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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2201862

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2201862

mardi 16 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2201862
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationPrésidente Bader-Koza

Texte intégral

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Bordes, premier conseiller, pour exercer les fonctions de rapporteur public sur le fondement des dispositions de l'article R. 222-24 du code de justice administrative.

La présidente a dispensé le rapporteur public sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, Mme Bader-Koza, présidente, a lu son rapport et a informé les parties de ce que, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, le jugement à intervenir est susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre le courrier du 20 juillet 2022 qui se borne à informer M. B qu'il est envisagé de prononcer à son encontre une pénalité administrative dès lors que ce courrier ne fait pas grief.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B est bénéficiaire du revenu de solidarité active depuis 2010. Par décision du 10 mars 2022, la caisse d'allocations familiales du Puy-de-Dôme lui a notifié un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 7 457,61 euros pour la période de septembre 2020 à novembre 2021. Par courrier du 8 avril 2022, M. B a contesté cette décision et a sollicité la remise totale de sa dette. Par une décision du 23 juin 2022, le département du Puy-de-Dôme a refusé de faire droit à sa demande de remise du solde de sa dette d'un montant de 6 730,53 euros, suite aux retenues effectuées. Par la présente requête, M. B demande au tribunal l'annulation de cette décision.

En ce qui concerne la pénalité administrative :

2. A supposer que M. B sollicite l'annulation de la décision par laquelle la directrice de la caisse d'allocations familiales du Puy-de-Dôme lui aurait infligé une amende administrative, le courrier du 20 juillet 2022 de cette même autorité se borne à l'informer qu'il est envisagé de prononcer à son encontre une pénalité administrative d'un montant de 150 euros. Par suite, les conclusions de la requête tendant à l'annulation de ce courrier, qui ne fait pas grief, sont irrecevables.

En ce qui concerne le bien-fondé de l'indu :

3. Il ressort du recours administratif préalable exercé par M. B que ce dernier a également entendu contester le bien-fondé de l'indu de revenu de solidarité active mis à sa charge.

4. Lorsque le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

5. D'une part, aux termes du premier alinéa de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. ". Aux termes de l'article L. 262-3 du même code : " () L'ensemble des ressources du foyer () est pris en compte pour le calcul du revenu de solidarité active () ". Selon l'article R. 262-6 de ce code : " Les ressources prises en compte pour la détermination du montant du revenu de solidarité active comprennent, sous les réserves et selon les modalités figurant au présent chapitre, l'ensemble des ressources, de quelque nature qu'elles soient, de toutes les personnes composant le foyer, et notamment les avantages en nature ainsi que les revenus procurés par des biens mobiliers et immobiliers et par des capitaux () ". Aux termes de l'article L. 262-7 du même code : " Un décret en Conseil d'Etat définit les règles de calcul du revenu de solidarité active applicables aux travailleurs mentionnés à l'article L. 611-1 du code de la sécurité sociale () ".

6. D'autre part, aux termes de l'article R. 262-19 du code de l'action sociale et des familles : " Les bénéfices industriels et commerciaux et les bénéfices non commerciaux s'entendent des résultats ou bénéfices déterminés en fonction des régimes d'imposition applicables au titre de la pénultième année, ou ceux de la dernière année s'ils sont connus, pourvu qu'ils correspondent à une année complète d'activité. S'y ajoutent les amortissements et les plus-values professionnels. Par dérogation à l'alinéa précédent, pour les travailleurs indépendants mentionnés à l'article L. 613-7 du code de la sécurité sociale et pour les travailleurs indépendants mentionnés à l'article L. 382-1 du même code bénéficiant du régime prévu à l'article 102 ter du code général des impôts, le calcul prévu à l'article R. 262-7 du présent code prend en compte le chiffre d'affaires réalisé au cours des trois mois précédant la demande d'allocation ou la révision en lui appliquant, selon les activités exercées, les taux d'abattement forfaitaires prévus aux articles 50-0 et 102 ter du code général des impôts. () ".

7. Il résulte de ces dispositions que, pour le calcul du droit à l'allocation de revenu de solidarité active d'un travailleur indépendant non agricole relevant du régime fiscal des bénéfices industriels et commerciaux, il est pris en compte le chiffre d'affaires réalisé au cours des trois mois précédant la demande d'allocation ou la révision pour les personnes ayant opté pour le régime prévu à l'article L. 133-6-8 du code de la sécurité sociale.

