jeudi 28 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2100571 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | Présidente Bader-Koza |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 mars 2021 et un mémoire enregistré le 9 juillet suivant, M. C A, Mme G A, M. F A, M. E A, et M. D A, demandent au tribunal :
1°) de prononcer la décharge de la cotisation de taxe d'habitation à laquelle ils ont été assujettis au titre de l'année 2019 dans les rôles de la commune de Saint-Jacques-des-Blats ;
2°) de saisir la Cour de justice de l'Union européenne de la question préjudicielle suivante : " le fait d'obliger un contribuable français à payer un impôt, la taxe d'habitation, qui s'assimile à une réglementation de l'usage des biens au sens de l'article 1 du protocole additionnel n°1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en le privant, sans justification objective et raisonnable d'un avantage accordé à d'autres assujettis, représente-t-il une violation de l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ' ".
Ils soutiennent que :
- les deux appartements, passibles de la contribution foncière des entreprises et situés sur la commune de Saint-Jacques-des-Blats dont l'indivision A est propriétaire, ne sont pas partie intégrante du chalet, utilisé en tant qu'habitation personnelle, dont elle est également propriétaire ; ces biens doivent donc être exonérés de la taxe d'habitation en application de la doctrine administrative exprimée au paragraphe 110 du bulletin officiel des finances publiques, publiée sous la référence BOI-IF-TH-10-10-10 et du paragraphe 40 de la doctrine administrative publiée sous la référence BOI-IF-TH-10-40-10 ;
- les appartements en cause ne sauraient être imposés à la taxe d'habitation dès lors qu'ils sont habituellement occupés par des locataires et que l'indivision n'en a ni la libre disposition ni la jouissance ;
- ils sont dans l'impossibilité d'occuper le bien de manière permanente ; or, en application du paragraphe 90 de la doctrine administrative publiée sous la référence BOI-IF-TH-10-20-10, une occupation précaire et temporaire est incompatible avec un assujettissement à la taxe d'habitation ;
- l'arrêt rendu par la cour administrative d'appel de Bordeaux du 20 mai 1997 dont se prévaut l'administration fiscale n'établit aucune obligation de passer par une agence immobilière afin de permettre une occupation d'un bien vacant ni une obligation d'établir avec une agence immobilière un mandat d'exclusivité avec interdiction pour les propriétaires d'utiliser leur bien ;
- l'administration fiscale n'apporte aucune preuve de ce qu'ils auraient la libre disposition des appartements en litige en contradiction de la décision rendue par le Conseil d'Etat le 2 juillet 2014 ;
- la capacité d'occupation des appartements en cause par les membres de l'indivision A est limitée par les activités professionnelles qu'ils exercent ;
- la location des biens litigieux est ouverte toute l'année et des annonces en ce sens ont été publiées sur divers sites internet.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 29 juin 2021 et le 21 juillet suivant, le directeur départemental des finances publiques du Puy-de-Dôme conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 14 mars 2024 :
- le rapport de Mme B,
- et les conclusions de M. Panighel, rapporteur public.
Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. C H A et autres ont été assujettis à la taxe d'habitation au titre de l'année 2019 à raison de deux appartements situés sur la commune de Saint-Jacques-des-Blats dont ils sont propriétaires indivis. Contestant le bien-fondé de cette imposition, les membres de l'indivision en ont sollicité le dégrèvement par une réclamation en date du 11 décembre 2020. Cette dernière a été rejetée par l'administration par une décision du 4 janvier 2021. Par la présente requête, les requérants demandent au tribunal de prononcer la décharge de l'imposition mise à leur charge.
Sur la question préjudicielle à la Cour de justice de l'Union européenne :
2. Aux termes de l'article 267 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne : " La Cour de justice de l'Union européenne est compétente pour statuer, à titre préjudiciel: / a) sur l'interprétation des traités. / b) sur la validité et l'interprétation des actes pris par les institutions, organes ou organismes de l'Union. (). ".
3. En l'espèce, les requérants posent la question de savoir si " le fait d'obliger un contribuable français à payer un impôt, la taxe d'habitation, qui s'assimile à une réglementation de l'usage des biens au sens de l'article 1 du protocole additionnel n°1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en le privant, sans justification objective et raisonnable d'un avantage accordé à d'autres assujettis, représente-t-il une violation de l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ". Toutefois, ce faisant, les requérants, qui ne visent aucune disposition particulière du droit français ou du droit de l'Union européenne, ne soulèvent aucune question relative à l'interprétation des traités ou à la validité ou interprétation d'actes pris par les institutions, organes ou organismes de l'Union. En tout état de cause, la question préjudicielle soulevée par les requérants ne présente pas de caractère sérieux. Par suite, les conclusions tendant à la saisine de la Cour de justice de l'Union d'une question à titre préjudiciel sur ce point sont irrecevables.
Sur les conclusions à fins de décharge :
4. En premier lieu, aux termes de l'article 1407 du code général des impôts, dans sa version applicable au litige : " I. - La taxe d'habitation est due : 1° Pour tous les locaux meublés affectés à l'habitation ; () / II. - Ne sont pas imposables à la taxe : / 1° Les locaux passibles de la cotisation foncière des entreprises lorsqu'ils ne font pas partie de l'habitation personnelle des contribuables ; () ". Aux termes de l'article 1408 de ce code, dans cette même version : " I. - La taxe est établie au nom des personnes qui ont, à quelque titre que ce soit, la disposition ou la jouissance des locaux imposables. () ". Aux termes de l'article 1415 du même code, également dans sa version applicable au litige : " La () taxe d'habitation sont établies pour l'année entière d'après les faits existants au 1er janvier de l'année de l'imposition ".
