mardi 1 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2202294 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | Présidente Bader-Koza |
| Avocat requérant | BALAKIROUCHENANE |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance n° 2201819 du 31 août 2022, la présidente de la 1ère chambre du tribunal administratif de Clermont-Ferrand a transmis au tribunal administratif de Melun, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête, enregistrée le 18 août 2022, présentée par M. A tendant à l'annulation de la contrainte du 11 août 2022 émise par la caisse d'allocations familiales (CAF) de Seine-et-Marne pour le recouvrement d'un indu de prime exceptionnelle de fin d'année 2015 d'un montant de 152,45 euros.
Par une ordonnance n° 2208889 du 19 septembre 2022, enregistrée le 21 septembre 2022 au secrétariat du contentieux du Conseil d'Etat, la présidente du tribunal administratif de Melun a transmis au président de la section du contentieux, en application de l'article R. 351-6 du code de justice administrative, le dossier de la requête de M. A.
Par une ordonnance n° 467703 du 25 octobre 2022, le président de la section du contentieux du Conseil d'Etat a, en application de l'article R. 351-8 du code de justice administrative, attribué au tribunal administratif de Clermont-Ferrand la requête M. A.
Par une requête, réenregistrée le 27 octobre 2022 sous le numéro 2202294, M. B A, représenté par Me Balakirouchenane, demande au tribunal :
1°) d'annuler la contrainte émise le 11 août 2022, et signifiée le 16 août 2022, par la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne pour un montant de 152,45 euros en vue du recouvrement d'un indu de prime exceptionnelle de fin d'année pour le mois de décembre 2015 ;
2°) avant-dire droit, de suspendre l'exécution de la contrainte ;
3°) d'enjoindre à l'administration de le rétablir dans ses droits au revenu de solidarité active ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- il n'a pas fait de fausse déclaration de sorte que l'action de la CAF est prescrite ; son attitude ne peut pas être analysée comme une fraude ou une omission délibérée de signaler un changement ;
- s'il a vécu maritalement entre 2002 et 2009 avec son ex-compagne, à partir de 2011, il n'a vécu avec elle qu'en tant que colocataires et non en tant que concubins ; la CAF n'établit pas l'effectivité de la vie commune ; ayant la qualité d'allocataire isolé, il est bien fondé à percevoir les allocations qui lui ont été versées.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juin 2023, la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que la requête présentée par M. A est irrecevable en raison de l'autorité de la chose jugée dès lors que le requérant a fait opposition à une précédente contrainte ayant le même objet, émise le 20 avril 2018, sur laquelle le tribunal administratif de Melun s'est prononcé, a rejeté sa requête et confirmé de bien-fondé de l'indu.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code civil ;
- le décret n° 2015-1870 du 30 décembre 2015 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année à certains allocataires du revenu de solidarité active et aux bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique, de la prime forfaitaire pour reprise d'activité et de l'allocation équivalent retraite ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Bordes, premier conseiller, pour exercer les fonctions de rapporteur public sur le fondement des dispositions de l'article R. 222-24 du code de justice administrative.
La présidente a dispensé le rapporteur public sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience, Mme Bader-Koza, présidente, a lu son rapport.
Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A est allocataire du revenu de solidarité active et a bénéficié, à ce titre, de l'aide exceptionnelle de fin d'année 2015. A la suite d'une enquête, la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne a estimé que M. A vivait maritalement et ne pouvait bénéficier de la qualité d'allocataire isolé. Après réévaluation de ses droits, la caisse lui a notifié, par une décision du 7 février 2017, des indus portant notamment sur le revenu de solidarité active et l'aide exceptionnelle de fin d'année. Le 11 août 2022, la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne a émis à son encontre une contrainte pour un montant de 152,45 euros en vue du recouvrement d'un indu de prime exceptionnelle de fin d'année pour le mois de décembre 2015. Par la présente requête, M. A forme opposition à cette contrainte.
Sur les conclusions aux fins de suspension avant-dire droit :
2. Aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " () / Toute réclamation dirigée contre une décision de récupération de l'indu, le dépôt d'une demande de remise ou de réduction de créance ainsi que les recours administratifs et contentieux, y compris en appel, contre les décisions prises sur ces réclamations et demandes ont un caractère suspensif. / () ".
3. En adoptant ces dispositions, le législateur a entendu que l'effet suspensif des recours dirigés contre une décision de récupération d'un indu de revenu de solidarité active s'attache à l'exigibilité de la créance. Il résulte de ces dispositions que l'exercice par M. A du présent recours contentieux à l'encontre de la contrainte en litige a un effet suspensif. Par suite, il n'y pas lieu de prononcer avant-dire droit la suspension de la contrainte en litige.
Sur l'opposition à contrainte :
4. En premier lieu, d'une part, selon l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un revenu garanti, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre. / Le revenu de solidarité active est une allocation qui porte les ressources du foyer au niveau du revenu garanti () ". Aux termes de l'article L. 262-9 du même code : " () / Est considérée comme isolée, une personne veuve, divorcée, séparée ou célibataire qui ne vit pas en couple de manière notoire et permanente et qui notamment ne met pas en commun avec un conjoint, concubin ou partenaire de pacte civil et de solidarité ses ressources et ses charges. / () ". De plus, l'article R. 262-37 du même code dispose que : " Le bénéficiaire de l'allocation de revenu de solidarité active est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer ; il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments. ". Enfin, aux termes de l'article 515-8 du code civil : " Le concubinage est une union de fait, caractérisée par une vie commune présentant un caractère de stabilité et de continuité, entre deux personnes, de sexe différent ou de même sexe, qui vivent en couple. ".
