vendredi 21 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2200872 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Avocat requérant | SCP TEILLOT ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 20 avril 2022, M. et Mme A et B E, représentés par la SCP Collet-de Rocquigny-Chantelot-Brodiez-Gourdou et associés, demandent au juge des référés :
1°) d'ordonner une expertise, sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative au contradictoire de Clermont Auvergne Métropole aux fins de déterminer la nature et l'étendue des désordres affectant leur maison d'habitation, 17 rue des Bruyères, Opme, sur le territoire de la commune de Romagnat, suite aux travaux d'assainissement réalisés entre avril et septembre 2021 ;
2°) de mettre à la charge de Clermont Auvergne Métropole la somme de 1000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- Clermont Auvergne Métropole, dans le cadre de sa compétence en matière d'eau et d'assainissement, a entrepris de renouveler et dimensionner les réseaux d'assainissement et d'eaux pluviales rue des Bruyères, chemin de Giroux et impasse des Mancenilles, lieu-dit d'Opme ; en raison de l'importance de ces travaux, la métropole a initié une procédure d'expertise préventive des immeubles riverains ; le 27 octobre 2020, la présidente du tribunal judiciaire a désigné M. D comme expert qui a rendu son rapport le 30 juin 2021 ;
- des vibrations se sont produites lors de la réalisation des travaux, et peu de temps après leur réalisation, des fissures, qui n'existaient pas auparavant, sont apparues sur le sol, le plafond et la façade de leur maison ; les désordres ont été constatés par huissier le 10 septembre 2021 ;
- ils sont bien fondés à demander l'organisation de cette expertise.
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mai 2022, complété le 24 juin 2022, Clermont Auvergne métropole, représentée par la SELARL DMMJB, Me Bonicel-Bonnefoi, demande au juge des référés :
- à titre principal de rejeter la requête ;
- subsidiairement, d'appeler dans la cause la société Robinet qui a exécuté les travaux ;
- de mettre à la charge des époux E la somme de 1000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la demande d'expertise n'est pas utile ;
- les requérants ne peuvent demander à l'expert à titre principal de trancher une question de droit ;
- le constat d'huissier confirme la présence de nombreuses fissures sans toutefois démontrer qu'elles sont nouvelles ;
- des attitudes des riverains à l'initiative du recours ont posé des difficultés durant le chantier entraînant plusieurs rappels à l'ordre.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 juin 2022, la SAS Robinet, représentée par la SCP Teillot et associés, Me Maisonneuve, conclut :
- à titre principal au rejet de la demande ;
- à titre subsidiaire, à sa mise hors de cause ;
- à titre infiniment subsidiaire, à toutes protestations et réserves sur la demande d'expertise formulée ;
- de mettre à la charge de tout succombant la somme de 2000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- les requérants n'apportent pas la preuve de nouveaux dommages, M. D, expert, dans le cadre du référé préventif, ayant mis en avant l'existence de plusieurs fissures affectant l'intérieur et l'extérieur de la maison ;
- le référé préventif a donné lieu à un rapport, rappelant le programme des travaux, les risques encourus et les dommages préexistants ; une nouvelle mesure d'expertise ne présente pas d'utilité, les requérants disposant de suffisamment d'éléments pour faire valoir leurs droits devant le juge du fond ;
- les travaux ont été réceptionnés sans réserve le 25 février 2022, sa responsabilité contractuelle a pris fin à cette date.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu le code de justice administrative ;
Considérant ce qui suit :
1. La métropole Clermont Auvergne Métropole a entrepris de renouveler et redimensionner les réseaux d'assainissement et d'eaux pluviales rue des Bruyères, chemin de Giroux et impasse des Mancenilles, au lieu-dit Opme, sur le territoire de la commune de Romagnat. Elle a souhaité, à titre préventif, faire constater l'état, avant travaux, des immeubles riverains. Suivant ordonnance du 27 octobre 2020, la présidente du tribunal judiciaire de Clermont-Ferrand, a ordonné une mesure d'expertise judiciaire au contradictoire des riverains et a désigné M. C D pour y procéder. L'expert a rendu son rapport le 30 juin 2021. Les travaux ont été réalisés d'avril à septembre 2021, exécutés par la SAS Robinet suivant marché de travaux suite à accord-cadre lot n°2-18-071-02 et réceptionnés sans réserve par procès-verbal du 25 février 2022. M. et Mme E, propriétaires d'une maison d'habitation située au 17, rue des Bruyères, estimant que ces travaux ont occasionné de nombreuses vibrations de sorte que, peu de temps après leur réalisation, ils ont constaté l'apparition de fissures sur le sol, le plafond et la façade de leur maison qui n'existaient pas avant, sollicitent la désignation d'un expert afin de déterminer la responsabilité de Clermont Auvergne Métropole, les dommages, leurs causes, le coût d'une remise en état et d'identifier les différents postes de préjudices subis.
