jeudi 13 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2101291 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 2 |
| Avocat requérant | ROUX |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance n° 2109962 du 16 juin 2021, le président du tribunal administratif de Paris a transmis le dossier de la requête de M. B A au tribunal administratif de Clermont-Ferrand.
Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Paris le 4 mai 2021, et un mémoire, enregistré au greffe du tribunal administratif de Clermont-Ferrand le 13 novembre 2022, M. B A, représenté par Panoramas Publics Avocats, Me Roux, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme d'un euro symbolique en réparation des préjudices résultant des agissements fautifs à son égard des agents de la brigade de gendarmerie de Murat dans l'exercice de leurs fonctions et des atteintes portées à son honneur et à sa considération de citoyen ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la responsabilité de l'Etat doit être engagée en raison d'une violation, par un gendarme de la brigade de gendarmerie de Murat, de ses droits au respect de sa vie privée et à la protection de la réputation garantis par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la responsabilité de l'Etat doit également être engagée à raison des fautes commises par les gendarmes de Murat dans l'exercice de leurs fonctions, lesquelles fautes résident dans une violation de leurs obligations déontologiques et dans un refus illégal de prendre une plainte ;
- il entend demander la condamnation de l'Etat à lui verser une somme d'un euro symbolique en réparation des préjudices résultant des fautes commises.
Par un mémoire, enregistré le 8 juillet 2021, le ministre de l'intérieur conclut à sa mise hors de cause dans le cadre de la présente affaire.
Il soutient qu'il appartient au seul préfet du Cantal de représenter l'Etat dans la présente instance dès lors que le litige est né de l'activité des administrations civiles de l'Etat dans le département.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 octobre 2021, le préfet du Cantal conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les conclusions tendant à ce que l'Etat soit condamné en raison d'un refus des services de gendarmerie de recevoir sa plainte sont portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître ;
- les autres moyens développés dans les écritures de M. A ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 17 novembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 1er décembre 2022.
Par un courrier du 17 mai 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le tribunal était susceptible de relever d'office le moyen d'ordre public tiré de l'incompétence de la juridiction administrative pour connaître de l'ensemble des conclusions à fin d'indemnisation présentées par M. A.
Par un mémoire, enregistré le 23 mai 2024, M. A, représenté par Panoramas Publics Avocats, Me Roux, a présenté ses observations suite à la communication faite par le tribunal en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'organisation judiciaire ;
- le code de procédure pénale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Debrion,
- les conclusions de Mme Luyckx, rapporteure publique,
- et les observations de Me Roux, avocate de M. A.
Considérant ce qui suit :
1. Par courrier du 5 octobre 2020, le conseil de M. A a demandé au ministre de l'intérieur de verser à son client une somme d'argent en réparation de son préjudice moral né du comportement des gendarmes de la brigade de gendarmerie de Murat (Cantal). Le silence gardé sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet. Par la présente requête, M. A demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme d'un euro symbolique en réparation des préjudices résultant des agissements fautifs à son égard des agents de la brigade de gendarmerie de Murat dans l'exercice de leurs fonctions.
Sur les conclusions indemnitaires :
2. Aux termes de l'article L. 141-1 du code de l'organisation judiciaire : " L'Etat est tenu de réparer le dommage causé par le fonctionnement défectueux du service de la justice. Sauf dispositions particulières, cette responsabilité n'est engagée que par une faute lourde ou par un déni de justice ".
3. Aux termes de l'article 12 code de procédure pénale : " La police judiciaire est exercée, sous la direction du procureur de la République, par les officiers, fonctionnaires et agents désignés au présent titre ". Aux termes de l'article 13 de ce code : " La police judiciaire est placée, dans chaque ressort de cour d'appel, sous la surveillance du procureur général et sous le contrôle de la chambre de l'instruction conformément aux articles 224 et suivants ". Aux termes de l'article 15-3 du même code : " Les officiers et agents de police judiciaire sont tenus de recevoir les plaintes déposées par les victimes d'infractions à la loi pénale, y compris lorsque ces plaintes sont déposées dans un service ou une unité de police judiciaire territorialement incompétents () ". Aux termes de l'article 16 du code de procédure pénale : " Ont la qualité d'officier de police judiciaire : 1° Les maires et leurs adjoints ; () ".
4. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 132-3 du code de la sécurité intérieure, dans sa version applicable au litige : " Le maire est informé sans délai par les responsables locaux de la police ou de la gendarmerie nationales des infractions causant un trouble à l'ordre public commises sur le territoire de sa commune. / Le maire est informé, à sa demande, par le procureur de la République, des classements sans suite, des mesures alternatives aux poursuites ou des poursuites lorsque ces décisions concernent des infractions mentionnées au premier alinéa. / Le maire est également informé, à sa demande, par le procureur de la République, des jugements devenus définitifs ou des appels interjetés lorsque ces décisions concernent des infractions mentionnées au premier alinéa ou signalées par lui en application du deuxième alinéa de l'article 40 du code de procédure pénale. / Les informations mentionnées aux trois alinéas précédents sont transmises dans le respect de l'article 11 du même code ".
5. Les dispositions de l'article L. 141-1 du code de l'organisation judiciaire citées au point 2 s'appliquent aux actions en responsabilité mettant en cause les fonctionnaires investis, sous le contrôle et l'autorité d'un magistrat du siège ou du parquet, de pouvoirs de police judiciaire à l'effet, notamment, de constater et de réprimer des infractions à la loi. Sont non seulement visés les actes exécutés par ces derniers sous la directive et sur instruction des magistrats judiciaires, mais également les opérations accomplies dans le cadre défini par le code de procédure pénale et le code de la sécurité intérieure. Les litiges relatifs aux dommages que peuvent causer, à cette occasion, les militaires de la gendarmerie nationale, sans qu'il soit besoin de déterminer si le dommage trouve son origine dans une faute personnelle détachable du service, relèvent en conséquence de la compétence des juridictions de l'ordre judiciaire.
6. Au regard de ses écritures, M. A doit être regardé comme entendant engager la responsabilité de l'Etat en raison, d'une part, du comportement d'un gendarme de la brigade de gendarmerie de Murat qui a informé, le 11 septembre 2016, le maire de la commune de faits de harcèlement et d'injures prétendument commis par lui et dénoncés par ses voisins, d'autre part, d'un refus illégal des services de gendarmerie de recueillir la plainte qu'il souhaitait déposer en décembre 2017 à la suite de faits de dégradation de son véhicule, et d'insultes et d'injures qu'aurait proférées à son encontre le nouveau compagnon de son ex-épouse.
7. Compte tenu de ce qui a été dit au point précédent, l'action indemnitaire de M. A doit être regardée comme trouvant son origine dans le comportement de gendarmes à l'occasion de l'exercice de leurs fonctions en qualité d'officiers ou d'agents de police judiciaire. Il n'appartient qu'aux juridictions judiciaires de connaître d'une telle action sans qu'il soit besoin de déterminer si le dommage dont se prévaut M. A trouve son origine dans une faute de service ou dans une faute personnelle détachable du service. Par suite, il convient de rejeter les conclusions à fin d'indemnisation de M. A comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.
Sur les frais liés au litige :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que le requérant demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Les conclusions indemnitaires présentées par M. A sont rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet du Cantal.
Délibéré après l'audience du 30 mai 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Bentéjac, présidente,
Mme Jaffré, première conseillère,
M. Debrion, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2024.
Le rapporteur,
J-M. DEBRION
La présidente,
C. BENTÉJAC La greffière,
C. PETIT
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2101291
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026