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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2201571

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2201571

mardi 16 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2201571
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationPrésidente Bader-Koza
Avocat requérantCAP-AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 13 juillet 2022 et le 9 avril 2024, M. B A, représenté par Me Manry, demande au tribunal :

1°) d'annuler la contrainte émise le 3 juin 2022 et signifiée le 4 juillet 2022 par Pôle emploi Auvergne-Rhône-Alpes pour le recouvrement d'un indu au titre l'allocation de solidarité spécifique (ASS) d'un montant de 1 316,41 euros pour la période du 1er décembre 2020 au 31 mai 2021 ;

2°) de mettre à la charge de Pôle emploi Auvergne-Rhône-Alpes la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

3°) à titre subsidiaire, de prononcer un sursis à statuer dans l'attente de la décision qui sera prochainement rendue par le pôle social du tribunal judiciaire de Moulins.

Il soutient que :

- les sommes, objet de la contrainte, ne sont pas dues dès lors qu'ayant bénéficié de droits ouverts simultanément à l'ASS et à l'allocation aux adultes handicapés (AAH) au 31 décembre 2016, il peut continuer à bénéficier de ce cumul ;

- ses droits à l'AAH n'ont pas été interrompus sur le mois de novembre 2020.

Par un courrier du 28 juillet 2022, le président du tribunal a proposé aux parties l'ouverture d'une procédure de médiation en application des dispositions des articles L. 213-7 et suivants du code de justice administrative.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 septembre 2022, Pôle emploi Auvergne-Rhône-Alpes conclut au non-lieu à statuer.

Il entend faire valoir qu'il a été décidé d'abandonner la créance, que la dette d'un montant de 1 316,41 euros a été annulée et que le requérant en a été informé par courriel le 9 septembre 2022.

Par un courrier du 16 septembre 2022, le tribunal a invité le requérant, compte tenu de la décision d'annulation de la dette, à préciser si cette décision lui donne satisfaction et, le cas échéant, à se désister.

Par un mémoire, enregistré le 28 septembre 2022, M. A, représenté par Me Manry, a indiqué que la décision ne lui apporte pas satisfaction et sollicite l'organisation d'une médiation.

Par un courrier du 20 octobre 2022, Pôle emploi Auvergne-Rhône-Alpes a rejeté la proposition de médiation.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 8 novembre 2022 et le 10 février 2023, Pôle emploi Auvergne-Rhône-Alpes conclut au rejet de la requête.

Il entend faire valoir que :

- le requérant a bénéficié d'un renouvellement d'ASS à partir du 18 mai 2020 et de l'AAH à partir du 1er décembre 2020 ;

- conformément aux dispositions de l'article L. 5423-7 du code du travail, il ne pouvait pas cumuler la perception de ces deux allocations, de sorte qu'un indu a été dégagé ;

- la période couverte par un accord AAH pour le requérant a été interrompue entre le 1er juin 2020 et le 30 novembre 2020 ; un maintien à titre exceptionnel du versement a été accordé au requérant entre le 1er juin 2020 et le 31 octobre 2020 de sorte qu'il y a bien eu interruption de son droit à l'AAH sur le mois de novembre 2020 ; le rétablissement du versement de l'AAH à compter du mois de décembre 2020 doit être regardé comme une réouverture du droit à l'AAH ;

- le requérant ne pouvait pas cumuler, au-delà du 1er décembre 2020, les prestations d'ASS et d'AAH.

Par une décision du 13 juin 2024, la demande d'aide juridictionnelle présentée par M. A a été rejetée.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Bordes, premier conseiller, pour exercer les fonctions de rapporteur public sur le fondement des dispositions de l'article R. 222-24 du code de justice administrative.

La présidente a dispensé le rapporteur public sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 11 juillet 2024 :

- le rapport de Mme Bader-Koza, présidente ;

- et les observaytions de Me Manry, avocate de M. A, qui précise que ce dernier a droit au cumul de l'ASS et de l'AAH et expose que France Travail a commencé à régulariser les sommes mais retient toujours une créance d'un montant de 2 800 euros dont les 1 316,41 euros de la contrainte, de sorte que si la contrainte est abandonnée, le principe de la dette est maintenu ; le dernier mémoire en défense de France Travail démontre que cet organisme entend revenir sur l'abandon de la contrainte en litige.

France Travail Auvergne-Rhône-Alpes n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a bénéficié de l'allocation de solidarité spécifique et de l'aide aux adultes handicapés. Le 16 juin 2021, après examen de son dossier, Pôle emploi Auvergne-Rhône-Alpes a mis à sa charge un indu d'un montant de 2 805,64 euros au titre de l'allocation de solidarité spécifique pour la période du 1er décembre 2020 au 30 mai 2021, au motif qu'il ne pouvait pas cumuler le bénéfice de cette allocation avec celui de l'allocation aux adultes handicapés. Le 3 juin 2022, Pôle emploi Auvergne-Rhône-Alpes a émis à l'encontre de M. A une contrainte d'un montant initial de 2 805,64 euros, réduit à 1 316,41 euros après diverses déductions pour le recouvrement de l'indu en question. Par la présente requête, M. A forme opposition à cette contrainte.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Aux termes de l'article L. 5426-8-3 du code du travail, dans sa version applicable au litige : " Pôle emploi est autorisé à différer ou à abandonner la mise en recouvrement des allocations, aides, ainsi que de toute autre prestation indûment versées pour son propre compte, pour le compte de l'Etat ou des employeurs mentionnés à l'article L. 5424-1. ".

