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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2102499

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2102499

mercredi 17 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2102499
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationPrésidente Bader-Koza
Avocat requérantSCP HILLAIRAUD & JAUVAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 novembre 2021, M. C A, représenté par Me Jauvat, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 23 mars 2021 par laquelle la caisse d'allocations familiales de l'Allier (CAF) lui a notifié un indu de revenu de solidarité active (RSA) d'un montant initial de 8 897,34 euros ;

2°) d'annuler la décision du 24 mars 2021 par laquelle la CAF de l'Allier a mis fin à ses droits au RSA ;

3°) d'annuler la décision du 20 juillet 2021 par laquelle le président du conseil départemental de l'Allier a rejeté son recours administratif préalable obligatoire et a confirmé la récupération de l'indu de RSA;

4°) d'enjoindre à la caisse d'allocations familiales de l'Allier et au département de l'Allier de le rétablir dans ses droits au RSA à compter du 29 juillet 2019 ;

5°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales de l'Allier ou du département de l'Allier la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que, pour l'ensemble des décisions en litige :

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles sont infondées dès lors qu'il conteste avoir vécu en concubinage sur la période en litige.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 janvier 2022, le département de l'Allier conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par un courrier du 14 avril 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre les décisions des 23 et 24 mars 2021 du département de l'Allier auxquelles s'est substituée la décision prise sur recours administratif préalable obligatoire du 20 juillet 2021.

M. A a répondu au moyen d'ordre public par un mémoire enregistré le 17 avril 2023.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 septembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code civil ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, Mme Bader-Koza, présidente a lu son rapport.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées. La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a été admis au bénéfice du revenu de solidarité active (RSA) à compter du mois de juin 2009. A la suite d'un contrôle de sa situation, la caisse d'allocations familiales de l'Allier a notifié à M. A un indu de RSA d'un montant initial de 8 897,34 euros pour la période de juillet 2019 à janvier 2021 par un courrier du 23 mars 2021. Par un courrier du 24 mars 2021, la CAF de l'Allier a informé M. A de la fin de ses droits au RSA. Le 17 mai 2021, M. A a formé un recours préalable à l'encontre de ces deux décisions auprès du département de l'Allier. Par une décision du 20 juillet 2021, le département de l'Allier a rejeté son recours préalable, confirmant la récupération de l'indu de RSA et la fin des droits de M. A au RSA. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler ces décisions.

Sur l'étendue du litige :

2. Il résulte des dispositions de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles que, lorsque le bénéficiaire d'allocations s'est vu notifier une décision de récupération de sommes indûment perçues et qu'il entend contester en tout ou partie le caractère indu des montants correspondants, de même lorsqu'il entend contester une décision portant suspension des droits au revenu de solidarité active, il lui appartient de saisir préalablement l'organisme qui lui sert ces allocations, dans les conditions, respectivement prévues aux articles R. 262-88 et R. 847-2 des codes précités. Il peut utilement contester devant le juge administratif tant la régularité que le bien-fondé de la décision prise à la suite de ce recours administratif préalable obligatoire, qui se substitue à la décision initiale de récupération d'indus et est, par suite, seule susceptible d'être déférée au juge compétent.

3. En l'espèce, par une décision du 20 juillet 2021, le département de l'Allier a statué sur le recours administratif préalable obligatoire que M. A a formé à l'encontre des décisions des 23 et 24 mars 2021. Par suite, les conclusions dirigées contre ces décisions sont irrecevables et doivent être rejetées.

Sur le bien-fondé de l'indu de RSA :

4. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active, d'aide exceptionnelle de fin d'année ou de prime d'activité, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

5. En premier lieu, il ressort des termes mêmes de la décision du 20 juillet 2021 qu'elle comporte l'ensemble des mentions requises, tenant à la nature de la prestation, aux montants réclamés, aux motifs et aux périodes sur lesquelles porte la récupération. Cette décision comporte en outre l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement de manière suffisamment précise pour permettre à M. A d'en discuter utilement les motifs. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision en litige doit être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un revenu garanti, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. / Le revenu de solidarité active est une allocation qui porte les ressources du foyer au niveau du revenu garanti () ". Aux termes de l'article L. 262-9 du même code : " Est considérée comme isolée, une personne veuve, divorcée, séparée ou célibataire qui ne vit pas en couple de manière notoire et permanente et qui notamment ne met pas en commun avec un conjoint, concubin ou partenaire de pacte civil et de solidarité ses ressources et ses charges ". Enfin, l'article R. 262-37 du même code dispose que : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".

