vendredi 18 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2101432 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | Chambre 1 |
| Avocat requérant | UGGC AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 7 et 21 juillet 2021 et le 4 juillet 2022, M. B A, représenté par la SCP Collet-De Roquigny-Chantelot-Brodiez-Gourdou et Associés, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales pour accident médical ;
2°) de mettre à la charge de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il est fondé à solliciter une indemnisation des préjudices subis au titre de la solidarité nationale dès lors que la paraplégie dont il est atteint est la conséquence anormale de l'intervention du 27 avril 2016 ; les experts ont retenu que le risque était rare de l'ordre de 1,4% à 2% et que la survenance de cette complication était totalement imprévisible ;
- il a été victime d'un accident médical non fautif de faible probabilité ;
- il n'a pas été informé des risques de paraplégie ; s'il en avait été informé, il ne se serait pas fait opérer ;
- il a exposé des dépenses de santé pour des médicaments et des pansements à hauteur de 201,80 euros ;
- les dépenses de santé restant à sa charge s'élèvent à 50 euros par mois soit 600 euros par an ; il est donc fondé à solliciter, après capitalisation, la somme de 11 968,20 euros ;
- il est bien-fondé à solliciter la somme de 72 016,99 euros en vue de l'acquisition d'un fauteuil électrique qui devra être renouvelé tous les cinq ans ;
- il a besoin de l'assistance d'une tierce personne dont l'aide active ne peut être évaluée à moins de six heures quotidiennes et dont l'aide passive doit être évaluée à quatre heures par jour ; ce préjudice doit être évalué à 168 920 euros avant consolidation ; il est fondé à solliciter la somme de 1 347 778,80 euros au titre de l'assistance par tierce personne permanente ;
- le poste de préjudice résultant de la nécessité d'acquérir un véhicule adapté doit être réservé ;
- s'agissant du déficit fonctionnel temporaire, celui-ci a été total pour la période du 27 avril 2016 au 22 mai 2019, soit pendant 1 125 jours et doit être indemnisé à hauteur de 28 125 euros ;
- ses souffrances endurées doivent être estimées à 5,5 ou 6 sur une échelle de 1 à 7 et doivent être indemnisées à hauteur de 25 000 euros ;
- son préjudice esthétique temporaire est évalué à 1 à 2 sur une échelle de 1 à 7 et doit être indemnisé à hauteur d'une somme de 6 000 euros ;
- son déficit fonctionnel permanent a été évalué à 85% et une somme de 255 000 euros doit lui être allouée ;
- il subit un préjudice d'agrément qui doit être indemnisé à hauteur de 5 000 euros ;
- s'agissant du préjudice esthétique permanent, celui-ci est évalué à 3 sur une échelle de 1 à 7 et doit être évalué à la somme de 10 000 euros ;
- s'agissant de son préjudice sexuel, il doit être évalué à la somme de 20 000 euros ;
- le préjudice d'établissement doit être indemnisé à hauteur d'une somme de 10 000 euros ;
- il sollicite le remboursement des frais de transport pour se rendre à l'expertise médicale qui s'élèvent à la somme de 163,16 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 3 septembre 2021, le centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand, représenté par Lantero et Associés, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucune faute ne peut lui être imputée.
Par un mémoire, enregistré le 19 juillet 2022, la Caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme indique au tribunal qu'elle n'entend pas intervenir dans l'instance.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 5 juin et 3 juillet 2023, ce dernier n'ayant pas été communiqué, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, représenté par la SCP UGGC Avocats, Me Welsch, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- le pronostic vital de M. A était engagé à court terme de sorte que la paraplégie et les autres complications survenues ne sauraient être considérées comme notablement plus grave que ce à quoi il s'exposait en l'absence d'intervention ;
- une insuffisance rénale survient entre 5,4% et 6% des cas dans les suites d'une chirurgie pour anévrisme de type IV dès lors cette complication ne peut être regardée comme anormale ;
- le taux de survenue d'une ischémie digestive avoisine les 13% et est une complication classique de ce type de chirurgie ;
- la survenue d'escarres sacrées et ischiatiques ne relève pas d'une complication rare ;
- si la paraplégie survient dans 1,2 à 2% des cas dans les suites de ce type de chirurgie, les antécédents médicaux du patient et ses spécificités anatomiques ont rendu le geste chirurgical particulièrement difficile ;
- M. A n'étant pas décédé, les demandes de son épouse et de ses enfants ne pourront être que rejetées dès lors que le droit à indemnisation au titre de la solidarité nationale n'est pas ouvert aux victimes indirectes.