8. M. B était connu des services de la caisse d'allocations familiales (CAF) du Puy-de-Dôme en tant que chômeur depuis le 11 juin 2010. Suite à un contrôle de situation réalisé par la caisse en 2019, M. B a déclaré être autoentrepreneur depuis le 1er décembre 2018 sous le régime autoentrepreneur puis micro-entrepreneur. Le 25 février 2022, M. B a déclaré le passage de son activité indépendante à compter du 30 juin 2021 sous le statut de SARL, dont il est le gérant. Il ressort des pièces du dossier, notamment des déclarations trimestrielles de ressources, que M. B a déclaré aux services de la CAF ne percevoir aucune ressource entre décembre 2018 et novembre 2021 alors qu'il a déclaré aux services de l'administration fiscale la somme de 20 108 euros au titre de l'année 2020 et auprès de l'URSSAF des chiffres d'affaires d'un montant de 44 248 euros pour 2019, 66 248 euros pour 2020 et de 44 130 euros pour 2021. M. B ne fournit aucune pièce justifiant que les sommes en cause ne sont pas des sommes immédiatement disponibles pour son entreprise et pour son gérant. Dans les circonstances de l'espèce, et alors qu'il résulte des dispositions précitées qu'il devait être tenu compte du chiffre d'affaires réalisé au cours des trois mois précédant le versement de l'allocation, M. B n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que le département a remis en cause le versement du revenu de solidarité active pour la période de septembre 2020 à novembre 2021.

9. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'indu de revenu de solidarité active mis à sa charge pour la période de septembre 2020 à novembre 2021.

En ce qui concerne la demande de remise de dette :

10. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu de revenu de solidarité active, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux de l'aide sociale, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est susceptible d'être accordée, en se prononçant lui-même sur la demande et en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise ou une réduction supplémentaire. Lorsque l'indu résulte de ce que l'allocataire a manqué à ses obligations déclaratives, il y a lieu, pour apprécier la condition de bonne foi de l'intéressé, hors les hypothèses où les omissions déclaratives révèlent une volonté manifeste de dissimulation ou, à l'inverse, portent sur des éléments dépourvus d'incidence sur le droit de l'intéressé à l'allocation ou sur son montant, de tenir compte de la nature des éléments ainsi omis, de l'information reçue et notamment, le cas échéant, de la présentation du formulaire de déclaration des ressources, du caractère réitéré ou non de l'omission, des justifications données par l'intéressé ainsi que de toute autre circonstance de nature à établir que l'allocataire pouvait de bonne foi ignorer qu'il était tenu de déclarer les éléments omis.

11. Aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. / () La créance peut être remise ou réduite par le président du conseil général (), en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration ". Aux termes de l'article R. 262-37 de ce code : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. ". Il résulte de ces dispositions qu'un allocataire du revenu de solidarité active ne peut bénéficier d'une remise gracieuse de la dette résultant d'un paiement indu d'allocation, quelle que soit la précarité de sa situation, lorsque l'indu trouve sa cause dans une manœuvre frauduleuse de sa part ou dans une fausse déclaration, laquelle doit s'entendre comme désignant les inexactitudes ou omissions qui procèdent d'une volonté de dissimulation de l'allocataire caractérisant de sa part un manquement à ses obligations déclaratives.

12. Il résulte de l'instruction que l'indu mis à la charge de M. B trouve son origine dans l'omission du requérant de déclarer son changement de situation professionnelle ainsi que les ressources en découlant, en méconnaissance de l'obligation d'information prévue à l'article R. 262-37 du code de l'action sociale et des familles précité. Il résulte également de l'instruction que, par une décision du 20 juillet 2022, la caisse d'allocations familiales du Puy-de-Dôme a considéré que le requérant s'est rendu coupable de manœuvre frauduleuse.

13. Le requérant ne saurait se prévaloir des déclarations effectuées auprès des services de l'administration fiscale et auprès de l'URSSAF pour soutenir qu'il est de bonne foi, ces déclarations à ces organismes ne le dispensant pas de son obligation déclarative auprès des services de la caisse d'allocations familiales. De plus, si M. B fait valoir qu'il ne savait pas comment déclarer les ressources sur les déclarations trimestrielles de ressources en qualité de travailleur indépendant dès lors qu'il ne percevait pas de salaire, il ne résulte pas de l'instruction que le requérant aurait tenté de prendre contact avec les services de la caisse d'allocations familiales afin d'avoir plus d'informations lui permettant d'effectuer correctement son obligation de déclaration. En tout état de cause, eu égard aux mentions contenues dans la notice explicative qui accompagne le formulaire de déclaration trimestrielles de ressources, l'intéressé ne pouvait légitimement ignorer que ses revenus professionnels devaient être déclarés dans la rubrique " autres ressources " en reportant le code " RNS ". Par suite, eu égard à l'information omise, à la nature et au montant des sommes omises, et à la réitération des omissions déclaratives sur une longue période, M. B doit être regardé comme ayant omis délibérément de déclarer ses ressources et la création de sa société. Cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse prétendre à une remise de sa dette, quelle que soit sa situation financière actuelle.

14. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision en litige ni le bénéfice d'une remise de sa dette.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au département du Puy-de-Dôme et à la caisse d'allocations familiales du Puy-de-Dôme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juillet 2024.

La présidente,

S. BADER-KOZALe greffier,

P. MANNEVEAU

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 220186AC

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