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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2102865

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2102865

vendredi 20 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2102865
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationChambre 1
Avocat requérantHPML

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand a été saisi par M. A C d’une demande en décharge de cotisations supplémentaires d’impôt sur le revenu, de contributions sociales et de la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus au titre de l’année 2015, ainsi que des majorations correspondantes, contestant notamment la prescription de l’année 2015 et la motivation de la proposition de rectification. Le requérant soutenait que les acquisitions immobilières réalisées en Thaïlande via des sociétés locales (Lou 100, Serenity Samui Company Ltd) ne constituaient pas des désinvestissements imposables, mais des actifs contrôlés par sa société Atlantis 63, et que l’administration avait retenu une double qualification incompatible. Le tribunal a rejeté l’ensemble des conclusions de M. C, jugeant que la prescription avait été valablement interrompue et que les rectifications étaient fondées sur les articles 109-1-1° et 111-a du Code général des impôts, relatifs aux revenus distribués. La solution retenue confirme le bien-fondé des impositions contestées, sans faire droit à la demande de sursis de paiement ni à celle relative aux frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 décembre 2021, et des mémoires complémentaires, enregistrés les 1er juillet 2022, 4 décembre 2023 et 20 juin 2024, M. A C, représenté par le Cabinet HPM, Me Rolland, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu, de contributions sociales et de la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2015 ainsi que des majorations correspondantes ;

2°) de lui accorder le bénéfice du sursis de paiement prévu à l'article L. 277 du livre des procédures fiscales ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et les entiers dépens.

Il soutient que :

- la prescription de l'année 2015 n'a pas été valablement interrompue par la proposition de rectification du 18 juillet 2017 adressée au contribuable à l'adresse de son conseil alors qu'il n'a pas fait élection de domicile au cabinet de son conseil ;

- la proposition de rectification n'est pas motivée concernant le rehaussement de 545 035 euros dès lors que la société Lou 100 n'est intervenue que pour l'achat des plots 372, 374 et 376 et non pour l'achat du plot 373 à hauteur de 545 035 euros ;

- s'agissant de l'achat des " plots 372, 374 et 376 " situés à Koh Samui, la société Atlantis 63 a acquis ces terrains par le biais de la société de droit thaïlandais Lou 100, dans laquelle elle est associée et a reçu de la part de la société Financière D un virement correspondant à la moitié du prix d'achat du terrain, à laquelle s'ajoutent des frais d'avocat et d'enregistrement ; la société Atlantis 63 a reversé le prix d'achat total des plots au cabinet d'avocats thaïlandais, Pensit Laws ; les sociétés Atlantis 63 et Financière D ont créé en 2017 une société de droit local Kikilion à qui la propriété du bien appartenant à la société Lou 100 a été transférée ; la seule façon de pouvoir acquérir les lots en litige est de créer une société de droit local comme la société Lou 100 ; la situation de la société Atlantis 63 au sein de la société Lou 100 a été régularisée en décembre 2016 et l'interposition de la société thaïlandaise était indifférente sur le contrôle réel des actifs exercés par la société Atlantis 63 ; les acquisitions immobilières ont été directement portées au bilan des immobilisations en cours ; les rapports de gestion mentionnent les investissements en Thaïlande ; les mêmes biens ont été considérés à la fois comme vendus à la société Financière D et désinvestis au profit de M. C, ce qui est incompatible ; la société Kikilion, dont les sociétés Financière D et Atlantis 63 sont associées, a été constituée le 23 novembre 2016 et la propriété des trois lots lui a été transférée ; la société Atlantis 63 s'est considérée comme propriétaire des actifs immobiliers ou à tout le moins comme les contrôlant et était considérée comme tel par les tiers ;

