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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2100634

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2100634

vendredi 27 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2100634
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationPrésidente Bader-Koza
Avocat requérantLANTERO & ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 23 mars 2021 et le 6 décembre 2022, Mme A B, représentée par la SELARL Dore-Tany-Benitah, Me Tany, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 12 février 2021 par laquelle le directeur du centre hospitalier Henri Mondor d'Aurillac a refusé de faire droit à sa demande de versement de l'allocation d'aide au retour à l'emploi (ARE) ;

2°) d'enjoindre au centre hospitalier Henri Mondor d'Aurillac de lui verser les allocations de retour à l'emploi à compter du premier jour de l'ouverture de ses droits ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier Henri Mondor d'Aurillac la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le centre hospitalier Henri Mondor d'Aurillac ne conteste pas le principe du droit à l'allocation de retour à l'emploi ;

- le fait que des postes soient disponibles sont sans incidence sur ses droits à l'allocation d'aide au retour à l'emploi ; l'ouverture du droit à l'allocation n'est pas conditionnée par la recherche active d'emploi préalablement à la demande ; des raisons légitimes justifient le refus du poste proposé par le centre hospitalier d'Aurillac ;

- la substitution de motif demandée par le centre hospitalier d'Aurillac est inopérante ; il appartient au centre hospitalier d'Aurillac de prendre en charge l'allocation demandée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 novembre 2021, le centre hospitalier d'Aurillac, représenté par la SELAS Seban Auvergne, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- le motif selon lequel il ne lui revient pas de prendre en charge le versement de l'aide doit être substitué au motif initial tiré de l'existence de postes vacants ;

- lors de sa rupture conventionnelle, la requérante a signé avec le centre hospitalier universitaire d'Amiens une convention par laquelle ce centre s'est engagé à lui verser l'allocation de retour à l'emploi ; il n'est pas parti à cette convention et ne saurait être contraint d'exécuter une obligation à laquelle il n'a pas consenti.

Par un mémoire, enregistré le 25 octobre 2022, le centre hospitalier universitaire d'Amiens-Picardie, représenté par l'AARPI Alter-Native avocats, Me Delentaigne-Leroy, conclut à ce qu'il soit fait droits aux conclusions de la requérante et sollicite que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge du centre hospitalier d'Aurillac sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- l'instance porte uniquement sur la désignation du débiteur de l'obligation de versement de l'aide à l'agent ; le droit à son octroi est acquis et n'est pas contesté ; ce litige relève donc du recours pour excès de pouvoir ;

- l'octroi de l'ARE au profit de l'agent à la suite de la conclusion d'une rupture conventionnelle résulte non pas de l'application du contrat conclu entre l'agent et son employeur mais des seules dispositions législatives et réglementaires ;

- il ne s'est jamais désigné comme étant le débiteur de l'ARE ;

- la charge de l'indemnisation revient à celui des employeurs publics qui a employé la requérante pendant la période la plus longue.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code du travail ;

- le décret n° 2019-797 du 26 juillet 2019 relatif à l'assurance chômage ;

- le règlement d'assurance chômage annexé au décret du 26 juillet 2019 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Bordes, premier conseiller, pour exercer les fonctions de rapporteur public sur le fondement des dispositions de l'article R. 222-24 du code de justice administrative.

La présidente a dispensé le rapporteur public sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bader-Koza, présidente,

- et les observations de Me Lambert, se substituant à Me Tany, avocat de Mme B.

Le centre hospitalier d'Aurillac et le centre hospitalier universitaire d'Amiens-Picardie n'étaient ni présents, ni représentés.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B a été recrutée en qualité d'infirmière de bloc opératoire à compter du 1er février 2012 par le centre hospitalier Henri Mondor d'Aurillac. Suite à une mutation à compter du 1er juin 2019, elle a pris ses fonctions au sein du centre hospitalier universitaire d'Amiens-Picardie avec lequel elle a signé une rupture conventionnelle en août 2020. Mme B a sollicité le bénéfice de l'allocation de retour à l'emploi auprès de son dernier employeur qui a refusé de faire droit à sa demande au motif qu'il appartient au centre hospitalier d'Aurillac de lui verser cette aide. Par une décision du 12 février 2021, le directeur du centre hospitalier d'Aurillac a rejeté la demande de Mme B au motif de la vacance de postes. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne en matière d'aide ou d'action sociale, de logement ou au titre des dispositions en faveur des travailleurs privés d'emploi, et sous réserve du contentieux du droit au logement opposable, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision, en fixant alors lui-même tout ou partie des droits de l'intéressé et en le renvoyant, au besoin, devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation pour le surplus, sur la base des motifs de son jugement. Dans le cas d'un contentieux portant sur les droits au revenu de remplacement des travailleurs privés d'emploi, c'est au regard des dispositions applicables et de la situation de fait existant au cours de la période en litige que le juge doit statuer.

