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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2100420

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2100420

vendredi 8 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2100420
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationChambre 1
Avocat requérantMARTINET-BEUNIER

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I - Par la requête n°2100420 et des mémoires, enregistrés le 27 février 2021, le 3 décembre 2021 et les4 février,11 avril 14 septembre 2022, ce dernier n'ayant pas été communiqué et un mémoire récapitulatif, enregistré le 28 mai 2024, produit à la demande du tribunal en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, ce dernier n'ayant pas été communiqué, la société d'exercice libéral à responsabilité limitée Jurideca, représentée par Me Martinet-Beunier, avocate, demande au tribunal :

1°) à titre principal, de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés au titre des exercices 2015, 2016 et 2017 et des majorations correspondantes ainsi que de l'amende infligée sur le fondement de l'article 1736 du code général des impôts au titre des mêmes exercices ;

2°) à titre subsidiaire, d'ordonner toutes mesures d'instruction destinées à éclairer le tribunal sur l'envoi au vérificateur, la réception et le traitement des formulaires de déclaration d'honoraires dits " DAS2 " pour les exercices 2015, 2016 et 2017 ;

3°) de mettre la somme de 2 500 euros à la charge de l'État en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient, dans son mémoire récapitulatif, que :

- le dossier qui a été soumis à l'examen du supérieur hiérarchique du vérificateur était incomplet dès lors que l'administration a refusé d'y faire figurer les déclarations d'honoraires " DAS2 " qui lui ont été communiquées le 15 décembre 2018 ;

- le dossier au vu duquel son " recours préalable " a été examiné était incomplet dans la mesure où l'administration a refusé d'y faire figurer les déclarations d'honoraires " DAS2 " qui lui ont été communiquées le 15 décembre 2018 ;

- l'agent vérificateur a omis de faire figurer au dossier les déclarations d'honoraires " DAS2 " reçues directement par courriel dans le cadre de la procédure de vérification, ce qui induit que " la majorité des redressements proposés repose en définitive sur un manque évident d'impartialité " ;

- l'administration ne lui a pas offert la possibilité de présenter contradictoirement ses observations en réplique à la suite du dégrèvement partiel opéré après réception de ses observations en réponse à la proposition de rectification ;

- en méconnaissance des dispositions de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales, la réponse du 17 mai 2019 du service vérificateur ne comporte aucune motivation ni indication détaillée des commissions pouvant être saisies ;

- le courrier de l'administration daté du 17 mai 2019 n'était pas visé par l'inspecteur principal des finances publiques alors qu'il " comporte des pénalités et sanctions fiscales " ;

- c'est à tort que le service vérificateur a refusé de procéder à la saisine de la commission départementale des impôts ;

- " aucune information ou sollicitation, à une seule exception, n'a été délivrée au gérant de la structure tout au long du contrôle. Ce n'est qu'à l'issue du contrôle que le vérificateur a exposé les différentes irrégularités qu'il a pu relever en appliquant systématiquement des pénalités pour manquement délibéré. En procédant de la sorte, la société Jurideca n'a pu bénéficier, à une seule exception, d'aucune possibilité de régulariser sa situation " ;

- le déroulement de la procédure et le parti pris de la considérer de mauvaise foi, ainsi que son gérant, sans aucun débat ni objectivité, ont permis à l'administration de présenter un redressement composé à plus de deux tiers de pénalités ;

- c'est à tort que l'administration n'a pas imputé, sur les rappels de taxe sur la valeur ajoutée collectée, des montants de taxe sur la valeur ajoutée déductible dès lors que ces derniers étaient portés dans la comptabilité de chacun des exercices vérifiés ;

- le rappel concernant la taxe sur la valeur ajoutée déduite par anticipation n'est pas fondé dès lors que le solde créditeur du compte 401000 au 31 décembre 2017 correspond au montant porté en report au début de l'exercice et que les factures non réglées de deux fournisseurs étaient comptabilisées respectivement sur le compte de taxe sur la valeur ajoutée déductible en attente (445865) et sur le compte taxe sur la valeur ajoutée déductible 10 % (445657) ;

- elle est fondée à invoquer la dispense de l'amende fiscale prévue par les dispositions de l'article 1736 du code général des impôts dès lors qu'elle a régularisé sa situation directement auprès du service vérificateur le 15 décembre 2018 ;

- elle n'a pas commis le manquement délibéré qui lui est imputé par l'administration dès lors que la comptabilité qu'elle doit tenir est complexe, que son gérant n'est pas fiscaliste, qu'elle a fait le choix de traiter sa comptabilité en interne, qu'il est excessif de prétendre qu'elle est coutumière de pratiques douteuses en matière de taxe sur la valeur ajoutée et que ni elle, ni son gérant, ne tirent aucun bénéfice ou avantage de la situation.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 27 août 2021 et les6 janvier3 mars et 11 mai 2022, le directeur départemental des finances publiques du Puy-de-Dôme conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors que les impositions découlant du contrôle de la comptabilité de la société Jurideca ne peuvent donner lieu à un recours pour excès de pouvoir ;

- les moyens soulevés par la société Jurideca ne sont pas fondés.

Une ordonnance du 16 mai 2022 a fixé la clôture d'instruction au 15 septembre 2022.

