jeudi 26 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2102864 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | Présidente Bader-Koza |
| Avocat requérant | FAUCONNIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 17 décembre 2021 et le 17 juin 2022, Mme A B, représentée par Me Fauconnier, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 27 mai 2021 par laquelle l'Agence de services et de paiement a rejeté sa demande tendant au bénéfice d'un chèque énergie, ensemble la décision implicite rejetant son recours gracieux du 24 juin 2021 ;
2°) d'enjoindre à l'Agence de services et de paiement de l'admettre en qualité de bénéficiaire du chèque énergie et de lui délivrer un chèque énergie d'un montant de 240 euros au titre de la campagne de 2021 ainsi qu'un chèque complémentaire de 100 euros au titre de la revalorisation du chèque énergie ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1500 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les décisions contestées sont illégales dès lors qu'elle remplit les conditions prévues par l'article L. 124-1 du code de l'énergie pour bénéficier d'un chèque énergie d'un montant de 240 euros au titre de la campagne 2021 ;
- elle doit pouvoir bénéficier de la revalorisation du chèque énergie, d'un montant de 100 euros, en application du décret n° 2021-1541 du 29 novembre 2021 relatif à la revalorisation du chèque énergie ;
- elle a fourni l'ensemble des justificatifs nécessaires à l'Agence de services et de paiement ;
- les décisions contestées sont entachées d'une erreur de droit dès lors que l'Agence de services et de paiement ne peut se prévaloir de ce que les justificatifs qu'elle a fournis seraient antérieurs à la date de création du fichier des bénéficiaires alors qu'elle est tenue de procéder à l'instruction des pièces en application de l'article R. 124-7-2 du code de l'énergie ;
- elle a été bénéficiaire du chèque énergie au titre de la campagne 2022.
Par des mémoires en défense enregistrés les 11 mars et 21 juillet 2022, l'Agence de services et de paiement conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- la demande de Mme B a été rejetée dès lors que sa situation fiscale n'a pas connu de modification entre la date d'émission du chèque énergie et la date de leur réclamation, les documents fournis étant non conformes en ce qu'ils indiquent une date antérieure à la date de création du fichier permettant l'émission du chèque énergie au titre de l'année 2021 ;
- elle n'a aucun pouvoir d'appréciation sur l'éligibilité des dossiers, ni sur le montant des chèques attribués dès lors qu'elle reçoit une liste établie par l'administration fiscale ; il appartient à la requérante de régulariser sa situation auprès de l'administration fiscale ;
- elle a procédé à une nouvelle instruction mais n'a pas pu donner une suite favorable à l'intéressée ;
- il n'appartient pas au juge administratif d'ordonner à l'administration d'attribuer une aide.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 octobre 2021.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'énergie ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, Mme Bader-Koza, présidente a lu son rapport.
Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B a présenté une demande de chèque énergie au titre de la campagne 2021. Par une décision du 27 mai 2021, l'Agence de services et de paiement a refusé de faire droit à sa demande. Par un courrier du 24 juin 2021 notifié le 30 juin 2021, Mme B a formé un recours gracieux, implicitement rejeté. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de ces décisions.
2. Aux termes de l'article L. 124-1 du code de l'énergie : " Le chèque énergie est un titre spécial de paiement permettant aux ménages dont le revenu fiscal de référence est, compte tenu de la composition du ménage, inférieur à un plafond d'acquitter tout ou partie du montant des dépenses d'énergie relatives à leur logement ou des dépenses qu'ils assument pour l'amélioration de la qualité environnementale ou la capacité de maîtrise de la consommation d'énergie de ce logement comprises parmi celles mentionnées à l'article 200 quater du code général des impôts. Le chèque énergie est émis et attribué à ses bénéficiaires par l'Agence de services et de paiement mentionnée à l'article L. 313-1 du code rural et de la pêche maritime, qui en assure le remboursement aux personnes et organismes définis par décret en Conseil d'Etat () ".
4. D'une part, aux termes de l'article R. 124-1 de ce code : " Le bénéfice du chèque énergie est ouvert aux ménages dont le revenu fiscal de référence annuel par unité de consommation est inférieur à un seuil fixé par arrêté des ministres chargés de l'économie, du budget et de l'énergie, au titre de leur résidence principale (). / Au sens du présent chapitre, le ménage désigne une ou plusieurs personnes physiques remplissant l'une des conditions suivantes : / 1° Avoir, au 1er janvier de l'année d'imposition, la disposition ou la jouissance d'un local imposable à la taxe d'habitation prévue à l'article 1407 du code général des impôts ; / () / Le revenu fiscal de référence du ménage est la somme des revenus fiscaux de référence des occupants du local ou du logement. / La première ou seule personne du ménage constitue une unité de consommation. La deuxième personne est prise en compte pour 0,5 unité de consommation. Chaque personne supplémentaire est prise en compte pour 0,3 unité de consommation ". Aux termes de l'article R. 124-2 du même code : " Le chèque énergie est émis au titre d'une année civile, sur un support papier ou sous forme dématérialisée. Sa valeur faciale est déterminée en fonction des revenus et de la composition du ménage, tels que définis à l'article R. 124-1. () ". Aux termes de l'article R. 124-3 de ce code : " La valeur faciale du chèque énergie (TTC) est définie, en fonction du revenu fiscal de référence (RFR) du ménage et du nombre d'unités de consommation (UC), par arrêté des ministres chargés de l'économie, du budget et de l'énergie ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté de l'arrêté du 24 février 2021 modifiant le seuil d'éligibilité au chèque énergie : " A compter du 1er janvier 2021, le bénéfice du chèque énergie est ouvert aux ménages dont le revenu de référence annuel par unité de consommation est inférieur à 10 800 euros ". Enfin, aux termes de l'article 2 du même arrêté " A compter du 1er janvier 2021, la valeur faciale TTC du chèque énergie, définie à l'article R. 124-3 du code de l'énergie, est ainsi fixée : 1 ( UC ( 2 et 7 700 = RFR / UC ( 10 800 € : 63 € ".
