vendredi 4 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2100266 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 1 |
| Avocat requérant | LANTERO & ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
I- Par une requête, enregistrée le 9 février 2021 sous le n°2100266, M. C D, représenté par la Selarl Gras Ogier Gicquere-Sobieraj, Me Gicquere-Sobieraj demande au tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier général Emile Roux du Puy-en-Velay à lui verser la somme de 34 696,26 euros en réparation des préjudices consécutifs à sa prise en charge au sein de cet établissement ;
2°) de mettre à la charge du centre hospitalier général Emile Roux du Puy-en-Velay une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
3°) de condamner le centre hospitalier général Emile Roux du Puy-en-Velay aux entiers dépens.
Il soutient que :
- la responsabilité du centre hospitalier général Emile Roux du Puy-en-Velay doit être engagée sur le fondement des dispositions de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique dès lors qu'il a été victime d'une erreur de diagnostic ;
- en ce qui concerne les préjudices patrimoniaux, il a exposé des dépenses de santé actuelles à hauteur de 547,08 euros ; il a subi une perte de gains professionnels estimée à 8 920,75 euros due à la baisse de son chiffre d'affaires et il a dû exposer la somme de 6 073,28 euros pour l'embauche d'un cuisinier remplaçant ; il a subi un préjudice d'incidence professionnelle qu'il convient d'indemniser à hauteur de 5 000 euros ;
- en ce qui concerne les préjudices extrapatrimoniaux, le déficit fonctionnel temporaire subi doit être indemnisé à hauteur de 1 105, 15 euros et le déficit fonctionnel permanent à hauteur de 7 400 euros ; les souffrances endurées qu'il a subies doivent être indemnisées à hauteur de 5 000 euros et le préjudice esthétique à hauteur de 650 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juillet 2021, le centre hospitalier général Emile Roux du Puy-en-Velay, représenté par la Selas Seban Auvergne, demande au tribunal à titre principal, de rejeter la requête ou, à titre subsidiaire, de dire ce que de droit sur la responsabilité, de ramener les prétentions indemnitaires de M. D dans les limites mentionnées dans le mémoire et de rejeter le surplus des conclusions du requérant.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable dès lors que M. D n'a pas fait précéder son recours contentieux d'une demande indemnitaire préalable ;
- il ne conteste pas le retard de diagnostic fautif, toutefois les préjudices ne doivent être pris en charge qu'à hauteur de 50% dès lors que l'état séquellaire que présente M. D est imputable pour moitié à la lésion initiale ;
- le requérant ne justifie pas avoir engagé des dépenses de santé actuelles ;
- la demande indemnitaire relative à la perte de gains professionnels doit être rejetée ;
- s'agissant de l'embauche d'un cuisinier remplaçant, le requérant ne prend pas en compte la circonstance qu'il aurait, même en l'absence de faute du centre hospitalier général Emile Roux du Puy-en-Velay, bénéficié d'un arrêt de travail nécessitant l'embauche d'un cuisinier ; en tout état de cause, il convient d'appliquer le taux d'imputabilité de 50% ;
- il sera fait une juste appréciation du préjudice d'incidence professionnelle en l'indemnisant à hauteur de 1000 euros ;
- le déficit fonctionnel temporaire doit être évalué sur la base de 13 euros par jour pour un déficit fonctionnel temporaire de 100% et, après application du taux d'imputabilité de 50%, il peut être alloué la somme de 329,55 euros ;
- la somme de 1 750 euros est proposée s'agissant des souffrances endurées ;
- il sera procédé à une juste indemnisation du déficit fonctionnel permanent en l'indemnisant à hauteur de 5 400 euros après application du taux d'imputabilité ;
- le préjudice esthétique est exclusivement imputable au traumatisme initial et ne peut donc être indemnisé.
La procédure a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme qui n'a pas produit de mémoire.
Par une ordonnance du 14 mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 4 avril 2023.
II- Par une requête, enregistrée le 10 novembre 2021 sous le n°2102360, M. C D, représenté par la Selarl Gras Ogier Gicquere-Sobieraj, Me Gicquere-Sobieraj demande au tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier général Emile Roux du Puy-en-Velay à lui verser la somme de 34 696,26 euros en réparation des préjudices consécutifs à sa prise en charge au sein de cet établissement ;
2°) de mettre à la charge du centre hospitalier général Emile Roux du Puy-en-Velay une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
3°) de condamner le centre hospitalier général Emile Roux du Puy-en-Velay aux entiers dépens.
