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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2201433

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2201433

mercredi 24 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2201433
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationPrésidente Bader-Koza
Avocat requérantSELARL ELODIE MABIKA

Texte intégral

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Bordes, premier conseiller, pour exercer les fonctions de rapporteur public sur le fondement des dispositions de l'article R. 222-24 du code de justice administrative.

La présidente a dispensé le rapporteur public sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience, Mme Bader-Koza, présidente, a lu son rapport.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a été admis au bénéfice du revenu de solidarité active. Par une première décision du 15 mars 2022, la caisse d'allocations familiales de la Haute-Loire lui a notifié un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 4 843,16 euros pour la période du 1er juin 2020 au 31 mai 2021. Par une seconde décision du 17 mars 2022, la caisse lui a notifié un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 5 096,04 euros pour la période du 1er mars 2021 au 28 février 2022. Par courrier du 17 mai 2022, il a sollicité la remise de ses dettes. Par une décision du 16 mai 2022, la caisse d'allocations familiales de la Haute-Loire a refusé de faire droit à sa demande. Par la présente requête, M. B demande au tribunal l'annulation de cette décision, la remise gracieuse totale de ses dettes et le versement du revenu de solidarité active pour les mois de mars à mai 2022.

Sur l'exception de non-lieu à statuer opposée par le département de la Haute-Loire :

2. Le département de la Haute-Loire entend faire valoir que la requête de M. B est sans objet dès lors que l'indu, s'élevant initialement à un montant de 9 939,20 euros, est désormais de 1 118,99 euros, soit diminué de 8 820,21 euros.

3. Il résulte de l'instruction que, postérieurement à l'introduction de la présente requête, par courriel du 25 janvier 2023, la caisse d'allocations familiales de la Haute-Loire a informé le département de la Haute-Loire des régularisations opérées sur le dossier de M. B, eu égard notamment à la donation de ses parts sociales à sa fille à compter du 18 décembre 2021 et que, suite à ces régularisations et aux retenues sur prestations effectuées, le reste à la charge du requérant est désormais de 1 118,99 euros.

4. Dans ces conditions, les conclusions de la requête de M. B tendant à l'annulation de la décision du 16 mai 2022 en tant qu'elle refuse de faire droit à sa demande de remise de dette ne sont sans objet qu'à hauteur de la régularisation opérée, soit 8 820,21 euros. Par suite, l'exception de non-lieu à statuer opposée en défense ne peut être accueillie que dans cette mesure.

Sur le bien-fondé de l'indu en litige :

5. Si par une décision du 16 mai 2022, la caisse d'allocations familiales de la Haute-Loire a entendu rejeter une demande de remise gracieuse de la dette de M. B, il résulte des termes du courrier du 24 mars 2022 que M. B entendait dans son recours administratif préalable obligatoire contester également le bien-fondé de l'indu.

6. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. ". Aux termes de l'article L. 262-3 du même code : " () L'ensemble des ressources du foyer () est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active () ". Selon l'article R. 262-6 de ce code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux () ".

7. M. B conteste le bien-fondé de l'indu de revenu de solidarité active mis à sa charge en faisant valoir qu'il ne détient plus de parts sociales depuis le 18 décembre 2021, suite à la donation à sa fille, qu'il n'a perçu aucun dividende au cours des périodes en litige et qu'il n'a déclaré aucun revenu foncier en 2021 et 2022. Toutefois, d'une part, il résulte de ce qui précède que, suite à la prise en compte de la donation de ses parts sociales à sa fille, le montant de l'indu en litige a été régularisé par la CAF. D'autre part, si le requérant n'a effectivement perçu aucun dividende sur les périodes en litige, il ressort des pièces du dossier, notamment du rapport d'enquête du département, que l'indu mis à sa charge a également pour origine l'omission de déclaration par ce dernier des revenus fonciers perçus au cours des années 2019 et 2020, respectivement pour un montant de 2 214 euros et 3 994 euros, en sa qualité d'actionnaire non majoritaire de deux sociétés civiles immobilières, et qu'il a, par ailleurs, déclaré auprès des services de l'administration fiscale. Ainsi, quand bien même M. B n'aurait pas perçu de dividendes au cours de la période en litige, il lui appartenait de déclarer auprès des services de la caisse d'allocations familiales de la Haute-Loire les revenus fonciers qu'il a perçus en 2019 et 2020. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à contester le bien-fondé de l'indu de revenu de solidarité active restant en litige.

Sur la demande de remise de dettes :

8. D'une part, l'article L. 262-17 du code de l'action sociale et des familles dispose que : " Lors du dépôt de sa demande, l'intéressé reçoit, de la part de l'organisme auprès duquel il effectue le dépôt, une information sur les droits et devoirs des bénéficiaires du revenu de solidarité active () " et l'article R. 262-37 du même code prévoit que : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".

9. D'autre part, aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles, dans sa version application au litige : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active (). La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental ou l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active pour le compte de l'Etat, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration (). ". Il résulte de ces dispositions qu'un allocataire du revenu de solidarité active ne peut bénéficier d'une remise gracieuse de la dette résultant d'un paiement indu d'allocation, quelle que soit la précarité de sa situation, lorsque l'indu trouve sa cause dans une manœuvre frauduleuse de sa part ou dans une fausse déclaration, laquelle doit s'entendre comme désignant les inexactitudes ou omissions qui procèdent d'une volonté de dissimulation de l'allocataire caractérisant de sa part un manquement à ses obligations déclaratives.

10. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision rejetant une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a omis de déclarer certaines de ses ressources, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des ressources dépourvues d'incidence sur le droit de l'intéressé au revenu de solidarité active ou sur son montant, de tenir compte de la nature des ressources ainsi omises, de l'information reçue et de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises. A cet égard, si l'allocataire a pu légitimement, notamment eu égard à la nature du revenu en cause et de l'information reçue, ignorer qu'il était tenu de déclarer les ressources omises, la réitération de l'omission ne saurait alors suffire à caractériser une fausse déclaration.

11. Il résulte de ce qui précède que la situation de M. B a fait l'objet d'un contrôle de la part des services du département le 8 mars 2021 et que les éléments de ce rapport concluent, au regard des revenus déclarés par le requérant à l'administration fiscale, à une omission de déclaration des revenus fonciers perçus au cours des années 2019 et 2020, tandis que M. B indiquait, dans ses déclarations trimestrielles de ressources, ne percevoir aucune ressource. Eu égard à la nature du revenu en cause, à la durée de l'omission déclarative sur deux ans et à la circonstance que ces revenus fonciers ont été déclarés auprès de l'administration fiscale, M. B ne peut être regardé comme pouvant de bonne foi ignorer qu'il était également tenu de déclarer les ressources omises auprès des services de la caisse d'allocations familiales. Par suite, M. B n'est pas fondé à demander le bénéfice d'une remise totale de sa dette.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision en litige. Le rejet des conclusions à fin d'annulation entraîne, par voie de conséquence, le rejet des conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête à concurrence de la somme de de 8 820,21 euros.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au département de la Haute-Loire et à la caisse d'allocations familiales de la Haute-Loire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 avril 2024.

La présidente,

S. BADER-KOZALe greffier,

P. MANNEVEAU

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Loire, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2201433

AC

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