vendredi 6 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2100692 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 1 |
| Avocat requérant | DMMJB AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 31 mars et 28 juin 2021, la société civile immobilière Outdoor et le syndicat des copropriétaires du 35 rue des cordeliers, représentés par Me Rodriguez-Jaffeux, avocate, demandent au tribunal :
1°) de condamner in solidum la commune de Clermont-Ferrand et la société Enedis à lui payer la somme totale de 11 610 euros " HT outre la TVA applicable au taux en vigueur ", " indexée sur l'indice du coût de la construction ", en réparation des préjudices qu'ils estiment avoir subis ;
2°) de mettre les entiers dépens à la charge de la commune de Clermont-Ferrand et de la société Enedis ;
3°) de mettre la somme de 3 000 euros à la charge in solidum de la commune de Clermont-Ferrand et de la société Enedis en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- leur action n'est pas prescrite ;
- les dommages qu'ils ont subis sont imputables à la commune de Clermont-Ferrand et à la société Enedis ;
- ses dommages revêtent un caractère anormal et spécial ;
- aucune faute ne peut leur être opposée ;
- leurs préjudices se montent à la somme totale de 11 610 euros " HT outre la TVA applicable au taux en vigueur ".
Par des mémoires en défense, enregistrés les 16 juin 2021 et 10 mai 2022, ce dernier n'ayant pas été communiqué, la commune de Clermont-Ferrand, représentée par la SELARL DMMJB, avocats, conclut, dans le dernier état de ses écritures, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce que sa part de responsabilité soit ramenée à 5 % et à ce que la somme de 4 000 euros soit mise à la charge des requérants.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors qu'elle a été tardivement introduite ;
- l'action des requérants est prescrite ;
- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 22 juin et 12 juillet 2021, la société Enedis, représentée par la SELARL Tournaire Meunier, avocats, conclut :
- à titre principal, au rejet de la requête ;
- à titre subsidiaire, à ce que sa part de responsabilité soit ramenée à de plus justes proportions ;
- à titre infiniment subsidiaire, à ce que la commune de Clermont-Ferrand soit condamnée à la garantir des condamnations qui pourraient être mises à sa charge ;
- et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge in solidum des requérants " et ou " de la commune de Clermont-Ferrand.
Elle fait valoir que :
- l'action des requérants est prescrite ;
- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés ;
- la commune de Clermont-Ferrand a commis une faute à son égard qui justifie son appel en garantie.
Une ordonnance en date du 22 avril 2022 a fixé la clôture d'instruction au 10 mai 2022.
Par des lettres en date du 11 septembre 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'incompétence de la juridiction administrative pour statuer sur les conclusions de la société Outdoor et du syndicat des copropriétaires du 35 rue des cordeliers tendant à la condamnation de la société Enedis à réparer les dommages qu'ils invoquent dans la mesure où ceux-ci ne découlent pas de la réalisation de travaux publics dès lors qu'il résulte de l'instruction et notamment des échanges de courriers des 15 et 30 janvier 2007 entre la société EDF et les services de la commune de Clermont-Ferrand, que les travaux ayant consisté en l'inclusion dans un mur de façade d'un coffret de répartition électrique ont été réalisés seulement pour le compte de la société Enedis et non d'une personne publique et qu'ils n'ont pas été exécutés dans un but d'intérêt général.
Une réponse au moyen d'ordre public présentée par la société Outdoor et le syndicat des copropriétaires du 35 rue des cordeliers a été enregistrée le 19 septembre 2024 et communiquée.
Une réponse au moyen d'ordre public présentée par la société Enedis a été enregistrée le 24 septembre 2024 et communiquée.
Par des lettres en date 14 novembre 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires présentées par la société Outdoor dès lors qu'elle est dépourvue d'intérêt à présenter ces conclusions dans la mesure où elle n'invoque aucun préjudice personnel distinct de l'atteinte portée aux parties communes de l'immeuble, dont seul le syndicat des copropriétaires du 35 rue des cordeliers a intérêt à demander la réparation.
