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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2100139

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2100139

mardi 18 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2100139
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationChambre 1
Avocat requérantREBINGUET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 24 janvier 2021, le 29 juillet 2021, le 28 septembre 2021 et le 22 novembre 2021, M. B C, représenté par Me Rebinguet, demande au tribunal d'annuler la décision du 26 novembre 2020 par laquelle le directeur départemental des finances publiques de l'Allier lui a indiqué, à la suite de la délibération du collège territorial de second examen de Lyon, qu'il ne pouvait pas bénéficier du régime d'exonération prévu à l'article 44 quindecies du code général des impôts.

Il soutient que :

- il a intérêt à agir contre la décision attaquée qui lui fait grief ;

- il remplit les conditions pour bénéficier du régime d'exonération prévu à l'article 44 quindecies du code général des impôts dès lors qu'il ne se situe pas dans un état de dépendance vis-à-vis de la polyclinique Saint-Odilon avec laquelle il a conclu un contrat d'exercice libéral dans le cadre de l'article L. 4113-9 du code de la santé publique le 16 juillet 2019, notamment au regard du paragraphe 140 de la documentation BOI-BIC-CHAMP-80-10-10-20, qu'il n'a pas repris une activité précédemment exercée au sein de cet établissement, ni repris une clientèle préexistante, et que la mise à sa disposition de moyens matériels pour exercer son activité ainsi que le respect de modalités de gestion de l'établissement ne caractérisent pas en l'espèce une extension de l'activité préexistante de la clinique ;

- son installation à la polyclinique Saint-Odilon ne résulte pas davantage d'une restructuration d'activités préexistantes ;

- la réponse ministérielle à M. A, député, n'est pas applicable à sa situation, l'activité d'un praticien exerçant dans un établissement hospitalier privé étant distincte de celle d'un praticien exerçant une activité libérale dans le secteur public, soumis aux contraintes mentionnées à l'article L. 6154-2 du code de la santé publique traduisant un état de dépendance.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 18 juin 2021, le 20 août 2021, le 28 octobre 2021 et le 2 décembre 2021, le directeur départemental des finances publiques du Puy-de-Dôme conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 4 octobre 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 7 décembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D,

- et les conclusions de M. Jurie, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, chirurgien viscéral au centre hospitalier de Moulins depuis le 1er juillet 2015, a conclu, le 16 juillet 2019, un contrat d'exercice libéral avec la société par actions simplifiée (SAS) Polyclinique Saint-Odilon afin d'exercer son activité dans les locaux de cet établissement privé de santé. Le 19 septembre 2019, il a notifié à l'administration fiscale sa volonté de bénéficier des dispositions de l'article 44 quindecies du code général des impôts en ce qui concerne les bénéfices non commerciaux générés par l'exercice à titre libéral de son activité professionnelle. Le 18 décembre 2019, le directeur départemental des finances publiques de l'Allier l'a informé qu'il ne pouvait pas bénéficier du régime d'allègement d'imposition prévu par ces dispositions. Par un courrier du 10 février 2020, M. C a sollicité un nouvel examen de sa demande. L'administration a transmis cette demande de second examen au collège territorial de second examen de Lyon qui, réuni le 17 novembre 2020, a confirmé la position initiale du service. M. C demande l'annulation de la décision du 26 novembre 2020 par laquelle le directeur départemental des finances publiques de l'Allier lui a indiqué, à la suite de la délibération du collège territorial de second examen de Lyon, qu'il ne pouvait pas bénéficier du régime d'exonération prévu à l'article 44 quindecies du code général des impôts.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 44 quindecies du code général des impôts : " I. - Dans les zones de revitalisation rurale mentionnées à l'article 1465 A, les entreprises qui sont créées ou reprises entre le 1er janvier 2011 et le 31 décembre 2020, soumises de plein droit ou sur option à un régime réel d'imposition de leurs résultats et qui exercent une activité industrielle, commerciale, artisanale au sens de l'article 34 ou professionnelle au sens du 1 de l'article 92, sont exonérées d'impôt sur le revenu ou d'impôt sur les sociétés à raison des bénéfices réalisés, à l'exclusion des plus-values constatées lors de la réévaluation des éléments d'actif, jusqu'au terme du cinquante-neuvième mois suivant celui de leur création ou de leur reprise et déclarés selon les modalités prévues à l'article 53 A () / Les bénéfices ne sont soumis à l'impôt sur le revenu ou à l'impôt sur les sociétés que pour le quart, la moitié ou les trois quarts de leur montant selon qu'ils sont réalisés respectivement au cours de la première, de la deuxième ou de la troisième période de douze mois suivant cette période d'exonération. / II. - Pour bénéficier de l'exonération mentionnée au I, l'entreprise doit répondre aux conditions suivantes : () / e) L'entreprise n'est pas créée dans le cadre d'une extension d'activités préexistantes. L'existence d'un contrat, quelle qu'en soit la dénomination, ayant pour objet d'organiser un partenariat caractérise l'extension d'une activité préexistante lorsque l'entreprise créée ou reprenant l'activité bénéficie de l'assistance de ce partenaire, notamment en matière d'utilisation d'une enseigne, d'un nom commercial, d'une marque ou d'un savoir-faire, de conditions d'approvisionnement, de modalités de gestion administrative, contentieuse, commerciale ou technique, dans des conditions telles que cette entreprise est placée dans une situation de dépendance () ".

