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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2100224

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2100224

vendredi 18 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2100224
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationChambre 1
Avocat requérantCABINET FIDAL CLERMONT-FERRAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 4 février 2021 et 8 février 2022, l'association européenne des amoureux de danses traditionnelles (AEADT), représentée par la SELAS Fidal, Me Moutardier, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie au titre de la période du 1er juillet 2014 au 31 mai 2018 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle n'entre pas dans le champ d'application des impôts commerciaux dès lors qu'elle constitue un organisme sans but lucratif à caractère social en application de l'article 261-7-1° b- du code général des impôts ;

- elle a pour objet la promotion de la danse en Europe et organise des évènements uniques ; aucune société commerciale ou association ne possède un objet social similaire en France ; elle ne peut être assimilée à une école de danse ;

- elle a une utilité sociale dès lors qu'elle favorise la sauvegarde des danses traditionnelles et leur transmission ;

- elle a un caractère social et dispose d'un agrément ministériel des associations de jeunesse et d'éducation populaire ; elle permet à des personnes issues de milieux différents de se retrouver autour de la danse ;

- l'accès aux différents évènements se fait via le paiement d'une cotisation annuelle d'un montant de 11 euros ; le coût d'inscription pour une journée à l'évènement " Le grand bal de l'Europe " est inférieur à 20 euros ; ces prix permettent au plus grand nombre de participer ; elle pratique une modulation de ses prix pour le public jeune ;

- sa gestion est désintéressée ; son président n'est pas rémunéré ; elle est gérée et administrée à titre bénévole ; elle ne procède à aucune distribution de bénéfice ; les excédents de recettes permettent de parer les éventuelles annulations d'évènements ;

- elle ne pratique pas de publicité ; le film documentaire réalisé au sujet du " grand bal de l'Europe " ne constitue pas une publicité ;

- en tout état de cause, elle doit être exonérée de la taxe sur la valeur ajoutée en vertu du a du 7-1° de l'article 261 du code général des impôts, des paragraphes numéros 1, 70, 80, 110 et 200 de la doctrine administrative numérotée BOI-TVA-CHAMP-30-10-30-10 et de la réponse ministérielle n°31677 du 18 septembre 1976 ; elle rend des services culturels à ses membres, qui sont convoqués aux assemblées générales, disposent d'un droit de vote et peuvent se présenter aux élections du bureau ou du conseil d'administration ; les danses interprétées lors des évènements sont inscrites au patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO ;

- la circonstance qu'elle prévoit, pendant " Le grand bal de l'Europe ", des prestations accessoires d'hébergement et de restauration, n'est pas de nature à empêcher la caractérisation de l'aspect culturel de l'association ; ces activités de restauration et d'hébergement sont exclues de l'exonération ;

- elle entend se prévaloir de la prise de position de l'administration s'agissant du taux de taxe sur la valeur ajoutée applicable ; dans une notification de redressement du 19 septembre 1997 et une réponse aux observations du contribuable du 6 octobre 1997, l'administration fiscale avait considéré que les billets d'entrée au " Grand bal de l'Europe " devaient se voir appliquer le taux de taxe sur la valeur ajoutée réduit de 5,5%.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 18 juin 2021 et le 10 mars 2022, le directeur départemental des finances publiques du Puy-de-Dôme conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par l'association requérante ne sont pas fondés.

Par une ordonnance en date du 16 décembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 17 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Caraës,

- et les conclusions de M. Loïc Panighel, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. L'association européenne des amoureux de danses traditionnelles (AEADT), régie par la loi de 1901 et qui a pour objet social l'organisation de bals et d'ateliers de danse dans le cadre de la promotion de la danse traditionnelle en Europe, est soumise aux impôts commerciaux et plus particulièrement à la taxe sur la valeur ajoutée. Elle a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur l'ensemble de ses déclarations ou opérations de taxe sur la valeur ajoutée pour la période allant du 1er juillet 2014 au 31 mai 2018 à l'issue de laquelle l'administration lui a notifié, selon la procédure contradictoire, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 1er juillet 2014 au 31 mai 2018 après avoir considéré que les bals et activités d'ateliers de danse qu'elle organise devaient être assujettis au taux normal de 20% de taxe sur la valeur ajoutée en lieu et place du taux réduit de 5,5 % appliqué. L'association AEADT demande au tribunal de prononcer la décharge de ces impositions.