Il soutient que :
- la responsabilité du centre hospitalier général Emile Roux du Puy-en-Velay doit être engagée sur le fondement des dispositions de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique dès lors qu'il a été victime d'une erreur de diagnostic ;
- en ce qui concerne les préjudices patrimoniaux, il a exposé des dépenses de santé actuelles à hauteur de 547,08 euros ; il a subi une perte de gains professionnels estimée à 8 920,75 euros due à la baisse de son chiffre d'affaires et il a dû exposer la somme de 6 073,28 euros pour l'embauche d'un cuisinier remplaçant ; il a subi un préjudice d'incidence professionnelle qu'il convient d'indemniser à hauteur de 5 000 euros ;
- en ce qui concerne les préjudices extrapatrimoniaux, le déficit fonctionnel temporaire subi doit être indemnisé à hauteur de 1 105,15 euros et le déficit fonctionnel permanent à hauteur de 7 400 euros ; les souffrances endurées qu'il a subies doivent être indemnisées à hauteur de 5 000 euros et le préjudice esthétique à hauteur de 650 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 3 janvier 2022 le centre hospitalier général Emile Roux du Puy-en-Velay, représenté par la Selas Seban Auvergne, demande au tribunal de dire ce que de droit sur la responsabilité, de ramener les prétentions indemnitaires de M. D dans les limites mentionnées dans le mémoire et de rejeter le surplus des conclusions du requérant.
Il soutient que :
- il ne conteste pas le retard de diagnostic fautif, toutefois les préjudices ne doivent être pris en charge qu'à hauteur de 50% dès lors que l'état séquellaire que présente M. D est imputable pour moitié à la lésion initiale ;
- le requérant ne justifie pas avoir engagé des dépenses de santé actuelles ;
- la demande indemnitaire relative à la perte de gains professionnels doit être rejetée ;
- s'agissant de l'embauche d'un cuisinier remplaçant, le requérant ne prend pas en compte la circonstance qu'il aurait, même en l'absence de faute du centre hospitalier général Emile Roux du Puy-en-Velay, bénéficié d'un arrêt de travail nécessitant l'embauche d'un cuisinier ; en tout état de cause, il convient d'appliquer le taux d'imputabilité de 50% ;
- il sera fait une juste appréciation du préjudice d'incidence professionnelle en l'indemnisant à hauteur de 1000 euros ;
- le déficit fonctionnel temporaire doit être évalué sur la base de 13 euros par jour pour un déficit fonctionnel temporaire de 100% et, après application du taux d'imputabilité de 50%, il peut être alloué la somme de 329,55 euros ;
- la somme de 1 750 euros est proposée s'agissant des souffrances endurées ;
- il sera procédé à une juste indemnisation du déficit fonctionnel permanent en l'indemnisant à hauteur de 5 400 euros après application du taux d'imputabilité ;
- le préjudice esthétique est exclusivement imputable au traumatisme initial et ne peut donc être indemnisé.
La procédure a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de -Dôme qui n'a pas produit de mémoire.
Par une ordonnance du 14 mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 4 avril 2023.
M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 29 juin 2022.
Vu :
- les autres pièces des dossiers ;
- l'ordonnance n°1901753 du 29 avril 2020 par laquelle le magistrat délégué a taxé les frais de l'expertise réalisée par le docteur A.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bollon,
- les conclusions de M. Panighel, rapporteur public,
- et les observations de Me Bardy, représentant le centre hospitalier général Emile Roux du Puy-en-Velay.
Considérant ce qui suit :
1. M. C D a été victime d'un accident de moto le 22 avril 2018 et a été admis au service des urgences du centre hospitalier général Emile Roux du Puy-en-Velay. Le jour même, un scanner et des radiographies ont été réalisés et ont mis en évidence plusieurs fractures dont une de la styloïde radiale droite pour laquelle M. D a été plâtré du 23 avril au 5 juin 2018. A cette date, des radios de contrôle ont permis de découvrir une lésion du poignet qui était passée inaperçue le 22 avril 2018, à savoir une luxation péri-lunarienne du carpe de stade II. M. D a alors été adressé à la clinique privée de la Châtaigneraie à Beaumont où il a subi, le 20 juin 2018, une intervention consistant en une résection de la première rangée du carpe avec libération du nerf médian. M. D a saisi le juge des référés du tribunal administratif de Clermont-Ferrand qui a ordonné une expertise et l'a confiée au docteur A. Le rapport d'expertise a été déposé au greffe du tribunal administratif de Clermont-Ferrand le 15 avril 2020. M. D a alors saisi le tribunal administratif de Clermont-Ferrand d'une requête qui a été enregistrée sous le n°2100266 le 9 février 2021. Par un courrier du 26 août 2021 reçu le 30 août suivant au centre hospitalier général Emile Roux du Puy-en-Velay, M. D a formé une réclamation préalable à laquelle le centre hospitalier n'a pas répondu. Le requérant a alors de nouveau saisi la juridiction par une requête enregistrée le 10 novembre 2021 sous le n°2102360. Par ces deux requêtes M. D demande à être indemnisé des préjudices qu'il estime avoir subis.
