vendredi 14 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2100715 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 1 |
| Avocat requérant | CABINET VIA JURIS |
Vu la procédure suivante :
Par la requête et un mémoire, enregistrés les 2 avril et 23 décembre 2021 , M. C A, représenté par le cabinet Viajuris, Me Babin, avocate, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles il a été assujetti au titre des années 2016 et 2017 ;
2°) de mettre la somme de 1 500 euros à la charge de l'Etat en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que,
s'agissant de la résidence pour personnes âgées " Le Millepertuis " :
- l'administration ne pouvait pas considérer qu'il existait un " ensemble économique intégré " entre la SCI Jacaro et " son locataire " dans la mesure où, pour cela, il aurait fallu " soit que le loyer soit calculé en fonction du bénéfice ou du chiffre d'affaires du preneur, soit que le bailleur poursuive lui-même une activité commerciale qui constituerait un ensemble économique intégré avec les activités de son locataire " ;
- l'activité de la SCI Jacaro ne pouvait être qualifiée de commerciale dans la mesure où les locataires de cette dernière ne sont pas clients de la SARL A2CJB dès lors qu'ils ne disposent pas des appartements meublés et que les contrats de location ne sont pas fictivement séparés entre ces deux sociétés ;
s'agissant de l'appartement situé 93 rue Saint-Charles à Paris :
- dans la mesure où la SCI Jacaro " n'a pas perçu de fonds " le profit ne peut pas être réintégré à son résultat ;
- le montant des recettes déterminé par l'administration ne prend pas en compte la commission de l'intermédiaire et doit, de ce fait, être réduit de 30 % ;
- l'activité de domiciliation ne peut être qualifiée de prestation à caractère commercial dès lors qu'elle concernait la fourniture d'une adresse de siège social et " non une domiciliation intégrant l'ensemble des services habituels ".
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 octobre 2021, le directeur général du contrôle fiscal Centre Est conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Jurie ;
- et les conclusions de M. Panighel, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La société civile immobilière (SCI) Jacaro, qui était soumise au régime d'imposition de l'article 8 du code général des impôts et dont M. A est gérant et associé à hauteur de 66,67% des parts (8/12ème des parts), ses quatre enfants détenant une part chacun, a notamment pour objet l'acquisition et l'exploitation par bail ou autrement d'immeubles ainsi que de biens et de droits immobiliers. À ce titre, elle est propriétaire d'une résidence pour personnes âgées dite " Les Millepertuis ", située place Cadelade au Puy-en-Velay et d'un immeuble situé 93 rue Saint-Charles à Paris. La société Jacaro a été soumise à un contrôle sur place au titre de la période du 1er janvier 2012 au 31 décembre 2017 à l'issue duquel l'administration a estimé qu'elle devait être soumise à l'impôt sur les sociétés en application de l'article 206-2 du code général des impôts au motif qu'elle exerçait des activités commerciales excédant de plus de 10% le montant de ses recettes totales hors taxes et l'a assujettie à des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés au titre des années 2016 et 2017. . En conséquence, et suivant la procédure contradictoire, M. A a été assujetti à des compléments d'impôt sur le revenu au titre des années 2016 et 2017 en raison du rejet de la quote-part des déficits fonciers provenant de la SCI Jacaro. Ces impositions ont été assorties des intérêts de retard et de la majoration de 10% prévue à l'article 1758 A du code général des impôts. Par sa requête, M. A demande la décharge de ces impositions.
