jeudi 19 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2100875 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 2 |
| Avocat requérant | COOPER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 25 avril 2021, M. A B, représenté par l'AARPI Averroes Avocats, Me Cooper, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 19 920 euros en réparation de son préjudice moral résultant de l'illégalité du règlement intérieur du quartier centre de détention de l'établissement pénitentiaire de Riom relatif à la durée d'enfermement nocturne ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 950 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ainsi que les entiers dépens.
Il soutient que :
- la durée d'enfermement nocturne des détenus ne peut excéder douze heures en application de l'article 4 du règlement intérieur type des établissements pénitentiaires annexé à l'article R. 57-6-18 du code de procédure pénale ;
- or, le règlement intérieur du quartier centre de détention de l'établissement pénitentiaire de Riom a prévu un enfermement des détenus à partir de 18h pour la distribution des repas et ce jusqu'au lendemain matin 7h15, soit une durée d'enfermement de 13h15 excédant celle prévue par l'article 4 du règlement intérieur type des établissements pénitentiaires annexé à l'article R. 57-6-18 du code de procédure pénale ; cette durée d'enfermement excessive est corroborée par une note de rappel aux détenus qui affirme que les cellules sont fermées de 18h au lendemain matin à 7h15 ;
- la responsabilité de l'Etat doit par suite être engagée du fait de la durée d'enfermement de nuit illégale prévue dans le règlement intérieur du quartier centre de détention de l'établissement pénitentiaire de Riom ;
- il peut prétendre au versement d'une somme de 19 920 euros en réparation de son préjudice moral.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 avril 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au non-lieu à statuer sur la requête.
Il soutient qu'il n'y a pas lieu de statuer en l'état sur la requête de M. B dès lors que le requérant est décédé le 30 mai 2021.
Par une ordonnance du 14 mai 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 31 mai 2024.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code pénitentiaire ;
- le code de procédure pénale ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Debrion,
- et les conclusions de Mme Luyckx, rapporteure pulique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B a été incarcéré au centre pénitentiaire de Riom du 22 mai 2018 au 30 mai 2021. Par un courrier du 30 mars 2020 reçu le 15 avril suivant, il a formé une demande indemnitaire auprès du garde des sceaux, ministre de la justice, en vue d'obtenir une somme de 19 920 euros en réparation du préjudice moral résultant d'une durée d'enfermement nocturne supérieure à douze heures. Le silence gardé par l'administration sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet. Par la présente requête, M. B demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser une somme de 19 920 euros en réparation de son préjudice moral résultant de l'illégalité du règlement intérieur du quartier centre de détention de l'établissement pénitentiaire de Riom en tant qu'il prévoit une durée d'enfermement nocturne supérieure à douze heures.
Sur l'exception de non-lieu à statuer opposée en défense :
2. Aux termes de l'article R. 634-1 du code de justice administrative : " Dans les affaires qui ne sont pas en état d'être jugées, la procédure est suspendue par la notification du décès de l'une des parties ou par le seul fait du décès, de la démission, de l'interdiction ou de la destitution de son avocat. Cette suspension dure jusqu'à la mise en demeure pour reprendre l'instance ou constituer avocat ".
3. Le décès de M. B a été porté à la connaissance du tribunal par un mémoire du garde des sceaux, ministre de la justice en date du 26 avril 2024. A cette date, l'affaire était en état d'être jugée. Par suite, il y a toujours lieu, en l'état, par application des dispositions de l'article R. 634-1 du code de justice administrative, de statuer sur la requête.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
4. Aux termes de l'article R. 57-6-18 du code de procédure pénale, alors en vigueur : " Le règlement intérieur type pour le fonctionnement de chacune des catégories d'établissements pénitentiaires, comprenant des dispositions communes et des dispositions spécifiques à chaque catégorie, est annexé au présent titre. / Le chef d'établissement adapte le règlement intérieur type applicable à la catégorie dont relève l'établissement qu'il dirige en prenant en compte les modalités spécifiques de fonctionnement de ce dernier. Il recueille l'avis des personnels ". L'article D. 270 du même code, alors en vigueur, dispose : " () Hormis les cas visés aux articles D. 136 à D. 145, les personnels pénitentiaires doivent être constamment en mesure de s'assurer de la présence effective des détenus. / Pendant la nuit, les cellules doivent pouvoir être éclairées en cas de besoin. Personne ne doit y pénétrer en l'absence de raisons graves ou de péril imminent. En toute hypothèse, l'intervention de deux membres du personnel au moins est nécessaire, ainsi que celle d'un gradé, s'il y en a un en service de nuit. ".
