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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2102718

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2102718

jeudi 30 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2102718
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationChambre 2
Avocat requérantMARTINET-BEUNIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 1er décembre 2021 et le 26 juillet 2023, M. B C, représenté par Me Martinet Beunier, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler la décision du 28 septembre 2020 par laquelle le directeur du service local du contentieux de Bordeaux du ministère des armées l'a informé que la somme de 8 218,22 euros, correspondant à l'indemnisation du préjudice causé par un accident de la circulation survenu avec un véhicule de service le 27 avril 2019, sera mise à sa charge ;

2°) d'annuler le titre de perception du 2 avril 2021 émis à son encontre en recouvrement des sommes correspondant au préjudice subi par l'Etat du fait de l'accident survenu le 27 avril 2019 ainsi que la décision du 4 octobre 2021 du directeur du service local du contentieux de Bordeaux du ministère des armées de rejet de son recours administratif préalable ;

3°) à titre subsidiaire, d'ordonner avant-dire droit une expertise afin de déterminer le montant du préjudice subi par l'Etat et de réduire la somme qui lui est imputable :

4°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le requérant doit être regardé comme soutenant que :

- sa requête n'est pas tardive ;

- à titre principal, la décision contestée est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en raison de ce que le rapport d'expertise joint à cette décision n'a pas été établi de façon contradictoire et de ce qu'il n'a pas pu solliciter une contre-expertise ;

- elle est illégale dès lors que son dossier disciplinaire était incomplet à la date du 30 avril 2019 et que les documents qui lui ont été remis postérieurement étaient irréguliers en raison de l'incompétence de l'auteur de l'avis du 3 mai 2019 sur l'accident et de l'absence de date figurant sur la décision du colonel A D ;

- elle est illégale en raison des vices affectant les procès-verbaux de détérioration du véhicule établis par les services du ministère ;

- l'imputabilité de la totalité du préjudice subi par l'administration à son encontre présente un caractère disproportionné au regard de la gravité de la faute commise et conduit à le sanctionner deux fois à raison des mêmes faits ;

- à titre subsidiaire, il convient d'ordonner une expertise judiciaire avant-dire droit afin d'évaluer la valeur nette comptable exacte du véhicule.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 15 juin 2023 et le 14 septembre 2023 (non communiqué), le ministre des armées conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- le courrier du 28 septembre 2020 ne constitue pas un acte susceptible de recours dès lors qu'il ne visait qu'à informer le requérant de ce que sa responsabilité était établie dans la survenance de l'accident ;

- le moyen tiré de l'incomplétude de son dossier disciplinaire et des irrégularités qui y sont relevées est inopérant ;

- les autres moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la défense ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Nivet,

- les conclusions de Mme Luyckx, rapporteure publique,

- et les observations de Me Martinet-Beunier représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C est entré en service le 1er mars 2005 au sein de l'armée de terre. Le 27 avril 2019, vers 22h30, alors qu'il était en service sur le camp de la Courtine, il a utilisé sans autorisation un véhicule de service pour rejoindre sa compagne qui se trouvait à Ussel. Lors de ce trajet, M. C a perdu le contrôle de son véhicule et a subi un accident de la circulation qui a endommagé ledit véhicule. Par une décision du 3 mai 2019, une sanction disciplinaire de 20 jours d'arrêts a été prononcée à son encontre en raison de ces faits. Par courrier du 28 septembre 2020 le directeur du service local du contentieux de Bordeaux du ministère des armées l'a informé qu'une somme de 8 218,22 euros serait mise à sa charge en réparation du préjudice causé par cet accident de la circulation. Le 2 avril 2021, un titre de perception d'un même montant a été émis à son encontre par l'agence comptable des services industriels de l'armement. Par une décision du 4 octobre 2021, le directeur du service local du contentieux de Bordeaux a rejeté le recours administratif préalable qu'il avait formé le 18 juin 2021. Par la présente requête, M. C doit être regardé comme demandant l'annulation du courrier du 28 septembre 2020, du titre de perception du 2 avril 2021 et de la décision du 4 octobre 2021.

2. En premier lieu, le courrier du 28 septembre 2020, qui informe M. C d'une créance constatée et liquidée à son encontre et qui indique qu'elle donnera lieu à l'émission d'un titre de perception présente le caractère d'un acte préparatoire insusceptible de recours.

3. En deuxième lieu, tant le titre de perception du 2 avril 2021 que la décision du 4 octobre 2021 prise suite au recours administratif préalable présentent l'ensemble des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. En particulier, le titre de perception fait référence à la décision du 28 septembre 2020, adressée précédemment au requérant et l'informant de sa dette à l'égard de l'administration, du détail et des bases de calcul de celle-ci. A cette décision était joint le rapport d'expertise évaluant la valeur du véhicule. La décision du 4 octobre 2021 reprend ces éléments. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que le caractère réparable du véhicule détérioré et la détermination de sa valeur de remplacement ont été estimés par un rapport d'expertise établi par un expert automobile du ministère des armées. Le requérant, qui se borne à soutenir que cette expertise n'a pas fait l'objet d'une procédure contradictoire, ni de contre-expertise, n'assortit ces allégations d'aucune précision juridique permettant d'apprécier le bien-fondé du moyen qu'il entend soulever. Par suite, le moyen tiré de l'absence du caractère contradictoire de l'expertise et de l'absence de contre-expertise doit être écarté.