II - Par la requête n°2100421 et des mémoires, enregistrés les 27 février et3 décembre 2021 et les 4 février, 11 avril et 14 septembre 2022, ce dernier n'ayant pas été communiqué et un mémoire récapitulatif, enregistré le 28 mai 2024, produit à la demande du tribunal en application de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative, ce dernier n'ayant pas été communiqué, la société d'exercice libéral à responsabilité limitée (SELARL) Jurideca, représentée par Me Martinet-Beunier, avocate, demande au tribunal :

1°) à titre principal, de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices 2015, 2016 et 2017 et des majorations correspondantes ;

2°) de mettre la somme de 3 500 euros à la charge de l'État en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient, dans son mémoire récapitulatif, que :

- le dossier qui a été soumis à l'examen du supérieur hiérarchique du vérificateur était incomplet dès lors que l'administration a refusé d'y faire figurer les déclarations d'honoraires " DAS2 " qui lui ont été communiquées le 15 décembre 2018 ;

- le dossier au vu duquel son " recours préalable " a été examiné était incomplet dans la mesure l'administration a refusé d'y faire figurer les déclarations d'honoraires " DAS2 " qui lui ont été communiquées le 15 décembre 2018 ;

- l'agent vérificateur a omis de faire figurer au dossier les déclarations d'honoraires " DAS2 " reçues directement par courriel dans le cadre de la procédure de vérification, ce qui induit que " la majorité des redressements proposés repose en définitive sur un manque évident d'impartialité " ;

- l'administration ne lui a pas offert la possibilité de présenter contradictoirement ses observations en réplique à la suite du dégrèvement partiel opéré après réception de ses observations en réponse à la proposition de rectification ;

- le courrier de l'administration daté du 17 mai 2019 n'était pas visé par l'inspecteur principal des finances publiques alors qu'il " comporte des pénalités et sanctions fiscales " ;

- en méconnaissance des dispositions de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales, la réponse du 17 mai 2019 du service vérificateur ne comporte aucune motivation ni indication détaillée des commissions pouvant être saisies ;

- c'est à tort que le service vérificateur a refusé de procéder à la saisine de la commission départementale des impôts ;

- " aucune information ou sollicitation, à une seule exception, n'a été délivrée au gérant de la structure tout au long du contrôle. Ce n'est qu'à l'issue du contrôle que le vérificateur a exposé les différentes irrégularités qu'il a pu relever en appliquant systématiquement des pénalités pour manquement délibéré. En procédant de la sorte, la société Jurideca n'a pu bénéficier, à une seule exception, d'aucune possibilité de régulariser sa situation " ;

- le déroulement de la procédure et le parti pris de la considérer de mauvaise foi, ainsi que son gérant, sans aucun débat ni objectivité, ont permis à l'administration de présenter un redressement composé à plus de deux tiers de pénalités ;

- des achats de produits d'entretien courant, de journaux périodiques et de boissons réalisés dans un magasin situé à proximité de ses locaux au cours de la période vérifiée ainsi que les achats alimentaires effectués auprès de l'enseigne Carrefour pendant la même période ont été engagés dans l'intérêt de son exploitation ;

- c'est à tort que l'administration a réintégré à son résultat imposable les dotations aux amortissements comptabilisées pour l'exercice 2015 à hauteur de 39 980,20 euros ;

- c'est à tort que l'administration a réintégré à son résultat imposable au titre de l'exercice 2016 des rappels antérieurs de taxe sur la valeur ajoutée à hauteur de 22 005 euros ;

- elle n'a pas commis le manquement délibéré qui lui est imputé par l'administration dès lors que la comptabilité qu'elle doit tenir est complexe, que son gérant n'est pas fiscaliste et qu'elle a fait le choix de traiter sa comptabilité en interne.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 27 août 2021, le 6 janvier 2022, le 3 mars 2022 et le 11 mai 2022, le directeur départemental des finances publiques du Puy-de-Dôme conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors que les impositions découlant du contrôle de la comptabilité de la société Jurideca ne peuvent donner lieu à un recours pour excès de pouvoir ;

- les moyens soulevés par la société Jurideca ne sont pas fondés.

Une ordonnance du 16 mai 2022 a fixé la clôture d'instruction au 15 septembre 2022.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code général des impôts ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Jurie ;

- les conclusions de M. Panighel, rapporteur public ;

- et les observations de Me Martinet-Beunier, représentant la société Jurideca.