5. Aux termes de l'article 4 de l'annexe à l'article cité au point précédent : " L'encellulement / Pendant la journée, les personnes détenues peuvent être réunies pour le travail, les activités physiques et sportives, l'enseignement, la formation professionnelle ou les activités religieuses, culturelles ou de loisirs. / La durée pendant laquelle la personne détenue est enfermée en cellule la nuit ne peut excéder douze heures ". Aux termes de l'article 48 de la même annexe : " Les centres de détention / I.-Dans les centres de détention et dans les quartiers centre de détention, établissements qui comportent un régime principalement orienté vers la réinsertion sociale, la personne détenue est enfermée dans sa cellule pendant la nuit. / Elle accède aux zones de parloirs et aux services de santé sur prise de rendez-vous préalable. / Elle accède aux zones de travail, de formation professionnelle, d'enseignement et d'activités socioculturelles encadrées après inscription et selon les horaires fixés dans son emploi du temps. / Elle accède sur demande aux douches et aux postes téléphoniques situés sur la coursive de la détention. / Elle accède à la cour de promenade sans inscription préalable et a librement accès aux postes téléphoniques qui s'y trouvent placés, pendant les horaires d'ouverture de ces équipements. / Ses déplacements sont accompagnés par le personnel pénitentiaire. / Elle prend ses repas seule en cellule. / II.-Des aménagements, qui tiennent compte de la personnalité, de la santé et de la dangerosité de la personne détenue, peuvent être apportés au I pour accompagner par une plus grande autonomie les efforts de celle-ci en matière de réinsertion sociale. Ils concernent notamment : / -les horaires de l'ouverture des portes des cellules pendant une partie de la journée ; / -la circulation de la personne à l'intérieur de son unité d'hébergement pendant les horaires d'ouverture des portes de cellule ; () ".
6. Il résulte de l'instruction que le deuxième alinéa de l'article 5 du règlement intérieur du quartier centre de détention de l'établissement pénitentiaire de Riom prévoit que la durée pendant laquelle la personne détenue est enfermée en cellule la nuit ne peut excéder douze heures. Il ne méconnaît donc pas en soi l'article 4 du règlement intérieur type précité. Pour établir que le règlement intérieur du quartier centre de détention de l'établissement pénitentiaire de Riom prévoit malgré tout une durée d'enfermement nocturne supérieure à douze heures, en méconnaissance des dispositions citées au point précédent, M. B se prévaut de l'article 8 de ce même règlement intitulé " l'emploi du temps et l'organisation des mouvements " qui indique notamment que le départ et la mise en place des ateliers intervient à 7h15 et que la distribution des repas s'effectue entre 17h45 et 18h ainsi que du document intitulé " Note de rappel aux personnes détenues " en date du 25 février 2016 qui mentionne un horaire d'ouverture des cellules à 7h15 et un horaire de fermeture desdites cellules à 18h. Toutefois, l'enfermement nocturne couvre la période de la relève du service de nuit, soit de 19h à 7h du matin, durant laquelle aucune personne ne peut pénétrer dans la cellule sauf péril grave et imminent conformément à l'article D. 270 du code de procédure pénale. Ainsi, l'enfermement nocturne obéit à un régime distinct de l'encellulement de jour, lequel encellulement permet aux détenus placés en régime dit d'autonomie notamment d'être responsables de la fermeture de leur cellule en dehors des heures de fermetures administratives. Dans ces conditions, contrairement à ce que soutient le requérant, la durée d'enfermement nocturne prévue dans le règlement intérieur du quartier centre de détention de l'établissement pénitentiaire de Riom ne méconnaît pas l'article 4 du règlement intérieur type des établissements pénitentiaires annexé à l'article R. 57-6-18 du code de procédure pénale.
7. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander la condamnation de l'Etat à lui verser une somme de 19 920 euros en réparation de son préjudice moral résultant de l'illégalité du règlement intérieur du quartier centre de détention de l'établissement pénitentiaire de Riom en tant qu'il prévoit une durée d'enfermement nocturne supérieure à douze heures. Par voie de conséquence, ses conclusions accessoires doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié aux ayants droit de M. A B et garde des sceaux, ministre de la justice.
Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Bentéjac, présidente,
- M. Debrion, premier conseiller,
- M. Nivet, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.
Le rapporteur,
J-M. DEBRION
La présidente,
C. BENTÉJAC La greffière,
C. PETIT
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2100875
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026