- s'agissant de l'achat du " plot 373 ", la société Atlantis 63 a acheté une partie du terrain situé à Koh Samui directement et l'autre partie via l'acquisition de parts de la société de droit thaïlandais Serenity Samui Company Ltd, elle-même propriétaire de cette autre partie du terrain ; les factures correspondant à ces achats ont été adressées à la société Atlantis 63 qui a effectué les virements en paiement des parts de la société Serenity Samui Company Ltd et de la partie du terrain achetée en direct ; si elle a commercialisé le projet de construction sur ce terrain auprès d'acheteurs et, dans le même temps, a procédé à l'acquisition du plot 373, cette concomitance a permis à la société Atlantis 63 de ne pas à faire l'avance de ses fonds propres ; comptablement, le total des montants qui lui ont été versés pour l'achat du terrain et frais associés a été inscrit dans le compte " Autres dettes " pour un montant de 529 437 euros et le prix d'acquisition du terrain et des parts dans le compte d'actif " Immobilisation en cours de construction ", soit 561 255 euros ; la société Atlantis 63 est propriétaire de ce plot ; l'acquéreur du plot est désigné dans l'acte d'acquisition ; la société Atlantis 63 a contracté avec les acquéreurs pour la revente de ce lot, lesquels lui ont versé les fonds nécessaires à l'acquisition du terrain ; l'acquisition des parts de la société Serenity Samui Company Ltd portée à tort en terrains est une erreur de comptabilisation qui ne peut avoir pour effet de priver la société Atlantis 63 du contrôle de l'actif immobilier ; la circonstance qu'elle n'apparaisse dans la liste des associés que le 6 février 2017 est indifférente sur le fait que la société Atlantis 63 s'est comportée dès mai 2015 comme titulaire des parts de cette société et du terrain ; pour régler la situation illégale dans laquelle la société Atlantis 63 s'est placée, la propriété de la partie du terrain achetée en direct a été transférée à la société Atlantis Samui Building dans laquelle la société Atlantis 63 est associée puis cette société a transférée la propriété du terrain aux sociétés thaïlandaises constituées par les clients finaux ; s'agissant de la partie du plot 373 détenue par l'intermédiaire de Serenity Samui Company Ltd, la propriété des parts détenues par la société Atlantis 63 dans cette société a été transférée en septembre 2017 aux acheteurs ; s'agissant de la partie du terrain acquise en direct, les personnes concernées ont créé les sociétés ad hoc en 2018 ; l'administration a d'une part considéré que les encaissements constatés correspondent à des contrats de vente et constituent des produits imposables et d'autre part que l'acquisition de ce terrain aurait constitué un désinvestissement taxable en tant que revenu distribué à son profit, ce qui est incompatible ;

- selon la doctrine BOI-BIC-CHG-20-10-10, une entreprise possède le contrôle d'un élément lorsqu'elle en maîtrise l'utilisation, en assume les coûts, notamment d'entretien, ainsi que la responsabilité en cas de dommage à autrui, ce qui est le cas en l'espèce ;

- il n'existe pas de revenus distribués au sens du 1° de l'article 109-1 du code général des impôts ;

- il n'existe pas de rémunérations ou avantages occultes au sens du c. de l'article 111 du code général des impôts ;

- dans un jugement du 24 octobre 2023, le tribunal administratif de Paris a considéré que les biens ont été vendus et, par suite, ils ne peuvent être considérés comme des désinvestissements à son profit.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 24 mai et 19 septembre 2022 et le 31 mai 2024, l'administrateur des finances publiques adjointe de la direction départementale des finances publiques du Puy-de-Dôme conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 4 juin 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 26 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Caraës,

- et les conclusions de M. Panighel, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La SAS Atlantis 63, qui a pour activité le support juridique de gestion de patrimoine immobilier et dont M. A C est l'associé unique et le président, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au titre de la période du 1er janvier 2013 au 31 décembre 2015 à l'issue de laquelle l'administration lui a assigné notamment des compléments d'impôt sur les sociétés au titre de l'exercice clos en 2015. Le service en a tiré les conséquences sur la situation fiscale personnelle de M. C en réintégrant, suivant la procédure contradictoire, dans son revenu imposable de l'année 2015, dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, les sommes correspondant, d'une part, aux remboursements des indemnités kilométriques injustifiées et comptabilisées en charges par la SAS Atlantis 63 à hauteur de 12 000 euros, d'autre part, aux crédits bancaires comptabilisés par la société Atlantis 63 en " autres dettes " pour un montant de 879 347 euros que l'administration a regardés comme des produits non déclarés de la société et, enfin, à des flux financiers sortants relatifs à des acquisitions de terrains situés en Thaïlande regardés comme des désinvestissements injustifiés de la société Atlantis 63 pour un montant de 1 179 035 euros, notifiées sur le double fondement du 1° de l'article 109-1 et du c. de l'article 111 du code général des impôts. En conséquence de ces rectifications, M. C a été assujetti à une cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu, de contributions sociales et de contribution exceptionnelle sur les hauts revenus au titre de l'année 2015. Ces rectifications ont été assorties de la majoration de 10% prévue par l'article 1758 A du code général des impôts et de 40% prévue au a. de l'article 1729 du code général des impôts en cas de manquement délibéré. Par une décision du 14 mars 2019, l'administration fiscale a abandonné la rectification d'un montant de 879 347 euros notifiée à M. C dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers. M. C demande la décharge de ces impositions et des pénalités correspondantes en tant qu'elles concernent les rectifications en lien avec les sommes engagées en vue de l'acquisition de biens immobiliers en Thaïlande.