Par une ordonnance du 7 juin 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 4 juillet 2023.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bollon,
- les conclusions de M. Panighel, rapporteur public,
- les observations de Me Gay, représentant M. A ;
- et les observations de Me Makhlouche, représentant le centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, né le 8 avril 1958, a consulté son médecin le 9 février 2016 pour des douleurs lombaires. A la suite de cette consultation un scanner a été réalisé et a mis en évidence un anévrisme aortique abdominal à double étage et un angioscanner a révélé un anévrisme de l'aorte cœliaque et de la mésentérique supérieure. M. A a alors été pris en charge le 27 avril 2016 au centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand en vue d'une intervention. Les suites de cette intervention ont été marquées par la survenue d'une paraplégie définitive et d'une ischémie colique imposant une colostomie définitive. M. A a saisi la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales et une expertise médicale a été organisée et confiée aux docteurs Robin et Bouillat qui ont déposé leur rapport le 4 décembre 2020. La Commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales a rendu un avis le 10 mai 2021 indiquant que la responsabilité du centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand devait être écartée et que les préjudices subis par le requérant ne pouvaient donner lieu à une indemnisation au titre de la solidarité nationale. Par la présente requête, M. A doit être regardé comme demandant au tribunal de condamner l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales à réparer ses préjudices imputables à l'intervention du 27 avril 2016 et résultant de sa paraplégie et de la colostomie définitive, sur le fondement du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique.
Sur la mise en œuvre de la solidarité nationale :
2. En premier lieu, si M. A soutient qu'il n'a pas été informé des risques de paraplégie de l'intervention chirurgicale pratiquée le 27 avril 2016, ce moyen ne peut être utilement soulevé qu'à l'appui d'une action indemnitaire dirigée contre le centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand et est donc inopérant dans le cadre du présent litige qui n'est relatif qu'à la prise en charge des préjudices subis par le requérant par l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales au titre de la solidarité nationale.
3. En second lieu, aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " II. - Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I ou d'un producteur de produits n'est pas engagée, un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient, et, en cas de décès, de ses ayants droit au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé par décret, apprécié au regard de la perte de capacités fonctionnelles et des conséquences sur la vie privée et professionnelle mesurées en tenant notamment compte du taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique, de la durée de l'arrêt temporaire des activités professionnelles ou de celle du déficit fonctionnel temporaire. / Ouvre droit à réparation des préjudices au titre de la solidarité nationale un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à un pourcentage d'un barème spécifique fixé par décret ; ce pourcentage, au plus égal à 25 %, est déterminé par ledit décret. ". Aux termes de l'article D. 1142-1 du même code : " Le pourcentage mentionné au dernier alinéa de l'article L. 1142-1 est fixé à 24 %. () ".