Une réponse au moyen d'ordre public présentée par la société Enedis a été enregistrée le 19 novembre 2024 et communiquée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'État, les départements, les communes et les établissements publics ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Jurie ;
- les conclusions de M. Panighel, rapporteur public ;
- et les observations de Me Rodriguez-Jaffeux, représentant les requérants, de Me Bonicel, représentant la commune de Clermont-Ferrand et de Me Tournaire, représentant la société Enedis.
Considérant ce qui suit :
1. Au cours de l'année 2007, la commune de Clermont-Ferrand a fait réaliser des travaux de voirie rues de Marmilhat et des cordeliers. À l'occasion de ces travaux, un coffret de répartition électrique a été encastré dans l'angle sud-est de la façade de l'immeuble situé 35 rue des cordeliers. Estimant subir des désordres résultant de la réalisation de ces travaux, la société civile immobilière (SCI) Outdoor et le syndicat des copropriétaires du 35 rue des cordeliers ont, par une requête numérotée 1600661, saisi le juge des référés afin que des mesures d'expertise soient prescrites. Par une ordonnance du 16 septembre 2016, le juge des référés a désigné un expert en vue, notamment, de constater les désordres en cause, d'en déterminer l'origine et de décrire les travaux propres à y mettre un terme. Par une requête numérotée 1800761, la société Outdoor et le syndicat des copropriétaires du 35 rue des cordeliers ont saisi le tribunal de l'indemnisation de leur préjudice découlant du coût de remise en état du bâtiment. Une ordonnance rendue le 15 décembre 2020 a donné acte du désistement d'office de cette requête en application des dispositions de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative. Par une nouvelle requête numérotée 2100692, la société Outdoor et le syndicat des copropriétaires du 35 rue des cordeliers demandent au tribunal la réparation des préjudices résultant des désordres affectant l'immeuble.
Sur la recevabilité des conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne l'intérêt à agir de la société Outdoor :
2. Il ressort des propres écritures des requérants ainsi que des éléments du dossier que la société Outdoor, qui est propriétaire d'un local à usage d'agence d'architecture dans l'immeuble situé au 35 rue des cordeliers, demande la réparation des mêmes préjudices que celui dont l'indemnisation est également sollicitée par le syndicat des copropriétaires du 35 rue des cordeliers. Or, il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise, qu'à l'exception d'un bris de vitrines, les préjudices dont il est ainsi demandé réparation correspondent au coût des travaux devant être engagés en vue de remédier aux désordres consistant en des fissurations des murs de façade du bâtiment apparus côté rue de Marmilhat et côté rue des cordeliers. En outre, il n'est ni allégué, ni corroboré par les éléments du dossier, que les fissurations susmentionnées affecteraient le local appartenant à la société Outdoor ou des droits dont elle dispose en qualité de propriétaire de ce dernier. Ainsi, la société Outdoor a seulement intérêt à agir en vue d'obtenir la réparation du préjudice découlant du bris de vitre qu'elle a subi. Par suite, la société Outdoor n'est pas recevable à demander la condamnation de la commune de Clermont-Ferrand et de la société Enedis à réparer les préjudices résultant des fissurations des murs de façade du bâtiment.
En ce qui concerne la tardiveté des conclusions indemnitaires dirigées contre la commune de Clermont-Ferrand :
3. La commune de Clermont-Ferrand fait valoir en défense que les conclusions indemnitaires dirigées à son encontre ont été introduites tardivement.
4. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle () ".
5. La décision par laquelle l'administration rejette une réclamation tendant à la réparation des conséquences dommageables d'un fait qui lui est imputé lie le contentieux indemnitaire à l'égard du demandeur pour l'ensemble des dommages causés par ce fait générateur, quels que soient les chefs de préjudice auxquels se rattachent les dommages invoqués par la victime et que sa réclamation ait ou non spécifié les chefs de préjudice en question.