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

2. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. () ". Il résulte de ces dispositions que l'administration doit indiquer au contribuable, dans la proposition de rectification, les motifs et le montant des rehaussements envisagés, leur fondement légal et la catégorie de revenus dans laquelle ils sont opérés, ainsi que les années d'imposition concernées.

3. La proposition de rectification du 18 juillet 2017 mentionne, après avoir visé le 1 de l'article 109-1 et le c. de l'article 111 du code général des impôts, la nature des impôts concernés, l'année d'imposition et le montant de la base imposable. Elle fait état de la vérification de comptabilité conduite à l'égard de la société Atlantis 63 et expose les motifs pour lesquels M. C a été regardé comme le bénéficiaire des revenus distribués. Ces indications étaient suffisantes pour éclairer M. C et lui permettre de discuter utilement le bien-fondé des rectifications envisagées, ce qu'il a d'ailleurs fait en contestant les redressements par des observations du 15 septembre 2017. Si M. C soutient que la proposition de rectification est insuffisamment motivée en tant qu'elle fait état, à tort, de l'interposition de la société thaïlandaise Lou 100 sans distinguer l'acquisition du plot 373 de celle des plots 372, 374 et 375, alors que la société Lou 100 n'est intervenue que pour l'achat des plots 372, 374 et 375, il résulte des termes de la proposition de rectification que l'administration s'est bornée à tirer les conséquences des déclarations du contribuable lors du contrôle par lesquelles il a indiqué que les acquisitions de terrains dans le cadre du programme Serenity avaient été effectuées par l'intermédiaire de la société thaïlandaise Lou 100 Co Ltd. En tout état de cause, cette critique a trait au bien-fondé de l'imposition en litige et est, en elle-même, sans incidence sur la motivation de la proposition de rectification. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la proposition de rectification du 18 juillet 2017 ne peut qu'être écarté.

Sur la prescription :

4. Aux termes de l'article L. 168 du livre des procédures fiscales : " Les omissions totales ou partielles constatées dans l'assiette de l'impôt, les insuffisances, les inexactitudes ou les erreurs d'imposition peuvent être réparées par l'administration des impôts ou par l'administration des douanes et droits indirects, selon le cas, dans les conditions et dans les délais prévus aux articles L. 169 à L. 189, sauf dispositions contraires du code général des impôts ". Aux termes de l'article L. 169 du même livre : " Pour l'impôt sur le revenu et l'impôt sur les sociétés, le droit de reprise de l'administration des impôts s'exerce jusqu'à la fin de la troisième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due ". Aux termes de l'article L. 189 du livre : " La prescription est interrompue par la notification d'une proposition de rectification () ".

5. Si M. C soutient que l'administration s'est abstenue de lui adresser personnellement la proposition de rectification du 18 juillet 2017 par laquelle son foyer fiscal a été assujetti à une cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu, de contributions sociales et à la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus au titre de l'année 2015 et s'est bornée à l'adresser à son conseil alors qu'il n'avait pas fait élection de domicile auprès de ce mandataire, il résulte de l'instruction que l'administration a également adressé cette même proposition de rectification à M. C à son adresse personnelle. Par suite, cette proposition de rectification du 18 juillet 2017 qui a été régulièrement notifiée à M. C le 22 juillet 2017 a interrompu la prescription. Il suit de là que l'imposition supplémentaire établie au titre de l'année 2015 n'était pas atteinte par l'expiration du délai de reprise lorsqu'elle a été mise en recouvrement.

