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AccueilJurisprudence administrativeN° TA63-2202215

Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand — Décision N° TA63-2202215

mardi 1 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
SectionTribunal Administratif de Clermont-Ferrand
N° DossierTA63-2202215
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
FormationPrésidente Bader-Koza
Avocat requérantSCP PORTEJOIE & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 18 octobre 2022 et un mémoire enregistré le 30 janvier 2023, Mme A B, représentée par la SCP Portejoie et associés, Me Portejoie, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 25 août 2022 par laquelle la directrice de l'EHPAD " Mon Repos ", située sur la commune de Lezoux (63190), a refusé de lui ouvrir les droits à l'aide au retour à l'emploi ;

2°) d'ordonner le rétablissement de ses droits à cette allocation et son versement à compter du mois de juin 2022 ;

3°) de mettre à la charge de l'EHPAD " Mon Repos " la somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle remplit les conditions pour bénéficier de cette allocation qui ont été contrôlées par Pôle emploi qui lui a notifié ses droits le 19 août 2022 ;

- la décision attaquée est entachée d'incompétence et d'une erreur de droit en méconnaissance des articles R. 5412-1 et R. 5426-3 du code du travail dès lors que la directrice de l'EHPAD " Mon Repos " était incompétente pour prendre une décision portant suppression de l'allocation de l'aide au retour à l'emploi ; le contrôle du critère du droit à l'allocation de retour à l'emploi tiré de la condition de recherche d'emploi relève de la compétence des agents de Pôle emploi pour ouvrir ou maintenir le droit à cette allocation, l'autorité administrative se trouve en situation de compétence liée.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 janvier 2023, l'EHPAD " Mon Repos ", représentée par la SELAS Seban Auvergne, Me Lantero, conclut à l'irrecevabilité de la requête et à son rejet.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable en l'absence d'exposé des faits et de moyens ; elle repose sur un moyen " superfétatoire " d'après lequel seul Pôle emploi a compétence pour supprimer l'allocation d'aide au retour à l'emploi alors qu'il s'agit d'une décision portant sur le refus du bénéfice de cette allocation ;

- Mme B ne démontre pas qu'elle a été involontairement privée d'emploi ; Mme B a démissionné et a été radiée des cadres en 2020 et a bénéficié de l'allocation d'aide au retour à l'emploi de manière erronée ; elle a accepté un contrat à durée déterminée le 11 avril 2022 et a indiqué au bureau du personnel qu'elle ne souhaitait pas le renouvellement de son contrat pour le mois de juin 2022 ; Mme B a refusé l'offre écrite de l'EHPAD portant renouvellement de son contrat à durée déterminée pour une durée de six mois ;

- la décision du 8 juillet 2022 indique à tort une " suppression " de l'ARE en place d'un refus d'ouverture des droits à l'ARE dès lors que Mme B ne touchait pas une telle allocation et qu'elle était recrutée par l'EHPAD dans le cadre d'un contrat à durée déterminée prenant fin le 31 mai 2022 ;

- le refus d'ouverture relève de la compétence de l'employeur public qui doit s'assurer de la réalité de la situation de perte involontaire d'emploi ; Mme B n'entre dans aucune catégorie de personnel ayant été involontairement privés d'emploi ; elle a refusé le renouvellement de son contrat à durée déterminée d'une durée de six mois renouvelable en juin 2022 alors qu'aucune modification substantielle et/ou injustifiée n'étaient apportées dans les propositions faites ; les considérations personnelles invoquées ne peuvent constituer un motif légitime dès lors qu'elles existaient déjà lors du contrat du mois de mai et ne sont assorties d'aucune précision permettant d'en mesurer la réalité.

Vu l'ensemble des pièces du dossier ;

Vu :

- le code du travail ;

- le décret n° 2020-741 du 16 juin 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Bordes, premier conseiller, pour exercer les fonctions de rapporteur public sur le fondement des dispositions de l'article R. 222-24 du code de justice administrative.

La présidente a dispensé le rapporteur public sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique, à laquelle les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, a été recrutée par l'EHPAD " Mon Repos " en qualité d'aide-soignante. Par une décision du 8 juillet 2022, la directrice de l'EHPAD a refusé de lui accorder le bénéfice de l'allocation d'aide au retour à l'emploi. Par un courrier du 8 août 2022, Mme B, par le biais de son conseil, a exercé un recours gracieux à l'encontre de cette décision. Par une décision du 19 août 2022, la directrice de l'EHPAD a maintenu son refus. Par un courriel du 10 octobre 2022, la directrice de l'EHPAD " Mon Repos " a informé Mme B de cette dernière décision. Par la présente requête, Mme B doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 19 août 2022 par laquelle la directrice de l'EHPAD " Mon Repos " a refusé de lui ouvrir les droits à l'allocation de retour à l'emploi (ARE).