6. Par suite, la victime est recevable à demander au juge administratif, dans les deux mois suivant la notification de la décision ayant rejeté sa réclamation, la condamnation de l'administration à l'indemniser de tout dommage ayant résulté de ce fait générateur, y compris en invoquant des chefs de préjudice qui n'étaient pas mentionnés dans sa réclamation.
7. En revanche, si une fois expiré ce délai de deux mois, la victime saisit le juge d'une demande indemnitaire portant sur la réparation de dommages causés par le même fait générateur, cette demande est tardive et, par suite, irrecevable. Il en va ainsi alors même que ce recours indemnitaire indiquerait pour la première fois les chefs de préjudice auxquels se rattachent les dommages, ou invoquerait d'autres chefs de préjudice, ou aurait été précédé d'une nouvelle décision administrative de rejet à la suite d'une nouvelle réclamation portant sur les conséquences de ce même fait générateur.
8. Il n'est fait exception à ce qui est dit au point précédent que dans le cas où la victime demande réparation de dommages qui, tout en étant causés par le même fait générateur, sont nés, ou se sont aggravés, ou ont été révélés dans toute leur ampleur postérieurement à la décision administrative ayant rejeté sa réclamation.
9. En l'espèce, par un courrier daté du 26 février 2018, reçu le lendemain, les requérants ont présenté une réclamation préalable à la commune de Clermont-Ferrand afin de lui demander l'indemnisation de leurs préjudices. Cette demande a fait l'objet d'un accusé de réception daté du 12 avril 2018 mentionnant les conditions de naissance d'une décision implicite de rejet ainsi que les voies et délais de recours permettant de contester ladite décision. L'accusé de réception postal n° 2C 121 120 4747 7, produit en défense, permet d'établir que le pli contenant l'accusé de réception de la demande préalable a été délivré le 16 avril 2018 à l'adresse du conseil des requérants. Ces derniers disposaient donc d'un délai de deux mois à compter de la naissance de la décision implicite de rejet de leur réclamation préalable pour former un recours contentieux. En outre, la circonstance que la commune de Clermont-Ferrand ait été saisie, le 23 décembre 2020, d'une nouvelle réclamation préalable datée du 21 décembre 2020 identique à la précédente, n'est pas de nature à faire courir un nouveau délai de recours contentieux. Dans ces conditions, la commune de Clermont-Ferrand est fondée en sa fin de non-recevoir à soutenir que les conclusions indemnitaires des requérants dirigées à son encontre sont tardives et, par suite, irrecevables.
Sur l'exception de prescription invoquée en défense par la société Enedis :
10. La société Enedis soutient en défense que la créance découlant du coût de remise en état de l'immeuble en cause est prescrite depuis le 1er janvier 2015 en application des dispositions de la loi du 31 décembre 1968.
11. Aux termes de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 susvisée : " Sont prescrites, au profit de l'État, des départements et des communes, sans préjudice des déchéances particulières édictées par la loi, et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis. / Sont prescrites, dans le même délai et sous la même réserve, les créances sur les établissements publics dotés d'un comptable public ". Il résulte de ces dispositions que les règles de prescription qu'elles prévoient visent les créances dont sont débiteurs l'État, les départements, les communes et les établissements publics dotés d'un comptable public, mais ne sont pas applicables aux créances dont une personne privée est débitrice, quel qu'en soit le créancier. Or, la société Enedis est une société commerciale créée le 1er janvier 2008 sous la dénomination sociale d'ERDF. Par suite, l'exception de prescription quadriennale opposée par la société Enedis aux créances dont se prévalent le syndicat des copropriétaires du 35 rue des cordeliers et la société Outdoor ne peut qu'être écartée.