2. Les requêtes nOS 2100266 et 2102360, présentées par M. D, concernent la situation d'un même requérant. Il y a lieu de les joindre afin d'y statuer par un seul jugement.
Sur la requête n° 2100266 :
3. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ".
4. Si un échange de courriers entre avocats peut participer à la mise en œuvre d'une procédure transactionnelle, seule une demande indemnitaire directement adressée à l'administration peut faire naître, par le silence de celle-ci, une décision implicite de rejet de nature à lier contentieux.
5. Il résulte de l'instruction que, par un courrier du 18 novembre 2020, l'avocate de M. D a adressé une demande indemnitaire au conseil du centre hospitalier général Emile Roux du Puy-en-Velay et non au directeur dudit établissement. Par suite, cette demande n'a pu faire naître une décision administrative du centre hospitalier, seule de nature à lier le contentieux. Il s'ensuit que la fin de non-recevoir opposée en défense tirée de l'absence de demande préalable doit être accueillie.
6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par M. D dans la requête enregistrée sous le n° 2100266 doivent être rejetées.
Sur la requête n°2102360 :
En ce qui concerne le principe et l'étendue de la responsabilité du centre hospitalier général Emile Roux du Puy-en-Velay :
7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. () ".
8. Il résulte de l'instruction qu'à la suite de son admission au centre hospitalier général Emile Roux du Puy-en-Velay le 22 avril 2018 après une chute à moto, M. D a fait l'objet d'un bilan lésionnel clinique, radiologique et scanographique au terme duquel il a notamment été diagnostiqué une fracture extrémité distale du radius droit laquelle a été traitée par une manchette plâtrée et que, le 5 juin 2018, après l'ablation de cette dernière, un contrôle radiologique du poignet droit a mis en évidence une luxation rétro-lunarienne du carpe de stade II passée inaperçue lors du bilan initial. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise que la luxation péri-lunarienne du carpe de stade II était visible et décelable sur la radiographie initiale du poignet droit réalisée le 22 avril 2018 et aurait ainsi dû conduire à sa prise en charge immédiate. Ce retard de diagnostic est donc constitutif d'une faute commise par le centre hospitalier général Emile Roux du Puy-en-Velay de nature à engager sa responsabilité, ce qu'il ne conteste pas.
9. En second lieu, dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou le traitement d'un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter que ce dommage soit advenu. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.
10. En l'espèce, il résulte de l'instruction que, consécutivement à la découverte de la luxation péri-lunarienne du carpe, M. D, qui souffre d'une diminution significative des mobilités du poignet droit par rapport au poignet controlatéral ainsi que d'une force de serrage diminuée au niveau de la main droite, a dû subir une intervention chirurgicale palliative consistant en une résection de la première rangée du carpe avec libération du nerf médian qui s'est déroulée le 20 juin 2018 à la clinique privée de la Châtaigneraie à Beaumont suivie de la pose d'une attelle pendant vingt-et-un jours. Il résulte également de l'instruction qu'en dépit du fait que l'expert se borne à indiquer que l'état séquellaire de M. D est imputable pour moitié à la lésion initiale et pour moitié au retard de diagnostic sans faire mention de la notion de perte de chance, il précise toutefois que la luxation péri-lunarienne du carpe implique des dégâts ligamentaires très importants et que, même diagnostiquée et prise en charge de manière appropriée et rapide, elle peut souvent entraîner des séquelles importantes à type de raideur du poignet, d'instabilité dissociative ou non dissociative du carpe et de nécrose semi-lunaire obligeant dans un second temps à la réalisation d'une résection de la première rangée du carpe. Il en résulte donc que le retard fautif de diagnostic n'a entrainé pour le requérant qu'une perte de chance d'éviter l'intervention palliative dont il a fait l'objet et des séquelles importantes. Dans ces conditions il convient, au vu de l'analyse de l'expert telle qu'exposée ci-dessus indiquant qu'une telle luxation " peu[t] laisser souvent des séquelles importantes () ", d'en fixer le taux à 50%.
