jeudi 8 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| Section | Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand |
| N° Dossier | TA63-2202522 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | Présidente Bader-Koza |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 26 novembre 2022, M. D B, en présence de M. C A son tuteur, et représenté par Me Bredon, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 2 août 2022 par laquelle la commission de médiation du Puy-de-Dôme a requalifié sa demande de logement en demande d'hébergement ;
2°) d'enjoindre à la commission de médiation du Puy-de-Dôme de réexaminer son dossier et de prendre une nouvelle décision dans le délai d'un mois, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1200 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ; la commission de médiation ne s'est fondée sur aucun élément de sa situation pour juger qu'une offre d'hébergement serait plus appropriée qu'une offre de logement ; la commission de médiation n'a pas réexaminé sa situation suite à la décision du tribunal administratif de Clermont-Ferrand du 23 juin 2022 ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et est inadaptée à sa situation dès lors que la commission de médiation occulte sa situation de handicap, critère autonome d'accès prioritaire au logement, en méconnaissance de l'article L. 441-2-3 du code de la construction ; il est dépourvu de logement depuis le 12 juillet 2022.
Par un mémoire en défense enregistré le 7 décembre 2023, le préfet du Puy-de-Dôme conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'il a été procédé au classement du dossier de M. B dès lors qu'en l'absence de dépôt d'une demande d'hébergement ou de logement temporaire par ce dernier auprès du Service intégré de l'accueil et de l'orientation (SIAO), il n'était pas en mesure de procéder effectivement à son hébergement, M. B perdant alors son droit à un hébergement dans le cadre du droit au logement opposable dans le Puy-de-Dôme.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'habitation et de la construction ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Bordes, premier conseiller, pour exercer les fonctions de rapporteur public sur le fondement des dispositions de l'article R. 222-24 du code de justice administrative.
La présidente a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, Mme Bader-Koza, présidente, a lu son rapport.
Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. B a saisi la commission de médiation du Puy-de-Dôme le 11 mai 2021 d'une demande en vue d'une offre de logement dans les conditions prévues au II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. Par une décision du 15 juillet 2021, la commission de médiation a rejeté le recours gracieux introduit par M. B et a confirmé le refus de sa demande de logement. Par un jugement du 23 juin 2022, le tribunal administratif de Clermont-Ferrand a enjoint à la commission de médiation de procéder au réexamen de la situation de M. B. Par une décision du 2 août 2022, la commission de médiation a requalifié sa demande de logement en demande d'hébergement estimant que l'intéressé doit se voir proposer un accueil dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale. Par la présente requête, M. B demande au tribunal l'annulation de cette dernière décision.
2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant, mentionné à l'article 1er de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 visant à la mise en œuvre du droit au logement, est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1. " ;
3. Aux termes de l'article L. 441-2-3 II du code de la construction et de l'habitation dans sa version applicable au présent litige : " La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. / Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement, hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement suroccupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap. ". Aux termes de l'article R. 441-14-1 du même code dans sa version applicable au présent litige : " Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social et qui se trouvent dans l'une des situations suivantes : - ne pas avoir reçu de proposition adaptée à leur demande dans le délai fixé en application de l'article L.441-1-4 ; - être dépourvues de logement () ;- être logées dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux () -avoir fait l'objet d'une décision de justice prononçant l'expulsion du logement ;- être hébergées dans une structure d'hébergement ou une résidence hôtelière à vocation sociale de façon continue depuis plus de six mois ou logées temporairement dans un logement de transition ou un logement-foyer depuis plus de dix-huit mois () -être handicapées, ou avoir à leur charge au moins un enfant mineur, et occuper un logement soit présentant au moins un des risques pour la sécurité ou la santé énumérés à l'article 2 du décret du 30 janvier 2002 ou auquel font défaut au moins deux des éléments d'équipement et de confort mentionnés à l'article 3 du même décret, soit une surface habitable inférieure aux surfaces mentionnées au 2° de l'article D. 542-14 du code de la sécurité sociale, ou, pour une personne seule, d'une surface inférieure à celle mentionnée au premier alinéa de l'article 4 du même décret. La commission peut, par décision spécialement motivée, désigner comme prioritaire et devant être logée en urgence une personne qui, se trouvant dans l'une des situations prévues à l'article L. 441-2-3, ne répond qu'incomplètement aux caractéristiques définies ci-dessus ".
4. D'une part, la décision attaquée comprend les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. En outre, elle vise les articles L. 300-1 et L. 441-2-3 II du code de la construction et de l'habitation ainsi que le jugement du 23 juin 2022 par lequel le tribunal administratif de Clermont-Ferrand a enjoint à la commission de médiation du Puy-de-Dôme de procéder au réexamen de sa situation. Par ailleurs, elle indique que M. B est " dépourvu de logement et vit dans son véhicule ". Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
5. D'autre part, M. B fait valoir que la décision en litige est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que la commission de médiation du Puy-de-Dôme n'a pas tenu compte de sa situation de handicap donnant un caractère prioritaire et urgent à sa demande de logement. Toutefois, et comme il a été dit précédemment, il ressort de la décision attaquée, que pour prendre sa décision, la commission de médiation s'est fondée sur ce que M. B est dépourvu de logement et vit dans son véhicule, ce que ce dernier ne conteste pas. Dans ces conditions, et alors même qu'il ne ressort ni des pièces du dossier, ni des termes de la décision attaquée que la commission de médiation n'aurait pas pris en considération sa situation de handicap et que la requalification de sa demande de logement en demande d'hébergement ne serait pas compatible avec cette dernière, ce moyen doit être écarté.
6. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 2 août 2022 par laquelle la commission de médiation a requalifié sa demande de logement en demande d'hébergement. Par suite, les conclusions aux fins d'annulation de cette décision doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application combinée des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, à son tuteur, M. C A, et au préfet du Puy-de-Dôme.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 février 2024.
La présidente,
S. BADER-KOZA Le greffier,
P. MANNEVEAU
La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.AA
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