Sur les conclusions indemnitaires présentées par le syndicat des copropriétaires du 35 rue des cordeliers :
En ce qui concerne le principe de la responsabilité :
12. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise qu'au cours de l'année 2007, la commune de Clermont-Ferrand a entrepris des travaux de voirie sur les chaussées des rues de Marmilhat et des cordeliers. À cette occasion, la société Enedis a informé la commune de Clermont-Ferrand de son souhait de changer un câble basse tension rue des cordeliers, puis, par un courrier du 30 janvier 2007, de sa " décision de renouveler le réseau électrique de desserte locale " et de la programmation d'" interventions de pose de réseau ". Il résulte également de l'instruction que, dans le cadre de ces travaux, M. A, agissant en qualité de syndic de la copropriété du 35 rue des cordeliers, a donné l'autorisation à EDF, devenue la société Enedis, d'encastrer un coffret de répartition électrique, se trouvant initialement en avant du bâtiment sur la voie publique, dans l'angle sud-est de la façade de l'immeuble. Une niche de 0,85 mètres de large par 1,37 mètres de haut a ainsi été aménagée à 0,5 mètres de l'angle sud-est de l'immeuble afin d'accueillir le coffret de répartition électrique. Dès le 10 janvier 2007, des fissures sont apparues sur les façades de l'immeuble.
13. Selon le rapport d'expertise, le coffret de répartition électrique encastré dans la façade de l'immeuble en cause consiste en une importante boîte de dérivation qui dessert les immeubles avoisinants. En outre, il résulte de l'instruction que la niche creusée dans la façade de l'immeuble en cause a été aménagée à seule fin d'accueillir ce coffret et constitue avec lui un ensemble indissociable. Dès lors, cet équipement est, dans son ensemble, directement affecté au service public de distribution électrique dont la société Enedis a la charge et constitue, ainsi, un ouvrage public.
14. Il ne résulte pas de l'instruction et notamment pas du rapport d'expertise, que les désordres affectant le bâtiment situé 35 rue des cordeliers seraient survenus du fait de l'utilisation, par un des propriétaires ou par un occupant de cet immeuble, du coffret de répartition électrique en cause, mais sont apparus du fait de ses conditions même d'implantation. Par suite, la société Outdoor et le syndicat des copropriétaires du 35 rue des cordeliers ont la qualité de tiers par rapport à cet ouvrage dont la garde incombait à la société Enedis.
15. Le maître de l'ouvrage est responsable, même en l'absence de faute, des dommages que les ouvrages publics dont il a la garde peuvent causer aux tiers tant en raison de leur existence que de leur fonctionnement. Il ne peut dégager sa responsabilité que s'il établit que ces dommages résultent de la faute de la victime ou d'un cas de force majeure. Ces tiers ne sont pas tenus de démontrer le caractère grave et spécial du préjudice qu'ils subissent lorsque le dommage n'est pas inhérent à l'existence même de l'ouvrage public ou à son fonctionnement et présente, par suite, un caractère accidentel.
16. Les fissures et bris de vitrine de l'immeuble ne résultent pas du fonctionnement normal du coffret de répartition électrique mais du défaut de conception de son implantation, l'expert relevant que l'aménagement en angle sud-est du bâtiment de la niche d'accueil de l'ouvrage a provoqué la fragilisation de l'immeuble. Dès lors, les dommages causés à la propriété des requérants revêtent un caractère accidentel.
17. En défense la société Enedis expose que le rapport élude la faute de la victime dans la mesure où l'expert n'a tiré aucune conséquence de la vétusté préexistante de l'immeuble et de son défaut d'entretien. Toutefois, aucun des éléments soumis à l'appréciation du tribunal par la société Enedis ne tend à contredire les mentions du rapport d'expertise qui a retenu comme cause de survenance des désordres litigieux, l'absence de prise en compte de la fragilité préexistante de l'immeuble du 35 rue des cordeliers, notamment lors de l'insertion du coffret de répartition électrique dans l'angle sud-est de sa façade. Dès lors et à supposer même que la société Enedis puisse être regardée comme ayant entendu se prévaloir de la faute de la victime, cette dernière ne peut qu'être écartée.
