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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2200876

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2200876

vendredi 14 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2200876
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationChambre 1
Avocat requérantCABINET FIDAL BELLERIVE SUR ALLIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 avril 2022, la société à responsabilité limitée (SARL) Serrurerie A, représentée par le cabinet Fidal, Me Arnal-Yves, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge partielle des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2016 et 2017 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'assemblée générale d'approbation des comptes clos au 30 septembre 2013 a été régulièrement tenue et a approuvé la rémunération allouée à chacun des co-gérants au titre de l'exercice clos en 2013 ; les co-gérants et seuls associés ont déterminé le montant des rémunérations au titre de l'exercice clos en 2013 et poursuivi le principe de cette rémunération au titre des exercices postérieurs ;

- les associés ont approuvé les comptes et ratifié a posteriori leur rémunération par une décision collective du 26 novembre 2020 ;

- le procès-verbal du 26 novembre 2020 a une valeur probante et le procès-verbal a été versé au registre des assemblées ;

- il n'est pas contesté que la dépense relative à la rémunération est réelle, correspond à un travail effectif et ne présente pas un caractère excessif eu égard à l'importance du service rendu conformément aux exigences de l'article 39-1 du code général des impôts.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 octobre 2022, le directeur départemental des finances publiques du Puy-de-Dôme conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Caraës,

- et les conclusions de M. Panighel, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL Serrurerie A, qui exerce une activité de travaux de menuiserie métallique, de serrurerie, dépannage, domotique, automatismes, contrôle d'accès, monte-escaliers électriques et services aux personnes notamment à mobilité réduite et a été placée en redressement judiciaire par un jugement du 17 avril 2018 du tribunal de commerce de Cusset et dont M. et Mme A sont les gérants et détiennent chacun la moitié des parts, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité pour la période du 1er octobre 2015 au 30 septembre 2017. A l'issue de ce contrôle, la SARL Serrurerie A a été assujettie, suivant la procédure de taxation d'office prévue au 2° de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales, à des compléments d'impôt sur les sociétés au titre des exercices clos en 2016 et 2017 résultant de la reconstitution de ses résultats en l'absence de présentation de comptabilité selon les modalités prévues au I de l'article L. 47 A du livre des procédures fiscales. Ces impositions ont été assorties de la majoration de 40% prévue au b du 1 de l'article 1728 du code général des impôts pour non-dépôt d'une déclaration dans les trente jours suivant la réception d'une mise en demeure. La SARL Serrurerie A demande au tribunal de prononcer la décharge partielle des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2016 et 2017.

2. D'une part, aux termes de l'article 39 du code général des impôts, applicable pour la détermination de l'impôt sur les sociétés en vertu de l'article 209 du même code : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant () notamment : 1° Les frais généraux de toute nature, les dépenses de personnel et de main d'œuvre (). / Toutefois les rémunérations ne sont admises en déduction des résultats que dans la mesure où elles correspondent à un travail effectif et ne sont pas excessives eu égard à l'importance du service rendu. Cette disposition s'applique à toutes les rémunérations directes ou indirectes, y compris les indemnités, allocations, avantages en nature et remboursements de frais. / () ".

3. D'autre part, aux termes du 2 de l'article 242 du code général des impôts : " Les personnes morales, sociétés et entreprises passibles de l'impôt sur les sociétés sont tenues de fournir à l'administration, dans les trois premiers mois de chaque année, un état indiquant les conditions dans lesquelles leurs bénéfices sont répartis ou ont été distribués, à titre de rémunération de leurs fonctions ou de leurs apports, entre les associés en nom ou commandités, associés-gérants, coparticipants ou membres de leur conseil d'administration ". Aux termes de l'article 48 de l'annexe III à ce code : " () Les gérants des sociétés à responsabilité limitée n'ayant pas opté pour le régime fiscal des sociétés de personnes sont tenus de fournir au service des impôts, en même temps que la déclaration prévue au 1 de l'article 223 du code général des impôts, un état indiquant : () 3° Le montant des sommes versées à chacun des associés pendant la période retenue pour l'assiette de l'impôt sur les sociétés, à titre de traitements, émoluments et indemnités, remboursements forfaitaires de frais ou autres rémunérations de leurs fonctions dans la société, et l'année au cours de laquelle ces versements ont été effectués. () ".

