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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2200663

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2200663

jeudi 8 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2200663
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationPrésidente Bader-Koza
Avocat requérantMORAGLIA FRANCOISE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 mars 2022, M. B A, assisté de ses curateurs, Mme C A et M. D A, et représenté par Me Moraglia, demande au tribunal :

1°) d'ordonner une médiation en application des articles L. 213-1 et suivants du code de justice administrative ;

2°) d'annuler l'arrêté du 30 décembre 2021 rejetant son recours administratif préalable dirigé contre l'arrêté du 12 octobre 2021 par lequel le président du conseil départemental de l'Allier a rejeté sa demande d'aide sociale pour la prise en charge de ses frais d'hébergement en établissement pour la période du 5 avril au 13 septembre 2021 ;

3°) de statuer sur les dépens.

Il soutient que :

- le département ne pouvait motiver sa décision de rejet de son recours préalable obligatoire à raison du défaut de qualité pour agir de Mme A, sa curatrice, sans avoir invité l'administré à régulariser son recours ;

- la décision est entachée d'erreur d'appréciation dès lors qu'eu égard aux circonstances particulières dont il justifie, le département aurait dû lui accorder le bénéfice de l'aide sociale pour la période antérieure au dépôt de son dossier.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 juillet 2022, le département de l'Allier conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- le recours administratif préalable introduit par M. A était irrecevable, dès lors qu'il ne comportait pas la signature de ce dernier, en sus de celle de sa curatrice ;

- la demande d'aide ayant été introduite postérieurement au 5 août 2021, la prise en charge ne pouvait rétroagir au 5 avril 2021.

Par une décision du 26 janvier 2022, M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code civil ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Bordes, premier conseiller, pour exercer les fonctions de rapporteur public sur le fondement des dispositions de l'article R. 222-24 du code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, Mme Bader-Koza, présidente, a lu son rapport.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A réside au foyer " Le Bergerat " à Vesdun (18). Assisté de ses curateurs, Mme C A et M. D A, il a sollicité auprès du département de l'Allier la prise en charge de ses frais d'hébergement au titre de l'aide sociale. Par un arrêté du 12 octobre 2021, le président du conseil départemental de l'Allier a fait droit partiellement à sa demande à compter du 14 septembre 2021 et l'a rejeté pour la période antérieure du 5 avril 2021 au 13 septembre 2021, au motif que la demande, formulée le 14 septembre 2021, était tardive. Par un arrêté du 30 décembre 2021, le président du conseil départemental de l'Allier a rejeté le recours administratif préalable présenté par Mme C A, au motif que ce recours n'était pas signé par M. B A. Par la présente requête, M. B A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne en matière d'aide sociale, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision, en fixant alors lui-même tout ou partie des droits de l'intéressé et en le renvoyant, au besoin, devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation pour le surplus, sur la base des motifs de son jugement.

3. Il résulte de ce qui précède qu'il appartient au tribunal de se prononcer directement sur les droits de M. A à l'aide sociale. Par suite, le moyen tiré de ce que le département ne pouvait rejeter son recours administratif préalable sans l'avoir invité à le régulariser est relatif aux vices propres de la décision en litige et doit donc être écarté comme inopérant.