2. Aux termes de l'article R. 532-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, sur simple requête et même en l'absence de décision administrative préalable, prescrire toute mesure utile d'expertise ou d'instruction. / Il peut notamment charger un expert de procéder, lors de l'exécution de travaux publics, à toutes constatations relatives à l'état des immeubles susceptibles d'être affectés par des dommages ainsi qu'aux causes et à l'étendue des dommages qui surviendraient effectivement pendant la durée de sa mission. () ". L'utilité d'une mesure d'instruction ou d'expertise qu'il est demandé au juge des référés d'ordonner sur le fondement de l'article R. 532-1 du code de justice administrative doit être appréciée, d'une part, au regard des éléments dont le demandeur dispose ou peut disposer par d'autres moyens et, d'autre part, bien que ce juge ne soit pas saisi du principal, au regard de l'intérêt que la mesure présente dans la perspective, d'un litige principal, actuel ou éventuel, auquel elle est susceptible de se rattacher.
3. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport de l'expert désigné par la présidente du tribunal judiciaire de Clermont-Ferrand préalablement à la réalisation des travaux publics, que la maison de M. et Mme E a subi un sinistre lié à la sécheresse, ayant donné lieu à une étude de sol en 2002 et des travaux en 2003 et 2014. En outre, l'expert a relevé un grand nombre de microfissures, une désolidarisation ponctuelle du chambranle au niveau de la cage d'escalier, une fissure d'1cm d'ouverture au niveau du sol du garage, puis, au niveau des façades extérieures, un bourrelet ainsi qu'un certain nombre de microfissures, notamment à l'angle des fenêtres et sur les escaliers menant au garage, au niveau du muret de clôture sur rue, une fissure subverticale sur le tronçon 1, ainsi que des microfissures à différents endroits de cet ouvrage, outre à 13,40 m du mur une fissure avec désaffleurement, et ouverture de 4 mm en haut et 0,5 mm en bas, puis s'agissant du muret de séparation avec la parcelle n°333. Enfin l'expert a fait état d'un muret globalement en mauvais état présentant de nombreuses fissures et désordres. Si M. et Mme E estiment que les travaux ont aggravé lesdits désordres et/ou provoqué de nouveaux désordres, et produisent, à cet égard, un constat d'huissier dressé le 17 septembre 2021, ils disposent déjà, pour faire valoir leurs droits, des éléments nécessaires pour apprécier tant la nature des désordres que leur étendue sans qu'il soit besoin de procéder à l'expertise sollicitée.
4. Il résulte de qui précède que la requête de M. et Mme E doit être rejetée.
5. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de laisser à chaque partie la charge des frais exposés pour la présente instance.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. et Mme E est rejetée.
Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. et Mme A et B E, à Clermont Auvergne métropole et à la SAS Robinet.
Fait à Clermont-Ferrand, le 21 octobre 2022.
La présidente du tribunal,
juge des référés,
S. BADER-KOZA
La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
pm
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