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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2201359

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2201359

mardi 16 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2201359
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationPrésidente Bader-Koza

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 juin 2022 et un mémoire enregistré le 1er juillet 2022, M. A B :

1°) entend porter plainte pour négligence contre les services de la caisse d'allocations familiales du Cantal ;

2°) doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 8 juin 2022 par laquelle la caisse d'allocations familiales du Cantal (CAF) lui a notifié le rejet de sa demande de remise de dette relative à un indu de revenu de solidarité active (RSA) d'un montant de 1824,67 euros et de prononcer la décharge totale de sa dette.

Il soutient que :

- il bénéficie du revenu de solidarité active depuis plusieurs années à défaut de percevoir un salaire complet ;

- il est de bonne foi dès lors qu'il a toujours transmis les documents demandés ;

- il se trouve dans une situation de précarité financière.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 septembre 2022, le département du Cantal conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- l'indu résulte d'une mise à jour du dossier de M. B par la prise en compte des bénéfices industriels et commerciaux issus de son activité professionnelle pour la période d'octobre 2020 à septembre 2021 ;

- les services de la caisse d'allocations familiales du Cantal ont informé M. B par un courrier du 28 avril 2022 qu'il pouvait bénéficier de la dérogation prévue par l'article R. 262-19 du code de l'action sociale et des familles au motif de son statut de travailleur indépendant ; cette information n'a pas donné lieu à une réponse écrite de la part de l'intéressé ;

- M. B n'a pas prouvé qu'il se trouvait dans une situation de précarité financière à l'appui de sa demande de remise de dette auprès des services de la caisse d'allocations familiales du Cantal et ne justifie pas davantage qu'il se trouve dans une situation de précarité financière pouvant faire obstacle au remboursement de l'indu en litige dans le cadre de l'instance.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Bordes, premier conseiller, pour exercer les fonctions de rapporteur public sur le fondement des dispositions de l'article R. 222-24 du code de justice administrative.

La présidente a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, Mme Bader-Koza, présidente, a lu son rapport et a informé les parties, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions par lesquelles M. B entend porter plainte pour négligence contre les services de la caisse d'allocations familiales du Cantal dès lors que de telles conclusions ne relèvent pas de la compétence du juge administratif.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, travailleur indépendant dans le cadre d'une activité de restauration de type rapide, a été admis au bénéfice du revenu de solidarité active. Par un courrier du 20 avril 2022, la caisse d'allocations familiales du Cantal a notifié à M. B un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 1824,67 euros suite à une mise à jour de son dossier sur la période du 1er novembre 2020 au 31 mars 2022. Par une décision du 8 juin 2022, la commission de recours amiable a rejeté la demande de remise de dette de M. B. Par la présente requête, M. B entend, d'une part, porter plainte contre les services de la caisse d'allocations familiales du Cantal et, d'autre part, doit être regardé comme demandant au tribunal l'annulation de la décision du 8 juin 2022 ainsi que la décharge totale de sa dette.

Sur la plainte contre les services de la caisse d'allocations familiales du Cantal :

2. Aux termes de l'article 40 du code de procédure pénale : " Le procureur de la République reçoit les plaintes et les dénonciations et apprécie la suite à leur donner conformément aux dispositions de l'article 40-1. () ".

3. M. B entend déposer plainte contre les services de la caisse d'allocations familiales du Cantal au motif d'une mauvaise gestion de son dossier. Or, en vertu des dispositions précitées du code de procédure pénale, de telles conclusions relèvent des juridictions de l'ordre judiciaire et ne sont pas au nombre de celles qui ressortissent à la compétence du juge administratif. Dès lors, ces conclusions sont manifestement irrecevables et doivent, par suite, être rejetées.

Sur la demande de remise de dette :

4. Aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre ". Aux termes de l'article L. 132-1 du code de l'action sociale et des familles : " Il est tenu compte, pour l'appréciation des ressources des postulants à l'aide sociale, des revenus professionnels et autres et de la valeur en capital des biens non productifs de revenu, qui est évaluée dans les conditions fixées par voie réglementaire ". Aux termes de l'article R. 262-6 du même code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, (), l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux ". Aux termes de l'article R. 262-19 du code de l'action sociale et des familles : " Les bénéfices industriels et commerciaux et les bénéfices non commerciaux s'entendent des résultats ou bénéfices déterminés en fonction des régimes d'imposition applicables au titre de la pénultième année, ou ceux de la dernière année s'ils sont connus, pourvu qu'ils correspondent à une année complète d'activité. S'y ajoutent les amortissements et les plus-values professionnels. / Par dérogation à l'alinéa précédent, pour les travailleurs indépendants mentionnés à l'article L. 613-7 du code de la sécurité sociale et pour les travailleurs indépendants mentionnés à l'article L. 382-1 du même code bénéficiant du régime prévu à l'article 102 ter du code général des impôts, le calcul prévu à l'article R. 262-7 du présent code prend en compte le chiffre d'affaires réalisé au cours des trois mois précédant la demande d'allocation ou la révision en lui appliquant, selon les activités exercées, les taux d'abattement forfaitaires prévus aux articles 50-0 et 102 ter du code général des impôts. /Le calcul prévu à l'alinéa précédent est également applicable aux travailleurs indépendants qui en font la demande, dès lors que le chiffre d'affaires des douze derniers mois n'excède pas, selon la nature de l'activité exercée, les montants fixés aux articles 50-0 et 102 ter du code général des impôts, et sous réserve d'un accord du président du conseil départemental. /Cette demande peut être faite à tout moment et est valable pour les trimestres de l'année civile en cours dont le chiffre d'affaires trimestriel déclaré n'excède pas, selon la nature de l'activité exercée, le quart des montants fixés aux mêmes articles. Elle est tacitement reconduite sauf demande contraire du bénéficiaire ".

5. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise. Les conditions tenant, d'une part, à la bonne foi du demandeur et, d'autre part, à la précarité de sa situation ne peuvent être regardées comme alternatives.

6. L'indu de revenu de solidarité active en litige a pour origine la prise en compte des bénéfices industriels et commerciaux déclarés aux services de la caisse d'allocations familiales par M. B, tirés de son activité de restauration de type rapide, d'un montant de 4901 euros au titre de l'année 2019 et d'un montant de 3199,98 euros au titre de l'année 2020, à la suite d'un courrier de relance de la caisse d'allocations familiales du Cantal du 27 septembre 2021. Ainsi, M. B doit être regardé comme ayant initialement omis de déclarer lesdits bénéfices aux services de la caisse d'allocations familiales pour le calcul de son droit au revenu de solidarité active. Par ailleurs, si le requérant soutient qu'il a toujours transmis les documents permettant le calcul de ce droit, il ne l'établit pas. En tout état de cause, il résulte de l'instruction que, préalablement à l'édiction de la décision en litige, les services de la caisse d'allocations familiales ont informé M. B par téléphone et par un courrier du 28 avril 2022, resté sans réponse écrite de l'intéressé, qu'il pouvait bénéficier d'un abattement forfaitaire au sens des dispositions de l'article R. 262-19 du code de l'action sociale et des familles. Dans ces conditions, la bonne foi de M. B ne peut être admise et ce, sans qu'il puisse faire valoir sa situation de précarité.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 8 juin 2022, ni le bénéfice d'une remise de sa dette.

D É C I D E :

Article 1er : Les conclusions de la requête relatives au dépôt de plainte sont rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, au département du Cantal et à la caisse d'allocations familiales du Cantal.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juillet 2024.

La présidente,

S. BADER-KOZA Le greffier,

P. MANNEVEAU

La République mande et ordonne au préfet du Cantal en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.AA

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