En ce qui concerne l'évaluation des préjudices :
11. Il est constant que l'état de santé de M. D a été consolidé le 20 décembre 2018.
S'agissant des dépenses de santé :
12. Il résulte de l'instruction que M. D justifie qu'un montant d'1 euro est resté à sa charge pour la consultation d'anesthésie du 6 juin 2018 préalable à l'intervention du 20 juin suivant et qu'il a dû exposer la somme de 50 euros pour des dépassements d'honoraires du chirurgien ayant pratiqué cette intervention. S'agissant des soins de kinésithérapie, si M. D sollicite le remboursement de sommes restées à sa charge pour des actes effectués de fin juin au 16 août 2018, il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise qu'à la suite de l'intervention palliative du 20 juin 2018, il a porté une attelle thermoformée pendant vingt-et-jours. M. D est donc fondé à solliciter le remboursement de ces sommes pour la seule période postérieure au port de cette attelle et correspondant à la rééducation après chirurgie, à savoir à compter du 12 juillet 2018. Il résulte de l'instruction que M. D a effectué quinze séances de kinésithérapie entre le 12 juillet et le 16 août 2018 pour lesquelles il a dû exposer 7,71 euros de participation forfaitaire de sécurité sociale restés à sa charge. Il en résulte, après application du taux de perte de chance, que M. D est fondé à demander le remboursement de la somme de 29,36 euros au titre des frais de santé restés à sa charge.
S'agissant des frais divers :
13. Si M. D demande à être indemnisé des trajets qu'il a dû effectuer avec un véhicule de 6 chevaux fiscaux afin de se rendre à la clinique de la Châtaigneraie, les 6 juin et 1er août 2018 pour des consultations relatives à l'intervention chirurgicale du 20 juin 2018 et les 19 et 22 juin pour cette dernière, il n'a toutefois produit, à la demande du tribunal, qu'un certificat d'immatriculation d'un véhicule immatriculé au nom d'une autre personne et ne présentant pas le même nombre de chevaux fiscaux. Par suite, M. D n'établit pas qu'il a lui-même effectivement dépensé des frais kilométriques pour se rendre à la clinique de la Châtaigneraie.
S'agissant de la perte de gains professionnels :
14. Au titre du préjudice de perte de gains professionnels, M. D, qui demande à être indemnisé à hauteur de 8 920,75 euros, fait valoir qu'il a perdu trois mois d'activité entre juin et août 2018, que son chiffre d'affaires sur cette période était inférieur à 49% de celui de 2019 sur la même période et qu'il est raisonnable d'estimer sa perte à 35 % par mois. Toutefois, en se bornant à ne produire qu'une attestation d'expert-comptable du 30 avril 2020 qui indique que le chiffre d'affaires du 1er mai au 31 août 2018 est de 33 983,81 euros et que celui du 1er mai au 31 août 2019 est de 50 405,02 euros et à demander à être indemnisé d'une perte évaluée sans aucun justificatif comptable, M. D n'établit pas la réalité du préjudice qu'il invoque.
S'agissant de l'embauche d'un cuisinier :
15. Si M. D soutient qu'il a dû embaucher un cuisinier remplaçant du 12 juin au 31 août 2018, il n'apporte au soutien de son allégation aucun élément justifiant que cette embauche a été rendue nécessaire par le retard de diagnostic fautif, alors même qu'il résulte de l'instruction que, d'une part, il a subi lors de son accident de moto d'autres traumatismes et d'autre part, il résulte de la lecture des stipulations du contrat de travail qu'il verse à l'instruction que le recrutement était justifié par l'accroissement de " l'activité saisonnière liée à l'afflux touristique pendant la saison estivale ". Il en résulte que la circonstance que M. D a engagé un cuisinier n'est pas en lien direct et certain avec la faute commise par centre hospitalier général Emile Roux du Puy-en-Velay.
S'agissant de l'incidence professionnelle :
16. Il résulte de l'instruction que si M. D a pu reprendre son travail de cuisinier, les séquelles au poignet droit dont il souffre entraine une pénibilité accrue lors de l'exercice de son activité. Il sera donc fait une juste appréciation de ce préjudice en l'indemnisant à hauteur de 1 500 euros compte tenu du taux de perte de chance de 50%.