Sur le bien-fondé de l'imposition :
2. Aux termes de l'article 206 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable aux années d'imposition en litige : " () / 2. Sous réserve des dispositions de l'article 239 ter, les sociétés civiles sont également passibles dudit impôt, même lorsqu'elles ne revêtent pas l'une des formes visées au 1 si elles se livrent à une exploitation ou à des opérations visées aux articles 34 et 35 () ". Aux termes de l'article 34 du même code : " Sont considérés comme bénéfices industriels et commerciaux, pour l'application de l'impôt sur le revenu, les bénéfices réalisés par des personnes physiques et provenant de l'exercice d'une profession commerciale, industrielle ou artisanale () ". Aux termes de l'article 35 dudit code : " I. - Présentent également le caractère de bénéfices industriels et commerciaux, pour l'application de l'impôt sur le revenu, les bénéfices réalisés par les personnes physiques désignées ci-après : / () / 5° Personnes qui donnent en location un établissement commercial ou industriel muni du mobilier ou du matériel nécessaire à son exploitation, que la location comprenne, ou non, tout ou partie des éléments incorporels du fonds de commerce ou d'industrie () ".
En ce qui concerne la résidence pour personnes âgées " Les Millepertuis " :
3. En premier lieu, M. A soutient que l'administration ne pouvait pas considérer qu'il existait un " ensemble économique intégré " entre la SCI Jacaro et " son locataire " dans la mesure où, pour cela, il aurait fallu " soit que le loyer soit calculé en fonction du bénéfice ou du chiffre d'affaires du preneur, soit que le bailleur poursuive lui-même une activité commerciale qui constituerait un ensemble économique intégré avec les activités de son locataire ". Toutefois, pour procéder au rehaussement d'impôt sur les sociétés de la SCI Jacaro, l'administration a retenu qu'il existait une communauté étroite d'intérêts entre cette dernière société, la SARL A2CJB et la SARL Résidence le Puy-en-Velay et que ces sociétés exploitaient une résidence destinée non seulement à accueillir des personnes âgées en location mais également à leur procurer des services spécifiques. L'administration en a déduit que la SCI Jacaro ne se contentait pas de louer des appartements non meublés situés au sein de la résidence " Les Millepertuis ", mais participait à l'exploitation commerciale de cette résidence. Dès lors, et contrairement à ce que fait valoir le requérant, l'administration n'a pas relevé que la SCI Jacaro constituait un " ensemble économique intégré " avec l'activité de " son locataire ". Par suite ce moyen ne peut qu'être écarté.
4. En second lieu, M. A expose que l'activité de la SCI Jacaro ne pouvait être qualifiée de commerciale dans la mesure où les locataires de cette dernière ne sont pas clients de la SARL A2CJB dès lors qu'ils ne disposent pas des appartements meublés et que les contrats de location ne sont pas fictivement séparés entre ces deux sociétés.
5. Toutefois, il est constant que la société Jacaro est propriétaire de la résidence pour personnes âgées " Les Millepertuis ". Il est également constant que des appartements de cette résidence peuvent soit être loués non meublés par la SCI Jacaro soit être loués meublés par la SARL A2CJB. Dans ce dernier cas, la SCI Jacaro loue les appartements dont elle est propriétaire dans la résidence " Les Millepertuis " à la SARL A2CJB qui, ensuite, procède à leur sous-location en meublés. De même, il est constant que la SARL Résidence le Puy-en-Velay est l'employeur d'une " coordinatrice " qui intervient au sein de la résidence " Les Millepertuis ", dont les missions, fixées par l'article 2 du règlement de fonctionnement de la résidence, consistent notamment à proposer des activités et à maintenir un lien social avec toutes les personnes âgées locataires au sein de la résidence, et que les prestations de la coordinatrice sont refacturées à la SCI Jacaro puis aux locataires. Il n'est pas davantage contesté que la SCI Jacaro est détenue par M. C A, à hauteur de 8 parts sur 12 ainsi que par ses enfants, à hauteur d'une part chacun, alors que la SCI Jacaro détient 89,27 % du capital de la SARL A2CJB ; les 10,73 % restant étant détenus par M. C A et ses enfants. La SARL A2CJB, quant à elle, détient 100 % du capital de la SARL Résidence le Puy-en-Velay. Par ailleurs, la gérance respective de la SCI Jacaro et de la SARL A2CJB est exercée par M. C A alors que l'épouse de ce dernier, Mme D A, est la gérante de la SARL Résidence le Puy-en-Velay.