4. Il résulte des dispositions combinées du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique et de l'article D. 1142-1 du même code que l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales doit assurer, au titre de la solidarité nationale, la réparation des dommages résultant directement d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins à la double condition qu'ils présentent un caractère d'anormalité au regard de l'état de santé du patient comme de l'évolution prévisible de cet état et que leur gravité excède le seuil défini à l'article D. 1142-1. La condition d'anormalité du dommage doit toujours être regardée comme remplie lorsque l'acte médical a entraîné des conséquences notablement plus graves que celles auxquelles le patient était exposé de manière suffisamment probable en l'absence de traitement. Lorsque les conséquences de l'acte médical ne sont pas notablement plus graves que celles auxquelles le patient était exposé par sa pathologie en l'absence de traitement, elles ne peuvent être regardées comme anormales sauf si, dans les conditions où l'acte a été accompli, la survenance du dommage présentait une probabilité faible. Ainsi, elles ne peuvent être regardées comme anormales au regard de l'état du patient lorsque la gravité de cet état a conduit à pratiquer un acte comportant des risques élevés dont la réalisation est à l'origine du dommage.
5. Pour l'application des dispositions citées ci-dessus, il incombe au juge administratif, dans le cas où il est demandé à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales de réparer au titre de la solidarité nationale plusieurs dommages résultant d'un même accident médical, d'une même affection iatrogène ou d'une même infection nosocomiale, de procéder à une appréciation globale des conditions, d'une part, d'anormalité et, d'autre part, de gravité de l'ensemble de ces dommages. Si, en revanche, les dommages résultent de plusieurs accidents médicaux, affections iatrogènes ou infections nosocomiales indépendants, il incombe au juge administratif d'apprécier de façon distincte les conditions d'anormalité et de gravité de chacun d'entre eux.
6. Il résulte de l'instruction que M. A était atteint d'un anévrisme thoraco-abdominal de type IV symptomatique qui mesurait dans son plus grand diamètre 56 mm et nécessitait une intervention chirurgicale. A la suite de cette opération, qui a été réalisée conformément aux données actuelles de la science, et lors de laquelle aucune faute et aucune erreur technique n'ont été commises, M. A a présenté une paraplégie et une ischémie digestive qui a nécessité le 10 juin 2016 une intervention consistant en une sigmoïdectomie avec fermeture du moignon anal par agrafage et colostomie définitive. Il résulte également de l'expertise que ces complications sont dues toutes deux, et selon toute probabilité, au temps prolongé de clampage aortique lors de l'intervention. Si l'expert émet l'hypothèse que la paraplégie dont souffre le requérant pourrait être la conséquence de la naissance " basse " de l'Adamkieviez, il en conclut cependant que cette hypothèse constitue un cas exceptionnel. Il en résulte donc que les dommages dont M. A demande la réparation doivent être regardés comme résultant d'un même accident médical non fautif. Par suite, il y a lieu de procéder à une appréciation globale des conditions d'anormalité et de gravité de l'ensemble de ces dommages.
7. D'une part, il résulte de l'instruction que M. A présente un taux de déficit fonctionnel permanent de 85% et qu'en l'absence d'intervention chirurgicale, le requérant s'exposait à risque de rupture de l'anévrisme à court terme (moins de six mois) entrainant une mortalité importante dès lors que 80 à 90 % des patients présentant un telle rupture décèdent avant d'arriver à l'hôpital et que, pour les patients atteignant le bloc opératoire, le taux de mortalité postopératoire s'élève à 50%. Il s'ensuit que les conséquences de l'intervention chirurgicale du 27 avril 2016 ne sauraient être regardées comme notablement plus graves que celles auxquelles M. A était exposé en l'absence de traitement.
8. D'autre part, il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise que le risque de survenance d'une ischémie digestive et d'une paraplégie à la suite de l'intervention subie par M. A doit être fixé respectivement à 13% et entre 1,4 et 2%. Ainsi, la probabilité de la survenue conjointe de ces deux complications s'élève à un taux compris entre 0,18 % et 0,26 % (13% x 1,4% à 2%), présentant ainsi le caractère d'un risque faible.