Sur le bien-fondé des impositions :

6. Aux termes du c. de l'article 111 du CGI : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : () c. Les rémunérations et avantages occultes () ". L'octroi d'un avantage sans contrepartie doit être qualifié comme une libéralité représentant un avantage occulte constitutif d'une distribution de bénéfices au sens des dispositions précitées, alors même que l'opération est portée en comptabilité et y est assortie de toutes les justifications concernant son objet apparent et l'identité du co-contractant, dès lors que cette comptabilisation ne révèle pas, par elle-même, la libéralité en cause.

7. Il résulte de l'instruction qu'au cours de la vérification de comptabilité de la SAS Atlantis 63, l'administration a constaté que le compte n° 231300 " Immobilisations en cours de construction " était débiteur de la somme de 1 195 255 euros correspondant notamment aux écritures suivantes pour un montant total de 1 179 035 euros : " BQ1 - Thaïlande Pensit Management " pour un montant de 28 600 euros, " BQ1 - Pensit Management and Services " pour un montant de 500 000 euros, " BQ1 -Virt Pensit Management " pour un montant de 15 000 euros, " BQ1 - Virt Pensit and Laws " pour un montant de 920 euros, " BQ1 - Virt Pensit and Law " pour un montant de 515 euros, " BQ1 - Pensit Management " pour un montant de 317 000 euros, " BQ1 - Pensit Management and Services " pour un montant de 100 000 euros et " BQ1 - Pensit Management and Services " pour un montant de 217 000 euros.

8. Pour établir que ces sommes correspondaient non à un désinvestissement injustifié de la société Atlantis 63 mais avaient permis de procéder à l'acquisition de terrains en Thaïlande, M. C a produit au cours du contrôle des relevés bancaires faisant apparaître ces virements au débit du compte de la société Atlantis 63 et les avis de transferts internationaux. Estimant que ces éléments étaient imprécis et incomplets pour justifier des immobilisations, le vérificateur a demandé, dès l'origine du contrôle, la nature exacte et la justification de ce poste comptable et notamment les actes d'acquisition. En réponse à cette demande, M. C a précisé que ce compte comprenait, d'une part, des acquisitions de terrains et de parts pour les sommes de 28 600 euros, 500 000 euros, 15 000 euros, 920 euros et 515 euros en vue de lancer le programme Serenity (programme de lotissement) et, d'autre part, l'acquisition en lien avec la société Financière D de plusieurs terrains pour un montant total de 634 000 euros soit 317 000 euros pour chacune des sociétés, la société Atlantis 63 et la société Financière D, l'ensemble de ces acquisitions ayant été effectuées par l'intermédiaire de la société Lou 100 et a produit les actes d'acquisition en expliquant que la société Atlantis 63 avait été contrainte de procéder à l'acquisition des terrains par l'intermédiaire d'une société écran thaïlandaise dès lors que la législation thaïlandaise ne lui permettait pas d'acquérir directement les terrains en litige. Constatant que les actes d'acquisition de ces terrains n'étaient pas établis au nom de la société Atlantis 63 mais à celui de la société thaïlandaise Lou 100, que les paiements avaient été effectués par virements internationaux par la société Atlantis 63, que l'entrée de la société Atlantis 63 dans le capital de la société Lou 100 n'était intervenue que le 14 décembre 2016 et que la société Financière D n'en était pas l'associée, qu'aucune participation dans la société Lou 100 n'avait été portée à l'actif du bilan de la société Atlantis 63 et que le rapport de gestion de la société Atlantis 63 au titre de l'exercice clos en 2015 ne mentionnait ni une participation ni une avance à la société Lou 100, l'administration a estimé que les immobilisations reportées sur le compte de la société Atlantis 63 correspondant à ces terrains n'étaient pas justifiées et constituaient des désinvestissements non justifiés au titre de l'année 2015 pour un montant total de 1 179 035 euros. Tirant les conséquences de ce contrôle de la société Atlantis 63, l'administration a estimé que ces désinvestissements non justifiés constituaient une distribution au bénéfice de M. C imposés entre ses mains dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers en application du 1° de l'article 109 et du c. de l'article 111 du code général des impôts.

