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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2201844

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2201844

mardi 16 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2201844
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationPrésidente Bader-Koza

Texte intégral

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Bordes, premier conseiller, pour exercer les fonctions de rapporteur public sur le fondement des dispositions de l'article R. 222-24 du code de justice administrative.

La présidente a dispensé le rapporteur public sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, Mme Bader-Koza, présidente, a lu son rapport.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B a été admise au bénéfice de la prime d'activité à compter de juillet 2016. Par décisions du 4 janvier 2022, du 7 mars 2022 et du 31 mai 2022, la caisse d'allocations familiales de l'Allier lui a notifié des indus de prime d'activité de montants respectifs de 202,80 euros (IM3 8), 353,15 euros (IM3 9) et 563,34 euros (IM3 10). Par courrier du 10 juin 2022, Mme B a contesté ces indus. Par décisions du 19 juillet 2022 et du 23 septembre 2022, la caisse d'allocations familiales de l'Allier a refusé de faire droit à sa demande de remise de dette respectivement pour l'indu IM3 8 et l'indu IM3 9. Par décision du 29 juillet 2022, la caisse a informé la requérante du rejet de sa demande de remise de dette concernant le troisième indu (IM3 10) en raison de son caractère frauduleux. Par la présente requête, Mme B doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler ces décisions.

Sur le bien-fondé des indus en litige :

2. Si par les décisions litigieuses, la caisse d'allocations familiales de l'Allier a entendu rejeter les demandes de remise de dettes de Mme B, il résulte des termes du courrier du 10 juin 2022 que cette dernière entendait, dans son recours administratif préalable obligatoire, contester également le bien-fondé des indus.

3. Aux termes de l'article L. 842-1 du code de la sécurité sociale : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective qui perçoit des revenus tirés d'une activité professionnelle a droit à une prime d'activité, dans les conditions définies au présent titre. ". Aux termes de l'article L. 843-1 du même code : " La prime d'activité est attribuée, servie et contrôlée, pour le compte de l'Etat, par les caisses d'allocations familiales et par les caisses de Aux termes de l'article L. 842-3 de ce code : " La prime d'activité est égale à la différence entre : / 1° Un montant forfaitaire dont le niveau varie en fonction de la composition du foyer et du nombre d'enfants à charge, augmenté d'une fraction des revenus professionnels des membres du foyer, et qui peut faire l'objet d'une ou de plusieurs bonifications / 2° Les ressources du foyer, qui sont réputées être au moins égales au montant forfaitaire mentionné au 1°. / () ". Aux termes de l'article L. 842-4 du même code : " Les ressources mentionnées à l'article L. 842-3 prises en compte pour le calcul de la prime d'activité sont : 1° Les ressources ayant le caractère de revenus professionnels ou qui en tiennent lieu ; / 2° Les revenus de remplacement des revenus professionnels ; () ". Selon l'article R. 844-2 dudit code, " Ont le caractère de revenus de remplacement () 2° Les allocations versées aux travailleurs privés d'emploi () 4° Les indemnités journalières de sécurité sociale de base et complémentaires, perçues au-delà de trois mois après l'arrêt de travail en cas d'incapacité physique médicalement constatée de continuer ou de reprendre le travail, d'accident du travail ou de maladie professionnelle ; () ". Aux termes de l'article R. 846-5 du même code : " Le bénéficiaire de la prime d'activité est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations nécessaires à l'établissement et au calcul des droits, relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer. Il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. ". Enfin, aux termes de l'article L. 845-3 de ce même code : " Tout paiement indu de revenu de prime d'activité est récupéré par l'organisme chargé de son service. () ".

4. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de prime d'activité, il entre dans l'office du juge administratif d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

5. Mme B soutient qu'elle ne comprend pas les motifs des décisions de la caisse dès lors qu'elle a toujours transmis les documents demandés et déclaré les changements de situation. Toutefois, elle n'assortit pas ce moyen des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé alors qu'il ressort, en revanche, de l'examen des pièces du dossier les éléments suivants :

En ce qui concerne l'indu IM3 8 d'un montant de 202,80 euros pour les mois de juillet à septembre 2021 :

6. Pour les mois de juillet à septembre 2021, Mme B a uniquement déclaré la perception de salaires par elle et par son conjoint tandis qu'il ressort du détail des versements effectués par l'assurance maladie que la requérante a perçu au global pour les mois en question la somme de 878,94 euros au titre d'indemnités journalières d'arrêt maladie et que son conjoint a perçu la somme de 592,78 euros d'indemnités journalières d'accident du travail en septembre 2021. Ces sommes font partie des revenus de remplacement en application du 4° de l'article R. 844-2 du code de la sécurité sociale précité qui doivent être pris en compte pour le calcul de la prime d'activité. Dans ces conditions, la caisse d'allocations familiales de l'Allier était bien fondée à retenir ces sommes dans le calcul des droits de la requérante à la prime d'activité.