9. Enfin, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales soutient que les antécédents médicaux et les spécificités anatomiques de M. A ont été de nature à majorer la survenue des risques qui se sont réalisés. Si M. A présentait certains antécédents médicaux, il résulte toutefois de l'expertise que ces derniers ne le prédisposaient pas à la réalisation des risques. Par ailleurs, s'il ressort de l'expertise que M. A présentait une aorte descendante très calcifiée en regard de la zone de suture proximale ayant nécessité trois tentatives pour obtenir l'hémostase et qu'il existait une distance significativement plus importante que d'habitude entre les différents ostiae des artères digestives ne permettant pas une réimplantation en palette viscérales, ce qui a rendu le geste chirurgical plus long et plus difficile et a augmenté les temps de clampage, il ne résulte d'aucune des pièces versées à l'instruction, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales n'ayant produit à l'appui de ses allégations aucun élément ou donnée scientifique permettant de les étayer, que les spécificités anatomiques de M. A auraient, dans les conditions dans lesquelles l'acte a été accompli, augmenté sensiblement le risque de paraplégie et d'ischémie colique auquel il s'est retrouvé confronté.
10. Il résulte de ce qui précède que les conditions d'engagement de la solidarité nationale sont réunies.
Sur l'évaluation des préjudices :
11. Il résulte de l'instruction que la date de consolidation doit être fixée au 22 mai 2019.
En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux :
S'agissant des dépenses de santé :
12. Si M. A demande le remboursement d'une somme de 201,80 euros et l'allocation d'une somme de 11 968,20 euros au titre des dépenses de santé actuelles et futures, il se borne à produire de nombreuses factures émises par une pharmacie n'établissant pas que les médicaments et matériels médicaux y figurant seraient nécessaires aux soins relatifs à la paraplégie et à la colostomie définitive.
S'agissant des frais de déplacements :
13. Il résulte de l'instruction que le requérant a dû faire appel à une ambulance médicalisée pour se rendre à l'expertise du 21 octobre 2020 et qu'il s'est acquitté d'une facture de 163,16 euros. Il y a donc lieu d'indemniser M. A à hauteur de cette somme.
S'agissant des frais divers :
14. D'une part, il résulte de l'instruction que l'état de santé de M. A atteint de paraplégie justifie l'acquisition d'un fauteuil roulant électrique multi-positions à compter de la date de prescription de cet appareillage, à savoir le 12 juillet 2021. M. A fournit à ce titre un devis indiquant que le reste à charge après remboursement par la sécurité sociale s'élève à 14 434,03 euros. Pour la période courant du 12 juillet 2021 à la date du présent jugement, soit une période de trente-neuf mois, il sera fait juste appréciation du préjudice lié à l'achat du fauteuil électrique en l'évaluant à la somme de 14 434,03 euros tous les cinq ans correspondant à la périodicité de renouvellement d'un tel matériel. Il en résulte que pour la période courant du 12 juillet 2021 à la date du présent jugement, le préjudice de M. A s'établit à la somme de 23 816,15 euros correspondant à l'achat du fauteuil électrique et une partie du coût du renouvellement (trente-neuf mois).
15. D'autre part, s'agissant des frais futurs, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales doit être condamné, au titre du renouvellement d'un fauteuil roulant électrique à verser à M. A une rente, et non un capital contrairement à ce que demande l'intéressé compte tenu de l'âge du requérant. Au vu d'un renouvellement tous les cinq ans de ce matériel, M. A a droit pour l'avenir, à compter du présent jugement, au versement d'une rente annuelle viagère de 2 886, 61 euros par an qui sera revalorisée, chaque année, par application des coefficients prévus à l'article L. 434-17 du code de la sécurité sociale. De cette rente, devra être déduit le montant pris en charge, le cas échéant, par une mutuelle complémentaire ou un organisme de prévoyance, M. A n'alléguant pas ne pouvoir bénéficier, d'une prise en charge, même partielle, de ce matériel par un tel organisme.
16. Enfin, si M. A demande à ce que le poste de préjudice correspondant aux frais de véhicule adapté soit mis en réserve dès lors qu'il pourrait faire l'acquisition d'un véhicule aménagé ou à aménager, il n'appartient toutefois pas au juge administratif de donner acte de réserves.