3. Il résulte des dispositions citées au point 2 que le législateur n'a entendu refuser le bénéfice du régime défini au I de l'article 44 quindecies du code général des impôts qu'aux entreprises qui, eu égard à la similarité ou à la complémentaire de leur objet par rapport à celui d'activités antérieurement créées et aux liens de dépendances qui les unissent à ces dernières, sont privées de toute autonomie réelle et constituent de simples émanations de ces activités préexistantes.

4. M. C a conclu, le 16 juillet 2019, un contrat d'exercice libéral avec la polyclinique Saint-Odilon à Moulins afin d'exercer son activité de chirurgien viscéral. Ce contrat définit, dans le respect de la législation et de la réglementation applicables à l'activité libérale des médecins, les conditions dans lesquelles le requérant peut exercer son activité de chirurgie générale et digestive au sein de cet établissement. En vertu de cette convention, la SAS Polyclinique Saint-Odilon, qui reste maître du choix de ses agencements et matériels techniques, met à disposition du requérant les locaux et matériels nécessaires à l'exercice de sa spécialité, fournit le concours d'un personnel et d'un personnel auxiliaire qualifié en nombre suffisant, dont les conditions de recrutement et d'emploi relèvent de sa seule responsabilité. En contrepartie de la mise à disposition des locaux et moyens matériels d'exercice de sa profession et de la prise en charge des conditions de facturation de l'ensemble des honoraires de M. C, à l'exception des honoraires de consultation, ce dernier s'est quant à lui engagé à se conformer à l'organisation générale du service médical nécessaire au bon fonctionnement de l'établissement, notamment le système informatique mis en place au sein de l'établissement, à participer aux différentes commissions de la clinique, à s'inscrire notamment dans la démarche qualité de cet établissement et à appliquer les recommandations du comité de pilotage de la certification de l'établissement, et à assurer la continuité des soins aux patients pour les actes relevant de sa spécialité en respectant notamment l'organisation des permanences en vigueur au sein de l'établissement dans le cadre de l'urgence. Il résulte en outre des stipulations du contrat d'exercice libéral produit par le requérant qu'en contrepartie de la mise à disposition des moyens nécessaires à l'exercice de son activité, et des frais occasionnés par le recouvrement des honoraires, il doit verser mensuellement à la clinique une redevance proportionnelle aux honoraires totaux réalisés, qui peut être modifiée le 1er janvier de chaque année par décision de son conseil d'administration. Il résulte par ailleurs des stipulations de cette convention, que, dans l'éventualité d'un compromis de cession du contrat d'exercice libéral, ce dernier est tenu d'informer la SAS de l'identité de son successeur et du prix convenu et que la clinique peut refuser le candidat proposé. Il n'est par ailleurs pas contesté par le requérant que deux chirurgiens exerçaient, avant la conclusion du contrat d'exercice libéral, la même spécialité au sein de la SAS Polyclinique Saint-Odilon. Enfin, si M. C fait valoir que le contrat d'exercice libéral a été conclu conformément aux dispositions de l'article L. 4113-9 du code de la santé publique, qui prévoient notamment que les dispositions contractuelles incompatibles avec les règles de la profession ou susceptibles de priver les contractants de leur indépendance professionnelle les rendent passibles de sanctions disciplinaires, cette circonstance est sans incidence sur l'appréciation faite par l'administration fiscale de la notion d'extension d'activités préexistantes afin de déterminer si l'activité peut, ou non, bénéficier du régime prévu à l'article 44 quindecies du code général des impôts. Dans ces conditions, et alors même que l'activité libérale exercée par M. C n'a pas entraîné de cession de clientèle ou de patientèle ni la transmission d'un savoir-faire de l'établissement de santé, l'entreprise du requérant doit être regardée comme étant privée de toute autonomie réelle et comme constituant une simple émanation de la SAS Polyclinique Saint-Odilon eu égard à la complémentarité de leurs activités et aux liens de dépendance qui les unissent. Par suite, l'activité libérale exercée par M. C au sein de la SAS Polyclinique Saint-Odilon ne peut être regardée comme une activité nouvelle éligible au régime prévu à l'article 44 quindecies du code général des impôts.