4. En second lieu, aux termes de l'article L. 131-1 du code de l'action sociale et des familles : " () les demandes d'admission au bénéfice de l'aide sociale, à l'exception de celles concernant l'aide sociale à l'enfance, sont déposées au centre communal ou intercommunal d'action sociale ou, à défaut, à la mairie de résidence de l'intéressé. Les demandes donnent lieu à l'établissement d'un dossier par les soins du centre communal ou intercommunal d'action sociale. Celui-ci peut utiliser à cet effet des visiteurs-enquêteurs. Les demandes sont ensuite transmises, dans le mois de leur dépôt, au représentant de l'Etat ou au président du conseil départemental qui les instruit avec l'avis du centre communal ou intercommunal d'action sociale ou, à défaut, du maire et celui du conseil municipal, lorsque le maire ou le centre communal ou intercommunal d'action sociale a demandé la consultation de cette assemblée. ". Aux termes de l'article L. 131-4 de ce code : " Les décisions attribuant une aide sous la forme d'une prise en charge de frais d'hébergement peuvent prendre effet à compter de la date d'entrée dans l'établissement à condition que l'aide ait été demandée dans un délai fixé par voie réglementaire. ". Aux termes de l'article R. 131-2 du même code : " Sauf dispositions contraires, les demandes tendant à obtenir le bénéfice de l'aide sociale prévue aux titres III et IV du livre II prennent effet au premier jour de la quinzaine suivant la date à laquelle elles ont été présentées. / Toutefois, pour la prise en charge des frais d'hébergement des personnes accueillies dans un établissement social ou médico-social, habilité à recevoir des bénéficiaires de l'aide sociale ou dans un établissement de santé dispensant des soins de longue durée, la décision d'attribution de l'aide sociale peut prendre effet à compter du jour d'entrée dans l'établissement si la demande a été déposée dans les deux mois qui suivent ce jour. Ce délai peut être prolongé une fois, dans la limite de deux mois, par le président du conseil départemental ou le préfet. / Le jour d'entrée mentionné au deuxième alinéa s'entend, pour les pensionnaires payants, du jour où l'intéressé, faute de ressources suffisantes, n'est plus en mesure de s'acquitter de ses frais de séjour. ".

5. Il résulte de ces dispositions que les frais d'hébergement des personnes accueillies dans un établissement social ou médico-social habilité à recevoir des bénéficiaires de l'aide sociale sont pris en charge au titre de l'aide sociale à l'hébergement à compter du premier jour de la quinzaine suivant la date de la présentation de la demande tendant au bénéfice d'une telle aide. Toutefois, lorsque la demande a été déposée, quel qu'en soit l'auteur, dans le délai de deux mois suivant le jour d'entrée dans l'établissement, éventuellement prolongé dans la limite de deux mois supplémentaires, la prise en charge de ces frais peut prendre effet à compter du jour d'entrée dans l'établissement.

6. Il résulte de l'instruction que la demande formée par M. A a été réceptionnée le 14 septembre 2021 par le département de l'Allier, soit plus de quatre mois suivant la date de son entrée dans l'établissement le 5 avril 2021. La seule circonstance que le requérant a eu des difficultés à remplir le dossier en raison d'une réponse tardive de la mutualité sociale agricole sur sa demande d'allocation aux adultes handicapés ne justifie pas une exonération du respect du délai de quatre mois mentionné ci-dessus. En outre, si le requérant fait valoir qu'eu égard à ce retard de la mutualité sociale agricole, à titre exceptionnel, le département aurait dû lui consentir le bénéfice de l'aide dès le 5 avril 2021, il résulte de l'instruction que le département avait déjà accordé deux mois supplémentaires à M. A, atteignant le délai maximal de quatre mois pour faire une demande, prévu par l'article R. 131-2 du code de l'action sociale et des familles. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que le président du conseil départemental de l'Allier n'a fait droit à sa demande qu'à compter du 14 septembre 2021.

7. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, M. A n'est pas fondé à solliciter l'annulation de l'arrêté du 30 décembre 2021 en litige.

Sur les conclusions relatives à la médiation :

8. La faculté pour le juge d'ordonner une médiation en application de l'article L. 213-7 du code de justice administrative constitue un pouvoir propre de celui-ci. En tout état de cause, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions tendant à ce qu'il soit ordonné d'y procéder.

Sur les frais d'instance :

9. En l'absence de dépens exposés dans l'instance, les conclusions y afférant ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et M. D A, curateurs de M. B A, et au département de l'Allier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 février 2024.

La présidente,

S. BADER-KOZA Le greffier,

P. MANNEVEAU

La République mande et ordonne à la préfète de l'Allier, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.JC

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