Considérant ce qui suit :

1. La société d'exercice libéral à responsabilité limitée (SELARL) Jurideca a notamment pour objet l'exercice de l'activité d'avocat. Au cours de l'année 2018, elle a été soumise à une vérification de comptabilité au titre des exercices clos en 2015, 2016 et 2017. À l'issue de cette vérification, l'administration a procédé à des rectifications en conséquence desquelles elle a, notamment, mis à sa charge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée résultant pour les exercices 2015, 2016 et 2017, d'écarts entre le chiffre d'affaires réellement encaissé et celui effectivement déclaré et, pour l'exercice 2017, de l'absence de justification de la déduction d'un montant de taxe sur la valeur ajoutée et de la déduction par anticipation de montants de taxe sur la valeur ajoutée. En outre, l'administration a appliqué la majoration de 40% prévue au a de l'article 1729 du code général des impôts aux rappels de taxe sur la valeur ajoutée découlant des écarts entre les chiffres d'affaires réels et déclarés et de la déduction par anticipation de montants de taxe sur la valeur ajoutée. À l'issue de la vérification susmentionnée, l'administration a également procédé à des rectifications en conséquence desquelles elle a, notamment, assujetti la société Jurideca, selon la procédure contradictoire, à des compléments d'impôt sur les sociétés au titre des exercices clos en 2015, 2016 et 2017. En outre, l'administration a appliqué la majoration de 40% prévue au a de l'article 1729 du code général des impôts aux rehaussements d'impôt sur les sociétés au titre des charges non engagées dans l'intérêt de l'entreprise, non déductibles et non justifiées. Par sa requête n°2100420, la société Jurideca demande la décharge des rappelsde taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés et des majorations correspondantes ainsi que de l'amende qui lui a été infligée en application des dispositions de l'article 1736 du code général des impôts pour revenus distribués. Par sa requête n°2100421, la société Jurideca demande la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie ainsi que des majorations correspondantes.

2. Les requêtes n°2100420 et n°2100421, déposées par la société Jurideca, présentent à juger des questions connexes. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

3. La société requérante soutient que le dossier qui a été soumis à l'examen du supérieur hiérarchique du vérificateur était incomplet dès lors que l'administration a refusé d'y faire figurer les déclarations d'honoraires " DAS2 " qui lui ont été communiquées le 15 décembre 2018. Toutefois, il n'est pas allégué et encore moins corroboré par les pièces du dossier que la société Jurideca aurait saisi le supérieur hiérarchique du vérificateur postérieurement à la réponse de l'administration à ses observations datée du 8 avril 2019. Par suite, ce moyen est inopérant et ne peut, pour ce motif, qu'être écarté.

4. La société requérante expose que le dossier au vu duquel son " recours préalable " a été examiné était incomplet dans la mesure où l'administration a refusé d'y faire figurer les déclarations d'honoraires " DAS2 " qui lui ont été communiquées le 15 décembre 2018. Toutefois, la société Jurideca a saisi l'administration d'une réclamation préalable par courrier daté du 23 décembre 2019, qui a été rejetée par une décision en date du 29 décembre 2020. Or, selon les mentions de cette dernière, l'administration a relevé qu'" aucune attestation émanant des bénéficiaires des rétrocessions d'honoraires n'a été produite, privant le service de la possibilité de vérifier l'exactitude des sommes portées sur les déclarations DAS2 transmises au service vérificateur, sur sa demande, par courriel du 15 décembre 2018 ". Dès lors, et contrairement à ce que soutient la société requérante, l'administration, a bien pris en compte les déclarations transmises par cette dernière à titre de régularisation par courriel du 15 décembre 2018 pour les écarter comme insuffisamment probantes en l'absence d'élément tendant à en conforter les mentions et en a tiré les conséquences en rejetant la réclamation préalable qui lui était soumise. Il suit de là que ce moyen ne peut qu'être écarté.

5. La société Jurideca fait valoir que l'agent vérificateur a omis de faire figurer au dossier des déclarations fiscales reçues directement par courriel dans le cadre de la procédure de vérification. La société requérante en déduit que " la majorité des redressements proposés repose en définitive sur un manque évident d'impartialité ". Toutefois et en tout état de cause, ainsi qu'il a été précédemment rappelé au point 4 du présent jugement, les déclarations d'honoraires dites " DAS2 " transmises par courriel du 15 décembre 2018 ont été versées au dossier relatif à la vérification de comptabilité de la société Jurideca et ont été examinées par l'administration. Par suite, ce moyen doit être écarté.

6. La société requérante soutient que l'administration ne lui a pas offert la possibilité de répliquer contradictoirement à la suite du dégrèvement partiel opéré après réception de ses observations en réponse à la proposition de rectification. Toutefois, par sa réponse aux observations du contribuable du 8 avril 2019, l'administration a abandonné partiellement le rappel de taxe sur la valeur ajoutée pour l'exercice 2017 en le ramenant de 2 132 euros à 749 euros au titre de la déduction anticipée de cette taxe et a maintenu l'intégralité des autres rectifications qu'elle avait porté à la connaissance de cette société dans le cadre de sa proposition de rectification au titre des rappels de taxe sur la valeur ajoutée fondés sur des écarts entre le chiffre d'affaires réellement encaissé et celui effectivement déclaré, sur l'absence de justification de la déduction d'un montant de taxe sur la valeur ajoutée au titre de l'exercice 2017 et sur la déduction par anticipation de montants de taxe sur la valeur ajoutée. Dans ces conditions, l'administration n'a pas modifié la base légale sur laquelle elle s'est fondée, dans la proposition de rectification notifiée à la société Jurideca, pour assujettir cette dernière aux rappels de taxe sur la valeur ajoutée en litige. Par suite, l'administration n'était pas tenue de notifier une nouvelle proposition de rectification à la société Jurideca qui aurait ouvert à celle-ci la faculté de présenter de nouvelles observations en réponse. Ce moyen doit donc être écarté.