S'agissant des frais d'assistance par tierce personne :
17. Si l'expert n'a pas évalué ce préjudice, il résulte toutefois de son rapport que l'épouse de M. A doit préparer ses repas, l'aide à faire une toilette partielle le matin, le déshabille et le recouche vers 13h30 et pourvoit seule à l'entretien de leur maison. Compte tenu de ses éléments, il y a lieu d'estimer que l'état de M. A nécessite l'assistance d'une tierce personne à raison de cinq heures par jours.
Quant à la période antérieure à la consolidation :
18. Si M. A demande à être indemnisé au titre de ce préjudice pour la période du 29 septembre 2016 au 29 décembre 2018, il résulte de l'instruction qu'il se trouvait au cours de cette période en hospitalisation à domicile lors de laquelle il ne résulte pas de l'instruction que le besoin d'assistance n'ait pas été satisfait par les équipes médicales dédiées. En revanche, il est bien fondé à solliciter l'indemnisation de ce préjudice pour la période courant du 2 mars 2019 au 9 mai 2019. Il sera fait une juste appréciation du préjudice de M. A en l'indemnisant sur la base d'une année de 412 jours, tenant compte des congés payés et des jours fériés, et d'un taux horaire moyen de rémunération fixé à 14 euros, intégrant les charges patronales et les majorations de rémunération dues les dimanches. Ainsi, le préjudice subi par le requérant doit être évalué à la somme de 5 452 euros.
Quant à la période de la date de la consolidation à celle du jugement :
19. Il sera fait une juste appréciation du préjudice résultant de la nécessité pour M. A de recourir à l'assistance d'une tierce personne pour la période du 22 mai 2019, date de la consolidation, au jour du présent jugement, en l'indemnisant sur la base d'une année de 412 jours, tenant compte des congés payés et des jours fériés, et d'un taux horaire moyen de rémunération fixé à 14 euros, intégrant les charges patronales et les majorations de rémunération dues les dimanches. Ainsi, le préjudice subi par le requérant doit être évalué à la somme de 156 289 euros.
Quant à la période postérieure à la date du jugement :
20. S'agissant des frais futurs d'assistance par tierce personne non échus à la date du présent jugement, il y a lieu de fixer le tarif horaire des heures d'assistance à 16, 31 euros, afin de tenir compte de l'évolution du salaire minimum moyen et des charges sociales. Compte tenu de ce tarif horaire, d'une assistance de cinq heures par jour, d'un nombre de 103 jours par trimestre, il doit être mis à la charge de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales, au titre de l'assistance par une tierce personne à domicile après la date du présent jugement, le versement d'une rente trimestrielle, et non d'un capital, de 8 399, 65 euros sous déduction, le cas échéant, des sommes versées au requérant au titre des aides financières à la tierce personne et des montants correspondant aux périodes durant lesquelles M. A bénéficiera d'une prise en charge hors de son domicile, sommes et périodes qu'il appartiendra à l'intéressé de porter à la connaissance de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales. Le montant de cette rente sera revalorisé annuellement par application des coefficients prévus à l'article L. 434-17 du code de la sécurité sociale.
En ce qui concerne les préjudices extra-patrimoniaux :
S'agissant du déficit fonctionnel :
21. D'une part, il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise que M. A a subi un déficit fonctionnel temporaire total entre le 27 avril 2016 et le 22 mai 2019. Ainsi, en tenant compte d'une base mensuelle d'indemnisation de 400 euros par mois pour un déficit fonctionnel total, il sera fait une juste appréciation du déficit fonctionnel temporaire subi par le requérant en l'évaluant à la somme totale de 14 947 euros.
22. D'autre part, il résulte du rapport d'expertise que le déficit fonctionnel permanent subi par M. A résultant de la paraplégie et de la colostomie définitive peut être évalué à un taux de 85%. Compte tenu de l'âge du requérant à la date de sa consolidation, il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en le fixant à la somme de 205 000 euros.