5. En second lieu, aux termes de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales : " Il ne sera procédé à aucun rehaussement d'impositions antérieures si la cause du rehaussement poursuivi par l'administration est un différend sur l'interprétation par le redevable de bonne foi du texte fiscal et s'il est démontré que l'interprétation sur laquelle est fondée la première décision a été, à l'époque, formellement admise par l'administration. / Il en est de même lorsque, dans le cadre d'un examen ou d'une vérification de comptabilité ou d'un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle, et dès lors qu'elle a pu se prononcer en toute connaissance de cause, l'administration a pris position sur les points du contrôle, y compris tacitement par une absence de rectification. / Lorsque le redevable a appliqué un texte fiscal selon l'interprétation que l'administration avait fait connaître par ses instructions ou circulaires publiées et qu'elle n'avait pas rapportée à la date des opérations en cause, elle ne peut poursuivre aucun rehaussement en soutenant une interprétation différente. Sont également opposables à l'administration, dans les mêmes conditions, les instructions ou circulaires publiées relatives au recouvrement de l'impôt et aux pénalités fiscales. "

6. M. C ne peut utilement, dans le cadre d'un recours pour excès de pouvoir, se prévaloir de la garantie prévue par l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales. Il s'ensuit qu'il ne peut se prévaloir des paragraphes n° 130 et 140 de l'instruction BOI-BIC-CHAMP-80-10-10-20 au soutien de ses conclusions aux fins d'annulation de la décision contestée. En tout état de cause, M. C, qui demande le bénéfice de l'exonération prévue par les dispositions de l'article 44 quindecies du code général des impôts pour les entreprises nouvelles en zone de revitalisation rurale, n'entre pas dans les prévisions de cette instruction relative à l'appréciation du caractère nouveau de l'activité et des conditions de détention du capital pour le bénéfice du régime prévu à l'article 44 sexies du même code.

7. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 26 novembre 2020 par laquelle le directeur départemental des finances publiques de l'Allier lui a indiqué, à la suite de la délibération du collège territorial de second examen de Lyon, qu'il ne pouvait pas bénéficier du régime d'exonération prévu à l'article 44 quindecies du code général des impôts. Sa requête doit, par suite, être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C et au directeur départemental des finances publiques du Puy-de-Dôme.

Délibéré après l'audience du 4 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Courret, présidente,

M. Panighel, premier conseiller,

Mme Bollon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2022.

Le rapporteur,

L. D La présidente,

C. COURRET

La greffière,

F. LLORACH

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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