7. Il résulte des dispositions combinées des articles L. 57, L. 59 et R. 57-1 ainsi que de la règle aujourd'hui codifiée à l'article R. 59-1 du livre des procédures fiscales que l'administration est tenue de répondre aux observations du contribuable présentées dans le délai de trente jours imparti par la proposition de redressement et que le contribuable dispose d'un délai de trente jours à compter de cette réponse de l'administration pour demander la saisine de la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires. Ces dispositions n'ont pas pour objet d'imposer à l'administration l'obligation de répondre à de nouvelles observations présentées ultérieurement par le contribuable. Elles ne peuvent avoir non plus pour effet, lorsque l'administration répond néanmoins à de nouvelles observations du contribuable, de faire courir un nouveau délai pour la saisine de la commission départementale.

8. La société requérante expose qu'en méconnaissance des dispositions de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales, la réponse du 17 mai 2019 du service vérificateur ne comporte aucune motivation ni indication détaillée des commissions pouvant être saisies. Toutefois, l'administration a adressé à la société Jurideca une réponse aux observations du contribuable du 8 avril 2019. La société redressée a répliqué à cette réponse par un courrier en date du 7 mai 2019 auquel l'administration a répondu par un courrier daté du 17 mai 2019. Par ce dernier courrier, l'administration s'est bornée à mentionner qu'elle n'entendait pas répliquer aux nouvelles observations présentées par la société Jurideca et l'invitait " en conséquence, à reformuler ses observations dans le cadre d'une réclamation contentieuse dès réception des avis de mis en recouvrement ". Dans ces conditions, le courrier du 17 mai 2019 n'était pas soumis à l'obligation de motivation, de sorte que le moyen soulevé en ce sens est inopérant et ne peut, ainsi, qu'être écarté.

9. La société requérante fait valoir que c'est à tort que le service vérificateur a refusé de procéder à la consultation de la commission départementale des impôts dès lors que le courrier de l'administration du 17 mai 2019 lui indiquait qu'elle disposait d'un délai de trente jours à compter de sa réception pour saisir les commissions administratives compétentes ; ce qu'elle a fait par un courrier daté du 20 juin 2019. Toutefois, par le courrier du 17 mai 2019, l'administration s'est bornée à rappeler qu'il lui incombe seulement de répondre aux observations du contribuable qui dispose alors d'un délai de trente jours pour saisir les commissions administratives compétentes, qu'elle n'était pas tenue de répliquer aux observations de la société Jurideca à la suite de la réponse aux observations du contribuable datée du 8 avril 2019 et que la société était invité " à reformuler ses observations dans le cadre d'une réclamation contentieuse dès réception des avis de mis en recouvrement ". Dans ces conditions, il ne ressort ni des mentions du courrier du 17 mai 2019, ni d'aucun autre élément du dossier, que l'administration aurait informé la société Jurideca qu'elle disposait d'un délai de trente jours à compter de la réception de ce courrier pour solliciter la saisine de la commission des impôts directs et taxes sur le chiffre d'affaires instituée par l'article 1651 du code général des impôts alors, de surcroît, que la réponse aux observations du contribuable datée du 8 avril 2019 comportait la mention selon laquelle la société redressée disposait d'un délai de trente jours à compter de la réception de cette réponse pour informer l'administration de sa décision de saisir la commission susmentionnée à charge pour le service de transmettre son dossier à cette dernière. Il suit de là que c'est à bon droit que l'administration s'est abstenue de saisir la commission des impôts directs et taxes sur le chiffre d'affaires au motif de la tardiveté de la demande formulée en ce sens par la société Jurideca.

10. La société requérante fait valoir qu'" aucune information ou sollicitation, à une seule exception, n'a été délivrée au gérant de la structure tout au long du contrôle " et que " ce n'est qu'à l'issue du contrôle que le vérificateur a exposé les différentes irrégularités qu'il a pu relever en appliquant systématiquement des pénalités pour manquement délibéré ". La société Jurideca en conclut qu'elle " n'a pu bénéficier, à une seule exception, d'aucune possibilité de régulariser sa situation ". Toutefois, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose au vérificateur de donner au contribuable, avant l'envoi de la notification de la proposition de rectifications, une information sur les rehaussements et/ou rappels qu'il pourrait envisager. Dès lors, et à supposer même que, par ses allégations, la société requérante puisse être regardée comme ayant soulevé un moyen tiré de l'abstention du vérificateur, au cours du contrôle, de l'informer d'éventuelles rectifications, celui-ci ne peut qu'être écarté.

11. La société Jurideca soutient que le déroulement de la procédure et le parti pris de la considérer de mauvaise foi, ainsi que son gérant, sans aucun débat ni objectivité, ont permis à l'administration de présenter un redressement composé à plus de deux tiers de pénalités. Toutefois, ce moyen n'est pas assorti des précisions permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé et doit, pour ce motif, être écarté.