9. Ultérieurement, à l'occasion de ses observations du 15 septembre 2017, M. C a précisé que les terrains avaient été acquis dans le cadre de " deux projets Senenity : - le projet Serenity correspondant au plot 373 à Koh Samui et - le projet Serenity correspondant aux plots 372, 374 et 376 (acquisition à 50% par Financière D) ", seul ce dernier ayant été réalisé par l'intermédiaire de la société Lou 100 Co Ltd.

En ce qui concerne l'octroi d'un avantage sans contrepartie :

10. S'agissant de l'acquisition des terrains, plots 372, 374 et 376, en Thaïlande, M. C fait valoir que les sommes en litige correspondent à un investissement de la société Atlantis 63, pour un montant de 317 00 euros, et de la société Financière D, pour une somme d'un même montant de 317 000 euros versée à la société Atlantis 63, en vue de l'acquisition conjointe des terrains en litige et qu'en raison des restrictions de la législation thaïlandaise, la société Atlantis 63 avait été contrainte d'acquérir ces biens via une société écran thaïlandaise Lou 100 dans laquelle elle est associée. Il explique encore, dans ses observations du 15 septembre 2017 et dans ses écritures contentieuses, que la propriété des plots a ensuite été transférée à une nouvelle société thaïlandaise Kikilion créée en 2017 dans laquelle la société Atlantis 63 et la société Financière D sont associées à parts égales. Toutefois, il n'est pas contesté que les actes d'acquisition de décembre 2015 des plots en litige mentionnent en qualité d'acheteur la société de droit thaïlandais Lou 100. Si M. C fait valoir que la société Atlantis 63 a été contrainte de procéder à l'acquisition des terrains par l'intermédiaire de cette société écran thaïlandaise compte tenu des restrictions de la législation thaïlandaise ne lui permettant pas d'acquérir directement les terrains en litige, il n'est pas contesté que ni la société Atlantis 63 ni la société Financière D ne détenaient de participations dans le capital de la société Lou 100 à la date d'acquisition des plots, M. C ne produisant qu'un état de la répartition du capital de cette société au 15 décembre 2016, correspondant à la période du contrôle mené par l'administration fiscale, mentionnant que la société Atlantis 63 détient 35% du capital de cette société, les autres parts étant détenues par des associés thaïlandais. M. C ne peut se prévaloir de la constitution le 3 novembre 2017, ultérieure au contrôle, de la société de droit thaïlandais Kikilion, au sein de laquelle les sociétés Atlantis 63 et Financière D et des ressortissants thaïlandais sont associés et du transfert de la propriété des trois lots à cette dernière en l'absence de production de tout élément, à l'exception des statuts de la société désignant M. C et M. D comme directeur(s), établissant que ces deux sociétés auraient été associées dans le cadre de cette opération. Par ailleurs, la circonstance que le rapport de gestion pour l'exercice clos en 2015 fait état ce que la société Atlantis 63 a poursuivi son programme d'investissement immobilier en Thaïlande n'est pas de nature à démontrer l'absence de désinvestissement dès lors qu'il n'est fait mention ni du montage de l'opération d'investissement ni de la société Lou 100 dont aucune participation n'a été portée à l'actif du bilan de la société Atlantis 63. Il s'ensuit que l'intégralité du prix d'acquisition des " plots 372, 374 et 376 " a été financée par la société Atlantis 63 alors que leur propriété était initialement détenue par la seule société de droit thaïlandais Lou 100.