En ce qui concerne l'indu IM3 9 d'un montant de 353,15 euros pour les mois d'octobre 2021 à février 2022 :

7. Cet indu est fondé sur le changement de situation professionnelle du conjoint de la requérante, connu en tant que salarié alors qu'il est sans activité depuis février 2022 et perçoit à ce titre des indemnités chômage. En se bornant à alléguer qu'elle a informé les services de la caisse d'allocations familiales de la perte d'emploi de son époux, Mme B ne conteste pas les motifs fondant la décision en litige.

En ce qui concerne l'indu IM3 10 d'un montant de 563,34 euros pour les mois d'octobre 2020 à mars 2021 :

8. Suite à la transmission par les services de l'administration fiscale des ressources annuelles du conjoint de la requérante pour l'année 2020, une différence dans le montant des ressources a été constatée, la somme de 23 919 euros ayant été déclarée auprès de l'administration fiscale et celle de 15 475 euros à la caisse d'allocations familiales. Cette dernière, en l'absence de transmission des justificatifs de revenus demandés, a retenu la somme déclarée à l'administration fiscale pour le calcul des droits du foyer de Mme B à la prime d'activité pour la période en litige. Bien que la requérante soutienne avoir transmis l'ensemble des copies des bulletins de salaires de son époux, elle n'en apporte aucun commencement de preuve, et, au demeurant, ne les verse pas non plus dans la présente instance, de sorte qu'elle n'apporte aucun élément de nature à remettre en cause le montant des ressources retenu par la caisse. Dans ces circonstances, il y a lieu de considérer que la caisse d'allocations familiales de l'Allier était bien fondée à retenir les sommes déclarées à l'administration fiscales afin de procéder au calcul des droits de Mme B à la prime d'activité pour la période d'octobre 2020 à mars 2021.

9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation des indus de prime d'activité en litige.

Sur la demande de remise de dettes :

10. Selon l'article L. 845-3 du code de la sécurité sociale, " () / La créance peut être remise ou réduite par l'organisme mentionné au premier alinéa du présent article, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration. "

11. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu de prime d'activité, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux de l'aide sociale, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est susceptible d'être accordée, en se prononçant lui-même sur la demande et en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise ou une réduction supplémentaire.

En ce qui concerne l'indu IM3 8 d'un montant de 202,80 euros pour les mois de juillet à septembre 2021 :

12. Il résulte de l'instruction que, suite aux retenues et remboursements effectués, l'indu IM3 8 s'élevait à 31,79 euros en juillet 2022. Il ne résulte pas de l'instruction que Mme B, dont le quotient familial a été évalué par la caisse d'allocations familiales à 1041 euros en juillet 2022 puis à 892 euros en septembre 2022, se trouverait dans une situation de précarité telle qu'il lui serait impossible de s'acquitter de cette somme restant à sa charge. Dans ces conditions, aucune remise de sa dette ne peut lui être accordée.

En ce qui concerne l'indu IM3 9 d'un montant de 353,15 euros pour les mois d'octobre 2021 à février 2022 :

13. Pour le même motif que celui énoncé au point précédent tenant à l'absence de situation de précarité, Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 23 septembre 2022 par laquelle la caisse d'allocations familiales de l'Allier a refusé de lui accorder la remise de cette dette.

En ce qui concerne l'indu IM3 10 d'un montant de 563,34 euros pour les mois d'octobre 2020 à mars 2021 :

14. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a manqué à ses obligations déclaratives, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des éléments dépourvus d'incidence sur le droit de l'intéressé à l'allocation ou sur son montant, de tenir compte de la nature des éléments ainsi omis, de l'information reçue et notamment, le cas échéant, de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les éléments omis.

15. Il résulte de l'instruction que l'indu IM10 a pour origine l'omission de déclaration par la requérante d'une partie des salaires perçus par son conjoint pour la période d'octobre 2020 à mars 2021. Eu égard à la nature des éléments omis, Mme B ne pouvait légitimement ignorer que ces salaires devaient être intégralement déclarés. Au surplus, par décision du 16 août 2022, cet indu a été qualifié de frauduleux. Par suite, et en vertu des dispositions précitées de l'article L. 845-3 du code de la sécurité sociale, aucune remise de dette ne peut lui être accordée.

16. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions en litige. Par voie de conséquence, elle n'est pas davantage fondée à demander la décharge des indus en litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la caisse d'allocations familiales de l'Allier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juillet 2024.

La présidente,

S. BADER-KOZALe greffier,

P. MANNEVEAU

La République mande et ordonne à la préfète de l'Allier, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2201844

AC

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