2. Aux termes des dispositions de l'article L. 5424-1 du code du travail dans sa rédaction applicable au litige : " Ont droit à une allocation d'assurance, lorsque leur privation d'emploi est involontaire ou assimilée à une privation involontaire ou en cas de cessation d'un commun accord de leur relation de travail avec leur employeur, et lorsqu'ils satisfont à des conditions d'âge et d'activité antérieure, dans les conditions prévues aux articles L. 5422-2 et L. 5422-3 :/1° Les agents fonctionnaires et non fonctionnaires de l'Etat et de ses établissements publics administratifs, les agents titulaires des collectivités territoriales ainsi que les agents statutaires des autres établissements publics administratifs ainsi que les militaires ; / (). ". Aux termes de l'article L. 5424-2 du même code : " Les employeurs mentionnés à l'article L. 5424-1 assurent la charge et la gestion de l'allocation d'assurance () ". Aux termes de l'article L. 5421-1 de ce code : " En complément des mesures tendant à faciliter leur reclassement ou leur conversion, les personnes aptes au travail et recherchant un emploi ont droit à un revenu de remplacement dans les conditions fixées au présent titre. ". Aux termes de l'article 3 du décret du 16 juin 2020 relatif au régime particulier d'assurance chômage applicable à certains agents publics et salariés du secteur public : " Sont assimilés aux personnels involontairement privés d'emploi : () 2° Les personnels de droit public ou de droit privé ayant refusé le renouvellement de leur contrat pour un motif légitime lié à des considérations d'ordre personnel ou à une modification substantielle du contrat non justifiée par l'employeur ". Aux termes de l'article L. 5424-2 du code du travail : " Les employeurs mentionnés à l'article L. 5424-1 assurent la charge et la gestion de l'allocation d'assurance, () ".

3. Lorsqu'il est saisi d'une demande tendant à l'annulation d'une décision de refus d'un employeur public de verser à l'un de ses anciens agents l'allocation d'aide au retour à l'emploi, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision, en fixant alors lui-même tout ou partie des droits de l'intéressé et en le renvoyant, au besoin, devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation pour le surplus, sur la base des motifs de son jugement. Dans le cas d'un contentieux portant sur les droits au revenu de remplacement des travailleurs privés d'emploi, c'est au regard des dispositions applicables et de la situation de fait existant au cours de la période en litige que le juge doit statuer.

4. En premier lieu, si Mme B soutient que la directrice de l'EHPAD " Mon Repos " était incompétente pour prendre la décision attaquée, ce moyen, tiré de l'incompétence du signataire, est inopérant, dès lors qu'il concerne un vice propre de la décision attaquée. En tout état de cause, la directrice de l'EHPAD " Mon Repos ", qui a statué sur la demande d'ouverture des droits à l'allocation d'aide au retour à l'emploi de Mme B, était compétente pour prendre la décision en litige en application des dispositions de l'article L. 5424-2 du code du travail. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

5. En second lieu, Mme B fait valoir que la décision en litige est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle remplissait les conditions pour bénéficier de l'allocation d'aide au retour à l'emploi, qui ont été préalablement contrôlées par Pôle emploi et, qu'ainsi, la directrice de l'EHPAD " Mon Repos " était tenue de lui allouer le bénéfice de cette allocation en tant qu'elle se trouve en situation de compétence liée.

6. Il résulte de l'instruction que Mme B, exerçant en qualité d'aide-soignante, n'a pas souhaité renouveler son contrat à durée déterminée arrivé à son terme le 31 mai 2022 au sein de l'EHPAD " Mon Repos " et a refusé une offre écrite, du 3 juin 2022, portant sur un contrat à durée déterminée sur un poste en qualité d'aide-soignante à temps plein ou à temps partiel d'une durée de six mois renouvelables à compter du 10 juin 2022. Par ailleurs, s'il ressort du courriel de refus de Mme B du 12 juin 2022, qu'elle a entendu se prévaloir du refus de rupture conventionnelle qui lui a été opposé et de l'état de santé de son conjoint pour refuser le renouvellement de son contrat, ces éléments, non assortis de précisions, ne peuvent être regardés comme constituant un motif légitime au sens des dispositions de l'article 3 du décret du 13 juin 2020 précitées. Ainsi, et alors même qu'il ne résulte pas de l'instruction que la requérante a refusé le renouvellement en raison d'une modification substantielle du contrat non justifiée par l'employeur, Mme B, ne peut être regardée comme ayant été privée involontairement d'emploi au sens des dispositions de l'article 3 du décret du 16 juin 2020 précitées. Dans ces conditions, et alors même que la requérante justifie, par la production d'un courrier du 19 août 2022 de Pôle emploi, du maintien de son inscription sur la liste des demandeurs d'emploi, c'est à bon droit que la directrice de l'EHPAD " Mon Repos ", qui ne se trouvait pas en situation de compétence liée, a refusé d'allouer à Mme B le bénéfice de l'allocation d'aide au retour à l'emploi.

7. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir soulevée en défense, que Mme B n'est pas fondée à solliciter l'annulation de la décision du 19 août 2022 par laquelle la directrice de l'EHPAD " Mon Repos " a refusé de lui allouer le bénéfice de l'allocation d'aide au retour à l'emploi. Le rejet des conclusions à fin d'annulation entraîne, par voie de conséquence, le rejet de ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à l'EHPAD " Mon Repos " de la commune de Lezoux.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2024.

La présidente,

S. C Le greffier,

P. MANNEVEAU

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.AA

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