11. S'agissant de l'acquisition du terrain " plot 373 ", pour établir que ces sommes en litige correspondaient non à un désinvestissement injustifié de la société Atlantis 63 mais avaient permis de procéder à l'acquisition d'un terrain " plot 373 " situé à Koh Samui en Thaïlande, M. C indique que, dans un premier temps, la société Atlantis 63 a acquis une partie de ce plot directement et l'autre partie de ce même plot par l'acquisition de parts de la société Serenity Samui Company Ltd, elle-même propriétaire de cette autre partie du terrain. Afin de satisfaire aux exigences de la législation thaïlandaise, la partie du plot 373 acquise directement a été transférée à une société écran thaïlandaise Atlantis Samui Building, dans laquelle la société Atlantis 63 est associée, qui a elle-même transféré la propriété du terrain aux sociétés thaïlandaises constituées notamment par les quatre acheteurs du projet de construction, M. E, M. F, M. B et la société Financière D, et l'autre partie du terrain acquise via la propriété de parts détenues par la société Atlantis 63 dans la société Serenity Samui Company Ltd a été transférée en septembre 2017 à ces mêmes sociétés constituées notamment des quatre acheteurs. Il produit au soutien de ses dires les factures adressées par le cabinet d'avocats thaïlandais, Pensit et Laws, par lequel ont transité les sommes en litige, et des attestations des acheteurs. Toutefois, il résulte de l'instruction que, lors du contrôle, M. C a fourni des documents souvent de manière partielle et des explications confuses et contradictoires avec ses observations ultérieures. En outre, l'acte d'acquisition du plot 373 du 12 mai 2015, rédigé en langue anglaise, désigne l'acheteur (" purchaser ") sous le libellé suivant " M. A G C " suivi de la mention " (Atlantis 63) " de telle sorte qu'il n'est pas clairement établi que la société Atlantis 63 en soit l'acquéreur. Par ailleurs, il n'est pas contesté que la société Atlantis 63, censée avoir acquis des parts de la société Serenity Samui Company Ltd le 12 mai 2015 ainsi que l'indique l'acte d'acquisition datée du 12 mai 2015, qui désigne M. C suivi de la mention " (Atlantis 63) " comme l'acquéreur, n'est entrée dans le capital de la société Serenity Samui Company Ltd que le 6 février 2017, postérieurement au contrôle, ainsi que le relève l'administration dans sa réponse aux observations du contribuable.

12. Dès lors, les éléments relevés par l'administration sont suffisants pour regarder comme établi que les dépenses litigieuses étaient dépourvues de toute contrepartie et étaient désinvesties de la société Atlantis 63. Dans ces conditions, l'administration doit être regardée comme établissant l'existence des distributions des revenus en litige au sens du c. de l'article 111 du code général des impôts.

13. M. C ne peut se prévaloir des paragraphes 1 et 30 de la doctrine référencée BOI-BIC-CHG-20-10-10 n°1 et suivants, selon laquelle " il résulte des articles 211-1 et 311-1 du plan comptable général (PCG) qu'un actif doit être constaté lorsque les quatre conditions suivantes sont simultanément réunies : - l'actif doit être identifiable, -il doit avoir une valeur économique positive traduite par les avantages économiques futurs attendus par l'entreprise, - il doit être contrôlé par l'entreprise ; - il peut être évalué avec une fiabilité suffisante () Il est souligné que la définition des actifs contenues dans le PCG et rappelée supra ne fait pas état de la qualité de propriétaire mais de contrôle dudit actif " en indiquant que la société Atlantis 63 s'est considérée comme propriétaire des actifs immobilisés ou tout au moins les contrôlant et était également considérée de la même manière par les tiers avec lesquels elle a contracté alors que la doctrine administrative précise également sur la notion de contrôle qu' " il est rappelé que le critère de propriété était déjà écarté dans certaines situations, telles que les constructions sur sols d'autrui, les agencements réalisés par le locataire () Il en est de même des biens donnés à bail ou en crédit-bail qui sont exclus de la nouvelle définition. () Pour les autres éléments, le contrôle d'un élément étant généralement transféré en même temps que sa propriété juridique, la condition de contrôle devrait être satisfaite lorsque l'entreprise détient un droit de propriété sur l'élément concerné. En d'autres termes, il peut être considéré qu'une entreprise possède le contrôle d'un élément lorsqu'elle en maîtrise l'utilisation, en assume les coûts, notamment d'entretien, ainsi que la responsabilité en cas de dommage à autrui. Toutefois, la simple détention d'un droit de propriété peut, dans certaines situations, ne pas être suffisante pour considérer qu'il y a contrôle, notamment en présence d'autres contrats, tel qu'un contrat de sous-traitante. " et que M. C n'établit pas entrer dans les prévisions de la doctrine qu'il invoque.