3. D'une part, aux termes de l'article L. 5422-1 du code du travail : " I.- Ont droit à l'allocation d'assurance les travailleurs aptes au travail et recherchant un emploi qui satisfont à des conditions d'âge et d'activité antérieure, et dont : / 1° Soit la privation d'emploi est involontaire, ou assimilée à une privation involontaire () / 2° Soit le contrat de travail a été rompu conventionnellement selon les modalités prévues aux articles L. 1237-11 à L. 1237-16 du présent code (). ". Aux termes de l'article 1 du règlement d'assurance chômage figurant à l'annexe A du décret du 26 juillet 2019 : " Le régime d'assurance chômage assure un revenu de remplacement dénommé " allocation d'aide au retour à l'emploi ", pendant une durée déterminée, aux salariés qui remplissent des conditions relatives au motif de fin du contrat de travail et à la durée d'affiliation, ainsi que des conditions d'âge, d'aptitude physique, de chômage, d'inscription comme demandeur d'emploi et de recherche d'emploi. ". L'article 2 dudit règlement dispose que " () § 3 - Ont également droit à l'allocation d'aide au retour à l'emploi les salariés dont la perte d'emploi résulte : / - d'une rupture conventionnelle du contrat de travail, selon les modalités prévues aux articles L. 1237-11 à L. 1237-16 du code du travail ou à l'article L. 421-12-2 du code de la construction et de l'habitation ; () ". Selon l'article 3 du règlement d'assurance chômage précité, " () / La durée d'affiliation est calculée en jours travaillés ou en heures travaillées. Elle doit être au moins égale à 130 jours travaillés ou 910 heures travaillées : / () / - au cours des 36 mois qui précèdent la fin du contrat de travail (terme du préavis) pour les salariés âgés de 53 ans et plus à la date de la fin de leur contrat de travail. ". L'article 4 de ce règlement fixe les autres conditions auxquelles est subordonné l'octroi de l'allocation d'aide au retour à l'emploi.

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 5424-1 du même code : " Ont droit à une allocation d'assurance, lorsque leur privation d'emploi est involontaire ou assimilée à une privation involontaire ou en cas de cessation d'un commun accord de leur relation de travail avec leur employeur, et lorsqu'ils satisfont à des conditions d'âge et d'activité antérieure, dans les conditions prévues aux articles L. 5422-2 et L. 5422-3 : / 1° Les agents fonctionnaires et non fonctionnaires de l'Etat et de ses établissements publics administratifs () ". Aux termes de l'article R. 5424-2 de ce code, dans sa rédaction applicable au litige : " Lorsque, au cours de la période retenue pour l'application de l'article L. 5422-2, la durée totale d'emploi accomplie pour le compte d'un ou plusieurs employeurs affiliés au régime d'assurance a été plus longue que l'ensemble des périodes d'emploi accomplies pour le compte d'un ou plusieurs employeurs relevant de l'article L. 5424-1, la charge de l'indemnisation incombe à l'institution mentionnée à l'article L. 5312-1 pour le compte de l'organisme mentionné à l'article L. 5427-1. / Dans le cas contraire, cette charge incombe à l'employeur relevant de l'article L. 5424-1, ou à celui des employeurs relevant de cet article qui a employé l'intéressé durant la période la plus longue ".

5. En premier lieu, il résulte des dispositions de précitées que l'agent visé au 1° de l'article L. 5424-1 du code du travail a droit à l'allocation d'aide au retour à l'emploi lorsqu'il a cessé d'un commun accord sa relation de travail avec son employeur et qu'il remplit les autres conditions d'attribution.

