration aura le choix entre le versement d'une indemnité dont il fixe le montant et la réalisation de mesures dont il définit la nature et les délais d'exécution.

9. Il résulte de l'instruction, que la commune du Monteil s'est abstenue de prendre les mesures de nature à mettre fin aux désordres provoqués par l'écroulement du mur de soutènement du chemin " B " sur la propriété de Mme C. De même, il est constant que le mur bordant la propriété de Mme C n'a pas été réparé depuis son effondrement, de sorte que les désordres perdurent à la date de lecture du présent jugement. Par ailleurs, la commune du Monteil n'invoque dans ses écritures aucun motif d'intérêt général justifiant son abstention à remédier à ces désordres. Dès lors, l'abstention de la commune du Monteil à prendre les mesures de nature à mettre fin ou à pallier les effets des désordres en cause revêt un caractère fautif. En conséquence, il y a lieu d'enjoindre à la commune du Monteil d'entreprendre les travaux qu'elle jugera appropriés pour remédier à l'effondrement du mur de soutènement du chemin " B " et aux désordres qui en ont résulté pour Mme C, dans le délai d'un an à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte. Par voie de conséquence et en tout état de cause, les conclusions de la commune du Monteil tendant à ce qu'il soit enjoint à Mme C de réaliser à ses propres frais les travaux de reprise sur le mur en cause, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires présentées par la commune du Monteil à titre reconventionnel :

10. Si la commune du Monteil demande au tribunal de condamner la requérante à lui verser la somme de 5 000 euros en réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi, de telles conclusions, dirigées contre une personne privée, ne relèvent pas de la compétence de la juridiction administrative et doivent être rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Sur les dépens :

11. En application des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, les frais d'expertise liquidés et taxés à la somme de 2 982,60 euros par l'ordonnance n° 1900563 rendue le 26 juin 2020 doivent être mis à la charge définitive de la commune du Monteil.

Sur les frais d'instance :

12. En application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre la somme de 1 500 euros à la charge de la commune du Monteil au titre des frais exposés par Mme C et non compris dans les dépens. En revanche, les mêmes dispositions font obstacle à ce que Mme C, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, soit condamnée à verser à la commune du Monteil la somme de 3 500 euros qu'elle demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La commune du Monteil est condamnée à payer à Mme C une indemnité de 2 000 euros en réparation de son préjudice de jouissance.

Article 2 : Il est enjoint à la commune du Monteil d'entreprendre les travaux qu'elle jugera appropriés en vue de remédier à l'écroulement du mur de soutènement du chemin des " Vigne " et aux désordres qui en sont résultés pour Mme C, dans le délai d'un an à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Les frais d'expertise liquidés et taxés à la somme de 2 982,60 euros sont mis à la charge définitive de la commune du Monteil.

Article 4 : La commune du Monteil versera à Mme C la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et à la commune du Monteil.

Délibéré après l'audience du 8 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bader-Koza, présidente,

Mme Caraës, présidente,

M. Jurie, premier conseiller.

Rendu public par la mise à disposition au greffe le 22 novembre 2024.

Le rapporteur,

G. JURIE

La présidente,

S. BADER-KOZA

La greffière,

N. BLANC

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Loire, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.JC

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