Sur le bien-fondé des impositions en litige :

En ce qui concerne les rappels de taxe sur la valeur ajoutée :

12. La société Jurideca soutient que c'est à tort que l'administration n'a pas imputé, sur les rappels de taxe sur la valeur ajoutée collectée, des montants de taxe sur la valeur ajoutée déductible dès lors que ces derniers étaient portés dans la comptabilité de chacun des exercices vérifiés. En l'espèce, l'administration a constaté, pour chacun des exercices vérifiés, un écart entre le chiffre d'affaires réellement encaissé par la société Jurideca et celui mentionné par cette dernière dans ses déclarations relatives à la taxe sur la valeur ajoutée et taxes assimilées dites " CA3 ". L'administration en a déduit qu'une partie de la taxe sur la valeur ajoutée collectée n'avait pas été déclarée et a, en conséquence, soumis la société Jurideca à un rappel de taxe sur la valeur ajoutée de 7 006,45 euros pour l'exercice 2015, de 231,04 euros pour l'exercice 2016 et de 12 866,13 euros pour l'exercice 2017. La société requérante fait valoir que bien qu'elle n'ait pas déclaré, au titre de la taxe sur la valeur ajoutée déductible, 1 066,73 euros pour l'exercice 2015, 1 992,28 euros pour l'exercice 2016 et 1 543,97 euros pour l'exercice 2017, ces montants ont tout de même été inscrits au débit de son compte 445500 " compte de taxe sur le chiffre d'affaires " dans la mesure où elle soldait chaque compte de taxe sur la valeur ajoutée déductible au débit du compte 445500. Toutefois, contrairement à ce qu'allègue la société requérante, les extraits de son grand livre des comptes concernant le compte 445500 ainsi que l'ensemble de ses comptes de taxe sur la valeur ajoutée déductible au titre des exercices 2015, 2016 et 2017 ne suffisent pas, en eux-mêmes, à établir qu'elle aurait effectué des opérations ayant généré une taxe sur la valeur ajoutée déductible de 1 066,73 euros pour l'exercice 2015, de 1 992,28 euros pour l'exercice 2016 et de 1 543,97 euros pour l'exercice 2017 qu'elle n'aurait pas déjà, au cours desdits exercices, imputé sur la taxe sur la valeur ajoutée collectée au cours des mêmes périodes. Dans ces conditions, ce moyen doit être écarté.

13. La société requérante expose que le rappel concernant la taxe sur la valeur ajoutée déduite par anticipation n'est pas fondé dès lors que le solde créditeur du compte 401000 au 31 décembre 2017 correspond au montant porté en report au début de l'exercice et que les factures non réglées de deux fournisseurs étaient comptabilisées respectivement sur le compte de taxe sur la valeur ajoutée déductible en attente (445865) et sur le compte TVA déductible 10 % (445657). Toutefois, aucun des éléments du dossier et notamment aucun des extraits du grand livre des comptes de la société Jurideca, ne tend à corroborer le report en début d'exercice 2017 sur le compte 401000 du solde créditeur du même compte de l'exercice précédent. En outre, les extraits susmentionnés confortent les constatations de l'administration selon lesquelles le compte 4456 " taxes sur le chiffre d'affaires déductibles " était débiteur au 31 décembre 2017. Dès lors le moyen ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne les rehaussements d'impôt sur les sociétés :

14. La société Jurideca fait valoir que le service a considéré que " des " dépenses n'ont pas été engagées dans son intérêt alors qu'il s'agit d'achats de produits d'entretien courant, de journaux périodiques et de boissons réalisés au cours de la période vérifiée dans un magasin situé à proximité de ses locaux pour les besoins de ses employés et de sa clientèle. Toutefois, aucun des éléments du dossier et notamment pas le constat d'huissier produit par la société Jurideca, ne permet d'identifier la nature et l'objet des achats dont cette dernière se prévaut ainsi et, par suite, de déterminer que les achats en cause ont été exposés dans son intérêt. La société requérante fait également valoir que, contrairement à ce qu'a relevé le service, les achats alimentaires réalisés auprès de l'enseigne Carrefour n'ont pas été effectués dans un magasin situé dans l'agglomération clermontoise, que ces achats sont constitutifs de dépenses exposées dans l'intérêt de l'entreprise et que le service s'est exclusivement fondé sur la dénomination de l'enseigne auprès de laquelle ont été effectués les achats en cause pour refuser leur inscription en charges déductibles. À cet égard, la société Jurideca se prévaut d'un procès-verbal dressé par huissier de justice le 28 février. Toutefois, d'une part, la circonstance qu'au cours de la période soumise à vérification, des achats ont été effectués dans des magasins de l'enseigne Carrefour situés en dehors de l'agglomération clermontoise et notamment à Cusset n'exclut pas, par elle-même, que d'autres achats ont été réalisés au cours de la même période dans un magasin de la même enseigne situé dans cette agglomération alors, de surcroît, que contrairement à ce qu'allègue la société Jurideca, cette enseigne dispose de plusieurs magasins dans cette agglomération ainsi que le relève l'administration en défense. D'autre part, si la société requérante fait valoir que les achats alimentaires en cause sont constitutifs de dépenses exposées dans l'intérêt de l'entreprise dont l'activité contraint son personnel à prendre ses repas, notamment à midi, la plupart du temps sur les lieux même du travail, il résulte de l'instruction que la société contrôlée n'a inscrit aucun avantage en nature accordé à son personnel dans ses écritures comptables et aucun des employés de la société Jurideca n'a déclaré avoir bénéficié de frais de repas au titre d'avantages en nature pendant la période vérifiée. Dans ces conditions, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que des achats de produits d'entretien courant, de journaux périodiques et de boissons réalisés dans un magasin situé à proximité de ses locaux au cours de la période vérifiée ainsi que les achats alimentaires effectués auprès de l'enseigne Carrefour pendant la même période ont été engagés dans l'intérêt de son exploitation.