14. M. C soutient qu'à l'issue de la vérification de comptabilité de la société Atlantis 63, l'administration a considéré concomitamment et contradictoirement que ces mêmes biens avaient fait l'objet d'un désinvestissement de la part de la société Atlantis 63 et avaient été vendus et a procédé à des rehaussements au titre des désinvestissements pour un montant de 1 179 035 euros et au titre des " produits non déclarés " pour un montant total de 879 347 euros correspondant, pour ce dernier chef de rectification, aux sommes versées, d'une part, par M. E, M F, M. B et la société Financière D pour un montant de 529 346 euros pour la cession du " plot 373 " et, d'autre part, par la société Financière D pour sa participation au financement de l'acquisition des " plots 372, 374 et 376 ". Toutefois, il résulte de l'instruction que, par une décision du 14 mars 2019, l'administrateur des finances publiques adjoint de la direction régionale des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris a abandonné le complément d'impôt sur le revenu afférent aux revenus distribués imposés dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers d'un montant de 879 347 euros. Par suite, M. C ne peut utilement se prévaloir de la contradiction entachant les rectifications de la société Atlantis 63.

15. La décision prise par la juridiction administrative dans un litige relatif à l'imposition d'une société à l'impôt sur les sociétés est, par elle-même, sans influence sur l'imposition du dirigeant ou de l'associé de cette société à l'impôt sur le revenu, alors même qu'il s'agirait d'un excédent de distribution révélé par un redressement des bases de l'impôt sur les sociétés que l'administration entend imposer à l'impôt sur le revenu entre les mains du bénéficiaire. Il suit de là que M. C ne peut utilement se prévaloir de ce que, par un jugement n° 2101152 du 24 octobre 2023, le tribunal administratif de Paris a accordé à la société Atlantis 63 la décharge des impositions à l'impôt sur les sociétés correspondant aux redressements à concurrence de la somme de 529 346 euros.

En ce qui concerne l'appréhension des distributions :

16. L'administration a également relevé que M. C est le dirigeant et l'unique associé de la société Atlantis 63, qu'il dispose de la signature bancaire et juridique et qu'il est à l'origine de tous les projets immobiliers en Thaïlande. Il résulte de ce qui précède que l'administration a pu considérer que M. C disposait seul des pouvoirs les plus étendus au sein de la société Atlantis 63 et qu'en sa qualité de seul maître de l'affaire, il devait être regardé comme le bénéficiaire des revenus réputés distribués par la société au titre de l'année 2015.

17. M. C ne peut utilement faire valoir que sommes versées par la société Atlantis 63 étaient destinées à l'achat, soit en direct soit par l'intermédiaire de sociétés, de biens immobiliers situées en Thaïlande en vue de leur revente compte tenu de ce qui a été dit ci-dessus.

18. Dans ces conditions, l'administration fiscale doit être regardée comme établissant que les dépenses mentionnées comme correspondant à l'acquisition de terrains n'étaient assorties d'aucune contrepartie effective pour la société Atlantis 63. Ainsi, c'est à bon droit que le service a estimé que les sommes totales de 1 179 035 euros devaient être regardées comme un avantage occulte au profit de M. C.

19. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu, de contributions sociales et de la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2015 ainsi que des majorations correspondantes. Par voie de conséquence, les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

Sur le bénéfice du sursis de paiement :

20. Les dispositions de l'article L. 277 du livre des procédures fiscales, qui ont pour objet de permettre de surseoir au paiement des impositions lorsqu'il a été formé contre elles une réclamation contentieuse, n'ont de portée que pendant la durée de l'instance devant le tribunal administratif. Lorsque le tribunal s'est prononcé au fond, son jugement rend à nouveau exigibles les impositions dont il n'a pas prononcé la décharge. Par suite, les conclusions de M. C tendant au bénéfice du sursis de paiement ne peuvent, en tout état de cause, qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au directeur départemental des finances publiques du Puy-de-Dôme.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Caraës, présidente,

M. Jurie, premier conseiller,

Mme Bollon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2024.

La présidente-rapporteure,

R. CARAËS

L'assesseur le plus ancien,

G. JURIE La greffière,

F. LLORACH

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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