18. En outre, l'expert a relevé dans son rapport, que si l'immeuble présentait une fragilité intrinsèque évidente, identifiable par la présence d'ouvrages de confortement, d'un vestige de butonnage et de fissures, cet état a été aggravé par le percement de la niche destinée à accueillir le coffret de répartition électrique et par l'implantation de ce dernier au voisinage d'un angle déjà particulièrement sensible dans la mesure où il était alors soutenu par deux ouvrages de renfort. L'expert en a conclu que les désordres trouvaient notamment leur origine dans l'absence de prise en compte de l'état initial de l'immeuble dans le choix d'un emplacement " particulièrement inapproprié " pour l'implantation du coffret de répartition électrique. Dans ces conditions, l'insertion dudit coffret dans l'angle sud-est de la façade de l'immeuble du 35 rue des cordeliers est directement à l'origine des désordres subis par ce bâtiment. Il suit de là que les requérants sont fondés à engager la responsabilité de la société Enedis à raison de la survenance de ces désordres à hauteur de 75% des dommages conformément au rapport de l'expert qui a, par ailleurs, retenu que les dommages trouvaient également leur origine à hauteur de 25% dans les travaux de voirie réalisés à proximité pour le compte de la commune de Clermont-Ferrand.
En ce qui concerne les préjudices :
19. En premier lieu, il résulte des factures émises par la société EGC et par la société Solutions habitat rénovation que le syndic de copropriété de l'immeuble du 35 rue des cordeliers s'est acquitté des sommes respectives de 4 180 euros toutes taxes comprises et de 2 160 euros toutes taxes comprises correspondant aux travaux de maçonnerie et à la maîtrise d'œuvre préconisée par l'expert dans son rapport. Dans ces conditions, après application de la part de responsabilité imputée par l'expert à l'ouvrage en cause et fixée à 75 %, le syndicat requérant est fondé à prétendre à la somme totale de 4 755 euros toutes taxes comprises en réparation du préjudice tiré du coût des travaux de remise en état du bâtiment.
20. En deuxième lieu, le syndicat des copropriétaires du 35 rue des cordeliers demande la somme de 900 euros " HT outre la TVA applicable au taux en vigueur " au titre de l'intervention de la société Alpha BTP. Il ressort du rapport d'expertise que cette somme correspond à la pose de jauges au cours des opérations d'expertise. Compte tenu des termes du rapport d'expertise et des énonciations de l'ordonnance nos1600661 et 1701528 du 6 octobre 2017, cette somme n'a pas été incluse dans les frais et honoraires liquidés et taxés au profit de l'expert. Dès lors, après application de la part de responsabilité imputée par l'expert à l'ouvrage en cause et fixée à 75 %, le syndicat requérant est fondé à prétendre à la somme de 742,50 toutes taxes comprises en réparation du préjudice résultant de l'intervention de la société Alpha BTP pendant les opérations d'expertise.
21. En troisième lieu, il ressort du rapport d'expertise que les désordres ont également consisté en un bris de vitre qui implique la réalisation de travaux de vitrerie, dont la réalité n'est pas sérieusement contestée par la société Enedis en défense, pour un montant toutes taxes comprises de 5 621 euros. Par suite, après application de la part de responsabilité imputée par l'expert à l'ouvrage en cause et fixée à 75 %, la société Outdoor est fondée à prétendre à la somme de 4 215,75 euros toutes taxes comprises en réparation du préjudice résultant du coût des travaux nécessaires à remédier au bris de vitre qu'elle a subi.
22. En dernier lieu, les conséquences dommageables des désordres doivent être évaluées à la date où, leur cause ayant pris fin et leur étendue étant connue, il peut être procédé aux travaux destinés à les réparer. Il n'en va autrement que si ces travaux sont retardés pour une cause indépendante de la volonté de la victime. Or, en l'espèce, les requérants se bornent à demander l'actualisation du montant des indemnités qu'ils demandent par " indexation sur l'indice du coût de la construction " sans autre précision et notamment sans indiquer aucune circonstance susceptible de démontrer une impossibilité financière, matérielle ou juridique à la mise en œuvre des travaux de réparation indiqués comme nécessaires et connus dans leur étendue à la date de dépôt du rapport d'expertise. À cet égard, aucun des éléments du dossier ne tend à corroborer les allégations des requérants tenant à l'inertie de la société Enedis à procéder à l'enlèvement du coffret de répartition électrique et à l'impossibilité de faire réaliser les travaux de vitrerie concomitamment aux travaux de confortement du bâtiment. Il suit de là que le syndicat des copropriétaires du 35 rue des cordeliers et la société Outdoor ne justifient pas avoir été dans l'impossibilité financière ou technique de faire procéder aux travaux nécessaires à la date du dépôt du rapport d'expertise.