2. Aux termes de l'article 261 du même code, dans sa version applicable au litige : " Sont exonérés de la taxe sur la valeur ajoutée : () 7. (Organismes d'utilité générale) : 1° a. les services de caractère social, éducatif, culturel ou sportif rendus à leurs membres par les organismes légalement constitués agissant sans but lucratif, et dont la gestion est désintéressée. () b. les opérations faites au bénéfice de toutes personnes par des œuvres sans but lucratif qui présentent un caractère social ou philanthropique et dont la gestion est désintéressée, lorsque les prix pratiqués ont été homologués par l'autorité publique ou que des opérations analogues ne sont pas couramment réalisées à des prix comparables par des entreprises commerciales, en raison notamment du concours désintéressé des membres de ces organismes ou des contributions publiques ou privées dont ils bénéficient. () d. le caractère désintéressé de la gestion résulte de la réunion des conditions ci-après : L'organisme doit, en principe, être géré et administré à titre bénévole par des personnes n'ayant elles-mêmes, ou par personne interposée, aucun intérêt direct ou indirect dans les résultats de l'exploitation. () ".

Sur le principe de l'assujettissement de l'association AEADT aux impôts commerciaux en application du b du 1° du 7 de l'article 261 du CGI :

3. Il résulte du b du 1° du 7 de l'article 261 du code général des impôts que les associations ne sont exonérées de l'impôt sur les sociétés, de la taxe sur la valeur ajoutée et de la cotisation foncière des entreprises que si, d'une part, leur gestion présente un caractère désintéressé, et, d'autre part, les services qu'elles rendent ne sont pas offerts en concurrence dans la même zone géographique d'attraction avec ceux proposés au même public par des entreprises commerciales exerçant une activité identique. Toutefois, même dans le cas où l'association intervient dans un domaine d'activité et dans un secteur géographique où existent des entreprises commerciales, elle reste exclue du champ de l'impôt sur les sociétés et continue de bénéficier de l'exonération de taxe sur la valeur ajoutée si elle exerce son activité dans des conditions différentes de celles des entreprises commerciales, soit en répondant à certains besoins insuffisamment satisfaits par le marché, soit en s'adressant à un public qui ne peut normalement accéder aux services offerts par les entreprises commerciales, notamment en pratiquant des prix inférieurs à ceux du secteur concurrentiel et à tout le moins, des tarifs modulés en fonction de la situation des bénéficiaires, sous réserve de ne pas recourir à des méthodes commerciales excédant les besoins de l'information du public sur les services qu'elle offre.

4. Si l'association AEADT soutient que sa gestion est désintéressée en faisant valoir que son président, M. A, n'est pas rémunéré et qu'il n'existe aucune distribution de bénéfice, elle ne produit au soutien de ses allégations que ses statuts, dont les seules mentions ne permettent pas d'établir le caractère désintéressé de sa gestion, ni n'établit que les excédents de recettes dégagés sont affectés exclusivement, selon ses écritures, à l'œuvre poursuivie.

5. L'association AEADT soutient qu'elle ne saurait être regardée comme ayant un but lucratif, dès lors qu'elle n'entre en concurrence avec aucune société commerciale ayant la même activité et que ses conditions d'exercice diffèrent de celles d'un organisme à but lucratif.

6. Il résulte de l'instruction que l'activité principale, outre des ateliers hebdomadaires, de l'association AEADT consiste à organiser, chaque année pendant quinze jours au cours de la période estivale, un évènement intitulé " Le Grand Bal de l'Europe ". Dans l'objectif de permettre aux participants de découvrir, comprendre ou pratiquer des danses d'Europe, les organisateurs proposent aux participants des ateliers de danses et de démonstration, des spectacles courts ainsi que des bals et des concerts.

7. D'une part, il est constant que la zone géographique d'examen de l'attractivité des services rendus par l'association requérante est nationale, dès lors que la vocation de l'association AEADT est de réunir des personnes venant de tous horizons géographiques pour son évènement " Le grand bal de l'Europe ". Si l'association requérante précise que les prestations qu'elle propose, uniques, ne sont dispensées par aucun autre organisme en France, il résulte des observations non sérieusement contestées de l'administration qu'au niveau national, il existe d'autres festivals organisés par des organismes soumis aux impôts commerciaux, qui proposent également des ateliers de danses et des représentations de danses du monde entier, et qui ont également pour vocation d'accueillir des personnes venant de toutes parts. Dans ces conditions, et en tout état de cause, les éléments apportés par l'association requérante ne suffisent à faire regarder son activité comme n'étant pas en concurrence avec celles proposées par des organismes soumis à des impôts commerciaux sur le territoire national.