S'agissant du déficit fonctionnel :
17. D'une part, si M. D soutient qu'il a subi un déficit fonctionnel temporaire pour la période du 22 avril au 5 juin 2018, il résulte de l'instruction que ledit déficit ne présente pas de lien de causalité direct avec le retard de diagnostic mais est consécutif à l'accident de moto et aux lésions initiales en résultant. En revanche, il résulte de l'instruction que le requérant a subi une période de déficit fonctionnel temporaire de 25% du 6 au 18 juin 2018 à la suite de la découverte tardive de la luxation péri-lunarienne, puis un déficit fonctionnel temporaire total du 19 au 21 juin 2018 résultant de l'intervention palliative. Il a également subi à compter du 22 juin 2018 et jusqu'au 2 septembre un déficit fonctionnel temporaire à hauteur de 25 % et du 3 septembre au 19 décembre 2018 un déficit fonctionnel temporaire à hauteur de 15% résultant de de l'état séquellaire de son poignet droit. Ainsi, en tenant compte d'une base mensuelle d'indemnisation de 400 euros par mois pour un déficit fonctionnel temporaire total et après application du taux de perte de chance, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en condamnant le centre hospitalier général Emile Roux du Puy-en-Velay à verser à M. D la somme de 271, 27 euros.
18. D'autre part, il résulte du rapport d'expertise que le déficit fonctionnel permanent subi par M. D doit être évalué au taux de 8%. Compte tenu de l'âge du requérant à la date de consolidation de son état de santé et de la circonstance que M. D connait une limitation dans la mobilité de son poignet droit, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en le fixant, après application du taux de perte de chance, à la somme de 5 250 euros.
S'agissant des souffrances endurées :
19. Les souffrances endurées par M. D doivent tenir compte de la circonstance que l'intéressé a subi une chirurgie palliative, que son poignet a été immobilisé et qu'il a dû effectuer de nombreux actes de soins en kinésithérapie. Ces souffrances ont été évaluées par l'expert à 3 sur une échelle de 1 à 7. Il sera fait une juste évaluation de ce chef de préjudice en lui allouant la somme de 1 250 euros après application du taux de perte de chance de 50%.
S'agissant du préjudice esthétique permanent :
20. Il résulte de l'instruction que M. D présente des cicatrices dorsale et palmaire consécutives à la chirurgie palliative du 20 juin 2018 et a donc subi un préjudice esthétique permanent qui a été évalué à 1 sur échelle de 1 à 7 par l'expert. Il y a donc lieu s'agissant de ce préjudice de lui accorder une somme de 450 euros après application du taux de perte de chance de 50%.
21. Il résulte de tout ce qui précède que M. D est fondé à demander à ce que le centre hospitalier de Montluçon soit condamné à lui verser la somme totale de 8 750, 63 euros.
Sur les frais d'expertise :
22. Les frais d'expertise, liquidés et taxés à la somme de 600 euros par une ordonnance du magistrat délégué du tribunal en date du 29 avril 2020, doivent être mis à la charge définitive du centre hospitalier général Emile Roux du Puy-en-Velay.
Sur les frais liés au litige :
23. M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle à hauteur de 25 %. Son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier général Emile Roux du Puy-en-Velay le versement au conseil de M. D de la somme de 1 500 euros, sous réserve que Me Gicquere-Sobieraj renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
D E C I D E :
Article 1er : Le centre hospitalier général Emile Roux du Puy-en-Velay est condamné à verser à M. D la somme de 8 750, 63 euros.
Article 2 : Les frais d'expertise, liquidés et taxés à la somme de 600 euros par une ordonnance du magistrat désigné du tribunal administratif de Clermont-Ferrand en date du 29 avril 2020, sont mis à la charge définitive de la centre hospitalier général Emile Roux du Puy-en-Velay.
Article 3 : Le centre hospitalier général Emile Roux du Puy-en-Velay versera, sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, la somme de 1 500 euros au conseil de M. D, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la contribution versée par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Les conclusions indemnitaires de la requête n° 2100266 sont rejetées.
Article 5: Le présent jugement sera notifié à M. C D, à la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme et au centre hospitalier général Emile Roux du Puy-en-Velay.
Copie pour information au Docteur B A.
Délibéré après l'audience du 20 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Caraës, présidente,
M. Jurie, premier conseiller,
Mme Bollon, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.
La rapporteure,
L. BOLLON
La présidente,
R. CARAËS La greffière,
F. LLORACH
La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2 ; 2102360
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026