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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2202207

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2202207

mardi 1 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2202207
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationPrésidente Bader-Koza

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand a examiné la requête de Mme B A contestant les décisions de la CAF du Cantal du 16 septembre 2022 relatives à des indus de prime d'activité (1 571,85 €) et d'aide personnelle au logement (1 740 €). Le tribunal s'est déclaré incompétent pour connaître du litige concernant l'indu de prestations familiales, renvoyant ce contentieux au juge judiciaire en application des articles L. 142-1 et L. 142-8 du code de la sécurité sociale. Sur le fond, le tribunal a rappelé que le bien-fondé des indus de prime d'activité et d'aide au logement est régi par le code de la sécurité sociale et le code de la construction et de l'habitation, et a examiné la situation de Mme A au regard de ces textes. La solution retenue n'est pas explicitée dans l'extrait fourni, mais le tribunal a statué sur la compétence et les conditions de remise de dette.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 octobre 2022, Mme B A doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 16 septembre 2022 par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales du Cantal a rejeté sa demande de remise de dette concernant un indu de prime d'activité d'un montant de 1 571,85 euros ;

2°) d'annuler la décision du 16 septembre 2022 par laquelle le directeur de la caisse d'allocations familiales du Cantal ne lui a accordé qu'une remise partielle, à hauteur de 435 euros, de sa dette résultant d'un indu d'aide personnelle au logement d'un montant de 1 740 euros ;

3°) de lui accorder la remise totale de ses dettes.

Elle soutient que :

- elle a déclaré son changement de situation matrimoniale à la caisse d'allocations familiales ;

- ses charges n'ont pas changé ; sa situation financière s'aggrave dès lors qu'elle doit assumer des frais liés aux études de ses enfants.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 février 2023, la caisse d'allocations familiales du Cantal conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- le tribunal administratif est incompétent pour connaitre d'un indu de prestations familiales ;

- l'origine de l'indu réside dans la déclaration tardive du pacte civil de solidarité conclut par la requérante le 25 juin 2021 ;

- les éléments relatifs à la situation financière de la requérante ne permettent pas de lui accorder une remise totale de sa dette.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Bordes, premier conseiller, pour exercer les fonctions de rapporteur public sur le fondement des dispositions de l'article R. 222-24 du code de justice administrative.

La présidente a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique, à laquelle les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Suite à la déclaration d'un changement de sa situation matrimoniale, les droits de Mme A aux prestations sociales ont été réévaluées, si bien que la caisse d'allocations familiales du Cantal a notifié à l'intéressée un indu de prime d'activité d'un montant de 1 571,85 euros, un indu d'aide personnelle au logement d'un montant de 1 740 euros, et un indu de prestations familiales d'un montant de 573,66 euros. Mme A a sollicité une remise gracieuse de ses dettes. Par des décisions du 16 septembre 2022, le directeur de la CAF du Cantal a d'une part rejeté sa demande, s'agissant de son indu de prime d'activité, et d'autre part a accordé à Mme A une remise gracieuse de sa dette d'aide personnelle au logement pour un montant de 435 euros. Par la présente requête Mme A demande au tribunal d'annuler ces décisions en tant qu'elles ne font pas entièrement droit à sa demande de remise gracieuse.

Sur les prestations familiales :

2. Aux termes de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale : " Le contentieux de la sécurité sociale comprend les litiges relatifs : / 1° A l'application des législations et réglementations de sécurité sociale et de mutualité sociale agricole () ". Aux termes de l'article L. 511-1 du même code : " Les prestations familiales comprennent : () 2°) les allocations familiales ; 3°) le complément familial ; () 6°) l'allocation de soutien familial ; () ". Et aux termes de l'article L. 142-8 du même code : " Le juge judiciaire connaît des contestations relatives : / 1° Au contentieux de la sécurité sociale défini à l'article L. 142-1 () ".

3. A supposer que Mme A, qui a entendu diriger son recours administratif préalable à l'encontre de l'ensemble de ses dettes, sans distinction, entende demander l'annulation de la décision du 30 septembre 2022 par laquelle le directeur de la CAF du Cantal l'a invitée à rembourser sa dette de prestations familiales, il résulte des dispositions citées au point précédent que les litiges relatifs aux prestations familiales relèvent de la compétence du tribunal judiciaire. Dans ces conditions, les conclusions de la requête présentées par Mme A relatives aux prestations familiales doivent être rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

Sur le bien-fondé de l'indu :

4. Si par des décisions du 16 septembre 2022, la caisse d'allocations familiales du Cantal a entendu rejeter la demande de remise gracieuse des dettes de Mme A, il résulte des termes du courrier du 21 juillet 2022 que Mme A entendait dans son recours administratif préalable contester également le bien-fondé des indus en litige.

5. D'une part, aux termes de l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation : " () Les aides personnelles au logement comprennent : 1° L'aide personnalisée au logement ; () ". Aux termes de l'article L. 823-1 du même code : " Le montant des aides personnelles au logement est calculé en fonction d'un barème fixé par voie réglementaire. / Ce barème est établi en prenant en considération : 1° La situation de famille du demandeur et le nombre de personnes à charge vivant habituellement au foyer ; 2° Ses ressources et la valeur en capital de son patrimoine et, s'il y a lieu, de son conjoint et des personnes vivant habituellement à son foyer, telles que définies aux articles L. 822-5 à L. 822-8 ; () ". Aux termes de l'article R. 822-2 du même code : " Les ressources prises en compte pour le calcul de l'aide personnelle au logement sont celles dont bénéficient le demandeur ou l'allocataire, son conjoint et les personnes vivant habituellement au foyer. () ".