5. En quatrième lieu, les moyens tirés de l'incomplétude du dossier disciplinaire du requérant, de l'incompétence de l'auteur de l'avis du 3 mai 2019 sur la sanction à prononcer et de l'absence de date apposée sur l'avis du colonel A D relèvent de la régularité de la procédure disciplinaire menée à l'encontre du requérant et sont sans incidence sur la légalité des décisions en litige.

6. En cinquième lieu, il résulte de l'instruction que, conformément aux procédures internes du ministère des armées, régies par l'instruction du 25 novembre 2015 relative à la rédaction et au traitement des procès-verbaux de pertes, destructions, détériorations, déficits ou excédents sur recensement de biens relevant du périmètre de responsabilité de la structure intégrée du maintien en condition opérationnelle des matériels terrestres, des procès-verbaux de détérioration du véhicule ont été établis en septembre 2019 afin d'évaluer la valeur du véhicule, de préciser les circonstances de sa détérioration, de recueillir les avis du gestionnaire du véhicule et de l'autorité hiérarchique, de décider du sort du véhicule et de la responsabilité du conducteur. Le requérant, qui soutient que ces procès-verbaux sont irréguliers en raison notamment de l'absence de signatures de certains rédacteurs, de l'absence de dates dans certaines rubriques ou de l'existence de mentions différentes entre les deux versions des mêmes procès-verbaux, n'apporte aucun élément permettant d'apprécier l'incidence que ces vices auraient pu avoir sur la décision contestée ou sur l'imputation des sommes en cause. Il s'ensuit que le moyen tiré de ce que la décision est illégale en raison des vices dont sont affectés les procès-verbaux de détérioration du véhicule doit être écarté.

7. En sixième et dernier lieu, si les fonctionnaires et agents des collectivités publiques ne sont pas pécuniairement responsables envers ces collectivités des conséquences dommageables de leurs fautes de service, il ne saurait en être ainsi quand le préjudice qu'ils ont causé à ces collectivités est imputable à des fautes personnelles, détachables de l'exercice de leurs fonctions.

8. D'une part, il résulte de l'instruction que, dans la soirée du 27 avril 2019, M. C a emprunté un véhicule militaire sans autorisation afin de rejoindre sa compagne et qu'il a perdu le contrôle du véhicule dans un virage finissant sa course dans un champ situé en contrebas. Cette utilisation du véhicule, en dehors du service, constitue une faute personnelle de l'intéressé. La circonstance qu'il a fait l'objet d'une sanction disciplinaire ne fait pas obstacle à la possibilité qu'a le ministre des armées de mettre à sa charge les conséquences pécuniaires de son acte fautif.

9. D'autre part, il résulte du rapport d'expertise du service local du commissariat des armées, qui se base sur un devis réalisé le 2 mai 2019, que le coût de la réparation du véhicule s'élevait à 21 216,45 euros alors que sa valeur nette comptable s'élevait, à la date de l'accident, à 13 674 euros. Le montant de cette valeur nette comptable du véhicule, qui n'est pas utilement contestée, correspond à la valeur d'acquisition du bien déduction faite des amortissements et des éventuelles dépréciations. Il a été renseigné par le comptable de la structure intégrée du maintien en condition opérationnelle des matériels terrestres. Au regard du coût de la réparation, supérieur à la valeur nette comptable du bien, il a été décidé de ne pas procéder à la réparation du véhicule détérioré et de le déclasser. Pour apprécier le montant du préjudice subi, le ministère des armées a ainsi déduit de la valeur nette comptable du véhicule, une somme de 5 455,78 euros, qui n'est pas davantage contestée, correspondant à la valeur de sauvetage du bien. Au regard de ces éléments, l'administration a correctement évalué à la somme de 8 218,22 euros le montant du préjudice subi par l'administration du fait de la détérioration du véhicule. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le montant du titre de perception n'est pas correctement évalué. En mettant à sa charge la somme de 8 218,22 euros, l'administration n'a pas entendu infliger au requérant une sanction.

10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'ordonner une expertise avant dire droit, que la requête de M. C doit être rejetée, y compris ses conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au ministre des armées.

Délibéré après l'audience du 16 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bentéjac, présidente,

M. Jean-Michel Debrion, premier conseiller,

M. Nivet, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2024.

Le rapporteur,

C. NIVET

La présidente,

C. BENTÉJAC La greffière,

C. PETIT

La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2102718

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