6. Il résulte des conditions d'exploitation de la résidence " Les Millepertuis " et notamment des liens d'interdépendance des sociétés que la SCI Jacaro ne se bornait pas à louer des appartements non meublés situés au sein de la résidence Les Millepertuis mais participait même indirectement à la gestion ou aux résultats des sociétés Résidence Le Puy-en-Velay et A2CJB consistant en l'exploitation d'une résidence de services. Dans ces conditions, c'est à bon droit que l'administration a assujetti la SCI Jacaro aux impôts commerciaux.
En ce qui concerne l'appartement situé 93 rue Saint-Charles à Paris :
7. En premier lieu, M. A soutient, sans autre précision, que dans la mesure où la SCI Jacaro " n'a pas perçu de fonds " le profit ne peut pas être réintégré à son résultat. Toutefois, cette allégation n'est étayée par aucun élément du dossier alors qu'il ressort de la proposition de rectification ainsi que des observations de l'administration en défense qui ne sont, ni l'une ni les autres contestées par le requérant, que des sommes portées au crédit des comptes bancaires de la SCI Jacaro à hauteur d'environ 100 euros en moyenne, correspondaient à des arrhes de location de l'appartement du 93 rue Saint-Charles. Dès lors, le moyen tiré de l'absence de perception de fonds par la SCI Jacaro au titre de son activité de location de l'appartement en cause doit être écarté.
8. En deuxième lieu, il est constant que la SCI Jacaro est propriétaire d'un appartement situé 93 rue Saint-Charles à Paris dont la location est gérée sur place par un tiers, Mme B. Or, l'administration qui n'est pas contestée sur ce point, a relevé qu'aucun contrat n'était produit par la SCI Jacaro entre elle et Mme B, qu'aucune facture n'avait été établie dans le cadre de leurs relations et que les recettes tirées de la location de l'appartement n'étaient que partiellement retranscrites et en a ainsi déduit que Mme B ne pouvait être regardée comme un fournisseur de la SCI Jacaro. En outre, aucun élément du dossier ne tend à corroborer que Mme B aurait, à titre d'intermédiaire, perçu des commissions d'un montant équivalent à la réduction de 30 % dont se prévaut le requérant. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que le montant des recettes déterminé par l'administration ne prend pas en compte la commission de l'intermédiaire et doit, de ce fait, être réduit de 30 %.
9. En troisième et dernier lieu, le requérant fait valoir que l'activité de domiciliation ne peut être qualifiée de prestation à caractère commercial dès lors qu'il s'agissait de la fourniture d'une adresse de siège social et " non d'une domiciliation intégrant l'ensemble des services habituels ". Toutefois, M. A ne conteste pas qu'en 2014 et 2015, puis en 2016 et 2017, la SCI Jacaro a perçu une rémunération pour la domiciliation à l'appartement concerné de la SARL Logiscope et de la SARL Palettes pratiques. Le requérant ne conteste pas davantage que, dans le cadre de cette domiciliation, les sociétés Logiscope et Palettes pratiques ont pu bénéficier d'une adresse pour leur siège social, d'une adresse leur permettant de recevoir leur courrier et d'un local destiné à organiser des réunions quand l'appartement n'était pas loué. Dès lors, le moyen tiré de la qualification commerciale erronée de la prestation de domiciliation fournie par la SCI Jacaro aux sociétés Logiscope et Palettes pratiques doit être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède, que les conclusions à fin de décharge de M. A doivent être rejetées et, par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au directeur général du contrôle fiscal Centre Est.
Délibéré après l'audience du 31 mai 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Caraës, présidente,
M. Jurie, premier conseiller,
Mme Bollon, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 juin 2024.
Le rapporteur,
G. JURIE
La présidente,
R. CARAËS
La greffière,
F. LLORACH
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2100715
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