5. D'autre part, aux termes de l'article R. 124-7 du code de l'énergie : " L'administration fiscale adresse chaque année à l'Agence de services et de paiement, par voie électronique, le fichier, signé électroniquement, des ménages mentionnés au 1° de l'article R. 124-1 ". Aux termes de l'article R. 124-7-2 de ce code : " I.- () Lorsqu'un ménage n'a pas reçu de chèque en raison de son absence du fichier des bénéficiaires, elle-même liée à la remise de sa déclaration de revenus à l'administration fiscale hors des délais légaux ou à l'absence de déclaration, l'Agence de services et de paiement instruit son dossier sur la base des éléments qui lui sont fournis et, si les critères sont réunis, accorde le bénéfice du chèque énergie () ".
6. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que l'Agence de services et de paiement, contrairement à sa pratique, est tenue de traiter l'ensemble des dossiers, y compris lorsque le potentiel bénéficiaire du chèque énergie ne figure pas sur la liste transmise par l'administration fiscale, au regard des conditions énoncées à l'article R. 124-1 du code de l'énergie.
7. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne à l'attribution du chèque énergie, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention dans la reconnaissance du droit à cette aide qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé sur lesquels l'administration s'est prononcée, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction. Au vu de ces éléments, il appartient au juge administratif d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision en fixant alors lui-même les droits de l'intéressé, pour la période en litige, à la date à laquelle il statue ou, s'il ne peut y procéder, de renvoyer l'intéressé devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation sur la base des motifs de son jugement.
8. Il résulte de l'instruction que la demande d'attribution du chèque énergie formée par Mme B a été rejetée au motif que celle-ci ne figure pas dans le fichier des bénéficiaires éligibles transmis par l'administration fiscale et que sa situation fiscale n'a connu aucune modification par rapport à celle prise en compte pour déterminer éligibilité au dispositif. Toutefois, il n'est pas contesté que le revenu fiscal de référence de l'intéressée s'élevait, pour l'année 2020, à 3600 euros, et celui de son conjoint à 2607 euros pour un foyer fiscal comportant 1,5 part, soit un montant inférieur au revenu fiscal de référence par unité de consommation défini par les dispositions précitées, et qu'ils étaient assujettie, au titre de l'année 2020, à la taxe d'habitation pour un logement qu'ils occupaient effectivement. En se bornant à faire valoir que les pièces produites par la requérante à l'occasion de son recours gracieux n'ont apporté aucune information nouvelle par rapport à celles connues de l'administration fiscale au moment de la transmission du fichier des bénéficiaires éligibles, l'Agence de services et de paiement ne conteste pas utilement ces éléments. Dans ces conditions, Mme B qui remplissait les critères d'éligibilité au chèque énergie et qui aurait dû figurer sur le fichier des bénéficiaires, est fondée à soutenir que c'est à tort que l'Agence de services et de paiement a refusé de lui accorder le bénéfice du chèque énergie.
9. Compte tenu de la situation de Mme B, exposée au point précédent, celle-ci a droit à la somme de 240 euros au titre du dispositif chèque énergie de l'année 2021. Dès lors, il y lieu d'enjoindre à l'Agence de services et de paiement de verser cette somme à Mme B, et toute autre aide en découlant, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
10. Dans les circonstances de l'espèce il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par Mme B sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La décision du 27 mai 2021 par laquelle l'Agence de services et de paiement a refusé à Mme B le bénéfice du chèque énergie au titre de l'année 2021 est annulée, ensemble la décision rejetant son recours gracieux.
Article 2 : Il est enjoint à l'Agence de services et de paiement de verser à Mme B la somme de 240 euros au titre du dispositif chèque énergie pour l'année 2021 ainsi qu'un chèque complémentaire de 100 euros au titre de la revalorisation de ce chèque énergie, dans le délai d'un mois à compter de la notification de présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et à l'Agence de services et de paiement.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 octobre 2023.
La présidente,
S. BADER-KOZA Le greffier,
P. MANNEVEAU
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.AA
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026