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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2201815

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2201815

mardi 16 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2201815
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationPrésidente Bader-Koza
Avocat requérantMERAL-PORTAL-YERMIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée 17 août 2022, M. A B, représenté par Me Méral, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 6 avril 2022 par laquelle la caisse d'allocations familiales du Cantal ne lui a accordé qu'une remise partielle d'un montant de 1 527,01 euros, de sa dette au titre du revenu de solidarité active, laissant à sa charge une somme de 1 527 euros ;

2°) de lui accorder la remise totale de cette dette ;

3°) de mettre à la charge du département du Cantal la somme de 1 000 euros au titre des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- " sur la contestation de l'indu ", si le revenu de solidarité active lui a été versé à tort, ce ne peut être qu'en raison d'une erreur commise par la caisse d'allocations familiales dans l'appréciation de sa situation administrative ;

- " sur la demande de remise de dette ", il est de bonne foi et justifie d'une grande précarité financière.

Le département du Cantal n'a pas produit de mémoire en défense mais des pièces enregistrées le 17 octobre 2022.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Bordes, premier conseiller, pour exercer les fonctions de rapporteur public sur le fondement des dispositions de l'article R. 222-24 du code de justice administrative.

La présidente a dispensé le rapporteur public sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, Mme Bader-Koza, présidente, a lu son rapport.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant russe entré en France le 17 août 2012 et bénéficiant d'un titre de séjour mention " vie privée et familiale " à compter de juin 2017, a bénéficié de diverses allocations notamment du revenu de solidarité active. Par décision du 10 février 2022, la caisse d'allocations familiales du Cantal a notifié à M. B un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 3 054,01 euros, au motif qu'il ne pouvait bénéficier de cette aide avant juillet 2022 eu égard à sa situation administrative. M. B a formé un recours administratif préalable contestant le bien-fondé de l'indu le 9 mars 2022. Par une décision du 6 avril 2022, la caisse d'allocations familiales du Cantal lui a accordée une remise partielle de sa dette, laissant à sa charge un montant de 1 527 euros. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur le bien-fondé de l'indu en litige :

2. Si par la décision litigieuse, la caisse d'allocations familiales du Cantal a entendu accorder une remise partielle de la dette de M. B, il résulte des termes du courrier du 9 mars 2022 que ce dernier entendait, dans son recours administratif préalable obligatoire, contester également le bien-fondé de l'indu.

3. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. ". Aux termes de l'article L. 262-4 du même code : " Le bénéfice du revenu de solidarité active est subordonné au respect, par le bénéficiaire, des conditions suivantes : / 1° Etre âgé de plus de vingt-cinq ans ou assumer la charge d'un ou plusieurs enfants nés ou à naître ; / 2° Etre français ou titulaire, depuis au moins cinq ans, d'un titre de séjour autorisant à travailler. () ". L'article L. 262-46 dudit code dispose que " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. () ".

4. M. B conteste le bien-fondé de l'indu de revenu de solidarité active mis à sa charge en faisant valoir qu'il a transmis à la caisse l'ensemble de ses documents administratifs, dont ses titres de séjour, et que si l'allocation lui a été versé à tort, ce ne peut qu'être en raison de l'erreur commise par la caisse dans l'appréciation de sa situation administrative dont il ne saurait pâtir. Cette argumentation, qui se rapporte à la bonne foi, ne saurait être utilement invoquées à l'appui de la contestation de la légalité de la décision mettant à sa charge un indu de revenu de solidarité active. Par suite, ce moyen doit être écarté.

5. En tout état de cause, il résulte des dispositions précitées que, M. B n'étant titulaire d'un titre de séjour l'autorisant à travailler qu'à compter de juin 2017, il ne remplissait pas les conditions fixées à l'article L. 262-4 du code de l'action sociale et des familles pour bénéficier du revenu de solidarité active avant juillet 2022. Par suite, et alors même que la caisse d'allocations familiales du Cantal aurait commis une erreur en lui attribuant l'aide, et dès lors que tout paiement indu de revenu de solidarité active doit être récupéré, cette dernière était bien fondée à solliciter la récupération de l'indu en litige.

Sur la demande de remise de dettes :

6. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles, dans sa version application au litige : " () La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil départemental ou l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active pour le compte de l'Etat, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration (). ".

7. Il appartient au juge administratif, saisi d'une demande dirigée contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise ou de réduction d'indu, de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait existant à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que soit accordée une remise ou une réduction supplémentaire. Pour l'examen de ces deux conditions, le juge est ainsi conduit à substituer sa propre appréciation à celle de l'administration. Par suite, les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de l'acte et du défaut de motivation de la décision du 6 avril 2022 faisant partiellement droit à la demande de remise de dette du requérant doivent être écartés en tant qu'ils sont inopérants.

8. Il résulte de l'instruction, suite à une demande d'actualisation de sa situation réalisée en février 2024, que M. B travaille depuis le 21 août 2023, percevant un salaire mensuel de 1 442,45 euros, et que la caisse d'allocations familiales du Cantal, qui a évalué le quotient familial de son foyer, composé de cinq personnes, dont trois enfants mineurs, à 592 euros, lui a versé pour le mois de février 2024 des prestations d'un montant de 1 536,21 euros. M. B établit le montant des charges de son foyer à environ 300 euros par mois, fait état d'une dette auprès de son bailleur d'un montant de 9 839,26 euros et d'autres charges mensuelles à hauteur de 194,24 euros. Dans les circonstances de l'espèce, M. B ne peut être regardé comme établissant que l'indu de revenu de solidarité active d'un montant de 1 527 euros laissé à sa charge excéderait ses capacités contributives alors qu'il lui est loisible de solliciter un échelonnement de sa dette adapté à ses capacités de remboursement.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 6 avril 2022 par laquelle la caisse d'allocations familiales du Cantal ne lui a accordé qu'une remise partielle de sa dette, ni à ce qu'une remise totale de sa dette lui soit accordée. Le rejet des conclusions à fin d'annulation entraîne, par voie de conséquence, le rejet de ses conclusions présentées en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au département du Cantal.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juillet 2024.

La présidente,

S. BADER-KOZALe greffier,

P. MANNEVEAU

La République mande et ordonne au préfet du Cantal, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2201815

AC

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