4. Enfin, aux termes de l'article L. 223-26 du code de commerce, " Le rapport de gestion, l'inventaire et les comptes annuels établis par les gérants, sont soumis à l'approbation des associés réunis en assemblée, dans le délai de six mois à compter de la clôture de l'exercice. Si l'assemblée des associés n'a pas été réunie dans ce délai, le ministère public ou toute personne intéressée peut saisir le président du tribunal compétent statuant en référé afin d'enjoindre, le cas échéant sous astreinte, aux gérants de convoquer cette assemblée ou de désigner un mandataire pour y procéder. / Les documents visés à l'alinéa précédent, le texte des résolutions proposées ainsi que le cas échéant, le rapport des commissaires aux comptes, les comptes consolidés et le rapport sur la gestion du groupe sont communiqués aux associés dans les conditions et délais déterminés par décret en Conseil d'Etat. Toute délibération, prise en violation des dispositions du présent alinéa et du décret pris pour son application, peut être annulée ". Aux termes de l'article R. 223-3 du même code, applicable aux sociétés à responsabilité limitée en application de l'article R. 223-24 : " Les procès-verbaux prévus à l'article R. 221-2 sont établis sur un registre spécial tenu au siège social et coté et paraphé soit par un juge du tribunal de commerce, soit par un juge du tribunal d'instance, soit par le maire de la commune du siège social ou un adjoint au maire, dans la forme ordinaire et sans frais. /Toutefois, les procès-verbaux peuvent être établis sur des feuilles mobiles numérotées sans discontinuité, paraphées dans les conditions prévues à l'alinéa précédent et revêtues du sceau de l'autorité qui les a paraphées. Dès qu'une feuille a été remplie, même partiellement, elle est jointe à celles précédemment utilisées. Toute addition, suppression, substitution ou interversion de feuilles est interdite ".

5. A l'issue de la vérification de comptabilité de la SARL Serrurerie A, le vérificateur a constaté que les gérants de la société n'étaient pas en mesure de présenter de comptabilité selon les modalités prévues au I de l'article L. 47 A du livre des procédures fiscales concernant les exercices en litige. Les traitements informatiques mis en œuvre à partir des données propres de l'entreprise ont permis à l'administration d'arrêter le montant des produits des exercices concernés tandis que les charges ont été déterminées forfaitairement à 52% des produits par comparaison avec le taux de charge issu de la taxation d'office de l'exercice clos en 2015 faute pour les fichiers remis de contenir des données relatives aux charges. L'administration a fixé le bénéfice à la somme de 93 410 euros pour l'exercice clos en 2016 et à 106 930 euros pour l'exercice clos en 2017. A la suite de la réclamation du contribuable assortie de justificatifs, les résultats de la SARL Serrurerie A sur la base desquels les compléments d'impôt sur les sociétés ont été recalculés ont été modifiés et fixés aux sommes de 57 781 euros au titre de l'exercice clos en 2016 et de 65 087 euros au titre de l'exercice clos en 2017. Toutefois, l'administration a rejeté la déductibilité des rémunérations versées à M. et Mme A au motif que les montants n'avaient pas été validés par un document légal et probant.

6. Il résulte de l'instruction et notamment de la décision de rejet de la réclamation du 18 février 2022 que les statuts de la SARL Serrurerie A précisent que les gérants peuvent recevoir une rémunération qui est fixée et peut être modifiée par une décision ordinaire des associés et qu'aucun procès-verbal de décision d'assemblée générale n'a pu être fourni à l'administration à l'occasion des opérations de contrôle. A l'appui de sa réclamation du 17 décembre 2020, la SARL Serrurerie A produit un procès-verbal des délibérations de l'assemblée générale ordinaire annuelle du 26 novembre 2020 aux termes duquel elle a décidé d'approuver les comptes annuels des exercices clos les 30 septembre 2014, 2015, 2016, 2017, 2018 et 2019 ainsi que les rémunérations allouées à chacun des gérants au titre de ces différents exercices. Toutefois ce procès-verbal, dont il n'est pas démontré qu'il aurait été versé au registre des assemblées, a été établi en méconnaissance des articles L. 223-26 et R. 223-3 du code de commerce de telle sorte qu'il ne présentait pas des garanties d'authenticité suffisantes pour justifier du montant des rémunérations versées à M. et Mme A. La circonstance que l'assemblée générale aurait régulièrement approuvé les comptes de l'exercice clos en 2013 est sans incidence sur le rejet de la déductibilité des charges en litige se rapportant aux exercices clos en 2016 et 2017. Il suit de là que c'est à bon droit que l'administration a rejeté des charges déductibles des exercices clos en 2016 et 2017 le montant des rémunérations allouées à M. et Mme A.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la SARL Serrurerie A à fin de décharge des compléments d'impôt sur les sociétés doivent être rejetées. Le rejet des conclusions à fin de décharge entraîne, par voie de conséquence, le rejet de ses conclusions présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL Serrurerie A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée (SARL) Serrurerie A et au directeur département des finances publiques du Puy-de-Dôme.

Délibéré après l'audience du 31 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Caraës, présidente,

M. Jurie, premier conseiller,

Mme Bollon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 juin 2024.

La présidente-rapporteure,

R. CARAËS

L'assesseur le plus ancien,

G. JURIE La greffière,

F. LLORACH

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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