Sur les dépens :
23. En application des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, les frais d'expertise liquidés et taxés à la somme de 8 869,34 euros par l'ordonnance nos1600661 et 1701528 rendue le 6 octobre 2017 doivent être mis à la charge définitive de la société Enedis.
Sur l'appel en garantie présenté par la société Enedis :
24. La société Enedis fait valoir que même si EDF avait installé le coffret de répartition électrique, " elle n'est pas devenue pour autant maître d'ouvrage des travaux de maçonnerie dans le mur " de l'immeuble du 35 rue des cordeliers. Elle fait également valoir que la commune de Clermont-Ferrand a commis une faute à son égard dès lors qu'elle a fait ouvrir les voiries ; qu'elle a missionné une entreprise pour percer la niche en façade ; qu'elle doit répondre des désordres commis par les entreprises avec lesquelles elle a signé un acte d'engagement et que le percement de la niche n'a pas été réalisé dans les règles de l'art. Toutefois, ainsi qu'il a été précédemment énoncé au point 13 du présent jugement, le coffret de répartition électrique ainsi que la niche aménagée en façade afin de l'accueillir constituent un ouvrage public. En outre, il ne résulte pas de l'instruction et notamment pas du rapport d'expertise, que la commune de Clermont-Ferrand aurait fait réaliser les travaux de percement de la niche destinée à accueillir le coffret de répartition électrique qui y a été ultérieurement inséré. Il ne résulte pas davantage de l'instruction que la commune de Clermont-Ferrand aurait donné l'instruction de faire creuser la niche dans l'angle sud-est du bâtiment et, ainsi, que l'erreur technique relevée par l'expert serait imputable à la décision de l'autorité territoriale. Par suite, la société Enedis n'est pas fondée à appeler la commune de Clermont-Ferrand à la garantir au titre d'une faute qu'elle aurait commise à son égard.
Sur les frais d'instance :
25. En application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre la somme totale de 1 500 euros à la charge de la société Enedis au titre des frais exposés par la société Outdoor et le syndicat des copropriétaires du 35 rue des cordeliers et non compris dans les dépens. En outre, les dispositions susmentionnées font obstacle à ce que les requérants, qui ne sont pas la partie perdante dans la présente instance, soient condamnés à verser à la société Enedis la somme de 3 000 euros qu'elle demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Enfin, il n'y a pas lieu de faire droit, dans les circonstances de l'espèce, aux conclusions de la commune de Clermont-Ferrand présentées au titre desdites dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La société Enedis est condamnée à payer au syndicat des copropriétaires du 35 rue des cordeliers la somme totale de 5 497,50 euros.
Article 2 : La société Enedis est condamnée à payer à la société Outdoor la somme de 4 215,75 euros.
Article 3 : Les frais d'expertise liquidés et taxés à la somme de 8 869,34 euros sont mis à la charge définitive de la société Enedis.
Article 4 : La société Enedis versera aux requérants la somme totale de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à la société civile immobilière Outdoor première dénommée, en application de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, à la société Enedis et à la commune de Clermont-Ferrand.
Délibéré après l'audience du 22 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Caraës, présidente,
M. Jurie, premier conseiller,
Mme Bollon, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2024.
Le rapporteur,
G. JURIE
La présidente,
R. CARAËS La greffière,
F. LLORACH
La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
03/08/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2531339
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509870
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509781
03/08/2026