5. D'autre part, aux termes de l'article 3 du décret n° 2015-1870 du 30 décembre 2015 portant attribution d'une aide exceptionnelle de fin d'année à certains allocataires du revenu de solidarité active et aux bénéficiaires de l'allocation de solidarité spécifique, de la prime forfaitaire pour reprise d'activité et de l'allocation équivalent retraite : " Une aide exceptionnelle est attribuée aux allocataires du revenu de solidarité active qui ont droit à cette allocation au titre du mois de novembre 2015 ou, à défaut, du mois de décembre 2015, sous réserve que le montant dû au titre de ces périodes ne soit pas nul et à condition que les ressources du foyer, appréciées selon les dispositions prises en vertu de l'article L. 262-3 du code de l'action sociale et des familles, n'excèdent pas le montant forfaitaire mentionné à l'article L. 262-2 du même code. ". L'article 6 dudit décret dispose que " Tout paiement indu d'une aide exceptionnelle attribuée en application du présent décret est récupéré pour le compte de l'Etat par l'organisme chargé du service de celle-ci. () ".
6. Pour contester la contrainte en litige, M. A soutient que la caisse d'allocations familiales n'établit pas l'effectivité de la vie commune retenue et qu'il avait la qualité d'allocataire isolé sur la période en litige. Il se prévaut ainsi de la circonstance selon laquelle, à partir de 2011, il n'a vécu avec son ex-compagne qu'en tant que colocataires et non plus en tant que concubins.
7. Toutefois, par un jugement du 3 avril 2020, devenu définitif, le tribunal administratif de Melun a rejeté la requête introduite par M. A tendant à annuler une contrainte émise le 20 avril 2018 par la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne pour le recouvrement du même indu que celui présentement en litige. Par ce jugement, la juridiction s'est expressément prononcée sur le bien-fondé de cet indu, retenant une situation de vie commune privant le requérant du droit au revenu de solidarité active pour les mois de novembre et décembre 2015 et faisant dès lors obstacle au bénéfice de l'aide exceptionnelle de fin d'année 2015. Par suite, l'autorité de chose jugée qui s'attache aux motifs qui sont le support nécessaire du dispositif de ce jugement fait obstacle au réexamen par le présent tribunal du bien-fondé de l'acte de poursuite en litige.
8. En second lieu, aux termes de l'article L. 262-45 du code de l'action sociale et des familles : " L'action en vue du paiement du revenu de solidarité active se prescrit par deux ans. Cette prescription est également applicable, sauf en cas de fraude ou de fausse déclaration, à l'action intentée par l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active ou le département en recouvrement des sommes indûment payées. / La prescription est interrompue par une des causes prévues par le code civil. () ". Il résulte de ces dispositions que la prescription biennale qu'elles prévoient n'est pas applicable en cas de fraude ou de fausse déclaration, le délai de prescription applicable étant alors celui de droit commun prévu à l'article 2224 du code civil, aux termes duquel : " Les actions personnelles ou mobilières se prescrivent par cinq ans à compter du jour où le titulaire d'un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l'exercer ". Par ailleurs, si le délai de prescription court à compter du paiement de la prestation, l'existence d'une fraude ou de fausses déclarations est de nature à reporter, à la date de découverte de celles-ci, le point de départ de la prescription de l'action en répétition de l'indu. La notion de manœuvre frauduleuse ou de fausse déclaration doit s'entendre comme visant les inexactitudes ou omissions délibérément commises par l'allocataire dans l'exercice de son obligation déclarative.
9. M. A soutient qu'il n'a fait aucune fausse déclaration et que l'action de la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne est prescrite. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, notamment du jugement du tribunal administratif de Melun précité qui se fonde sur un rapport d'enquête établi par un contrôleur assermenté de la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne, lequel fait foi jusqu'à preuve du contraire, que M. A s'est déclaré séparé au 29 septembre 2012 alors que la séparation avec son ex-conjointe ne peut être retenue qu'au 15 août 2014, qu'il n'a pas exactement déclaré sa situation professionnelle et celle de son ex-conjointe ainsi que les salaires perçus par son foyer au cours de la période en litige. Dans ces conditions, M. A doit être regardé comme ayant réalisé de fausses déclarations. En outre, il résulte de ce courrier du 7 février 2017, dont l'objet est " notification d'une dette et fraude ", que la caisse d'allocations familiales a retenu l'existence d'une fraude, de sorte que le délai de prescription de l'indu est porté à cinq ans. Il ressort également des pièces du dossier que la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne a eu connaissance pour la première fois de cette situation le 7 février 2017, date de la décision portant notification des indus en litige. La prescription a ensuite été valablement interrompue par le jugement du tribunal administratif de Melun du 3 avril 2020, un nouveau délai de prescription de cinq ans a ainsi commencé à courir. Par suite, la contrainte en litige ayant été émise le 11 août 2022, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'action en recouvrement intentée par la caisse d'allocations familiales est prescrite.
10. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que M. A n'est pas fondé dans son opposition à la contrainte émise le 11 août 2022 par la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne pour un montant de 152,45 euros en vue du recouvrement d'un indu de prime exceptionnelle de fin d'année 2015. Le rejet des conclusions à fin d'opposition entraîne, par voie de conséquence, le rejet de ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la caisse d'allocations familiales de Seine-et-Marne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2024.
La présidente,
S. BADER-KOZALe greffier,
P. MANNEVEAU
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2202294
AC
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026