6. Au cas d'espèce, le directeur du centre hospitalier d'Aurillac a refusé, par la décision du 12 février 2021 en litige, d'attribuer à Mme B l'allocation d'aide au retour à l'emploi au motif de l'existence de postes vacants, lui proposant un poste de cadre de santé aux urgences dudit centre hospitalier à l'indice majoré 443. Toutefois, d'une part, il résulte des dispositions précitées que la conclusion d'une rupture conventionnelle ne fait pas, par elle-même, obstacle à l'attribution de l'allocation d'aide au retour à l'emploi. D'autre part, et alors que Mme B bénéficiait auparavant d'un poste avec un indice majoré 674 et qu'elle réside désormais à Amiens, elle justifie de raisons légitimes pour avoir refusé ce poste. Dans ces conditions, Mme B peut prétendre au bénéfice de l'aide au retour à l'emploi.

7. En second lieu, pour l'application des dispositions citées aux points 3 et 4 du présent jugement, lorsqu'au cours de la période de référence retenue pour apprécier la condition d'activité professionnelle antérieure à laquelle est subordonné le versement de l'allocation d'assurance, la durée totale d'emploi a été accomplie par l'intéressé pour le compte de plusieurs employeurs publics relevant de l'article L. 5424-1 du code du travail, ou que la durée totale d'emploi accomplie pour le compte de tels employeurs a été plus longue que celle accomplie pour le compte d'un ou plusieurs employeurs affiliés au régime d'assurance, la charge de l'indemnisation incombe à celui de ces employeurs publics qui a employé l'intéressé durant la période la plus longue.

8. En l'espèce, Mme B ayant relevé de deux employeurs publics, entrant tous deux dans le champ de l'article L. 5424-1 du code du travail, au cours de la période retenue pour l'application de l'article L. 5422-2, la charge de son indemnisation incombe à celui de ces employeurs publics qui l'a employée durant la période la plus longue. A la date de prise d'effet de sa rupture conventionnelle conclue avec le centre hospitalier universitaire d'Amiens, soit au 19 août 2020, Mme B, née le 17 mars 1962, était âgée de 58 ans. La période de référence retenue pour l'application de l'article L. 5422-2 du code du travail est de trente-six mois précédent sa rupture conventionnelle, soit du 19 août 2017 au 20 août 2020. Durant cette période, Mme B a travaillé au centre hospitalier d'Aurillac d'août 2017 à mai 2019, soit pendant 22 mois, puis, au centre universitaire d'Amiens de juin 2019 à août 2020, soit 14 mois. Dans ces conditions, le centre hospitalier d'Aurillac doit être regardé comme étant le débiteur de l'allocation d'aide au retour à l'emploi.

9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision du 12 février 2021 par laquelle le centre hospitalier d'Aurillac a refusé de faire droit à la demande tendant au versement de l'allocation d'aide au retour à l'emploi.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

10. Le tribunal ne disposant pas des éléments nécessaires à la détermination de ses droits, Mme B est renvoyée devant le centre hospitalier d'Aurillac. Par suite, le centre hospitalier d'Aurillac devra procéder au réexamen de la situation de Mme B afin de déterminer ses droits à l'allocation d'aide au retour à l'emploi.

Sur les frais de l'instance :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier d'Aurillac, le versement à Mme B d'une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier d'Aurillac, la somme demandée par le centre hospitalier universitaire d'Amiens au titre des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 12 février 2021 par laquelle le centre hospitalier d'Aurillac a refusé de faire droit à la demande de Mme B tendant au versement de l'allocation d'aide au retour à l'emploi est annulée.

Article 2 : Mme B est renvoyée devant le centre hospitalier d'Aurillac pour qu'il soit procédé à la détermination de ses droits à l'allocation d'aide au retour à l'emploi.

Article 3 : Le centre hospitalier d'Aurillac versera à Mme B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

Article 4 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier universitaire d'Amiens au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le surplus des conclusions présentées par Mme B est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au centre hospitalier d'Aurillac et au centre hospitalier universitaire d'Amiens.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2024.

La présidente,

S. BADER-KOZALe greffier,

P. MANNEVEAU

La République mande et ordonne à la ministre du travail et de l'emploi en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2100634

AC

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