15. Aux termes de l'article 39 du code général des impôts : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant, sous réserve des dispositions du 5, notamment : / () / 2° () les amortissements réellement effectués par l'entreprise, dans la limite de ceux qui sont généralement admis d'après les usages de chaque nature d'industrie, de commerce ou d'exploitation et compte tenu des dispositions de l'article 39 A, sous réserve des dispositions de l'article 39 B () ".

16. Il résulte des dispositions précitées de l'article 39 du code général des impôts que ne peuvent être déduits du bénéfice imposable que les amortissements qui ont été effectivement inscrits dans les écritures comptables à la clôture de chacun des exercices concernés.

17. Il résulte de l'instruction que la société Jurideca a déduit de son résultat imposable des dotations aux amortissements à la clôture de son exercice 2015, soit le 30 juin 2015, à hauteur de 39 980,20 euros. L'administration a remis en cause la déductibilité de ces dotations aux amortissements au motif que la validation des écritures concernant l'exercice 2015 est intervenue le 31 décembre 2016, postérieurement à la date limite de dépôt des télédéclarations fixée, pour l'exercice en cause au 3 mai 2016 et en a déduit que ces dotations aux amortissements n'étaient pas effectivement enregistrées comptablement à l'expiration du délai de dépôt de sa déclaration concernant l'exercice 2015.

18. La société Jurideca fait valoir qu'en principe l'administration accorde systématiquement un délai supplémentaire de quinze jours pour procéder au dépôt de la liasse fiscale pour tenir compte, notamment, des difficultés liées au fonctionnement de son site de télédéclaration et qu'exceptionnellement ce délai n'a pas été accordé. La société requérante fait également valoir qu'à l'époque le dépôt tardif de sa déclaration ne lui a pas été reproché et qu'en tout état de cause, ce retard déclaratif n'est pas volontaire et résulte seulement d'une erreur sur la date limite de dépôt de la liasse fiscale. Toutefois, par ces allégations, la société Jurideca ne conteste pas sérieusement avoir validé les écritures comptabilisant ses dotations aux amortissements le 31 décembre 2016 pour l'exercice clos le 30 juin 2015, soit postérieurement à la date limite de souscription des télédéclarations le 3 mai 2016. Dans ces conditions, la société requérante ne saurait être regardée comme justifiant que les dotations aux amortissements en cause ont été inscrites dans sa comptabilité avant l'expiration du délai légal imparti pour souscrire la déclaration des résultats annuels. Il s'ensuit que c'est à bon droit que l'administration a réintégré dans le bénéfice imposable les dotations aux amortissements au titre de l'exercice clos en 2015.

19. En faisant valoir que les sommes correspondant aux rappels et pénalités en cause ont bien été inscrites dans ses écritures comptables et qu'elles constituent des charges comptables qui grèvent son résultat, la société requérante ne conteste pas sérieusement les constatations opérées par le service au cours de la vérification selon lesquelles, d'une part, elle a, au titre de son exercice 2016, comptabilisé en charges déductibles des rappels de taxe sur la valeur ajoutée et des pénalités afférentes pour un montant total de 22 005 euros et selon lesquelles, d'autre part, les sommes correspondant à ces rappels et pénalités avaient déjà été déduites du résultat de ses exercices 2012 et 2013 par application du système de la déduction dite " en cascade ", conformément aux dispositions de l'article L. 77 du livre des procédures fiscales.

20. Si la société Jurideca affirme que la présomption de revenus distribués ne permet pas à l'administration d'imputer ce montant à son gérant dont elle doit démontrer qu'il a effectivement perçu les sommes concernées, cette circonstance est sans incidence sur le bien-fondé des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés en litige. De même, la circonstance que les revenus distribués en litige aient été imposés entre les mains de leur bénéficiaire, soit le gérant de la société Jurideca, au titre de revenus de capitaux mobiliers n'est pas, par elle-même, de nature à caractériser une double imposition. Dans ces conditions, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que l'administration a réintégré à son résultat imposable au titre de l'exercice 2016 des rappels antérieurs de taxe sur la valeur ajoutée à hauteur de 22 005 euros.

Sur les majorations pour manquement délibéré :

21. Aux termes de l'article L. 80 E du livre des procédures fiscales : " La décision d'appliquer les majorations et amendes prévues aux articles 1729, 1732,1735 ter et 1740 A bis du code général des impôts est prise par un agent de catégorie A détenant au moins un grade fixé par décret qui vise à cet effet le document comportant la motivation des pénalités ".

22. La société requérante soutient que le courrier de l'administration daté du 17 mai 2019 n'était pas visé par l'inspecteur principal des finances publiques alors qu'il " comporte des pénalités et sanctions fiscales ". Toutefois, la proposition de rectification datée du 21 décembre 2018 adressée à la société Jurideca est signée par un inspecteur principal des finances publiques. Les majorations en litige ont donc été établies conformément aux dispositions précitées de l'article L. 80 E du livre des procédures fiscales.

23. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré () ".

En ce qui concerne la majoration appliquée aux rappels de taxe sur la valeur ajoutée :

24. Pour justifier l'application de la majoration de 40 % aux impositions procédant des rappels concernant la taxe sur la valeur ajoutée collectée pour omission de déclaration de chiffre d'affaires et celle déduite par anticipation, l'administration relève que les paiements se rapportant aux prestations réalisées par la société Jurideca ont été régulièrement encaissés sur ses comptes bancaires ; que la société n'a procédé à aucune régularisation alors que des discordances ressortaient clairement de la comptabilité et étaient connues de son représentant légal ; que les montants de taxe sur la valeur ajoutée soustraits au titre des exercices 2015 et 2017 sont substantiels dans la mesure où ils s'élèvent respectivement à 7 006 euros et à 12 886 euros ; que les manquements reprochés au titre de la taxe sur la valeur ajoutée ont été réitérés sur chacun des trois exercices successifs vérifiés alors, de surcroît que des rappels de taxe sur la valeur ajoutée collectée pour omission de déclaration et de taxe sur la valeur ajoutée déduite par anticipation avaient déjà été opérés à l'issue d'une précédente vérification pour un montant total de 26 988 euros ; que la taxe sur la valeur ajoutée grevant des prestations de service était systématiquement déduite de manière anticipée permettant ainsi à la société Jurideca de décaler dans le temps le reversement d'une partie de cette taxe dont elle était redevable et, qu'en sa qualité de professionnel du droit, intervenant en droit des affaires et compte-tenu de son expérience, le représentant légal de la société Jurideca ne pouvait ignorer ni les dispositions législatives déterminant les conditions et l'exigibilité de la taxe sur la valeur ajoutée sur les prestations de service, ni les principes fondamentaux régissant le droit à déduction de cette taxe. En se bornant à alléguer que la tenue de sa comptabilité est complexe, que son gérant n'est pas fiscaliste, qu'elle a fait le choix de traiter sa comptabilité en interne en raison de l'ancienne qualité de commissaire aux comptes d'une de ses collaboratrices, qu'il est excessif de prétendre qu'elle est coutumière de pratiques douteuses en matière de taxe sur la valeur ajoutée et que ni elle, ni son gérant, ne tirent aucun bénéfice ou avantage de la situation, la société Jurideca ne conteste pas sérieusement la réalité des constatations rapportées par le service. Ainsi, l'administration démontre, par les éléments qu'elle invoque, l'intention délibérée d'éluder l'impôt justifiant l'application de la majoration de 40 % prévue au a. de l'article 1729 du code général des impôts en cas de manquement délibéré.

En ce qui concerne la majoration appliquée aux rehaussements d'impôt sur les sociétés :

25. Pour justifier l'application de la majoration de 40 % aux impositions procédant des rehaussements d'impôt sur les sociétés au titre des charges non engagées dans l'intérêt de l'entreprise, non déductibles et non justifiées, l'administration relève que les charges non engagées dans l'intérêt de l'entreprise concernent des dépenses personnelles du gérant de la société Jurideca ; que cette dernière n'a jamais été en mesure de justifier que les charges en cause constitueraient la contrepartie de services rendus ; que le gérant de la société Jurideca ne pouvait ignorer qu'en consentant ces avantages à son profit et en déduisant du bénéfice imposable le montant de charges étrangères à l'intérêt de l'entreprise, il enfreignait les dispositions fiscales applicables alors, de surcroît, qu'il exerce l'activité d'avocat dans le domaine du droit des sociétés et qu'il était le bénéficiaire exclusif de ces avantages et que les manquements concernés ont été réitérés dans le temps dès lors qu'ils ont été constatés sur chacun des exercices vérifiés. En se bornant à alléguer que l'ensemble de ses charges a été engagé dans l'intérêt exclusif de son activité professionnelle, que sa mauvaise foi ainsi que celle de son gérant ne peuvent être caractérisées, que son gérant n'est pas fiscaliste, qu'elle a fait le choix de traiter sa comptabilité en interne en raison de l'ancienne qualité de commissaire aux comptes d'une de ses collaboratrices, la société Jurideca ne conteste pas sérieusement la réalité des constatations rapportées par le service. Ainsi, l'administration démontre, par les éléments qu'elle invoque, l'intention délibérée d'éluder l'impôt justifiant l'application de la majoration de 40 % prévue au a. de l'article 1729 du code général des impôts en cas de manquement délibéré.