7. En outre, aux termes de l'article 515-8 du code civil : " Le concubinage est une union de fait, caractérisée par une vie commune présentant un caractère de stabilité et de continuité, entre deux personnes, de sexe différent ou de même sexe, qui vivent en couple. ".

8. Il résulte de ces dispositions que le foyer s'entend du demandeur, ainsi que, le cas échéant, de son conjoint, partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou concubin et des enfants ou personnes de moins de vingt-cinq ans à charge qui remplissent les conditions précisées par l'article R. 262-3 du code de l'action sociale et des familles. Pour l'application de ces dispositions, le concubin est la personne qui mène avec le demandeur une vie de couple stable et continue. Une telle vie de couple peut être établie par un faisceau d'indices concordants, au nombre desquels la circonstance que les intéressés mettent en commun leurs ressources et leurs charges.

9. L'indu de RSA en litige a pour origine la remise en cause de la situation d'isolement de M. A et la prise en compte des ressources de Mme B pour le calcul des droits de l'intéressé, en raison d'une vie commune non déclarée à l'organisme payeur à compter du 29 juillet 2019. Si M. A a déclaré à la CAF de l'Allier en juillet 2019 être hébergé à titre gratuit par Mme B, il résulte toutefois de l'instruction et notamment du rapport d'enquête établi le 8 décembre 2020 par un agent assermenté de la CAF de l'Allier, qu'il existe entre M. A et Mme B, une mise en commun des ressources pour payer les charges du logement et les courses. De plus, le requérant ne produit aucun élément susceptible de remettre en cause le bien-fondé de la date retenue pour le calcul de son indu, ni, a fortiori, à l'appui de sa contestation de la situation de vie commune qui lui est opposée. Ainsi, les éléments exposés par M. A, qui allègue des recherches de logement qui se sont avérées infructueuses en raison de la crise sanitaire ne suffisent pas à remettre en cause le faisceau d'indices concordants quant à l'existence d'une vie commune avec Mme B durant la période en litige. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que la CAF, puis le département de l'Allier, ont commis une erreur d'appréciation en retenant l'existence d'une vie commune avec Mme B depuis le 29 juillet 2019.

Sur la suppression des droits au RSA :

10. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne à l'allocation du revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention dans la reconnaissance du droit à cette prestation d'aide sociale qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé sur lesquels l'administration s'est prononcée, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction. Au vu de ces éléments, il appartient au juge administratif d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision en fixant alors lui-même les droits de l'intéressé, pour la période en litige, à la date à laquelle il statue ou, s'il ne peut y procéder, de renvoyer l'intéressé devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation sur la base des motifs de son jugement.

11. D'une part, il résulte de ce qui a été rappelé au point précédent que le moyen tiré du défaut de motivation, qui se rattache à un vice propre de la décision du 20 juillet 2021, est inopérant et doit être écarté.

12. D'autre part, pour les mêmes motifs que ceux au point 9 du présent jugement, et compte tenu de la situation de vie commune non-déclarée avec Mme B, c'est à bon droit que le département de l'Allier a suspendu les droits au RSA de M. A.

13. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à contester la décision portant rejet du recours administratif préalable obligatoire formé à l'encontre de la décision portant suspension des droits au revenu de solidarité active.

14. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. A ainsi que les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au département de l'Allier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mai 2023.

La présidente,

S. BADER-KOZA La greffière,

E.CONSTANTIN-OUAGNE

La République mande et ordonne à la préfète de l'Allier en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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