S'agissant des souffrances endurées :
23. Si M. A soutient que ce poste de préjudice aurait dû être évalué à une cotation de 5,5 sur 7, il ne justifie pas cette demande de réévaluation alors que l'expert a indiqué qu'il convenait de coter ce préjudice à 4 sur une échelle de 1 à 7. Il sera fait une juste évaluation de ce chef de préjudice en allouant au requérant la somme de 8 000 euros.
S'agissant du préjudice esthétique :
24. Si l'expert a évalué le préjudice esthétique temporaire du requérant à 1 à 2 sur une échelle de 1 à 7 en le justifiant par l'impossibilité pour le requérant de se lever et a évalué le préjudice esthétique permanent à 3 sur 7 du fait de la stomie et de la paraplégie dont souffre M. A, il résulte de l'instruction que la paraplégie a directement suivi l'intervention du 27 avril 2016 et que la colostomie l'obligeant à porter une poche de stomie a été réalisée le 10 juin 2016. Il s'ensuit que le préjudice esthétique temporaire du requérant doit également être évalué à 3 sur une échelle de 1à 7. Il y a donc lieu d'indemniser ce chef de préjudice temporaire et permanent par l'allocation d'une somme totale de 8 000 euros.
S'agissant du préjudice d'agrément :
25. Si l'expertise fait état, sans autre précision, d'une absence de vie sociale et de loisir, M. A ne justifie pas de la pratique régulière, antérieurement à l'accident médical, d'une activité sportive ou de loisir à laquelle il aurait dû renoncer et d'une altération particulière de sa vie sociale. Il n'est donc pas fondé à demander l'indemnisation de ce préjudice.
S'agissant du préjudice sexuel :
26. Il ressort de l'instruction et notamment du rapport d'expertise judiciaire que M. A, qui vit en couple, subit un préjudice sexuel résultant de la nature des séquelles dont il souffre. Par suite, il y a lieu, en l'espèce, de lui accorder une somme de 12 000 euros au titre de ce chef de préjudice.
S'agissant du préjudice d'établissement :
27. Compte tenu de l'âge de la victime et de sa situation familiale, M. A, étant marié et ayant deux enfants, ce dernier ne justifie d'aucun préjudice d'établissement.
28. Il résulte de tout ce qui précède que la somme de 433 667,31 euros est mise à la charge de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales en réparation des préjudices subis par M. A. L'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales versera également à M. A une rente annuelle d'un montant de 2 886, 61 euros au titre du renouvellement tous les cinq ans d'un fauteuil roulant électrique dans les conditions définies au point 15 du présent jugement et une rente trimestrielle au titre des frais d'assistance par tierce personne d'un montant de 8 399, 65 euros dans les conditions définies au point 20 du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
29. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales le versement d'une somme de 1 500 euros à verser à M. A, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La somme de 433 667,31 euros à verser à M. A en réparation des préjudices subis est mise à la charge de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales.
Article 2 : L'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales versera à M. A une rente annuelle d'un montant de 2 886, 61 euros au titre du renouvellement tous les cinq ans d'un fauteuil roulant électrique dans les conditions définies au point 15 du présent jugement.
Article 3 : L'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales versera à M. A une rente trimestrielle au titre des frais d'assistance par tierce personne d'un montant de 8 399, 65 euros dans les conditions définies au point 20 du présent jugement.
Article 4 : L'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales versera à M. A une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 6: Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la caisse primaire d'assurance maladie du Puy-de-Dôme, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales et au centre hospitalier universitaire de Clermont-Ferrand.
Délibéré après l'audience du 4 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Caraës, présidente,
M. Jurie, premier conseiller,
Mme Bollon, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2024.
La rapporteure,
L. BOLLON
La présidente,
R. CARAËS La greffière,
F. LLORACH
La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2307076
03/08/2026
Tribunal Administratif de Paris — N° TA75-2531339
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509870
03/08/2026
Tribunal Administratif de Lille — N° TA59-2509781
03/08/2026