Sur l'amende infligée à la société Jurideca en application des dispositions de l'article 1736 du code général des impôts :

26. Aux termes de l'article 1736 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable à la date d'infliction de l'amende en litige : " I. - 1. Entraîne l'application d'une amende égale à 50 % des sommes non déclarées le fait de ne pas se conformer aux obligations prévues à l'article 240 et au 1 de l'article 242 ter et à l'article 242 ter B. L'amende n'est pas applicable, en cas de première infraction commise au cours de l'année civile en cours et des trois années précédentes, lorsque les intéressés ont réparé leur omission, soit spontanément, soit à la première demande de l'administration, avant la fin de l'année au cours de laquelle la déclaration devait être souscrite. / La personne tenue d'effectuer une déclaration en application de l'article 240 peut régulariser les déclarations des trois années précédentes sans encourir l'application de l'amende prévue au premier alinéa du présent 1 lorsque les conditions suivantes sont réunies : elle présente une demande de régularisation pour la première fois et est en mesure de justifier, notamment par une attestation des bénéficiaires, que les rémunérations non déclarées ont été comprises dans les propres déclarations de ces derniers déposées dans les délais légaux, à condition que le service puisse être en mesure de vérifier l'exactitude des justifications produites. Cette demande de régularisation peut avoir lieu au cours du contrôle fiscal de la personne soumise à l'obligation déclarative () ". Aux termes de l'article 240 du même code : " 1. Les personnes physiques qui, à l'occasion de l'exercice de leur profession versent à des tiers des commissions, courtages, ristournes commerciales ou autres, vacations, honoraires occasionnels ou non, gratifications et autres rémunérations, doivent déclarer ces sommes. / Ces sommes sont cotisées, au nom du bénéficiaire, d'après la nature d'activité au titre de laquelle ce dernier les a perçues. / La déclaration peut être souscrite selon les modalités prévues au premier alinéa de l'article 87 A, quel que soit le statut du tiers bénéficiaire, durant le mois de janvier de l'année civile qui suit celle au cours de laquelle ces sommes ont été versées. / A défaut, la déclaration est souscrite auprès de l'organisme ou de l'administration désigné par décret, au plus tard le 31 janvier de l'année civile suivant celle au cours de laquelle ces sommes ont été versées ou, par dérogation, en même temps que la déclaration de résultats. / Elle est également souscrite dans les cas prévus à l'article 89. / 1. bis La déclaration prévue au 1 doit faire ressortir distinctement pour chacun des bénéficiaires le montant des indemnités ou des remboursements pour frais qui lui ont été alloués ainsi que, le cas échéant, la valeur réelle des avantages en nature qui lui ont été consentis. / 2. Les dispositions des 1 et 1 bis sont applicables à toutes les personnes morales ou organismes, quel que soit leur objet ou leur activité, y compris les administrations de l'Etat, des départements et des communes et tous les organismes placés sous le contrôle de l'autorité administrative ".

27. La société requérante soutient qu'elle remplit les conditions lui permettant de prétendre à la dispense de l'amende prévue par les dispositions précitées de l'article 1736 du code général des impôts. À l'appui de ce moyen, elle expose que, contrairement à ce qu'a retenu l'administration, elle a bien régularisé sa situation en communiquant, le 15 décembre 2018, au service vérificateur, les déclarations d'honoraires dites " DAS2 " qu'elle n'avait pas souscrites au titre des exercices contrôlés. Pour refuser de dispenser la société Jurideca de l'amende fiscale prévue à l'article 1736 du code général des impôts, l'administration a relevé que le manquement de la société requérante à ses obligations déclaratives découlant des dispositions de l'article 240 du code général des impôts avait été constaté sur chacun des trois exercices vérifiés et qu'elle n'avait pas réparé spontanément ce manquement avant la fin de l'année au cours de laquelle les déclarations devaient être souscrites. L'administration a également retenu, notamment à l'occasion du rejet de la réclamation préalable de la société Jurideca, que cette dernière n'avait assorti ses déclarations de régularisation, effectuées par courriel le 15 décembre 2018, d'aucune attestation émanant des bénéficiaires des rétrocessions d'honoraires ainsi déclarées, empêchant dès lors tout contrôle par recoupement de l'exactitude des montants portés sur ces déclarations de régularisation. Or, la société requérante ne conteste pas la matérialité des constatations ayant conduit l'administration à lui opposer ce second motif en vue de refuser de la dispenser de l'amende en litige. Par suite et contrairement à ce qu'elle allègue, la société Jurideca ne remplit pas les conditions fixées au deuxième alinéa de l'article 1736 du code général des impôts auxquelles est subordonnée la dispense d'application de l'amende prévue par cet article.

28. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'ordonner le supplément d'instruction sollicité par la société requérante ni de se prononcer sur la fin de non-recevoir soulevée en défense, que la société Jurideca n'est pas fondée à demander la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés au titre de la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2017 et des majorations correspondantesainsi que de l'amende qui lui a été infligée sur le fondement de l'article 1736 du code général des impôts. La société Jurideca n'estpas davantage fondée à demander la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices 2015, 2016 et 2017 et des majorations correspondantes. Par voie de conséquence, les conclusions de la société requérante présentées dans les requêtes numérotées 2100420 et 2100421 tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n°2100420 et n°2100421 présentées par la société Jurideca sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société d'exercice libéral à responsabilité limitée (SELARL) Jurideca et au directeur départemental des finances publiques du Puy-de-Dôme.

Délibéré après l'audience du 18 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Caraës, présidente,

M. Jurie, premier conseiller,

Mme Bollon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2024.

Le rapporteur,

G. JURIE

La présidente,

R. CARAËS

La greffière,

F. LLORACH

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2100420 et N°2100421

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