8. D'autre part, alors qu'il résulte de ce qui précède que l'activité de l'association AEADT, bien que présentant certaines spécificités, est également proposée par d'autres structures en France, il résulte de l'instruction que l'association requérante n'opère pas de différenciation tarifaire en fonction de la provenance géographique des participants ni en fonction de leurs revenus. Au contraire, à l'image des pratiques commerciales d'autres organismes, l'association requérante fait varier ses prix en fonction de l'âge des participants et prévoit également un tarif dégressif en fonction du nombre de journées souscrites. De plus, si certaines associations telles que celle organisant le festival de Châteauroux proposent des tarifs substantiellement plus élevés, d'autres, telle que l'association organisant le festival " Culture du Monde " à Gannat pratiquent des tarifs similaires. Dès lors, et en tout état de cause, l'association requérante n'est pas fondée à soutenir qu'elle exerce son activité dans des conditions différentes de celles des entreprises commerciales, soit en répondant à certains besoins insuffisamment satisfaits par le marché, soit en s'adressant à un public particulier et en ne recourant pas à des méthodes commerciales sans que soit déterminant à cet égard la circonstance qu'elle n'ait pas recours à de la publicité.

Sur le principe de l'assujettissement à la taxe sur la valeur ajoutée en application du a du 1° du 7 de l'article 261 du code général des impôts :

9. L'association AEADT ne peut utilement se prévaloir du a du 1° du 7 de l'article 261 du code général des impôts dès lors qu'elle n'établit pas que sa gestion présente un caractère désintéressé. Au demeurant, si elle soutient que ses services culturels sont offerts uniquement à ses membres, il résulte des termes non contestés du courrier du 12 juin 2019 de l'interlocuteur départemental, qui précise que le président de l'association lui a présenté le concept de la manifestation organisée chaque année à Gennetines sur le thème des danses traditionnelles, que la manifestation en litige est accessible aux non-adhérents, le courrier indiquant que " L'entrée sur le site est réservée aux personnes ayant acquitté leur adhésion à l'association (20 euros) ou, pour les non adhérents, une participation aux activités de l'association (30 euros) ainsi que l'inscription aux rencontres (20 euros) ". Par suite, l'association requérante ne peut prétendre au bénéfice de l'exonération fondée sur le a du 1° du 7 de l'article 261 du code général des impôts.

10. A supposer que l'AEADT entende se prévaloir des énonciations des paragraphes 1, 70, 80, 110 et 200 de la doctrine administrative numérotée BOI-TVA-CHAMP-30-10-30-10, ainsi que de la réponse ministérielle n°31677 du 18 septembre 1976 sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, ces dernières ne font pas de la loi fiscale une interprétation différente de celle dont il est fait application dans le présent jugement. Par suite, le moyen doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que l'administration fiscale était fondée à assujettir l'association requérante à la taxe sur la valeur ajoutée.

Sur le taux de la taxe sur la valeur ajoutée applicable :

12. Aux termes de l'article L. 80 B du même livre : " La garantie prévue au premier alinéa de l'article L. 80 A est applicable : 1° Lorsque l'administration a formellement pris position sur l'appréciation d'une situation de fait au regard d'un texte fiscal ; () ".

13. Lorsqu'un contribuable n'invoque devant les juges du fond, à l'appui de conclusions tendant à la décharge ou à la réduction d'une imposition, que la garantie prévue à l'article L. 80 B du livre des procédures fiscales dans l'hypothèse où l'administration a formellement pris position sur l'appréciation de fait au regard d'un texte fiscal, sans invoquer la méconnaissance de ce texte, la juridiction n'est pas tenue d'examiner également le bien-fondé de la demande par rapport audit texte.

14. Si l'association requérante entend se prévaloir d'une notification de redressement du 19 septembre 1997 et d'une réponse aux observations du contribuable du 6 octobre 1997, qui font apparaitre que pour les années 1994 à 1997, l'activité de l'association requérante a été en partie, pour ce qui concerne " l'entrée au Grand Bal ", soumise au taux de taxe sur la valeur ajoutée de 5,5%, ces documents, par lesquels l'administration ne justifie par aucune motivation expresse l'application d'un tel taux, ne peut être regardé comme une prise de position formelle de l'administration sur ce point qui soit susceptible d'être opposé à l'administration sur le fondement de l'article L. 80 B du livre des procédures fiscales.

15. Il résulte de ce qui précède que l'association AEADT n'est pas fondée à demander la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui ont été mis à sa charge au titre de la période du 1er juillet 2014 au 31 mai 2018. Par voie de conséquence, les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de l'association européenne des amoureux de danses traditionnelles est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié l'association européenne des amoureux de danses traditionnelles et au directeur départemental des finances publiques du Puy-de-Dôme.

Délibéré après l'audience du 4 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Caraës, présidente,

M. Jurie, premier conseiller,

Mme Bollon, première conseillère.

Rendu public par la mise à disposition au greffe le 18 octobre 2024.

La présidente-rapporteure,

R. CARAËS

L'assesseur le plus ancien,

dans l'ordre du tableau,

G. JURIE

La greffière,

F. LLORACH

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2100224JC

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