6. D'autre part, aux termes de l'article L. 842-1 du code de la sécurité sociale : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective qui perçoit des revenus tirés d'une activité professionnelle a droit à une prime d'activité, dans les conditions définies au présent titre ". Aux termes de l'article L. 843-1 du même code : " La prime d'activité est attribuée, servie et contrôlée, pour le compte de l'État, par les caisses d'allocations familiales et par les caisses de mutualité sociale agricole pour leurs ressortissants ". Aux termes de l'article R. 846-5 du même code : " Le bénéficiaire de la prime d'activité est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations nécessaires à l'établissement et au calcul des droits, relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer. Il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ". Aux termes de l'article R. 842-3 du même code : " Le foyer mentionné au 1° de l'article L. 842-3 est composé : / 1° Du bénéficiaire ; / 2° De son conjoint, concubin, ou partenaire lié par un pacte civil de solidarité (). ".

7. Alors que Mme A a conclu un pacte civil de solidarité le 25 juin 2021, il résulte de l'instruction qu'elle n'a procédé à la déclaration de ce changement matrimonial que le 25 avril 2022. Si Mme A fait valoir que sa situation était identique entre le 25 juin 2021 et le 25 avril 2022 dès lors qu'elle et son conjoint ne résidaient pas encore ensemble, il résulte des dispositions précitées que pour le calcul des droits à la prime d'activité et à l'aide personnelle au logement, sont pris en compte les revenus de l'ensemble du foyer, ce qui comprend les revenus du partenaire lié par un pacte civil de solidarité, nonobstant la circonstance que le couple ne réside pas ensemble. Par suite, c'est à bon droit que la caisse d'allocations familiales du Cantal a mis à la charge de Mme A les indus de prime d'activité et d'aide personnelle au logement en litige.

Sur la demande de remise gracieuse :

8. D'une part, aux termes de l'article L. 825-3 du code de la construction et de l'habitation : " Le directeur de l'organisme payeur statue, dans des conditions fixées par voie réglementaire, sur : () 2° Les demandes de remise de dettes présentées à titre gracieux par les bénéficiaires des aides personnelles au logement ". Aux termes de l'article L. 823-9 du même code : " Les articles L. 161-1-5 et L. 553-2 du code de la sécurité sociale sont applicables au recouvrement des montants d'aide personnelle au logement indûment versés ". Aux termes de l'article L. 553-2 du code de la sécurité sociale : " () Toutefois, par dérogation aux dispositions des alinéas précédents, la créance de l'organisme peut être réduite ou remise en cas de précarité de la situation du débiteur, sauf en cas de manœuvre frauduleuse ou de fausses déclarations () ".

9. D'autre part, aux termes de l'article L. 845-3 du code de la sécurité sociale : " Tout paiement indu de revenu de prime d'activité est récupéré par l'organisme chargé de son service. () / La créance peut être remise ou réduite par l'organisme mentionné au premier alinéa du présent article, en cas de bonne foi ou de précarité de la situation du débiteur, sauf si cette créance résulte d'une manœuvre frauduleuse ou d'une fausse déclaration () ".

10. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu d'une prestation ou d'une allocation versée au titre de l'aide ou de l'action sociale, du logement ou en faveur des travailleurs privés d'emploi, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est susceptible d'être accordée, en se prononçant lui-même sur la demande au regard des dispositions applicables et des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision. En outre, une demande de remise de dette présentée devant le tribunal a pour seul objet de solliciter, en cas de précarité, la remise gracieuse de sommes dont le bien-fondé n'est pas contesté. Une telle demande perd son objet lorsque la dette est soldée, notamment après le réexamen en cours d'instance de la situation personnelle de l'allocataire par l'autorité compétente.

11. Mme A soutient qu'elle se trouve dans une situation financière difficile, ayant à prendre en charge des dépenses liées aux études suivies par ses enfants. Toutefois, alors que la requérante n'apporte aucune précision ni aucun élément de justification quant à ses ressources et ses charges, il résulte au contraire des pièces produites par la caisse d'allocations familiales du Cantal, que Mme A a déclaré, pour les mois de décembre 2021, janvier 2022 et février 2022, avoir respectivement perçu des salaires de 1 795 euros, 1 794 euros et 1 589 euros, et que son conjoint a respectivement perçu des salaires de 2 204 euros, 2 349 euros et 2 878 euros. Dans ces conditions, la requérante n'établit pas qu'elle se trouverait dans une situation de précarité telle qu'elle ferait obstacle à ce qu'elle s'acquitte du paiement des sommes dues et pour lesquelles elle peut, en tout état de cause, demander l'échelonnement du paiement.

12. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la bonne-foi de la requérante, que Mme A n'est pas fondée à solliciter l'annulation des décisions en litige ni le bénéfice d'une remise totale de ses dettes.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions de Mme A relatives à l'indu de prestations familiales sont rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la caisse d'allocations familiales du Cantal.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2024.

La présidente,

S. C Le greffier,

P. MANNEVEAU

La République mande et ordonne au préfet du Cantal, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.JC

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