5. Il résulte de ces dispositions que le propriétaire d'un local meublé est redevable de la taxe d'habitation dès lors qu'il peut être regardé, au 1er janvier de l'année d'imposition, comme entendant s'en réserver la disposition ou la jouissance une partie de l'année. Tel est le cas s'il l'occupe ou le fait occuper gracieusement une partie de l'année, sans qu'y fassent obstacle les circonstances que ce local meublé serait mis en location pendant l'autre partie de l'année et serait ainsi passible de la cotisation foncière des entreprises, que ce propriétaire disposerait d'une autre habitation ou qu'il donnerait directement le bien en location sans passer par un intermédiaire.
6. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve au contribuable, il appartient au juge de l'impôt, au vu de l'instruction et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si la situation du contribuable entre dans le champ de l'assujettissement de la taxe d'habitation.
7. Si les requérants soutiennent que les biens imposés ne constituent pas leur habitation personnelle, qu'ils sont exclusivement utilisés à usage locatif qu'ils sont à ce titre proposés à la location tout au long de l'année sur diverses plateformes et sites de location, les pièces qu'ils produisent ne sont pas de nature à établir qu'ils n'ont pas conservé la faculté d'occuper les logements en cause lorsqu'ils sont libres ou que ces locaux sont, effectivement, affectés de manière permanente, à la location. En particulier, les attestations de témoins, l'attestation notariale en date du 11 janvier 2021, lesquelles ne sont pas circonstanciées ainsi que les copies d'écran, non datées, du site internet du hameau " le Lioran " dont ils se prévalent ne sauraient démontrer que les appartements imposés étaient occupés par des locataires durant les périodes d'imposition en cause ni que les intéressés n'avaient pas la possibilité d'occuper eux-mêmes les locaux au titre de ces mêmes périodes. Dès lors et, nonobstant les circonstances selon lesquelles les biens en cause sont passibles de la cotisation foncière des entreprises à raison de l'activité de location des biens considérés et que l'activité professionnelle des membres de l'indivision limite leur capacité d'occupation de ces appartements, c'est à bon droit que l'administration fiscale a regardé l'indivision comme ayant pu, au 1er janvier de l'année d'imposition, se réserver la libre disposition des biens ou leur jouissance une partie de l'année et par suite, l'a assujettie pour ce motif à la taxe d'habitation.
8. En deuxième lieu, en se bornant à contester l'utilisation et l'interprétation de l'administration fiscale de l'arrêt rendu par la cour administrative d'appel de Bordeaux du 20 mai 1997 et à énoncer que cet arrêt n'établirait aucune obligation de passer par une agence immobilière, les requérants n'apportent aucun élément de nature à contester le bien-fondé de l'imposition litigieuse. Par suite, le moyen soulevé ne peut qu'être écarté comme inopérant.
9. En troisième lieu, les requérants doivent être regardés comme se prévalant des énonciations du paragraphe 110 de la doctrine référencée BOI-IF-TH-10-10-10, du paragraphe 40 de la doctrine référencée BOI-IF-TH-10-40-10 ainsi que des paragraphes 90 et suivants du BOI-IF-TH-10-20-10, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales. Aux termes de cette disposition : " Il ne sera procédé à aucun rehaussement d'impositions antérieures si la cause du rehaussement poursuivi par l'administration est un différend sur l'interprétation par le redevable de bonne foi du texte fiscal et s'il est démontré que l'interprétation sur laquelle est fondée la première décision a été, à l'époque, formellement admise par l'administration. / () / Lorsque le redevable a appliqué un texte fiscal selon l'interprétation que l'administration avait fait connaître par ses instructions ou circulaires publiées et qu'elle n'avait pas rapportée à la date des opérations en cause, elle ne peut poursuivre aucun rehaussement en soutenant une interprétation différente. Sont également opposables à l'administration, dans les mêmes conditions, les instructions ou circulaires publiées relatives au recouvrement de l'impôt et aux pénalités fiscales ".
10. Toutefois, d'une part, les requérants ne sont pas fondés à se prévaloir des énonciations de ces deux premières doctrines, lesquelles ne comportent pas d'interprétation de la loi fiscale différente de celle dont il est fait application dans le présent jugement. Il en va de même de la doctrine exprimée aux paragraphe 90 et suivants du BOI-IF-TH-10-20-10, laquelle au demeurant, ne vise que les locaux ouverts au public, lesquels n'incluent pas les biens strictement ouverts à la location.
11. Enfin, en dernier lieu, en se bornant à soutenir que l'administration n'aurait apporté aucune preuve de ce qu'ils auraient la libre disposition des appartements litigieux, les requérants, à qui la charge de la preuve incombe comme énoncé au point 6, ne remettent pas sérieusement en cause le bien-fondé de l'imposition en litige.
12. Il résulte de ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à demander la décharge de la cotisation de taxe d'habitation à laquelle ils ont été assujettis. Par suite, leur requête ne peut qu'être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A et autres est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C H A, représentant unique de l'ensemble des requérants en vertu de l'article R. 411-5 du code de justice administrative, et au directeur départemental des finances publiques du Puy-de-Dôme.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2024.
La présidente,
S. B Le greffier,
P. MANNEVEAU
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision. ZR
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