3. Dans un mémoire en défense, enregistré le 9 septembre 2022, Pôle emploi Auvergne-Rhône-Alpes entend faire valoir que la créance a été abandonnée et que la dette d'un montant de 1 316,41 euros a été annulée. Toutefois, l'organisme, qui se borne à produire un courriel du 9 septembre 2022 par lequel il a informé le requérant de l'abandon de cette créance, ne produit à l'appui de ses écritures aucun élément permettant d'établir l'existence d'une décision d'annulation de la contrainte en litige. En outre, le mémoire produit en défense le 8 novembre 2022, soutenant que " le bien-fondé, le montant et les périodes de la dette ne sont donc pas à être remis en cause " et demandant au tribunal de " déclarer recevable la contrainte émise par pôle emploi à l'encontre de monsieur A ", est de nature à établir que l'organisme est revenu sur sa décision d'abandon de la contrainte. Il y a dès lors lieu d'écarter l'exception de non-lieu à statuer soulevée par Pôle emploi Auvergne-Rhône-Alpes et de statuer sur les conclusions de la requête.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. D'une part, aux termes de l'article L. 5423-7 du code du travail : " L'allocation de solidarité spécifique ne peut être cumulée avec l'allocation aux adultes handicapés mentionnée aux articles L. 821-1 et L. 821-2 du code de la sécurité sociale dès lors qu'un versement a été effectué au titre de cette dernière allocation et tant que les conditions d'éligibilité à celle-ci demeurent remplies. / Pour la récupération des sommes trop perçues à ce titre, l'institution mentionnée à l'article L. 5312-1 du présent code est subrogée dans les droits du bénéficiaire vis-à-vis des organismes payeurs mentionnés à l'article L. 821-7 du code de la sécurité sociale. ". Aux termes de l'article 87 de la loi de finances pour 2017 : " () Les allocataires ayant, au 31 décembre 2016, des droits ouverts simultanément à l'allocation de solidarité spécifique et à l'allocation mentionnée aux articles L. 821-1 et L. 821-2 du code de la sécurité sociale () continuent à bénéficier de ces allocations dans les conditions antérieures à la présente loi tant que les conditions d'éligibilité à ces allocations demeurent remplies, dans la limite d'une durée de dix ans ".

5. D'autre part, selon l'instruction n° 2017-4 du 9 janvier 2017 prise par Pôle emploi pour la mise en œuvre de la mesure de non cumul de l'allocation de solidarité spécifique et l'allocation aux adultes handicapés précise, en son article 3.2 relatif à l'identification des situations de poursuite du versement de l'ASS : " les bénéficiaires de l'ASS qui cumulaient leur allocation avec l'AAH au 31 décembre 2016, continuent de bénéficier de leurs allocations jusqu'au 31 décembre 2026, sous réserve d'en remplir toutes les conditions d'éligibilité. / En conséquence, les ouvertures de droits (OD) au titre de l'ASS ou de l'AAH effectuées avant la date d'application de cette mesure (soit les OD ASS et AAH antérieures au 1er janvier 2017) ne sont pas concernées par la mesure de non cumul, sauf cas de renouvellement de l'AAH après une période d'interruption du versement. ".

6. Pour adopter la contrainte en litige, Pôle emploi Auvergne-Rhône-Alpes s'est fondé sur l'interruption au mois de novembre 2020 des droits de M. A à l'AAH, selon une information délivrée par la caisse d'allocations familiales de l'Allier, de sorte que leur rétablissement en décembre 2020 doit s'analyser comme une réouverture de ce droit faisant obstacle à ce qu'il puisse bénéficier du cumul de ces aides.

7. S'il ressort effectivement des pièces du dossier que, par une décision du 17 septembre 2021, la commission de recours amiable de la caisse d'allocations familiales de l'Allier a considéré qu' " il y a eu interruption du droit AAH sur un mois ", l'attestation de droits par prestation du 14 octobre 2022, postérieure à l'adoption de la contrainte en litige, permet d'établir que M. A " a bien bénéficié de cette prestation sans interruption à la suite d'une décision rectificative de la CDA du 04/10/2021 ". M. A est ainsi bénéficiaire de l'ASS depuis mars 2016 et de l'AAH depuis avril 2004, sans interruption. Dès lors qu'il est établi que le requérant cumulait ces allocations au 31 décembre 2016, il doit être regardé comme pouvant bénéficier de la dérogation au principe du non-cumul prévue par la loi de finance pour 2017. Par suite, Pôle emploi Auvergne-Rhône-Alpes n'est pas fondé à soutenir que les sommes versées au titre de l'ASS sur la période en litige, soit un montant de 2 805,64 euros, doivent être récupérées.

8. Il résulte de ce qui précède que la contrainte émise le 3 juin 2022 par Pôle emploi Auvergne-Rhône-Alpes pour le recouvrement de l'indu au titre l'allocation de solidarité spécifique d'un montant de 1 316,41 euros pour la période du 1er décembre 2020 au 31 mai 2021 doit être annulée.

Sur les frais liés à l'instance :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Pôle emploi Auvergne-Rhône-Alpes une somme de 1 200 euros à verser à M. A au titre de l'article L. 761 1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La contrainte émise le 3 juin 2022 par Pôle emploi Auvergne-Rhône-Alpes pour le recouvrement de l'indu au titre l'allocation de solidarité spécifique d'un montant de 1 316,41 euros doit être annulée.

Article 2 : France Travail Auvergne-Rhône-Alpes versera à M. A la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à France Travail Auvergne-Rhône-Alpes.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juillet 2024.

La présidente,

S. BADER-KOZALe greffier,

P. MANNEVEAU

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2201571

AC

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